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Édition du 1er au 15 février 2026

Racisme

Le racisme postcolonial

La race tue deux fois,
par Rachida Brahim

La race tue deux fois, à paraître en janvier 2021 aux éditions Syllepse, fait l’histoire des crimes racistes postcoloniaux en France jusqu’en 2000. Il met au jour ce « long désastre qui sait taire sa source » et dont l’occultation à peu près complète permet un déni officiel persistant, comme l’actualité récente l’a montré. De la grande vague de violence de 1973 dans le sud de la France aux crimes policiers des années 1990 en passant par les crimes racistes jalonnant les années 1980, l’ouvrage de Rachida Brahim, issu d’une base de données de plus de 700 cas, nous invite à prendre la mesure de cette histoire à l’heure où le racisme institutionnel et l’action de la police continuent chaque année à être à l’origine de nombreux morts. Nous en publions ici l’introduction, la table des matières ainsi que le film de trois minutes où elle présente sa thèse.

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Racisme et islamophobie

Insultes racistes.
La persistance de l’impensé colonial

Le livre d’Alain Ruscio, Des racines coloniales du racisme « à la française ». Petit dictionnaire des insultes racistes, est une plongée dans les mots qui remontent à la période coloniale où la dévalorisation des êtres à la peau noire, brune ou jaune mena à des comparaisons insultantes. Les Maghrébins étaient des « bicots », des « crouïats », des « troncs »…, les Noirs des « négros », des « bamboulas », des « chocolats »…, les Indochinois des « nha-qués »… Parfois, des mots migraient : ainsi, « bougnoules » passa des Noirs aux Maghrébins. Ci-dessous, l’article que Roland Laffitte, président de la Société d’études linguistiques et étymologiques françaises et arabes (Selefa), a consacré à cet ouvrage dans la revue en ligne Orient XXI.

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La société française au temps des colonies

Un ouvrage d’Alain Ruscio et Marcel Dorigny
sur la caricature raciste à l’époque coloniale

L’historien Alain Ruscio a rassemblé dans un livre les images que l’Europe au sommet de son expansion impériale présentait des peuples colonisés. Si elles nous paraissent aujourd’hui dégradantes, les contemporains ne les percevaient pas comme telles. D’où la réflexion de Joëlle Stolz dans son blog de Mediapart, qui se félicite que, grâce à l’éducation, « les Français sont moins racistes qu’autrefois ». L’Occident, qui gouvernait le monde depuis quatre siècles, se voit défié par d’autres régions du globe, à commencer par la Chine, d’où une remise en cause des hiérarchies qui avaient été intériorisées et le fait que les images du livre d’Alain Ruscio nous paraissent incroyables. Mais les Français d’aujourd’hui ne sont pas débarrassés de ce racisme, ils ont encore un effort à faire pour s’en défaire.

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Séquelles politiques postcoloniales

Non au projet de loi sur le « séparatisme »

Dans la lettre ouverte au président de la République qui a été publiée le 25 septembre 2020 par Mediapart, le président de la Ligue des droits de l’Homme, Malik Salemkour, rejette l’idée d’une loi « contre le séparatisme ». Il affirme : « Le fameux “séparatisme” que vous ne définissez jamais, en l’agitant sans cesse, c’est le nouveau bouc émissaire contemporain, pour l’essentiel l’islam et les musulmans ». Et ajoute : « La République n’est ni votre propriété, ni un terrain de jeu ! Ses principes et les valeurs qu’elle porte ne sauraient dépendre des intérêts électoraux de quiconque ». S’en prendre au « séparatisme » est une opération politicienne porteuse du rejet d’une partie de la nation. Nous reproduisons ci-dessous cette lettre ouverte, ainsi que le communiqué commun publié à ce sujet par les syndicats CGT, FSU, Solidaires, UNEF et UNL.

