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Édition du 15 mars au 1er avril 2026

jsylvestre

La Syrie saigne – Marie Bellando-Mitjans
Autres pays arabes et Afghanistan

Human Rights Watch accuse Damas de crimes contre l’humanité

Dans un rapport publié le 11 novembre, l’ONG Human Rights Watch (HRW) accuse le régime syrien de « crimes contre l’humanité » dans la ville de Homs, ses forces perpétrant de manière systématique des « abus » contre les civils dans leur répression du mouvement de contestation depuis huit mois. D’après HRW, 587 civils ont été tués à Homs, haut lieu de la contestation, entre la mi-avril et la fin août, et au moins 104 depuis le 2 novembre.

L’ONG s’inquiète également de la hausse du nombre de morts et des cas de torture dans les geôles du pouvoir. Le procédé est toujours le même : les forces de l’ordre enlèvent certains opposants, sans en informer les familles, qui quelques jours plus tard reçoivent un appel téléphonique de l’hôpital public leur demandant de venir récupérer le corps…

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Le 17 octobre 1961

les ratonnades d’octobre 61, par Michel Levine

En octobre 1961, en pleine guerre d’Algérie, Maurice Papon, préfet de police, instaure à Paris un couvre-feu pour les Algériens, citoyens français de seconde zone : chasse au faciès, interpellations systématiques, bouclages de quartiers, etc. En protestation, le FLN organise le 17 octobre une manifestation pacifique. La répression de la police parisienne sera sanglante et démesurée.

Le crime commis, c’est le grand silence de la part des autorités et des médias, un mutisme absolu qui durera des années. Il faudra attendre 1985 pour voir publié le premier livre important, que l’on doit à Michel Levine, Les ratonnades d’octobre : un meurtre collectif à Paris en 1961. Ce livre, pratiquement ignoré des critiques et du public lors de sa parution,
dévoile ce qui était ignoré ou soigneusement refoulé. L’auteur s’est livré à une véritable enquête, interrogeant victimes, avocats, témoins. Aujourd’hui, il revient sur cette période tragique de l’Histoire à l’occasion du 50e anniversaire du tragique événement d’octobre 1961 avec une édition augmentée.

Michel Levine est historien des Droits de l’Homme. Il a notamment publié chez Fayard Affaires non classées (Archives inédites de la Ligue des Droits de l’Homme).

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la France condamnée au Conseil de l’Europe pour sa politique envers les Roms

La conclusion du rapport du Comité européen des Droits sociaux (CEDS)1 est sans appel : la politique de démantèlement des camps roms annoncée par Nicolas Sarkozy à la fin du mois de juillet 2010 après les dégradations commises le 18 juillet à Saint-Aignan (Loir-et-Cher) a été discriminatoire et contraire à la dignité humaine.

La France a violé à la fois les règles relatives au droit au logement et celles en vigueur en matière d’expulsions, les renvois des Roms d’origine roumaine et bulgare vers leur pays s’apparentant à des expulsions collectives prohibées par la Convention européenne des droits de l’homme. La circulaire du 5 août 2010, qui ciblait en priorité les camps roms «a donné lieu à un traitement clairement et directement discriminatoire», et le texte qui l’a remplacée le 13 septembre n’a pas modifié la situation.

La France est maintenant invitée à faire état, lors d’une prochaine réunion, des mesures prises ou envisagées afin de répondre à cette situation.

Cette condamnation de la France par un organisme européen fait suite à une réclamation déposée par le Centre sur les droits au logement et les expulsions, mais deux autres recours contre la politique française concernant les Roms et les Gens du voyage sont encore pendants devant le CEDS : l’un déposé par Médecins du monde, l’autre par le Forum européen des Roms.

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“Bigeard shrimp” (crevettes Bigeard) : Paul Teitgen rappelle le nom donné aux cadavres jetés à la mer par les autorités.
Les résistances à la guerre d'Algérie

Elever une statue à … Paul Teitgen

Dans L’art français de la guerre qui lui a valu le prix Goncourt, Alexis Jenni écrit : «Je voudrais élever une statue. Une statue de bronze par exemple car elles sont solides et on reconnaît les traits du visage.»

Et il poursuit : «Cette statue serait celle d’un petit homme sans grâce physique qui porterait un costume démodé et d’énormes lunettes qui déforment son visage ; on le montrerait tenir une feuille et un stylo, tendre le stylo pour que l’on signe la feuille comme les sondeurs dans la rue, ou les militants qui veulent remplir leur pétition. Il ne paie pas de mine, son acte est modeste, mais je voudrais élever une statue à Paul Teitgen.» (Alexis Jenni, L’art français de la guerre)2

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Des manifestants algériens arrêtés à Puteaux le 17 octobre 1961. AFP/Fernand Parizot
Le 17 octobre 1961

remise des 10 000 premières signatures de l’appel à la reconnaissance des massacres du 17 octobre 61

