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Édition du 1er au 15 février 2026

jsylvestre

Pessin, Le Monde, 7 décembre 2000
Légiférer sur l'histoire ?

Génocide en deçà, guerre propre au-delà ? par Brahim Senouci

Brahim Senouci se demande si l’adoption par l’Assemblée nationale française d’une loi pénalisant la négation du génocide arménien ne permettra pas d’ouvrir un véritable débat sur l’Histoire de la colonisation française de l’Algérie. Il se reporte à la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies le 9 décembre 1948 qui dispose que le crime est constitué quand l’un des actes qu’elle énumère est commis avec l’intention de détruire, totalement ou partiellement, un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Et il interroge le lecteur sur certains épisodes de la colonisation et de la guerre d’Algérie.

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Harkis

“la République face aux harkis : questions aux historiens”, par Todd Shepard


«Avant que ne s’annoncent les manifestations commémorant le cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie (et la fin de l’empire français !), Claude Lanzmann a eu la très opportune idée de consacrer un numéro entier des Temps modernes aux harkis. Nous avons tous ou presque la conscience coupable lorsqu’il s’agit de notre indifférence devant le sort épouvantable réservé aux combattants algériens qui s’étaient rangés aux cotés de la France. Les harkis n’étaient ni des traitres ni des collaborateurs. Les Français et les Algériens sont également coupables du drame qu’ils ont vécu. Ce numéro, Harkis 1962-2012 : Les mythes et les faits, est parfaitement composé.»

Jean Daniel1


Le numéro 666, novembre–décembre 2011, de la revue Les Temps Modernes, réalisé sous la direction de Fatima Besnaci-Lancou, est consacré aux harkis. Vous trouverez ci-dessous la liste des personnes qui ont contribué à ce numéro exceptionnel, dont nous reprenons, avec l’autorisation de l’auteur et de l’éditeur, la contribution de l’historien Todd Shepard, professeur d’histoire à l’université Johns Hopkins (Baltimore), spécialiste de la France et son empire colonial au vingtième siècle.

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Génocide arménien : l’allocution de Robert Badinter au Sénat, le 4 mai 2011

L’Assemblée nationale vient d’adopter une proposition de loi de Valérie Boyer visant à réprimer «la contestation de l’existence des génocides reconnus par la loi» 2. En fait, cette proposition de loi vise à pénaliser le génocide arménien, et cela conformément à une promesse de Nicolas Sarkozy aux associations arméniennes, en 2007, juste avant son élection. Les massacres et déportations d’Arméniens dans l’Empire ottoman, ont fait plus de 1,5 million de morts entre 1915 et 1917 selon les Arméniens, 300 000 à 500 000 selon la Turquie, qui récuse la notion de génocide. Le 4 mai 2011, le Sénat avait rejeté, par 196 voix contre 74, une proposition de loi socialiste, adoptée par l’Assemblée nationale en 2006, prévoyant que toute personne niant la réalité du génocide arménien de 1915 serait punie d’un an de prison et d’une amende de 45 000 euros. Ce texte, qui avait divisé tous les groupes politiques, avait été rejeté à l’issue d’un débat passionné entre partisans et opposants. Ci-dessous l’allocution prononcée ce jour-là par Robert Badinter.

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crimes contre l’humanité en Syrie

Mise en place par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, une Commission internationale indépendante a enquêté sur les évènements de Syrie. De fin septembre à la mi-novembre, elle a pu avoir des entretiens avec 223 victimes et témoins de violations présumées des droits humains.

Dans son rapport, remis le 23 novembre et rendu public le 283, la commission déclare que « des crimes contre l’humanité ont été perpétrés par l’Armée et les Forces de sécurité syriennes depuis le début des manifestations en mars 2011 », ce qui engage la responsabilité directe de l’État syrien. Elle appelle le gouvernement syrien à ouvrir des enquêtes indépendantes et impartiales sur ces violations et à traduire en justice les responsables présumés.