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La reconnaissance du passé colonial

Étienne Achille et Lydie Moudileno :
« Pour une décolonisation du quotidien »

Écrire des « mythologies » et des « lieux de mémoire » postcoloniaux. C’est à ce projet ambitieux que se sont attelés Étienne Achille et Lydie Moudileno, avec une volonté politique et historique qui résonne avec les mobilisations antiracistes contemporaines. Ci-dessous l’entretien qu’ils ont accordé à Joseph Confavreux pour Mediapart. Tous deux travaillent aux États-Unis, en Pennsylvanie et en Californie du Sud, et c’est en s’inspirant du meilleur des postcolonial studies qui se développent dans les universités nord-américaines qu’ils se sont lancés dans une tentative audacieuse de réécriture dans une perspective post-coloniale des deux grands livres que sont les Mythologies de Roland Barthes et les Lieux de mémoire, dirigé par Pierre Nora.

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Les nostalgiques de la colonisation

Le racisme dans un coin de France,
à l’été 2020, sur l’Ile d’Yeu

En août 2020, à l’Ile d’Yeu, des individus ont souillé la stèle honorant la mémoire de 198 « tirailleurs sénégalais ». Des hommes morts lors du torpillage du navire qui, en 1917, pendant la « Grande Guerre », les transportait depuis Dakar pour rejoindre le front. La sculpture qui figure un homme d’Afrique noire a été aspergée de peinture blanche par des mains anonymes. Ci-dessous le passage à ce sujet du billet publié le 2 septembre 2020 sur son blog, par Jacques Ould Aoudia. Comme il le souligne, cette acte témoigne des mouvements contradictoires qui travaillent la société française : au début de prise de conscience de ce que la colonisation a transféré dans la métropole de ressources matérielles et humaines qui ont contribué à son développement, s’opposent des mouvements qui traduisent la sourde angoisse de ne plus pouvoir bénéficier de ce que procurait la domination coloniale, et qui cultivent ressentiment et haine de l’Autre.

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Musées et créations contemporaines

« Peaux noires, masques blancs »,
une exposition de l’artiste Roméo Mivekannin​​

Dans son blog « La diagonale de l’art », dans Libération du 19 juillet 2020, Philippe Godin, professeur de philosophie, ancien rédacteur à paris-art.com et essayiste, reproduit un article de Flavien Louh décrivant avec enthousiasme l’exposition de Roméo Mivekannin, «​ Peaux noires, masques blancs ​», dont le titre fait référence au livre de Frantz Fanon paru en 1952 : « Certaines expositions bouleversantes entraînent vers de nouveaux lieux​. Ce sont des rencontres qui marquent,​ transforment et ​“Peaux noires, masques blancs” est de celles-ci.​ La première exposition personnelle de Roméo Mivekannin​, ​à la Galerie Eric Dupont à Paris jusqu’au 31 juillet, est à ne pas manquer. »

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La société française face à l'héritage de son passé colonial

Racisme, attentats d’extrême droite
et violences policières :
la société française
et son « trou de mémoire » postcolonial

Pendant la dizaine d’années qui a suivi la fin de la guerre d’Algérie, l’extrême droite et le racisme qui la caractérise se sont trouvés affaiblis et marginalisés. Mais, dès 1973, les difficultés économiques de la France leur ont donné l’occasion de réapparaître au grand jour et de croître. Le roman policier de Dominique Manotti, Marseille 73, porte sur ce moment de résurgence meurtrière, évacué de notre mémoire collective et qui n’a guère fait l’objet que du livre d’un journaliste italien, Fausto Giudice, Arabicides. Une chronique française 1970-1991 (1992). Ce polar est d’une étonnante actualité, après l’essor continu de l’extrême droite, souvent encouragé par les pouvoirs successifs dans les premières décennies du XXIe siècle, et alors que des pans entiers de la police et la gendarmerie françaises ont fait l’objet, dans cette période, d’une prise de contrôle croissante par la droite extrême.