Des manifestants algériens arrêtés à Puteaux le 17 octobre 1961. AFP/Fernand Parizot
Des manifestants algériens arrêtés à Puteaux le 17 octobre 1961. AFP/Fernand Parizot

C’est un massacre colonial dont la France officielle a jusqu’à présent refusé d’admettre l’existence. Il ne s’est pas déroulé en Algérie, au Cameroun ni à Madagascar, mais à Paris, ville-lumière, ville des Lumières… Le 17 octobre 1961, des dizaines d’Algériens et d’Algériennes ont été tués, certains en étant jetés à la Seine, alors qu’ils ne savaient pas nager, pour avoir osé braver le couvre-feu qui leur était imposé. D’autres ont été battus à mort dans la cour de la Préfecture de police ou dans ses annexes, cette même Préfecture où, l’on va, aujourd’hui, retirer son permis de conduire ou une carte de séjour, sans oublier celles et ceux qui y célèbrent leur naturalisation.

Il n’y eut aucune enquête officielle, aucune inculpation ou mise en cause … mais, aujourd’hui, le 17 octobre est lourd d’enseignements : il nous rappelle le rôle ambigu de la gauche française pendant la Guerre d’Algérie, mais également que la France officielle a toujours aussi mal à sa mémoire coloniale – cette France qui s’en va donner des leçons mémorielles à la planète entière.
Il nous rappelle aussi que, finalement, l’idéologie raciste et coloniale perdure en France.

C’est tout cela qu’ont compris nombre de ceux qui ont manifesté le 17 octobre 2011 ou qui ont signé l’appel de Mediapart demandant une reconnaissance officielle de ce massacre3 – appel qui sera prochainement remis aux plus hautes autorités françaises avec l’espoir des 10 000 premiers signataires d’être entendu.

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Une insulte à la République.
Jean-François Collin

La légion d’honneur à Jean-François Collin : une insulte à toutes les victimes de la guerre d’Algérie

Jean-François Collin, président de l’Association de défense des intérêts moraux des anciens détenus (ADIMAD), composée d’anciens activistes de l’OAS, a été nommé chevalier de la Légion d’Honneur, par un décret du 5 mai 2011.

Plusieurs associations, telles l’ANPNPA (Association des pieds-noirs progressistes et leurs amis) et la 4ACG (Association des anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre), s’indignent de cette nomination et des conditions dans lesquelles elle a été officiellement remise le 1er novembre 2011, lors d’une cérémonie devant la stèle des fusillés de l’OAS au cimetière Saint-Laurent-Imbert de Marignane.

On ne peut oublier le terrorisme auxquels se sont livrés il y a une cinquantaine d’années les membres de cette organisation de tenants de l’Algérie française responsables de plus de 2 200 morts.

Les membres de la Commission « Mémoire-Histoire » de la FNACA (Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie), réunis à Paris le 11 octobre 2011, ont déclaré cette distinction insupportable, à quelques mois du 50e anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie. La commission rappelle dans un communiqué que « la complaisance affichée publiquement, par certains représentants de l’État, aux anciens activistes de l’OAS, les hommages rendus à leurs représentants, ne peuvent que choquer profondément les Algériens et les Français qui en ont été victimes. Ces comportements font obstacle à la réconciliation. Ils fragilisent la mise en œuvre de relations [apaisées entre les] deux pays.»

De son côté, Jean-François Gavoury, président de l’ANPROMEVO, interpelle les autorités concernées.

[Mis en ligne le 2 novembre 2011, mis à jour le 8]

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Dessin de Tardi.
L'arbitraire de l'armée : les fusillés de 14-18

les exécutions sommaires de volontaires étrangers de l’armée française

Une vraie réhabilitation des victimes des tribunaux militaires de la Grande Guerre doit s’accompagner d’une reconnaissance des exécutions extrajudiciaires, dont les victimes furent probablement plus nombreuses que les condamnés à mort fusillés. Notamment chez les étrangers engagés volontaires.

Une enquête sur les «disparus» de Chelers, le 22 juin 1915, par Gilles Manceron, co-délégué du groupe de travail Histoire, mémoire, archives de la LDH4.

Un problème qui est revenu à l’actualité en Corse grâce à l’implication de la section locale de la LDH.

[Mis en ligne le 29 octobre 2011, mis à jour le 30]

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un film sur le massacre d’Ouvéa privé de sortie en Nouvelle-Calédonie

Un film évoquant le drame d’Ouvéa en 1988 risque de ne pas pouvoir être diffusé en Nouvelle Calédonie.

