Au milieu des années 1970, les gouvernements dictatoriaux du cône sud de l’Amérique – Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Paraguay, Uruguay – créaient une organisation criminelle supranationale, l’Opération Condor, dont la mission était d’éliminer leurs opposants politiques, dans leurs pays mais aussi à l’étranger. Que la CIA ait soutenu l’Opération Condor est un secret de Polichinelle. En revanche, et en dépit du travail de Marie-Monique Robin, le rôle joué par certains militaires français dans la genèse de cette organisation meurtrière semble moins connu.
Les méthodes employées par les responsables de l’Opération Condor sont précisément celles que les militaires français avaient mises en pratique durant la guerre d’Algérie, et que certains d’entre eux, comme le général Aussaresses, avaient enseignées par la suite : à l’École des Amériques de Panama, pas moins de 60 000 officiers furent entraînés par les « experts » français. On retrouve même certains de ces instructeurs à Fort Bragg, aux États-Unis, quelques années avant la guerre du Viêt-nam. Leur modèle : la bataille d’Alger. Leur bible : La guerre moderne du colonel Trinquier. Leurs méthodes : escadrons de la mort, torture et disparitions.
30 000 Argentins disparus furent directement victimes de ces méthodes. Pour la première fois, l’Argentine a entamé, mardi 5 mars 2013, le procès de certains acteurs de l’Opération Condor.