4 000 articles et documents

Édition du 1er au 15 février 2026

jsylvestre

Emmanuel Macron et les crimes du colonialisme

Guerre du Cameroun :
une commission, pour quoi faire ?

Annoncée en juillet 2022 à Yaoundé au côté de Paul Biya par Emmanuel Macron, la commission franco-camerounaise chargée de travailler sur l’action de la France au Cameroun dans les années 1950 et 1960 sera codirigée par l’artiste camerounais Blick Bassy et l’historienne française Karine Ramondy, qui se sont exprimés dans Jeune Afrique. On n’en connait pas pour l’heure les autres membres. Dans un article de la revue Afrique XXI, trois des meilleurs spécialistes de l’histoire coloniale et postcoloniale du Cameroun, Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa, mettaient en perspective cette initiative en septembre 2022. Ils voyaient dans la création d’une commission « un pas en avant sur un sujet qui a été longtemps occulté, en France comme au Cameroun », tout en rappelant que les crimes de répression commis par la France au Cameroun sont déjà solidement établis, et s’interrogeaient sur les finalités de cette commission.

Lire la suite »
Le racisme postcolonial

Combattre le racisme
implique d’aborder notre longue histoire esclavagiste et coloniale et son héritage

Le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) a publié le 15 février 2023 un sondage qui confirme si besoin était l’existence en France d’un racisme structurel, dont sont notamment victimes les personnes noires. 91 % disent avoir été l’objet de discriminations raciales, particulièrement dans l’espace public et au travail. Le gouvernement d’Élisabeth Borne a quant à lui rendu public le 30 janvier 2023 un « plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine 2023-2026 » : 80 mesures principalement pédagogiques, dont « une visite obligatoire d’un lieu de mémoire » au cours de la scolarité. Un plan bien intentionné mais qui laisse un net sentiment d’incomplétude. Rien sur le contrôle policier « au faciès », pourtant maintes fois documenté comme systémique en France. On est loin d’affronter sérieusement un fléau qui plonge ses racines dans notre longue histoire esclavagiste et coloniale, comme le rappelle Anne Chemin dans un article du Monde sur le débat médiatique actuel sur un prétendu « wokisme ».

Lire la suite »
Algérie

Soirée d’hommage à Sadek Hadjerès,
à Paris le 28 février 2023
à l’Ecole normale supérieure

La soirée d’hommage à Sadek Hadjerès annulée au Centre Culturel Algérien se tient à l’Ecole normale supérieure le 28 février 2023. Elle est organisée par le Maghreb des films, l’Association Josette et Maurice Audin et l’association Histoire coloniale et postcoloniale, avec le soutien de La contemporaine, de Virtuel production et des Cahiers d’histoire. Sadek Hadjerès, mort à Paris en novembre 2022, était né en Kabylie en 1928. Il a été jusqu’en 1962 un militant de l’indépendance algérienne, au sein du Parti du peuple algérien-Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (PPA-MTLD), puis du Parti communiste algérien (PCA), et, après l’indépendance, un combattant des droits sociaux et des libertés en Algérie. Contraint à la clandestinité de 1965 à 1988, il a été un opposant résolu aux dérives antidémocratiques du pouvoir militaire.

Lire la suite »
Tunisie

Retour sur un courant important
de l’indépendantisme tunisien

Alors que la Tunisie est confrontée de nouveau au pouvoir personnel d’un président autoritaire, l’historien M’hamed Oualdi revient, dans un ouvrage sur Salah Ben Youssef et les yousseffistes. Au tournant de l’indépendance tunisienne (1955-1956), sur un moment important de la construction de la Tunisie. Salah Ben Youssef, né en 1907 et assassiné en 1961 en Allemagne, fut le « lieutenant » d’Habib Bourguiba puis son rival politique quand il a rejeté les accords sur l’autonomie interne de la Tunisie signés en juin 1955 avec la France, qu’il dénonça comme un « reniement » et « un abandon de la cause algérienne ». Leur affrontement frôla la guerre civile et le bourguibisme l’emporta avec l’appui de la France. M’hamed Oualdi revisite ce moment, il fait l’histoire du yousseffisme, de sa répression et de la mise en place progressive d’un régime autoritaire dans la jeune Tunisie indépendante. Ci-dessous la présentation de l’éditeur, la table des matières ainsi qu’un article du Monde diplomatique évoquant l’assassinat de Ben Youssef.

