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Édition du 1er au 15 février 2026

jsylvestre

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Le 17 octobre 1961

“la police parisienne et les Algériens (1944-1962)”, par Emmanuel Blanchard

Le « problème nord-africain » : c’est ainsi que la police avait pris l’habitude de qualifier après-guerre la question des immigrés algériens installés en région parisienne. Théoriquement égaux en droit avec les autres citoyens français, ils étaient cantonnés à certains emplois et quartiers, en butte à une forte emprise policière et objets de nombreux fantasmes. Pour comprendre ce qui a rendu possible l’explosion des violences policières du 17 octobre 1961, l’historien Emmanuel Blanchard, chercheur au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip), s’est intéressé à l’emprise policière sur ces immigrés au cours des deux décennies précédentes. Dans son livre récemment publié, La Police parisienne et les Algériens (1944-1962)1 dont l’épilogue est reprise sur ce site, il met en évidence grâce à un travail sur des archives et des témoignages inédits, la manière dont les pratiques des fonctionnaires chargés de la sécurité ont contribué à créer ce «problème nord-africain».

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Emmanuel Blanchard a abordé ce sujet, lors du colloque “Nanterre ne veut pas oublier” qui s’est tenu, le 15 octobre 2011, à la Maison de la Musique de Nanterre. Voici le texte de son intervention, basé sur la transcription qu’en a faite Christine Excoffier2 et revue par Emmanuel Blanchard.

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Mourad Dhina ne doit pas être extradé vers l’Algérie où il risque d’être torturé

Une coalition de 11 ONG nationales et internationales a adressé une lettre ouverte au Premier ministre français M. François Fillon, l’appelant à refuser la demande d’extradition vers l’Algérie du Dr. Mourad Dhina, directeur exécutif d’Alkarama, qui risque d’être torturé. C’est le Premier ministre qui en France est chargé de signer les décrets d’extradition.

Une telle extradition serait contraire aux conventions internationales dont la France est partie. Les organisations signataires expriment également leurs craintes que la demande des autorités algériennes ne soit motivée par la volonté de museler le Dr. Dhina autant dans ses activités de militant des droits de l’Homme au sein d’Alkarama que dans son engagement politique dans le Mouvement Rachad, association régulièrement enregistrée en France qui prône un changement visant à la transition démocratique en Algérie.

Une pétition (01.02.2012) : Non à l’extradition du Dr Mourad Dhina en Algérie !.

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Policiers effectuant un contrôle d’identité et palpation d’un jeune à Paris, le 6 juin 2011 (© 2011 Ludovic/Rea/Redux)
Contrôle au faciès

La base de l’humiliation

L’organisation Human Rights Watch (HRW) publie le 26 janvier 2012 un rapport de 64 pages sur les contrôles d’identité abusifs en France, dont nous reprenons ci-dessous le résumé et les recommandations clés.

Le rapport confirme que les jeunes issus des minorités, dont des enfants n’ayant pas plus de 13 ans, font fréquemment l’objet de contrôles comprenant des interrogatoires prolongés, des palpations portant atteinte à leur intimité, ainsi que des fouilles d’objets personnels. Human Rights Watch a constaté que ces contrôles arbitraires peuvent avoir lieu même en l’absence d’un signe quelconque d’infraction. Les propos insultants, voire racistes, ne sont pas rares, et certains contrôles donnent lieu à un usage excessif de la force par la police.

Ce problème fait l’objet d’une proposition de loi « relative aux contrôles d’identité et à la lutte contre les contrôles au faciès», déposée par le groupe sénatorial EELV3.

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De l’obligation de neutralité des assistant[e]s maternel[le]s

Le Sénat, majoritairement à gauche depuis les dernières élections, a voté une proposition de loi soumettant les assistants maternels « à une obligation de neutralité en matière religieuse ». Les sénateurs EELV ont voté contre, les communistes se sont abstenus, mais le texte déposé par le PRG a bénéficié du soutien de la plupart des sénateurs PS et de plusieurs sénateurs UMP. Cependant, pour pouvoir entrer en application, il faut encore que la loi soit votée par l’Assemblée Nationale.

Pour la LDH, «à travers cette proposition de loi, on assiste à une nouvelle tentative de dénaturer la laïcité en un moyen d’exclusion qui, dans les faits, vise tout particulièrement les femmes de confession musulmane».

À la suite du communiqué de la LDH, nous reprenons un texte de Pierre Bourdieu écrit au moment de la première affaire du voile, celle de Creil, en septembre 19894. Sa lecture, vingt ans après, permet de mesurer à quel point rien n’a changé quant à la psychose suscitée par le foulard.

