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Édition du 15 avril au 1er mai 2026

Mémoire de la colonisation

La reconnaissance de l'esclavage

Depuis 1861, un quartier de Biarritz porte le nom de « La Négresse »,
surnom d’une femme qui y a vécu,
il faut qu’il porte son nom

À Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), la zone qui englobe la gare SNCF, un quartier résidentiel et une zone artisanale s’appelle « La Négresse ». Depuis plusieurs années, un débat oppose ceux qui se sont attachés à ce toponyme, malgré sa connotation raciste, et ceux qui voudraient le voir disparaître. Jusqu’ici, la municipalité a toujours opposé une fin de non-recevoir aux critiques de cette dénomination. Lors du sommet du G7 qui s’est tenu à Biarritz, en août 2019, le militant associatif Karfa Diallo, de l’association Mémoires et Partages, avait organisé une action de sensibilisation devant la gare de Biarritz pour réclamer que le quartier soit débaptisé. Il doit être jugé, le 3 décembre 2020, pour une « rébellion » qu’il conteste, lors de son interpellation ce à ce moment.

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La reconnaissance du passé colonial

Pourquoi la France a-t-elle du mal à regarder son histoire coloniale en face ?
par l’historienne Christelle Taraud

Emmanuel Macron a été le premier président à qualifier la colonisation de « crime contre l’humanité », plus de soixante ans après les guerres d’indépendance. Comment expliquer ces années de silence ? L’historienne Christelle Taraud, spécialiste de la colonisation, explique dans un entretien à Francetvinfo que le fait de connaître la colonisation est essentiel pour comprendre la France d’aujourd’hui. Elle estime qu’à force de ne pas parler de cette histoire, on abîme durablement les individus et la société, c’est comme un cancer qui nous ronge de l’intérieur et empêche tout avenir commun. Il est donc nécessaire de penser une nouvelle histoire, sortir d’une vision européocentrée, masculine et blanche de l’histoire. Il faut redonner aux anciens pays colonisés leur place et aux peuples leur complexité.

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1830-1880

Les résistants algériens du XIXe siècle internés en France où leurs tombes sont oubliées

La récente restitution à l’Algérie par la France de restes mortuaires d’Algériens ayant combattu l’armée française au XIXe siècle et conservés depuis lors au Musée de l’Homme à Paris, a rappelé que la conquête de cette colonie fut d’une très grande violence. On sait moins que de nombreux Algériens furent, lors de la guerre de conquête puis de répression des multiples révoltes, internés en France. L’historienne Sylvie Thénault, dans un article issu de son livre Violence ordinaire dans l’Algérie coloniale. Camps, internements, assignations à résidence (2012), a étudié les modalités de ces internements d’Algériens déportés pendant plus d’un demi-siècle dans des îles et des forteresses en Méditerranée. Dans l’île Sainte-Marguerite notamment, au large de Cannes, des tombes en gardent la trace.

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La restitution des objets et restes mortuaires coloniaux

Un projet de loi permettant la restitution d’œuvres pillées pendant la colonisation
ne clôt pas le débat

Un rapport a été remis en 2018 par Felwine Sarr et Bénédicte Savoy sur la restitution des œuvres du patrimoine culturel africain entrées de force dans les musées français. Le 6 octobre 2020, un projet de loi instaurant une dérogation exceptionnelle à l’inaliénabilité des collections a été adopté par l’Assemblée nationale, par 49 voix pour et aucune contre, permettant la restitution de quelques unes au Sénégal et au Bénin. Il doit être examiné au Sénat. Ci-dessous l’interview par France culture de Mame-Fatou Niang, maîtresse de conférence en littérature française à l’Université Carnegie-Mellon (Pittsburgh, USA), qui a assisté au débat, et la tribune publiée dans Libération par Louis-Georges Tin, Lova Rinel et Laurent Tonegnikes pour lesquels il s’agit d’« une restitution en trompe-l’œil ». En Belgique, le musée d’Anvers, qui détient 5 000 objets et œuvres d’origine congolaise, a organisé une exposition d’une centaine d’entre elles. Si le livret qui l’accompagne ne va pas jusqu’à proposer leur restitution, il indique que le musée est ouvert à cette question.

