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Édition du 1er au 15 avril 2026

Guerre d’indépendance algérienne (1954-1962)

Hiver 1960, non loin de Ben S'Rour (©Albert Devaud)
Les camps

Les “camps de regroupement” de la guerre d’Algérie, par Anne Guérin-Castell

En 1959, un Rapport sur les camps de regroupement de Michel Rocard révélait les conditions dramatiques du déplacement de masse des populations par l’armée française et son caractère inhumain. Mais il a fallu attendre 2003 pour que ce document soit publié sous le nom de son auteur et accompagné d’un éclairage historique complet.

Afin de briser le silence qui continue à peser sur un aspect de la guerre d’Algérie qui reste aujourd’hui encore l’une des tragédies les moins connues de ce conflit, Anne Guérin-Castell a ouvert une édition participative dans Mediapart, intitulée La vie dans un village algérien pendant la guerre de libération. En voici la déclaration d’intention : «Si, depuis quelques années, on parle plus ouvertement en France de certains aspects peu glorieux des huit années de guerre en Algérie, avec notamment la pratique de la torture, si le sort des habitants des villes est parfois évoqué lorsqu’il est question de la bataille d’Alger ou des actions de l‘OAS, rien n’est dit de ce que fut au quotidien la vie dans les campagnes algériennes : trop souvent un enfer, en particulier dans les camps de regroupement.»

Nous en reprenons ci-dessous le premier texte publié le 28 juin 2012 – il est suivi de plusieurs récits d’Akli Gasmi qui a passé son adolescence dans le camp de regroupement d’Oulkhou où vivait également le jeune Tahar Djaout.

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La base BA140 de Blida.
Affaire Kubasiak

Il ne s’est “rien” passé le 24 juin 1962

Lors du putsch du 21 avril 1961, le colonel commandant la base aérienne BA140 de Blida fut interpellé par des hommes de troupe sur sa position personnelle par rapport au putsch ; comme il tardait à répondre, ils le “destituèrent”. Compte tenu de l’indisponibilité du colonel, le commandant Joseph Kubasiak aurait pris le commandement de la base. Les parachutistes du 1er REP de Hélie Denoix de Saint Marc tentèrent de s’emparer de la base, dont les avions Noratlas leur auraient permis d’envoyer des unités vers la France. Ils en furent empêchés par les appelés du contingent … 1

Une fois les troubles apaisés et le commandement légitime ayant retrouvé sa place, le commandant Kubasiak fut mis aux arrêts de rigueur ; il purgea une peine de prison d’un mois pour prise illégale de commandement, puis il fut mis en retraite anticipée.

De retour en France, il s’installa à Aix-en-Provence et, le 24 juin 1962, alors qu’il était dans son jardin avec son beau-père, un commando de l’OAS, commandé par Gilles Buscia, vint les assassiner tous les deux, devant sa femme, tandis que ses enfants étaient enfermés dans leur chambre.

Cinquante ans plus tard, Jacques Lambour, qui était à la base de Blida en avril 1961, nous adresse ce texte d’hommage.

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Les exactions : torture, viols, exécutions extrajudiciaires

Claude Juin, “des soldats tortionnaires”

Claude Juin est né en 1935. Après un long séjour dans une caserne de Coblence en Allemagne, il est envoyé en Algérie où il débarque le 22 mai 1957. Dans un premier temps son unité, le 435e RAA (régiment d’artillerie anti aérienne), est basée à Isserbourg, village proche de Bordj-Ménaïel, à 80 kilomètres à l’est d’Alger. En août 1957 son régiment est expédié dans le massif de l’Ouarsenis, au col de Kerba près de Boukhari. Il est libéré en janvier 1958.

Pendant toute sa période algérienne, il a rempli trois petits carnets bleus à carreaux, qui lui permettent de raconter sa guerre dans Le Gâchis, publié par les Editeurs français réunis en 1960 sous le pseudonyme de Jacques Tissier – le livre sera interdit. Cinquante ans plus tard il soutient une thèse de sociologie sous la direction de Michel Wieviorka « Guerre d’Algérie : la mémoire enfouie des soldats du contingent » (EHESS, 2011). Il en publie aujourd’hui la substance dans un livre de témoignages sur la guerre d’Algérie des appelés du contingent.

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Palestro, Algérie : histoires d’une embuscade

La diffusion le 20 mars 2012, par la chaîne Arte, de Palestro, Algérie : Histoires d’une embuscade (2012, 85mn) d’après le livre de Raphaëlle Branche a constitué un événement. Relatant un fait de guerre – les 21 rappelés français tombés dans une embuscade tendue le 18 mai 1956 à Palestro, dont 20 meurent ou disparaissent – le documentaire de Rémi Lainé et Raphaëlle Branche remonte aux sources et aux causes profondes de l’affrontement algéro-français, à savoir le processus de la colonisation qui a enclenché un autre processus, celui des exactions-répressions et rappelle le litige originel : la dépossession des terres au profit des colons. Un film qui explique et démonte, plutôt qu’il n’accuse.