Lire la suite »
La reconnaissance du passé colonial

Résister, Témoigner, Transmettre,
le message des Anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre (4ACG)

Le site histoirecoloniale.net et l’Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs ami(e)s contre la guerre (4ACG) ont décidé de développer leurs actions communes. Ci-dessous le texte de la conférence sur le thème « Résister, Témoigner, Transmettre », transcrite par Michel Berthélémy, qui a été prononcée par l’historien Tramor Quemeneur lors de la dernière assemblée générale de la 4ACG ; ainsi que le film de François Chouquet « Comme un seul homme » sur les réfractaires et les insoumis à la guerre d’Algérie, qui a été projeté ensuite. La création de cette association en 2004 par quatre anciens appelés de la guerre d’Algérie, Michel Delsaux, Rémi Serres, Georges Treilhou et Armand Vernhettes, agriculteurs retraités des départements du Tarn et de l’Aveyron, et le travail qu’elle a fait depuis témoignent d’un besoin grandissant dans la société française de mettre fin aux mensonges sur notre passé colonial. On trouvera aussi ci-dessous la liste des articles que notre site lui a consacré.

Lire la suite »
La restitution des objets et restes mortuaires coloniaux

Le long combat de l’Afrique pour son art,
par Bénédicte Savoy

L’historienne de l’art Bénédicte Savoy a rendu en 2018 au président Macron, avec l’économiste Felwine Sarr, un rapport remarqué « sur la restitution du patrimoine culturel africain ». Elle publie en 2023 au Seuil Le long combat de l’Afrique pour son art, dans lequel elle montre que la revendication africaine de restitution, loin d’être récente, remonte aux années 1960 et a suscité immédiatement des résistances fortes en Europe qui sont loin d’être dissipées aujourd’hui. Selon elle, la restitution est essentielle à toute relation future entre les pays africains et les anciennes métropoles coloniales. Nous publions ici la présentation de l’éditeur, une vidéo dans laquelle Bénédicte Savoy expose cette problématique, un entretien dans Le Monde, ainsi qu’une des leçons filmées qu’elle a donné au Collège de France en 2017.

Lire la suite »
Livres, films, spectacles pour la reconnaissance

Inauguration symbolique
d’un « Parvis Maurice Audin »
à Toulouse le 25 février 2023

Le samedi 25 février 2023 à Toulouse, devant la médiathèque Grand M, des citoyennes et citoyens, de nombreuses associations et des partis politiques vont donner le nom de Maurice Audin, militant anticolonialiste algérien, à une place de la ville. Une manière d’inciter la municipalité, sollicitée depuis 2019 et qui renâcle à le faire, à prendre la décision officielle d’attribuer un nom de rue ou de place en souvenir de ce militant martyr de l’indépendance de l’Algérie, assassiné en 1957 par les militaires français qui le détenaient. Ci-dessous l’article qu’a consacré à cette opération symbolique le quotidien La Dépêche. Et aussi l’annonce à Clermont-Ferrand d’une soirée avec Pierre Audin organisée par les Amis de l’Humanité du Puy de Dôme autour du parcours de mathématicien de son père et de l’ouvrage que Pierre Audin a co-signé, « La vérité est en marche, rien de l’arrêtera ».

Lire la suite »
1830-1880

« 1871. L’Algérie sous séquestre »,
par Didier Guignard

En 1930, après un siècle de colonisation en Algérie, plus du tiers des terres de culture est passé dans les mains des Européens. Une grande partie de ces spoliations ont été opérées en représailles de l’insurrection de 1871 : environ 900 000 Algériens, plus du quart de la population totale, se voient alors infliger un séquestre sur leurs terres, maisons ou plantations. C’est l’objet du livre de Didier Guignard, publié en janvier 2023 par les éditions du CNRS. S’appuyant sur les archives et sur une enquête de terrain, il étudie aussi les adaptations et résistances de la paysannerie kabyle jusqu’aux années 1930. On lira ici la présentation de l’éditeur, la préface de Neil MacMaster et l’introduction, ainsi qu’un article de Didier Guinard, dans la revue Insaniyat, consacré à un cas de résistance à la mainmise foncière, celui des Beni Urjin, dans la région de Bône, aujourd’hui Annaba.