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Livres, films, spectacles pour la reconnaissance

De nouveaux échos du livre essentiel
de Raphaëlle Branche,
Papa, qu’as-tu fait en Algérie ?

Articles, interviews et réactions se succèdent depuis la parution, début septembre 2020, du livre essentiel de Raphaëlle Branche, Papa, qu’as-tu fait en Algérie ?. Jacques Inrep, l’un des appelés qui avait aidé Pierre Vidal-Naquet à documenter ses livres sur la torture pratiquée par l’armée française en Algérie et qui, devenu psychanalyste et membre de l’Association des anciens appelés en Algérie contre la guerre (4ACG), a renseigné l’historienne au fil de sa longue enquête, nous a envoyé son point de vue sur un livre dont il conseille vivement la lecture. Nous publions également l’entretien que Raphaëlle Branche a donné à Hassina Mechaï et que Le Point Afrique a publié le 28 septembre 2020. Et aussi le lien vers l’entretien filmé que l’autrice de ce livre a accordé à Rachida El Azzouzi et Fabien Escalona, publié le 2 octobre par Mediapart.

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L'accès aux archives coloniales

Un recours a été déposé au Conseil d’Etat
pour demander l’ouverture des archives

Depuis de longs mois, des archivistes, des juristes, des historiennes et des historiens, relayés par une pétition signée par plus de 15 000 personnes, dénoncent une restriction inadmissible dans l’accès aux archives contemporaines de la Nation. Le 23 septembre 2020, l’Association des archivistes français, l’Association des historiens contemporanéistes de l’enseignement supérieur et de la recherche et l’Association Josette et Maurice Audin, ainsi qu’un collectif d’historiennes et historiens, d’archivistes et de juristes, ont saisi le Conseil d’État pour obtenir l’abrogation de l’article 63 de l’Instruction générale interministérielle n° 1300, une mesure réglementaire qui entrave l’accès aux archives contemporaines de la Nation. Une visio-conférence de presse a lieu le 1er octobre comme indiqué ci-dessous.

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La reconnaissance du passé colonial

Benjamin Stora s’explique sur le rapport
qu’il doit remettre au président de la République

Emmanuel Macron a demandé fin juillet à Benjamin Stora un rapport sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie dans les deux pays. Une mission vivement contestée par l’extrême droite et la droite française et au sujet de laquelle la gauche est restée silencieuse. L’historien s’en est expliqué dans l’entretien pour Mediapart avec Rachida El Azzouzi dont nous donnons le lien. Il y répète qu’il ne travaillera ni avec la personnalité désignée par le président Tebboune, ni dans le cadre d’une commission mixte binationale. Dans son article ci-dessous, la journaliste résume ses propos et évoque les débats que cette mission a suscités. La remise du rapport est prochaine. Les conclusions qu’en tirera Emmanuel Macron montreront s’il est véritablement décidé à entreprendre un travail de vérité historique sur ces sujets ou si ses déclarations antérieures seront sans lendemain.

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La reconnaissance du passé colonial

Étienne Achille et Lydie Moudileno :
« Pour une décolonisation du quotidien »

Écrire des « mythologies » et des « lieux de mémoire » postcoloniaux. C’est à ce projet ambitieux que se sont attelés Étienne Achille et Lydie Moudileno, avec une volonté politique et historique qui résonne avec les mobilisations antiracistes contemporaines. Ci-dessous l’entretien qu’ils ont accordé à Joseph Confavreux pour Mediapart. Tous deux travaillent aux États-Unis, en Pennsylvanie et en Californie du Sud, et c’est en s’inspirant du meilleur des postcolonial studies qui se développent dans les universités nord-américaines qu’ils se sont lancés dans une tentative audacieuse de réécriture dans une perspective post-coloniale des deux grands livres que sont les Mythologies de Roland Barthes et les Lieux de mémoire, dirigé par Pierre Nora.

