
François Gèze, éditeur et militant anticolonialiste
L’éditeur François Gèze, qui a été à la tête des éditions La Découverte de 1982 à 2014, a été ensuite, de 2017 à son décès en 2023, l’une des chevilles

L’éditeur François Gèze, qui a été à la tête des éditions La Découverte de 1982 à 2014, a été ensuite, de 2017 à son décès en 2023, l’une des chevilles

L’ancien patron des éditions La Découverte de 1983 à 2014 est mort le 28 août 2023. L’Algérie et l’Amérique latine figuraient parmi les pôles d’intérêt de cet éditeur engagé. Il était un pilier du site histoirecoloniale.net

De 1955 à 1959, la doctrine officielle de l’armée française, dite de la « guerre révolutionnaire » (DGR) et visant à « conquérir les cœurs et les esprits » de la population au sein de laquelle évoluait l’« ennemi » en Algérie, préconisait des méthodes « non conventionnelles » : action psychologique et désinformation, déplacements forcés de population, disparitions forcées, torture, exécutions extrajudiciaires, recours aux milices de supplétifs. Il est important de mieux connaître cette doctrine « antisubversive », car certains de ses axes structurants ont retrouvé depuis les années 1990 une actualité au sein des forces armées des puissances occidentales. Et ils imprègnent de plus en plus l’imaginaire de guerre de nombre de leurs dirigeants.

L’Algérie commémore en 2019 le 65e anniversaire du soulèvement du 1er novembre 1954 qui a marqué le début de la guerre d’indépendance nationale. Mais l’accession du pays à l’indépendance en 1962 a été marquée par une crise politique majeure au sein du mouvement national algérien (FLN, ALN, CNRA et GPRA*) qui a vu l’armée des frontières s’emparer du pouvoir en écartant les institutions construites tant bien que mal durant la guerre de libération. Nous reproduisons un texte de Mohammed Harbi du 31 octobre 2019 qui revient sur cette histoire ainsi qu’une interview filmée où il explique cette crise de l’année 1962. Et aussi le film d’un débat organisé le 22 octobre 2019 par le site Algeria-Watch sur l’histoire refoulée de l’Algérie depuis son indépendance.

Les animateurs de ce site, François Gèze, Gilles Manceron, Fabrice Riceputi et Alain Ruscio, ont exprimé le 4 mars 2019 dans « Mediapart » leur inquiétude devant le fait que certains officiers français osent encore défendre la torture, et leur étonnement de ce que personne en France n’ait relevé cette prise de position scandaleuse. Ils demandent, par ailleurs, si la reconnaissance par le président Macron d’un crime d’État dans l’affaire Audin est l’amorce d’une rupture des autorités françaises avec l’incapacité à regarder en face l’histoire coloniale, ou bien un « coup » sans lendemain.
Ce texte résume remarquablement les accusations portées par des militants des droits de l’homme contre le général Khaled Nezzar et ses pairs à la tête de l’État, jugés coupables d’avoir, dans les années 1990 en Algérie, mis en œuvre un « terrorisme d’État » contre la population pour garder le pouvoir, notamment en manipulant des groupes terroristes se réclamant de l’islam qui ont été responsables de nombreux crimes contre les civils. L’analyse de cette période tragique, l’évaluation de la violence d’origine proprement islamiste qu’elle a connue et de celle de tels groupes suscités par des services de l’armée divisent encore à ce jour les Algériens comme les observateurs étrangers. De vifs reproches sont exprimés par exemple, dans une note de ce texte, à un article du journaliste Pierre Daum, « Vingt ans après les massacres de la guerre civile. Mémoire interdite en Algérie » (« Le Monde diplomatique », août 2017). Le site Histoire coloniale et postcoloniale a jugé important de reproduire ce texte tout en étant prêt à faire écho à d’autres analyses que celle de ses auteurs. La justice suisse doit bientôt trancher sur le recours des parties civiles dans l’affaire du général Nezzar, objet depuis 2011 d’une plainte pour torture. Ce sera sûrement pour nous l’occasion de revenir sur ces questions historiques et politiques essentielles.

François Gèze, directeur des éditions La Découverte et membre d’Algeria-Watch, nous a adressé ce texte, initialement publié, le 14 septembre 2009, sur le site Mediapart.
Il revient sur l’assassinat en 1996 des sept moines de Tibéhirine, et notamment sur l’implication directe des services algériens dans cette affaire.
ou Les effets de la mutation médiatique de la figure de l’intellectuel1.
Article paru dans Mouvements, dossier « Les émeutes, et après ? », n° 44, mars 2006.