
La colonialité des pratiques policières françaises
Trois spécialistes de la police soulignent l’existence d’un continuum colonial dans les pratiques policières françaises à l’égard des habitants des quartiers populaires.

Trois spécialistes de la police soulignent l’existence d’un continuum colonial dans les pratiques policières françaises à l’égard des habitants des quartiers populaires.

Dans son numéro de juin 2023, la revue Passés-Futurs, consultable en ligne sur le site Politika, publie un riche dossier intitulé « L’incertain statut des statues. Constructions et déconstructions ». Dirigé par Marc Olivier Baruch, il examine sous divers angles la question posée avec acuité dans plusieurs pays depuis le mouvement Black Lives Matter de ce qu’il faut faire aujourd’hui des statues honorant dans l’espace public des personnages liés à l’esclavagisme et à la colonisation. Outre la présentation de cette revue et son sommaire, nous publions un extrait d’un article de l’historien Olof Bortz qui passe en revue les réactions plutôt « progressistes » des historiens britanniques et celles, plus rares et plus « conservatrices », des historiens français.

Après que ce sont produits ces derniers mois plusieurs tirs policiers tuant ou blessant des personnes coupables de « refus d’obtempérer », une vidéo montrant le meurtre à Nanterre le 27 juin 2023 de Nahel, 17 ans, a déclenché une violente révolte des quartiers populaires dans toute la France. Alors que l’ONU l’appelait à traiter sérieusement la question du racisme dans la police française, le président Emmanuel Macron a affirmé que cette révolte était causée « par les réseaux sociaux et les jeux vidéo » et mis en œuvre une répression qu’il a qualifiée de « sans tabous ». Nous publions un texte publié dans Télérama de l’écrivaine et sociologue Kaoutar Harchi qui évoque « le risque permanent de la peine de mort » qui pèse sur les jeunes hommes racisés, ainsi qu’un entretien de Mediapart avec le sociologue Michel Kokoreff qui rappelle le précédent de 2005 et déplore une « amnésie collective ».

Lors du Front populaire et entre la Libération et 1953, la Fête nationale a été marquée par des défilés populaires dans Paris, le plus souvent entre la place de la Bastille et la place de la Nation. Le massacre par la police parisienne, le 14 juillet 1953, place de la Nation, des Algériens défilant parmi les Parisiens en demandant leur indépendance y a mis fin. Six d’entre eux ont été tués par balles ainsi qu’un syndicaliste de la Métallurgie CGT qui les défendait. Cette répression a marqué la fin des défilés populaires du 14 juillet. 70 ans après ce drame trop oublié, une commémoration spectaculaire aura lieu le 13 juillet Place de la Nation. Et de nombreuses associations et organisations syndicales ou politiques appellent à refaire, chaque 14 juillet, les défilés populaires en hommage à la Révolution française.

Les éditions Ròt-Bò-Krik ont publié en mai 2023 Imaginer la libération. Des femmes noires face à l’empire, par Annette Joseph-Gabriel. Y sont présentés à partir de leurs écrits et de leurs archives, les parcours trop méconnus de sept militantes noires qui contestèrent dans la seconde moitié du XXe siècle la domination impériale et raciste : Suzanne Césaire, Paulette Nardal, Eugénie Éboué-Tell, Jane Vialle, Andrée Blouin, Aoua Kéita et Eslanda Robeson. Nous publions ici la présentation de l’éditeur, le prologue du livre et sa recension dans la revue Clio, ainsi qu’un lien vers une émission que France Culture lui a consacré.

Dans Une écologie décoloniale. Penser l’écologie depuis le monde caribéen, publié au Seuil en 2019 et en anglais par Polity press en 2022, le politiste martiniquais Malcolm Ferdinand avance que « l’environnementalisme a inventé un récit de la Terre et une manière de parler des changements climatiques et écosystémiques qui occultent totalement les destructions humaines et environnementales qui ont été causées par les colonisations, les impérialismes et les esclavages ». Depuis l’espace caribéen, fortement marqué par l’histoire coloniale et dont il est un spécialiste, évoquant notamment le scandale du pesticide chlordécone, il invite à « penser une écologie décoloniale ». Nous publions ici une recension de son livre par Laurie Gagnon-Bouchard dans La vie des idées, ainsi que deux entretiens avec l’auteur.