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Photos de disparus au mémorial Gisozi de Kigali [source : Reuters]
Légiférer sur l'histoire ?

Le droit à la recherche sur les génocides et sur les négationnismes, par Jean-Pierre Chrétien

L’adoption, le 23 janvier dernier, de la loi “visant à réprimer la contestation de l’existence des génocides reconnus par la loi” ne met pas un terme aux controverses sur ce sujet. Dans le texte repris ci-dessous, publié le 17 janvier sur le site du Comité de vigilance face aux usages publics de l’Histoire (CVUH), Jean-Pierre Chrétien, historien spécialiste reconnu de l’histoire de l’Afrique des Grands lacs, inquiet du caractère superficiel de nombreux commentaires suscités par cette loi, rappelle la gravité spécifique de la question des génocides, souligne la virulence en France d’un courant déniant la réalité du génocide des Tutsi rwandais en 1994 et demande que soit garanti « le droit de qualifier un négationnisme contre les harcèlements judiciaires, tout en refusant la pénalisation juridique de celui-ci. » Il conclut : « Ces débats ne doivent pas se régler dans des prétoires. »

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maintien d’une scandaleuse discrimination envers les Roumains et les Bulgares

Le premier janvier 2007, la Roumanie et la Bulgarie ont rejoint l’Union Européenne. Leurs ressortissants bénéficient donc en théorie des mêmes droits que les autres citoyens européens et notamment de l’un des piliers de la construction de l’Europe : la liberté de circulation et d’installation. En théorie seulement, car les traités d’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l’Union Européenne prévoient la possibilité pour les États membres de déroger temporairement au droit communautaire en restreignant l’accès au marché du travail des ressortissants de ces nouveaux pays membres.

Plusieurs États européens ont décidé de lever totalement les restrictions d’accès à leur marché du travail, d’autres l’ont ouvert partiellement, notamment pour certaines qualifications. Fin décembre 2011, dix États membres, dont la France, maintenaient des mesures transitoires.

Le Collectif Romeurope et les principales organisations syndicales avaient adressé le 21 décembre 2011 une lettre ouverte au premier ministre pour connaître ses intentions, tout en exposant l’inutilité et les effets pervers de ce dispositif injuste et en demandant qu’il y soit mis fin. Avant que la moindre réaction officielle ne leur soit parvenue, la réponse a été donnée par le biais d’une question orale au Sénat5 : le gouvernement a reconnu le 17 janvier avoir informé la Commission européenne de sa décision de reconduire pour deux années, jusqu’au 31 décembre 2013, les mesures transitoires qui restreignent l’accès à l’emploi en France des ressortissants roumains et bulgares.

Vous trouverez ci-dessous la réaction de Romeurope à cette décision du gouvernement français, suivie de la lettre ouverte du 21 décembre.

[Mise en ligne le 29 décembre 2011, mis à jour le 24 janvier 2012]

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Génocide arménien : la transformation d’un fait historique en argument électoraliste

Au lendemain de sa ratification par le Parlement, l’Elysée a promis, mardi 24 janvier, une promulgation « dans les 15 jours » de la loi “visant à réprimer la contestation de l’existence des génocides reconnus par la loi”. Une loi qui ne paraît pas dénuée d’arrière-pensées électoralistes : avant son élection en 2007, M. Sarkozy avait promis aux représentants de la communauté arménienne de France, estimée à un demi-million de personnes, de soutenir le vote d’une loi réprimant la négation du génocide de 1915, reconnu en 2001 par une loi française. Lors de sa visite d’État en Arménie, début octobre, Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs appelé la Turquie à reconnaître sa responsabilité dans le génocide arménien de 1915 en «revisitant» et en «regardant en face» son histoire – sans doute n’avait-il pas présent à l’esprit, ce jour-là, le refus de la France de reconnaître sa responsabilité dans les massacres du 17 octobre 1961. Cette loi, à laquelle une grande partie de la gauche était favorable, est jugée aberrante par de nombreux historiens, comme Gilles Manceron qui a traité par ailleurs de “mémoire et histoire : des liaisons dangereuses”. Le Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH) évoque une « instrumentalisation de l’histoire ». Par ailleurs, l’ancien président du Conseil constitutionnel, Robert Badinter, juge ce texte anticonstitutionnel.

[Mis en ligne le 21 décembre 2011, mis à jour le 24 janvier 2012]

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Paul Teitgen par Marie Bellando-Mitjans
La grande répression d'Alger 1957

Alexis Jenni : “Paul Teitgen dans l’ombre comptait les morts”

En exergue de son livre L’art français de la guerre, Alexis Jenni cite Pascal Quignard : « Qu’est-ce qu’un héros ? Ni un vivant ni un mort, un […] qui pénètre dans l’autre monde et qui en revient ».

