
Furcy, le mythe et l’histoire, par Sue Peabody
L’historienne spécialiste de l’esclavage fait l’histoire de Furcy Madeleine, héros du film d’Abd al Malik qui vient de sortir en salles.

L’historienne spécialiste de l’esclavage fait l’histoire de Furcy Madeleine, héros du film d’Abd al Malik qui vient de sortir en salles.

Le 26 avril 2023, la maire de Saint-Denis de La Réunion (PS) et ancienne ministre des outre-mers, Ericka Bareigts, a annoncé que la statue monumentale de Mahé de La Bourdonnais installée sur l’espace public sera déplacée dans une caserne. Il fut gouverneur des Isles de France, île Maurice et de Bourbon (La Réunion), entre 1733 et 1746, période durant laquelle l’esclavage explosa dans ces îles. Revendiquant « un choix politique et militant », Ericka Bareigts, donne ainsi satisfaction au collectif Laproptaz Nout Péi (« balayons devant notre porte » en créole réunionnais), composé d’une quarantaine d’associations. Comme le montrent ci-dessous un article de Slate.fr et le film Les Statures de la discorde (2020), l’hostilité à la célébration dans l’espace public de figures esclavagistes et colonialistes est vive et ancienne à La Réunion comme aux Antilles. On lira également la prise de position de la politologue Françoise Vergès en soutien à cette initiative.

Après les élections législatives de juin 2022, sur les vingt-sept députés ultramarins, cinq seulement siègent sur les bancs de la majorité présidentielle. La Polynésie française a élu trois députés indépendantistes. Nommée ministre des outre-mers, Yaël Braun-Pivet, devait se rendre en Kanaky-Nouvelle-Calédonie le 26 juin 2022, date anniversaire des accords de Matignon de 1988, pour l’inauguration à Nouméa de la statue de la poignée de main entre Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur, mais, ayant décidé de briguer la présidence de l’Assemblée nationale, elle a annulé ce déplacement. La nomination au gouvernement de Sonia Backès, leader de la droite anti-indépendantiste en Kanaky-Nouvelle-Calédonie, est insupportable à une bonne partie de l’opinion de l’archipel. Les territoires d’outre-mer souffrent d’un abandon, d’une condescendance et d’un mépris qui prolongent le rapport colonial.

Malgré la première abolition de l’esclavage en 1794 par la première République et le décret de 1848 publié par la Deuxième, l’esclavage a longtemps persisté à la Réunion et dans les colonies françaises de l’Océan indien. Le système esclavagiste y a évolué. L’article ci-dessous du chercheur réunionnais Ho Hai Quang présente les principales transformations qui l’ont affecté entre son apparition dans la deuxième moitié du 17ème siècle et sa disparition tardive à la fin du 19ème. Il en a résulté des traces profondes dans la perception des différentes populations de l’île. Certains Réunionnais n’hésitent pas à dire qu’il a fallu attendre les lendemains de Mai 1968 pour que les séquelles de l’esclavagisme disparaissent véritablement dans la vie sociale de l’île.

Une émission spéciale sur Réunion la première est consacrée aux « enfants réunionnais dits de la Creuse » trompés et déportés entre 1962 et 1984, à l’initiative du député de la Réunion Michel Debré, dans le cadre d’une gestion totalement coloniale de cette île. Plus de 2 000 enfants réunionnais ont été alors arrachés à leur famille pour être transplantés, non pas uniquement dans la Creuse, mais dans de nombreux départements ruraux de France. Des associations défendent leurs droits. Plusieurs d’entre eux, devenus adultes, ont enfin pu redécouvrir récemment leur île natale et leur histoire. Sur la chaîne de télévision Réunion la première, cinq témoignages seront diffusés chaque jour à partir du 20 juin 2022.

Entre 1962 et 1984, à l’initiative du député de la Réunion Michel Debré, dans le cadre d’une gestion totalement coloniale, plus de 2 000 enfants réunionnais ont été arrachés à leur famille pour être transplantés, non pas uniquement dans la Creuse, mais dans de nombreux départements ruraux de France. Le 10 avril 2018, un rapport portant sur cette transplantation forcée a été remis à la ministre des Outre-mer, Annick Girardin. Des associations défendent leurs droits. Plusieurs d’entre eux, devenus adultes, ont enfin pu redécouvrir récemment leur île natale et leur histoire.