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cendres de Bigeard : le président de l’ACAT écrit au ministre

Le président de l’Association des chrétiens pour l’abolition de la torture (l’ACAT) demande au ministre de la Défense de renoncer à son projet de transfert des cendres du général Bigeard aux Invalides.

Les raisons qu’il invoque sont fondamentales : « cela reviendrait à légitimer l’usage de la torture pendant la guerre d’Algérie et, plus largement comme méthode de lutte contre le terrorisme. En ce sens, cela contreviendrait aux obligations de la France, signataire de la Convention internationale contre la torture.»

Certes, il n’y a pas que des défenseurs de la patrie qui soient inhumés aux Invalides : avec la dépouille de l’amiral Duperré, commandant de la flotte d’invasion en 1830, on y trouve celles des chefs de l’armée qui conquit l’Algérie – le général Damrémont, les maréchaux Bugeaud, Canrobert, Pélissier, et Saint-Arnaud – une conquête terriblement dévastatrice que certains historiens qualifient de “première guerre d’Algérie”4. Mais l’ACAT rejoint la demande des signataires de la pétition Non à un hommage officiel au général Bigeard en demandant que le gouvernement n’honore pas un chef militaire qui, jusqu’à la fin de sa vie, a justifié l’usage de la torture.

A la suite de la lettre du président de l’ACAT, nous reprenons l’article 10 de la Convention contre la torture.

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Bigeard aux Invalides ?

juin 1957, opération de “pacification” sous les ordres du colonel Bigeard

Le 27 juin 1957, le colonel Marcel Bigeard arrive en hélicoptère à Saharidj, région du Djurdjura, pour superviser une opération de nettoyage d’une durée de 3 jours, du 27 au 29 juin 1957.

Aussitôt il installe son PC au lieudit Tayda n Lemsara, et un poste avancé au lieu dit Thalouine en haute montagne sur le flanc sud de Tamgout d’où il supervise le déroulement de l’opération. Le PC de Tayda n Lemsara était composé d’environ une centaine de tentes militaires entourées de barbelé et comprenant un centre de tri des prisonniers, un autre de torture et enfin un 3e réservé aux exécutions sommaires.

A proximité de ce camp, se trouve un cimetière du même nom. Deux fosses communes y ont été aménagées ; après l’indépendance, on en retirera 45 squelettes, 27 chouhadas (martyrs) exécutés sur ordre de Bigeard dans la première et 18 dans l’autre5.

Le blog Saharidj Tribune revient sur cette opération de “pacification” à la Bigeard.

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vers une reconnaissance et une indemnisation des travailleurs forcés indochinois en France ?

Après 70 ans de silence, l’État français pourrait enfin reconnaitre le sort subi par les 20 000 paysans vietnamiens qui ont été envoyés en France en 1939. Ils furent emmenés, le plus souvent de force, en fond de cales de bateaux, parqués dans des camps, utilisés comme main d’œuvre dans des ateliers d’armement, puis dans tous les secteurs de l’économie française, sans que jamais aucun salaire ne leur soit versé. Ce scandale a duré jusqu’en 1948, et même au-delà pour certains. Les derniers d’entre eux ne purent revoir leur pays qu’en 1952, après 13 années d’exil forcé. Un millier restèrent en France, et y fondèrent une famille.

La publication en 2009 du livre Immigrés de force, les travailleurs indochinois en France (1939-1952) de Pierre Daum6 a provoqué une prise de conscience, notamment dans le midi méditerranéen, devant le sort de ces anciennes victimes du colonialisme. Des parlementaires de tout l’éventail politique ont déposé des questions écrites au gouvernement « lui demandant quelles mesures il compte prendre afin que la France reconnaisse officiellement sa responsabilité dans ce drame inhumain enduré par les travailleurs forcés d’Indochine et s’il compte procéder à une juste indemnisation des familles. »

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affaire Bigeard : reconnaître les « heures noires » qui souillent notre passé