Lire la suite »
Réconciliation et réparations

Les Etats européens
face à la problématique des excuses
sur les crimes coloniaux

Le mouvement Black Lives Matter a imposé depuis 2020 dans toutes les anciennes puissances esclavagistes et colonialistes européennes la problématique de la reconnaissance des crimes commis et celle des excuses et des réparations. Les réactions des Etats sont variables, les résistances souvent fortes. « Je ne demanderai pas pardon », a par exemple déclaré récemment le président français à propos de la colonisation de l’Algérie. En Belgique, le travail en ce sens d’une commission officielle qui permettait d’espérer une avancée majeure, déjà évoqué sur notre site, vient d’échouer, comme le raconte un article ci-dessous. Un dossier du site Justiceinfo.net et une série de vidéos diffusée par Arte permettent de faire un tour d’horizon européen. Nous renvoyons également à un article de fond du sociologue Renaud Hourcade sur « la politique des excuses » et ses ambiguïtés.

Lire la suite »
La société française au temps des colonies

Du nouveau sur Albert Camus
et l’autodétermination de l’Algérie,
par Faris Lounis et Christian Phéline

L’idée que Camus fut un défenseur de l’Algérie française fait partie aussi bien du discours de l’extrême droite en France que de celui de certains courants xénophobes et étroitement identitaires en Algérie. C’est méconnaitre certains de ses engagements comme celui, en janvier 1956, qui lui a valu les cris hostiles des européens d’Algérie partisans de la guerre à outrance contre le FLN. Ci-dessous une tribune qui la réfute, publiée en janvier 2023 par le journaliste algérien Faris Lounis. Contactés par notre site, Faris Lounis et le spécialiste de Camus, Christian Phéline, l’ont prolongée par un article écrit pour Histoire coloniale et postcoloniale qui analyse de plus près la position de Camus à la fin de 1959 sur le droit à l’autodétermination en Algérie. Ils renouvellent la connaissance de son positionnement à partir de septembre 1959, quand la question de l’autodétermination et de la fin du conflit a été lancée dans le débat public.

Lire la suite »
La reconnaissance du passé colonial

Restituer la clé et les étendards de Laghouat
pour renforcer les liens de solidarité entre les peuples algérien et français

Le 4 décembre 1852, une armée coloniale française commandée par les généraux Aimable Pélissier (1794-1864), Joseph Vantini dit « Yusuf » (1808-1866) et Henri-Pierre Bouscaren (1804-1852), a pris d’assaut la ville de Laghouat, dans le Sud algérien. Plus des deux tiers des habitants périssent, combattants, femmes, enfants et vieillards. La clé et les étendards de la ville sont aujourd’hui la propriété du Musée de l’armée. Le journaliste et écrivain algérien Lazhari Labter, auteur de « Laghouat vue par des chroniqueurs, écrivains, peintres, voyageurs, explorateurs et conquérants » (Hibr Edition, 2018), a publié une lettre ouverte au président de la République, Emmanuel Macron, lui demandant d’agir pour leur restitution. Un collectif d’historiens et de militants y appelle le 10 février 2023 dans Le Monde, « pour renforcer les liens de solidarité entre les peuples algérien et français ». A ce jour, elle reste sans réponse.

Lire la suite »
La reconnaissance de l'esclavage

Des propos scandaleux
du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin
sur l’esclavage aux Antilles
provoquent des réactions

Lors d’une journée d’études organisée à Paris le 2 février 2023, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a réagi à l’adoption en Martinique d’un drapeau inspiré des mouvements indépendantistes en affirmant que « les Antilles ont été des colonies, mais pas de peuplement ; (…) contrairement à ce que l’on raconte, c’est la République française qui a aboli l’esclavage. La France a sans doute mis, dans des conditions extraordinairement difficiles, les populations colonisées dans des états désastreux, mais c’est la République qui a aboli l’esclavage. On leur demande d’aimer la République, pas toute l’histoire de France. » Ces propos ont provoqué la colère des députés ultramarins dont voici le communiqué. Interpellé à l’Assemblée par ces derniers, il a maintenu ses propos. La Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME) a tenu quant à elle à rappeler les faits historiques dans un communiqué que nous reproduisons également.

Lire la suite »