Michel Rocard, dont le gouvernement est à l’origine des accords de Matignon, en 1988, s’est exprimé sur le refus du Cinécity de diffuser L’Ordre et la morale. « Je regrette profondément cette décision, a indiqué l’ancien Premier ministre. J’ai vu ce film. Il dit l’histoire et il la dit très correctement. Il est vrai que ce message est douloureux, mais il est vrai aussi qu’aucun peuple ayant été tragiquement divisé ne peut travailler à sa propre réconciliation sans assumer son histoire, et donc la connaître. » Michel Rocard a poursuivi en évoquant l’Afrique du Sud, qui « a su donner de cette conduite un exemple ». « Même en France il nous a fallu travailler sur Vichy, mieux connaître pour mieux comprendre », a rappelé l’ancien Premier ministre, pour qui « la société Hickson a choisi la régression culturelle ».5.

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Le général Nezzar.
Algérie : les affrontements des années 1990

le général Nezzar rattrapé en Suisse par une plainte pour «crimes de guerre»

L’ancien ministre de la défense et ex-homme fort du pouvoir algérien, le général Khaled Nezzar, a été interpellé lors de son passage à Genève jeudi 20 octobre 2011. Khaled Nezzar a été ministre de la défense entre 1990 et 1994. Selon l’ONG suisse TRIAL, c’était l’un des hommes les plus puissants du régime algérien à l’époque de la guerre civile.

Le ministère public a ouvert une instruction «pour suspicion de crimes de guerre», «sur la base d’une dénonciation de l’ONG suisse TRIAL, appuyée par les plaintes de deux victimes», selon une porte-parole du ministère public. Les crimes reprochés se sont déroulés «dans le contexte du conflit civil algérien, qui de 1992 à 1999, a opposé divers groupes islamistes au gouvernement». Nezzar a été remis en liberté vendredi soir, après avoir été « prévenu » (l’équivalent d’une mise en examen). L’instruction se poursuit.

François Gèze rappelle ci-dessous les responsabilités de ceux qui ont mis en place «un véritable terrorisme d’État […] qui a frappé la société algérienne dans les années 1990, au prix de quelque 200 000 morts, dont au moins 20 000 victimes de “disparations forcées” du fait des “forces de sécurité”»6.

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“La guerre civile au Rwanda : enjeux politiques et imaginaires ethniques”, par Jean-Pierre Chrétien

L’historien Jean-Pierre Chrétien et Jean-François Dupaquier, journaliste et écrivain, auteurs de Rwanda. Les médias du génocide et témoins-experts auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda en 2002, sont l’objet de poursuite pour diffamation de la part d’un ancien ambassadeur du Rwanda en France.
La lecture du texte de la conférence donnée par Jean-Pierre Chrétien le 10 janvier 2006 à la Bibliothèque nationale de France, dans un cycle consacré aux « Guerres civiles », permettra de mesurer la distance qui sépare le travail des historiens des calculs politiciens et d’apprécier à sa juste valeur cette “tentative d’intimidation”.

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Bigeard aux Invalides !

En 2001, le général Bigeard téléphone au général Aussaresses qui avait déclaré en novembre 2000 s’être «résolu à la torture», et lui demande : «Pourquoi n’as-tu pas fermé ta gueule?»7

Seize mois après son décès, les cendres du général Marcel Bigeard devraient être transférées aux Invalides – et non au Panthéon comme cela a pu être écrit.

Il souhaitait qu‘elles soient larguées au-dessus de Dien-Bien-Phu, là où reposent ses camarades tombés pendant la guerre d’Indochine. Les cendres du Général Marcel Bigeard seront finalement déposées aux Invalides aux côtés des gouverneurs, des maréchaux de France et des plus illustres chefs militaires de la nation. […] Né à Toul en 1916, le général Bigeard est décédé le 18 juin 2010.

(EstRepublicain.fr, le 24 octobre 2011)

[Mis en ligne le 18 juin 2010, mis à jour le 25 octobre 2011]

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les harkis : ni rapatriés comme les autres, ni français comme les autres

Le terme harki est utilisé de nos jours pour désigner l’ensemble des
« Français musulmans d’Algérie » qui ont été engagés dans ou au côté de l’armée française. La terminologie utilisée par l’administration pour les désigner a varié dans le temps: Français musulmans rapatriés (FMR) à partir de 1962, puis Français rapatriés de confession islamique (FRCI) en 1970 et enfin Rapatriés d’origine nord africaine (RONA) dans les années 1980. Pour les autorités françaises, ce n’étaient ni des rapatriés comme les autres, ni des Français comme les autres.

Cette logique de «catégorisation» traduisait une gestion discriminatoire de leur prise en charge : à leur arrivée en France ils ont été d’abord logés dans des camps de transit, puis relogés par la SONACOTRA qui était pourtant chargée des travailleurs migrants étrangers. Pour les HLM, ils n’étaient pas prioritaires, une directive (circulaire Missoffe de 1964) ayant précisé qu’ils ne pouvaient y accéder qu’après les « Rapatriés français de souche européenne ».

Dans l’intervention que nous reprenons ci-dessous, Laure Pitti8. revient sur les modes d’administration discriminants qu’ont rencontrés les harkis en France.

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