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La société française face à l'héritage de son passé colonial

Aurélia Michel : « La fiction de la race, c’est ce qui reste de l’ordre esclavagiste »

L’historienne Aurélia Michel, maîtresse de conférences en histoire des Amériques noires à l’université Paris-Diderot, est l’autrice d’Un monde en nègre et blanc. Enquête historique sur l’ordre racial (Seuil, 2020). Qu’a produit notre passé esclavagiste et colonial sur nos Etats et nos sociétés ? Dans un entretien publié par Libération le 16 juin 2020, ainsi que dans un podcast de Paroles d’histoire, elle revient sur cette enquête qui montre que l’ordre racial s’est substitué au système esclavagiste quand celui-ci est devenu intenable moralement et économiquement. L’invention du « Nègre » et du « Blanc » répondit alors, selon elle, à un besoin de mise en ordre des sociétés.

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Séquelles politiques postcoloniales

Réflexions sur la « blanchitude »,
par Alain Ruscio

De quelle couleur sont les Blancs ?, c’est la question que pose le titre d’un livre dirigé par Sylvie Laurent et Thierry Leclère paru en 2013 aux éditions La Découverte, sous-titré Des « petits Blancs » des colonies au « racisme anti-Blancs ». Il s’interroge sur la mentalité née parmi les Européens des colonies, faite d’un sentiment de supériorité, mais aussi d’inquiétude et même de peur, qui a produit l’idée, durable et bien ancrée, que la blancheur de l’épiderme représenterait une « normalité » et serait le signe d’une prévalence hiérarchique au sein de l’espèce humaine. On trouvera ci-dessous le texte qu’Alain Ruscio a publié dans ce livre, sous le titre « Blanc, couleur de l’Empire », qui est une réflexion plus que jamais d’actualité sur cette réalité habituellement jamais nommée, la « blanchitude ».

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Les nostalgiques de la colonisation

Quelques précurseurs d’Eric Zemmour,
Renaud Camus,
et autres polémistes racistes d’aujourd’hui,
par Alain Ruscio

Les polémistes d’extrême droite multiplient aujourd’hui les écrits sur le thème du « grand remplacement », formule forgée par Renaud Camus, ou sur l’éloge de l’empire colonial et le rejet xénophobe, cher au sinistre Eric Zemmour, des peuples qui ont refusé son joug. Mais cette veine n’a rien de nouveau. Ces auteurs ont eu des précurseurs au XIXe et au XXe siècle, dont les écrits aux accents racistes, bien oubliés, déroulaient le même discours. Alain Ruscio rappelle ici trois d’entre eux : le romancier Jean Damase, l’écrivain de talent qui n’a malheureusement pas écrit seulement des pièces de théâtre, Jean Giraudoux, et l’auteur très lu par les suprémacistes blancs des Etats-Unis, Jean Raspail. Ces polémistes d’aujourd’hui n’en sont que de pâles copies.

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Séquelles politiques postcoloniales

Legs de l’époque coloniale,
le racisme dans la police française est intolérable

Deux faits récents relatés par la presse montrent que la culture coloniale portée en France par des pans entiers de l’institution policière est à l’origine de comportements racistes qui gangrènent la République. Ci-dessous un article de Camille Polloni publié par Mediapart sur les insultes et les violences intervenues à l’Ile-Saint-Denis lors de l’interpellation d’un suspect, ainsi que de larges extraits d’un autre de Julien Suaudeau, qui réside à Philadelphie, publié par le site Slate, qui compare les menaces contre la démocratie aux Etats-Unis, venant du sommet de l’Etat, au péril qui menace la République en France, qui ne vient pas des « racailles des banlieues » mais de ce racisme. II est choqué par la différence des méthodes des forces de police dans leurs interventions à Paris, dans le 18e arrondissement, selon que les citoyens concernés apparaissaient à leurs yeux Blancs ou Noirs.

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