« Quand je [général Jacques Massu] suis arrivé en Algérie en 1955,

je me souviens de l’avoir vu en train d’interroger un malheureux,

avec la gégène.
»

Le projet de transfert aux Invalides des restes du général Bigeard a remis à l’actualité ces heures noires où « un pays de tradition libérale» a vu «en quelques années ses institutions, son armée, sa justice, sa presse, corrodées par la pratique de la torture, par le silence et le mensonge observés autour de questions vitales qui mettent en cause la conception même que l’Occident affirme se faire de l’homme.7 »

La pratique de la torture par l’armée française pendant la guerre d’Algérie n’est plus contestée – voir ci-dessous le témoignage de Massu sur Bigeard. Elle s’est faite avec la complicité du pouvoir politique. Pendant “la bataille d’Alger”, grâce au vote des “pouvoirs spéciaux”, les autorités civiles se sont défaussées sur les militaires de leur responsabilité du maintien de l’ordre. Mais, dès le début de la guerre, les militaires avaient eu « toute latitude pour mener une guerre totale8».

Aujourd’hui, notre pays s’honorerait en renonçant au transfert des cendres du général Bigeard aux Invalides9, et en effectuant une démarche de reconnaissance d’une de ces « heures noires » « qui blessent la mémoire, et l’idée que l’on se fait de son pays » évoquées par le président Jacques Chirac le 16 juillet 1995 alors qu’il reconnaissait la responsabilité de l’Etat français dans la déportation des Juifs durant l’Occupation10.

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discours de Jacques Chirac lors de la commémoration de la Rafle du Vel’d’Hiv’

Le discours de Jacques Chirac, le 16 juillet 1995, pour le 53ème anniversaire de la rafle du Vel’d’Hiv (16-17 juillet 1942) marque le début de sa présidence.

Pour la première fois, la responsabilité de l’Etat Français, mais également celle des Français, dans cet évènement tragique et dans la Shoah, seront reconnus. C’est une rupture avec ses prédécesseurs et l’un des thèmes importants de ses années de pouvoir, au même titre que la condamnation de l’esclavage.

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pétition contre le transfert des cendres de Bigeard : le point

L’appel Non à l’hommage officiel au général Bigeard, contre le transfert aux Invalides des cendres de cet officier « baroudeur », au lourd passé indochinois et algérien, rencontre un grand succès.

Une semaine après sa mise en ligne, plus de 6 000 personnes de toutes opinions et de toutes origines, se sont prononcées contre cette opération politicienne. D’anciens ministres, des responsables politiques et syndicaux, des représentants d’associations, des élus, des intellectuels de renom, des artistes, des témoins et acteurs majeurs des guerres d’Indochine et d’Algérie, parmi lesquels des militaires, des citoyens de tous horizons soutiennent cette démarche.

Nous reprenons deux témoignages, dont une lettre ouverte émanant de la Licra, qui nous encouragent à poursuivre notre action contre cette falsification du passé colonial. Comme l’a récemment déclaré Marc Laffineur, secrétaire d’État auprès du ministre de la défense et des anciens combattants, «il faut avoir le courage de faire la lumière sur tous les aspects de ce conflit», car « ce qui a été fait avec l’Allemagne, en termes de réconciliation, doit pouvoir être fait avec l’Algérie.»

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Gilbert Meynier appelle les historiens algériens et français à ouvrir des chantiers mémoriels

Rencontré en marge de sa tournée en Algérie, l’historien Gilbert Meynier revient sur la relation entre la France et l’Algérie à moins d’une année du 50e anniversaire de l’indépendance. Le professeur émérite de Nancy II n’épargne ni les responsables algériens ni les responsables français, et appelle les historiens des deux pays à se pencher sur ce qu’il appelle les «chantiers mémoriels».

À la suite de la publication de cet entretien dans El Watan, Gilbert Meynier a adressé deux mises au point à Aziz Mouats qui les a reprises sur son blog – vous les trouverez en bas de cette page.

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