À la suite du documentaire, repris ci-dessous en version intégrale, vous trouverez un commentaire de l’historien André Nouschi, puis un compte-rendu publié dans le quotidien El Watan.

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Livres et films sur la guerre d'Algérie

La guerre d’Algérie vue par les Algériens, de Benjamin Stora & Renaud de Rochebrune

Les deux auteurs précisent d’emblée, dans une note de la quatrième de couverture, l’ambition de leur livre : «rapporter, à partir de toutes les sources possibles, un récit, lisible par tous, de cette guerre telle qu’elle a été vue, vécue et relatée par les Algériens, et en premier lieu par les militants et combattants indépendantistes. Comme l’aurait fait, en historien, un hypothétique envoyé spécial français de l’autre côté de la “ligne de front” pendant le conflit. »

Ils poursuivent : «Ce changement de perspective permet de jeter un regard neuf sur ce qu’on appelle généralement, du côté algérien, la guerre d’indépendance, la guerre de libération nationale ou la Révolution. Qu’il s’agisse des dates essentielles, du nombre des victimes, du déroulement des batailles, du comportement des populations civiles, des rapports entre Européens et Algériens, de l’utilisation de la violence ou de la torture, des objectifs de la lutte ou, bien sûr, des “héros”, tous les aspects du conflit, et notamment les plus tragiques, prennent un jour totalement différent.»

Ci-dessous la présentation de cet ouvrage publiée dans le Magazine de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, le 26 mars 2012.

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comprendre la guerre d’Algérie, au collège de Paron

Au cours de l’année 2002-2003, un projet audiovisuel ambitieux, intitulé “Réalisons l’Europe”, a été initié au Collège André Malraux de Paron (Yonne) : participer à l’éducation civique européenne des élèves, de la Quatrième à la Terminale, en réalisant une série de documentaires sur l’histoire récente de l’Europe.

Chaque année, depuis dix ans, un ou plusieurs films sont conçus avec les élèves d’une classe de Troisième, partagée en groupes qui filment les reportages, préparent les interviews et le plan de montage, enregistrent les commentaires et montent leur chapitre intégralement. C’est donc un projet pilote, en particulier au niveau du montage et de l’éducation à la citoyenneté européenne. Sa spécificité est de permettre la réalisation d’un long métrage documentaire (DVD 90-120 minutes) ou de plusieurs courts-métrages (12 à 26 minutes), réalisés par et pour les élèves et les professeurs, et dont un certain nombre sont accessibles sur une chaîne vidéo. Vous pourrez voir ci-dessous trois courts-métrages relatifs à l’Algérie colonie française réalisés en 2010-2011.

Sur le plan historique et pédagogique, le projet a reçu le soutien du Conseil de l’Europe en 2006, dans le cadre du plan « l’image de l’autre dans l’histoire » et « l’éducation aux crimes contre l’humanité ». Le rayonnement de l’opération dépasse les frontières françaises : environ 90 partenaires pédagogiques français et européens de huit pays (musées, associations, institutions) ont collaboré au projet depuis 20022.
En 2009, “Réalisons l’Europe” obtient le soutien financier de l’Union européenne.

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1962, la fin de la guerre d'Algérie

Dalila Aït-el-Djoudi : “l’armée française vue par l’ALN”

Alors que les militaires français luttaient contre des “rebelles”, les maquisards algériens étaient confrontés à une armée coloniale qui livrait un combat qu’ils jugeaient illégitime. C’est le thème auquel Dalila Aït-el-Djoudi, docteure en histoire militaire et études de Défense, a consacré sa thèse, soutenue en décembre 2004 sous la direction de Jean-Charles Jauffret. Pour cette recherche en histoire militaire comparative de la guerre d’Algérie, la jeune historienne a pu accéder à des archives aussi bien algériennes que françaises et elle a bénéficié également des témoignages de 79 Algériens originaires de la wilaya 3 (Kabylie).

Elle a publié en 2007 un ouvrage consacré au regard des membres de l’ALN sur l’adversaire français, qui constitue un condensé de sa recherche. Elle en a souligné la diversité selon qu’il s’agissait du colon, du soldat de l’armée de métier, du jeune appelé ou de civils demeurés en France.

Dans sa communication au colloque d’Évian, les 17 et 18 mars 2012, l’historienne est revenue sur ce sujet dans une communication dont Nadjia Bouzeghrane a rédigé une synthèse.