Alexis Jenni pensait-il alors à Paul Teitgen ? C’est tout à fait vraisemblable, car un peu plus loin dans son livre on peut lire cet extrait qu’il nous a aimablement autorisé à reprendre.6

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Affiche reprenant un dessin original de l'artiste Ernest Pignon-Ernest.
1962, la fin de la guerre d'Algérie

colloque Nice 10-11 février 2012 : 50e anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie

La section de Nice de la Ligue des droits de l’Homme organise à Nice un colloque pour le cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie. Les manifestations se dérouleront sur deux jours :

  • vendredi 10 février à 18h30 : représentation de Le contraire de l’amour, d’après le Journal (1955-1962) de Mouloud Feraoun
  • samedi 11 février de 9h à 17h30, le colloque proprement dit.

Ces différents événements se tiendront tous au CLAJ de Cimiez, 26 avenue Scuderi à Nice.

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Lois mémorielles et clientélisme électoral, par Esther Benbassa

Esther Benbassa, directrice d’études à l’Ecole pratique des hautes études (Sorbonne) et sénatrice Europe Ecologie – les Verts du Val-de-Marne, a publié une tribune dans Libération le 17 janvier 2012 que nous reproduisons ici. Elle explique pourquoi elle votera contre la proposition de loi « visant à réprimer la contestation de l’existence des génocides reconnus par la loi » qui sera discutée au Sénat le 23 janvier prochain7. Ses derniers ouvrages parus : La Souffrance comme identité (Pluriel, 2010), et De l’impossibilité de devenir français, publié le 18 janvier 2012.

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Charonne 8 février 1962

Charonne ou l’oubli impossible

Le 8 février 1962, au moment de la dispersion d’une manifestation contre les attentas de l’OAS, la police charge violemment les manifestants devant le métro Charonne. Il y aura 9 morts. Aujourd’hui, 50 ans après, comme pour la répression de la manifestation des Algériens le 17 octobre 1961, la vérité sur ce massacre n’a toujours pas été reconnue…

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Les sections Paris 10-11 et Paris 20 de la LDH organisent, lundi 6 février, dans la grande salle de l’AGECA8, une projection-débat :
– 20h : projection du film de Daniel Kupferstein Mourir à Charonne, pourquoi ?
– 21h, débat avec Gilles Manceron, historien, responsable du groupe de travail de la LDH “Histoire, mémoires et archives”, Daniel Kupferstein, réalisateur et Jean-Luc Einaudi, auteur du livre Octobre 61, un massacre à Paris.

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Aujourd’hui paraît Dans l’ombre de Charonne, récit graphique bouleversant de ces évènements tragiques. Désirée (texte) et Alain Frappier (dessin) ont nourri leur ouvrage du témoignage d’une rescapée du drame, Maryse Douek, jeune fille originaire d’Egypte, alors âgée de 17 ans et devenue depuis sociologue. Nous reprenons la préface que Benjamin Stora a écrite pour ce témoignage dramatique.

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Les camps

“Violence ordinaire dans l’Algérie coloniale”, par Sylvie Thénault

Pendant la guerre d’indépendance algérienne, les autorités françaises ouvrirent des camps d’internement pour les « suspects » arrêtés par la police ou par l’armée. Des dizaines de milliers d’Algériens y furent détenus. Recours ponctuel pour maintenir l’ordre public dans des circonstances extraordinaires ? Pas seulement. Ces camps n’étaient qu’une forme nouvelle de l’internement, dont les autorités françaises avaient usé, depuis longtemps, pour réprimer les résistances qu’elles rencontraient en Algérie. Y compris en dehors des périodes de guerre ou d’insurrection.

Cet ouvrage ne se borne pas à dénoncer les duretés des autorités ou leurs dérives aux moments de crise. Il retrace l’histoire, tout au long de la période coloniale, de la pratique de l’internement dans sa mise en œuvre concrète par la France, depuis l’époque de l’indigénat. Pourquoi était-il utilisé ? Qui en était victime ? Quel rôle jouait-il dans la tutelle exercée sur les colonisés ?

C’est toute la logique de l’arbitraire colonial que l’une des meilleures spécialistes démonte dans cet ouvrage dépassionné mais clinique, dont nous reprenons le début de l’introduction, ci-dessous, en “bonne feuille”.

Sylvie Thénault est chargée de recherche au CNRS, au Centre d’histoire sociale du xxe siècle. Elle est notamment l’auteur d’une Histoire de la guerre d’indépendance et d’Une drôle de justice. Les magistrats dans la guerre d’Algérie.

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