
Présentation de l’éditeur
Publié en 1831, à Londres, The History of Mary Prince, a West Indian Slave, Related by Herself provoque un séisme moral et politique. Pour la première fois, une femme esclavisée dit sans détour et avec une précision sinistre la cruauté des maîtres, la violence, l’horreur de l’esclavage et l’inhumanité qui règne dans la Caraïbe anglophone.
Ce texte a servi d’appui aux abolitionnistes britanniques pour défendre les droits de Mary Prince devant la justice, vainement et sans effets immédiats. Cependant, cette voix poignante qui dit sa souffrance et sa dignité est restée dans les mémoires et a justifié les combats en faveur de l’abolition de l’esclavage votée quelques années plus tard en 1833, en Angleterre.
Cet ouvrage propose un dossier complet sur Mary Prince. Il mêle archives et appréhensions sensibles, questions historiques et conscience des héritages de cette histoire car Souria Adèle, comédienne, et Emma Sudour, traductrice, ont exhumé ce texte, l’ont traduit et pour mieux le faire connaître l’ont adapté pour le théâtre. Tout y est pour comprendre l’horreur de l’esclavage.
Souria Adèle est comédienne, autrice, militante associative d’origine martiniquaise et membre fondateur du Collectif pour le créole au bac dans l’Hexagone (CCBH).
Emma Sudour est traductrice, mais aussi comédienne, autrice, metteuse en scène et formatrice du spectacle vivant, ainsi que militante associative.
Lire sur notre site Mary Prince, esclave antillaise, par Eric Mesnard
Avant-propos de Souria Adèle
C’est au printemps 2002, dans les allées du salon du Livre de l’Outre-Mer qui se tenait dans les jardins de ce même ministère, que j’ai découvert cet ouvrage en français sous le nom de La Véritable Histoire de Mary Prince. Esclave antillaise, publié chez Albin Michel.
J’étais très surprise de lire au verso qu’il s’agissait du premier témoignage laissé par une femme esclave durant l’esclavage colonial, persuadée d’avoir déjà lu des récits d’esclaves affranchies. Je l’achetai par curiosité et très vite j’ai été happée et saisie par ce récit âpre, cruel, mais tellement singulier, et je réalisai que je n’avais jamais lu de vrais témoignages de personnes mises en esclavage, mais uniquement des livres de fiction.
À la fin de ma lecture je me suis dit quel don cette femme nous fait, quelle chance que son récit ait pu nous parvenir, et j’étais persuadée à ce moment-là qu’un metteur en scène ou un cinéaste allait développer un projet artistique autour de ce récit.
Et puis non. Rien. En mai 2009, personne ne s’étant emparé de ce texte, lors du mois de la création théâtrale au Théâtre 14 à Paris, je décidai d’en faire une lecture dans son intégralité. Plus d’une centaine de personnes y ont assisté. Je me souviens de la présence de Daniel Maragnès, professeur de philosophie, de Gisèle Pineau romancière, de Joby Valente, chanteuse et comédienne, et de beaucoup d’autres membres de la diaspora. Tous m’encourageaient à monter ce projet. Les gens me connaissaient pour un spectacle comique que j’avais joué durant une dizaine d’années, Marie-Thérèse Barnabé, Négresse de France ! et il est vrai que ce n’est pas dans ce registre dramatique que l’on m’attendait.
J’allai trouver mon professeur de théâtre John Strasberg et je lui demandai des conseils. Il me dit surtout de rester simple. C’est le texte qui doit parler. Le texte est le personnage principal. La sobriété étant de mise, c’est au comédien martiniquais Alex Descas que je demandai de me mettre en scène.
Je me suis donc procuré la version anglaise du récit et, avec mon amie et traductrice Emma Sudour, nous avons travaillé sur la traduction et sur l’adaptation.
La pièce de théâtre qui est donc présentée dans cet ouvrage est basée sur le récit authentique The History of Mary Prince, a West Indian Slave, Related by Herself, écrit par Mary Prince et publié en 1831 à Londres.
L’intégralité du récit original nous aurait emmené à presque deux heures de spectacle, avec beaucoup de redondances, d’où la nécessité d’une version plus courte. L’adaptation a consisté à faire des coupes, retirer les commentaires, redonner de l’oralité à un texte qui n’est pas conçu pour le théâtre mais pour le monde judiciaire, à faire le choix des événements les plus pertinents dans la narration et à révéler le nom des propriétaires de Mary Prince qui avait été dissimulé lors de la publication du récit en 1831. Le factuel domine plus que l’émotionnel pour éviter toute forme de pathos. La forme du témoignage à la première personne a été privilégiée, sous forme d’un monologue d’environ une heure.
Cet ouvrage hybride est composé du témoignage de Mary Prince dans son intégralité et d’un supplément écrit par l’avocat abolitionniste Thomas Pringle, précédé d’une préface de la romancière Fabienne Kanor et d’une recontextualisation historique de Mélanie Cournil, maîtresse de conférences en civilisation britannique. Le texte de la pièce de théâtre clôt cet ouvrage, complété par une petite sélection de photos que j’ai pu faire lors du tournage d’un docu-théâtral qui m’a conduite sur les lieux où Mary Prince a vécu.
N’ayant pas de récit équivalent dans le monde francophone, la parole de Mary Prince c’est aussi la parole des « Mary Prince » de l’Atlantique et au-delà, martiniquaises,
guadeloupéennes, guyanaises, réunionnaises, haïtiennes dont nous n’avons toujours pas de témoignage aujourd’hui.