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Les nostalgiques de la colonisation

Le racisme dans un coin de France,
à l’été 2020, sur l’Ile d’Yeu

En août 2020, à l’Ile d’Yeu, des individus ont souillé la stèle honorant la mémoire de 198 « tirailleurs sénégalais ». Des hommes morts lors du torpillage du navire qui, en 1917, pendant la « Grande Guerre », les transportait depuis Dakar pour rejoindre le front. La sculpture qui figure un homme d’Afrique noire a été aspergée de peinture blanche par des mains anonymes. Ci-dessous le passage à ce sujet du billet publié le 2 septembre 2020 sur son blog, par Jacques Ould Aoudia. Comme il le souligne, cette acte témoigne des mouvements contradictoires qui travaillent la société française : au début de prise de conscience de ce que la colonisation a transféré dans la métropole de ressources matérielles et humaines qui ont contribué à son développement, s’opposent des mouvements qui traduisent la sourde angoisse de ne plus pouvoir bénéficier de ce que procurait la domination coloniale, et qui cultivent ressentiment et haine de l’Autre.

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Les nostalgiques de la colonisation

Nombreuses protestations
contre une publication scandaleuse
de l’hebdomadaire d’extrême droite
« Valeurs actuelles »

L’hebdomadaire d’extrême droite « Valeurs actuelles » a publié dans son n°4370, daté du 27 août 2020, un « roman de l’été » illustré, représentant la députée Danièle Obono en esclave dans l’Afrique du 18e siècle. Comme l’explique l’article ci-dessous, cette publication vise, à travers les images de cette élue de la République, noire, nue et enchaînée par le cou, à réactiver la fiction du nègre soumis, dominé et déshumanisé, qui a accompagné l’invention d’une hiérarchie des races ayant servi de support idéologique à l’esclavage et à la colonisation. Elle a suscité une importante vague d’indignation. Le procureur de Paris, Rémy Heitz, a annoncé le 31 août, l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « injures à caractère raciste », qui a été confiée à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP). Un rassemblement de protestation est appelé le samedi 5 septembre devant le siège de cet hebdomadaire.

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La reconnaissance du passé colonial

Raphaëlle Branche analyse la place de la guerre d’Algérie dans la société française

Dans l’entretien qu’elle a donné au quotidien algérien Liberté, l’historienne Raphaëlle Branche parle de son enquête sur les anciens appelés de l’armée française qui a donné lieu à son livre, Papa, qu’as-tu fait en Algérie ? Enquête sur un silence familial. Fondé sur une vaste collecte de témoignages et des sources inédites, ce livre analyse les silences de ces hommes dont les causes sont familiales, sociales et liées aux contexte historique des dernières décennies. Avec le renouvellement des générations, la place de la guerre d’Algérie dans la société française se trouve modifiée et de nouveaux récits sont possibles. Elle commente aussi dans cet interview le contentieux mémoriel entre l’Algérie et la France et souligne l’importance de la bataille menée pour l’ouverture des archives.

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La société française au temps des colonies

Cinq émissions de France culture consacrées à Frantz Fanon,
par Anaïs Kien

Emblème de la lutte anticoloniale à travers son engagement dans la guerre d’Algérie aux côtés du FLN, Frantz Fanon a marqué de son empreinte les luttes qui ont causé la fin des empires coloniaux. Né aux Antilles françaises dans l’entre-deux guerres, il a éclairé ces luttes par ses livres Peau noire, masques blancs et Les Damnés de la terre et par son travail psychiatrique sur l’aliénation coloniale. Mort en 1961, à 36 ans, quelques mois avant l’indépendance algérienne, sa pensée a inspiré de nombreux combats, des Black Panthers aux Palestiniens, en passant par les militants anti-apartheid d’Afrique du Sud. Les cinq émissions, par Anaïs Kien, que France culture lui a consacré du 17 au 21 août 2020, qui restent depuis accessibles en ligne, restituent les étapes de son parcours.

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