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il y a cinquante ans : la fusillade de la rue d’Isly

Des associations et des familles de victimes de la fusillade de la rue d’Isly à Alger appellent à un rassemblement au mémorial du Quai Branly.

Nous respectons la douleur des familles et nous rendons hommage à toutes les victimes de la guerre d’Algérie.

Ci-dessous, un rappel des faits

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André Nouschi : “les deux parties ont sous-estimé le racisme toujours présent chez les Européens”

À l’occasion du cinquantenaire du 19 mars 1962, le quotidien El Watan a publié lundi 19 mars 2012 un supplément spécial téléchargeable (pdf).

Ci-dessous la contribution de l’historien André Nouschi. Né à Constantine le 10 décembre 1922, André Nouschi est spécialiste de l’Afrique du Nord et du Proche-Orient contemporains. Il soutient sa thèse, «Enquête sur le niveau de vie des populations rurales constantinoises, de la conquête jusqu’en 1919», en 1959, sous la direction de Charles-André Julien (publiée aux PUF en 1961). Il est coauteur de Algérie passé et présent avec Yves Lacoste et André Prenant, en 1960 ; il est aussi l’auteur de nombreux ouvrages dont La naissance du nationalisme algérien, 1962, Paris, Editions de Minuit (2e éd. 1976) ; Les armes retournées : Colonisation et décolonisation françaises (éditions Belin, août 2005) et L’Algérie amère.

Il a créé le Centre de la Méditerranée moderne et contemporaine, en 1968, à l’université de Nice. Il est professeur émérite depuis 1991.

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Le 31 mars 1961, Camille Blanc, maire d’Evian, disparaissait, victime d'un attentat de l'OAS.
1962, la fin de la guerre d'Algérie

colloque des 17 et 18 mars 2012 à Évian : un succès

Les 
samedi 17 et dimanche 18 mars 2012 s’est tenu au Palais des festivités d’Evian un colloque intitulé « Sortir de la guerre d’Algérie : regards croisés, regards apaisés » – son programme peut être téléchargé (pdf). Malgré la présence à l’extérieur de quelques contre-manifestants qui protestaient contre la tenue de cette rencontre, les débats des deux journées se sont déroulés dans le plus grand calme devant un public d’environ 150 personnes. Comme le rapporte Le Dauphiné libéré du 18 mars 2012, Gilles Manceron, l’un des deux conseillers scientifiques du colloque3, a justifié la commémoration du 19 mars, en faisant remarquer que, comme le 11 novembre 1918 ou le 8 mai 1945, cette date n’a pas marqué la fin immédiate des combats ni de la mort de civils, mais, comme ces deux autres dates, elle a été annonciatrice de la fin d’une guerre.

Ci-dessous, un compte-rendu du colloque, précédé d’un communiqué de la Ligue des droits de l’Homme et suivi d’un entretien donné par Gilles Manceron.

[Mise en ligne le 18 février 2012, dernière mise à jour le 21 mars]

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cinquantenaire du cessez-le-feu : apaiser les mémoires

Il n’y aura pas de commémoration officielle du Cessez-le-feu aujourd’hui en France, pas plus qu’il n’y en a eu hier pour le cinquantenaire des Accords d’Evian. Ainsi en a décidé Nicolas Sarkozy, cédant au lobby des ultras rapatriés, minoritaires mais très actifs et introduits jusqu’au plus haut de l’Etat français.

Seule la FNACA appelle à des rassemblements partout en France pour célébrer cet anniversaire. Pour l’Ile de France4 :

  • 16h45 : cérémonie au mémorial national, quai Branly (près de la Tour Eiffel)
  • 17h45 : rassemblement à l’angle rue Balzac / Champs Élysées (métro George v)
  • 18h30 : ravivage de la flamme à l’Arc de Triomphe.

Pour Claire Mauss-Copeaux5, historienne de la guerre d’Algérie, dont les recherches ont trait aux mémoires et aux représentations de la guerre, ce sont les historiens algériens et français qui permettront d’apaiser les mémoires.

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Les exactions : torture, viols, exécutions extrajudiciaires

Ces appelés qui ont dit non à la torture, par Xavier Jacquey

En 1959, âgé de 22 ans, le jeune Xavier Jacquey, appelé pour son service militaire est affecté comme infirmier dans le Sud-Oranais. Quarante ans plus tard, devenu psychiatre, il redécouvre les lettres qu’il avait alors adressées à ses parents, puis il les publie dans ce petit livre.

Il y parle du quotidien, des conditions précaires des nomades, des exactions des militaires, de ses démêlés avec ses supérieurs. Un témoignage sur une guerre où la torture est banalisée… mais qui lui permet de «découvrir» que, «dans mon secteur, là où où les troupes françaises commirent des exactions, nous avions été […] relativement nombreux à nous y opposer».

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