Le Musée de l’histoire de l’immigration désormais dirigé par Constance Rivière a fait peau neuve après trois ans de travaux. Jusque-là très centré sur le thème de « l’intégration » des immigrés, son parcours profondément modifié va désormais du XVIIe siècle esclavagiste à la crise actuelle de l’asile. Il ambitionne selon les mots de l’un des inspirateurs du projet, l’historien Patrick Boucheron, de « faire évoluer les regards » et de faire réagir « contre l’inattention » et « une perception faussée, tant par méconnaissance que par effets des discours politiques, des réalités de l’immigration ». On lira ici un article de Clémence Mary et Claire Moulène paru dans Libération qui le décrit et qui rappelle l’histoire mouvementée de ce musée national très politique. Nous y ajoutons des liens vers les émissions qu’Arte et France Musique lui ont consacré, ainsi que la présentation du rapport publié au Seuil en 2017 qui l’a inspiré. Enfin, on lira aussi une protestation des conférenciers du musée contre la dégradation extrême de leurs conditions de travail.

Le 11 juin 2023, à l’appel de l’Association Josette et Maurice Audin et d’autres associations, dont le MRAP et la Ligue des droits de l’Homme, un rassemblement a été organisé au cimetière du Père-Lachaise à Paris devant le cénotaphe de Maurice Audin, qui a également associé le souvenir de son fils Pierre Audin, récemment disparu. Nous en publions ci-dessous les images. Un message a été lu de la députée Sabrina Sebahi, vice-présidente du groupe d’amitié France-Algérie. Ont pris notamment la parole l’ambassadeur de France délégué interministériel à la Méditerranée au Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, Karim Amellal, et l’historien Tramor Quemeneur, directeur de projet à la Présidence de la République, chargé des questions mémorielles sur la colonisation et la guerre d’Algérie, secrétaire général (partie française) de la commission franco-algérienne d’historiens.

Le Musée d’histoire de Nantes présente au Château des ducs de Bretagne jusqu’au 12 novembre 2023, dans une troisième édition d’« Expression(s) décoloniale(s) », une exposition « pour déplacer notre regard en interrogeant nos certitudes, en questionnant nos imaginaires, sur notre histoire coloniale ». Une vingtaine d’œuvres de Barthélemy Toguo, artiste camerounais de renommée mondiale et des textes écrits par l’historien camerounais François Wassouni voisinent avec les collections historiques du musée relatives à l’histoire de l’esclavage et de la colonisation. On lira ci-dessous la présentation de l’évènement ainsi qu’un article de Clémentine Mercier dans Libération qui expose le point de vue de l’artiste Barthélémy Toguo.

Le Sénégalais Lamine Senghor (1889-1927) est, durant les années 1920, le plus important des militants noirs anticolonialistes en France.

Si le massacre parisien du 17 Octobre 1961, après des décennies de déni et de mensonges, est apparu dans la mémoire française, il n’en est pas de même pour celui du 14 juillet 1953, Place de la Nation. La police a ouvert le feu sur le cortège des indépendantistes algériens, tuant six d’entre eux et un syndicaliste de la Métallurgie CGT qui les défendait, et faisant des dizaines de blessés par balles. Cette répression a précipité le déclenchement de la guerre d’indépendance algérienne. Elle a marqué aussi la fin des défilés populaires du 14 juillet qui ont existé lors du Front populaire et après la Libération. 70 ans après, une commémoration spectaculaire aura lieu le 13 juillet Place de la Nation. Et des associations comme le MRAP, la LDH, Attac, la Libre Pensée, les Ami(e)s de Maurice Rajsfus, l’ITS et des organisations syndicales ou politiques s’interrogent sur un appel à refaire un défilé populaire pour le 14 juillet.

La loi Taubira reconnaissant en 2001 l’esclavage entrepris par la France comme un crime contre l’humanité a écarté la mise en œuvre par elle de réparations matérielles, pourtant envisagée dans le projet initial et réclamée notamment en Martinique et en Guyane et par le Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN) et plusieurs personnalités. La reconnaissance du crime suffit-elle à le « réparer » ? Ci-dessous l’article très bien documenté du Monde, par Julien Vincent, qui présente un état mondial de la réflexion sur la problématique du dédommagement de l’esclavage et de la colonisation. Il s’appuie sur de nombreux livres dont la plupart ne sont pas traduits en français. Nous publions également une tribune de l’économiste Thomas Piketty, publié au lendemain du mouvement Black Lives Matter, dans laquelle il appelait à « ne plus éluder » la question des réparations.