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Édition du 15 janvier au 1er février 2026

Algérie

Jacques Pradel
Les pieds-noirs « nostalgériques »

ANPNPA : rompre avec la nostalgie coloniale

Un entretien avec Jacques Pradel, président de l’Association nationale des Pieds-Noirs progressistes et de leurs amis.1

Une association qui entend porter témoignage de ce que furent la colonisation, la guerre d’indépendance et les crimes commis durant 132 ans par la France en Algérie. Afin de contribuer à la connaissance d’un passé souvent méconnu – notamment des jeunes Français d’origine algérienne – et de lutter contre les préjugés qui continuent à entretenir le racisme.

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Christian Estrosi inaugure la statue de de Gaulle, le 18 juin 2011 à Nice
1962, la fin de la guerre d'Algérie

Estrosi, “insoumis” par calcul

La volonté de récupérer des voix demande quelques contorsions et oblige à ne pas craindre les contradictions. Les prises de position de Christian Estrosi en constituent l’illustration.

Le 18 juin 2011, Christian Estrosi avait inauguré une statue du général de Gaulle. Le 20 octobre dernier, il clôturait un rassemblement de pieds-noirs en lançant un vibrant : « Vive l’Algérie française ! ». Aujourd’hui, il annonce qu’il n’appliquera pas la loi qui a institué le 19 mars Journée nationale du souvenir […] à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc, comme le préfet des Alpes-Maritimes le lui a rappelé.

[Mis en ligne le 27 février 2013, mis à jour le 17 avril]

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Benjamin Stora : «Algériens et Français doivent regarder ensemble leur histoire commune»

Invité par l’Association des Anciens Elèves des Lycées Malika Gaid et Mohamed Kerouani, Benjamin Stora a animé un débat à Sétif le 6 avril 2013. A cette occasion il a déclaré que «le moment est venu pour les Algériens et les Français de regarder leur histoire commune en face».

Il a poursuivi : «Il faut en outre se pencher sur la question de l’enrôlement par l’armée française de la paysannerie algérienne (harkis), celle du statut des minorités qui ont quitté l’Algérie (pieds-noirs). On doit savoir qu’après l’indépendance, plus 200 000 Européens sont restés en Algérie jusqu’aux années 1970. Côté français, beaucoup d’archives sont à ouvrir, notamment celles inhérentes aux champs de mines, aux essais nucléaires français au Sahara, aux disparitions de milliers d’Algériens et à l’utilisation du napalm, pour ne citer que ces sujets.»3

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La réédition d’une œuvre “incontournable” : la thèse d’André Nouschi sur les populations rurales constantinoises

«L’Enquête sur le niveau de vie des populations rurales constantinoises d’André Nouschi4 reste une œuvre incontournable sur l’histoire de l’Algérie coloniale ; elle propose une réflexion, elle incite à la réflexion selon des vues qui, malgré les inévitables évolutions épistémologiques, ne sont pas périmées et ne peuvent l’être. Elle doit être connue de tous ceux qui veulent connaître ce passé d’échanges, traumatique mais partagé d’une rive à l’autre de la Méditerranée, par les Algériens, par les Français, de France ou originaires d’Algérie, par les métis de l’identité, par les férus d’histoire, par les citoyens d’aujourd’hui de la vivante humanité.»

Gilbert Meynier (extrait de la préface de la réédition)

Vous trouverez ci-dessous le compte-rendu publié en 1962 par Robert Émerit5, de la première édition de cette analyse de la colonisation dans la région de Constantine.

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Le Pen et la torture

La question : Jean-Marie Le Pen et la torture

Dans une interview publiée par le quotidien Combat le 9 novembre 1962, Jean-Marie Le Pen avait reconnu : «Je le sais, je n’ai rien à cacher. J’ai torturé parce qu’il fallait le faire». Mais, dès le lendemain, il avait tenu à préciser que le terme de « torture » ne pouvait s’appliquer aux « méthodes de contraintes » qu’il avait utilisées en Algérie quand il servait comme sous-lieutenant 6.

Quelques décennies plus tard, la Cour de cassation, en les relaxant de poursuites en diffamation, a donné raison à Michel Rocard et Pierre Vidal-Naquet qui avaient dénoncé les actes de torture commis par Jean-Marie Le Pen.

Nous versons au dossier une vidéo, réalisée en 2007, comportant de nombreux témoignages, ainsi que le compte-rendu paru dans Le Canard enchaîné du 5 décembre 2012 du livre Le Pen, une histoire française (Robert Laffont) de Philippe Cohen et Pierre Péan – un ouvrage qui a pu être qualifié de «réhabilitation» du leader d’extrême-droite7.

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La conquête (1830-1871)

Jean-Louis Marçot, “comment est née l’Algérie française”

Sans doute fallait-il être pied-noir et avoir souffert dans sa chair la séparation avec l’Algérie pour entreprendre ce travail d’historien exceptionnel qui interroge les causes de la violence de la décolonisation algérienne.

Jean-Louis Marçot, pour ce faire, remonte au « pourquoi » et au « comment » la France a colonisé l’Algérie. Il reconstitue le contexte dans lequel le projet colonial s’inscrit, sa généalogie, ainsi que le débat politique et idéologique de l’époque. Il s’attache à comprendre les racines du choix qui ont fait de l’Algérie une colonie de peuplement et comment celles-ci plongent dans la question sociale dont la Révolution française a été la première tribune et qu’ont pensée dans des directions divergentes les fondateurs du socialisme moderne : Saint-Simon, Fourier, Owen et Buonarroti.

Il étudie aussi les raisons qui ont poussé le socialisme à s’impliquer dans le projet colonial alors qu’en héritier des Lumières, il n’était pas destiné à le cautionner. L’analyse des deux écoles qui se sont le plus intéressées à l’Algérie – la saint-simonienne et la fouriériste – est, de ce point de vue, éclairante de même que l’engagement singulier de quelques socialistes notoires, Lamennais, Cabet, Proudhon et Cavaignac, à l’exception d’Auguste Comte.

Il nous retrace enfin l’histoire de la conquête et de la colonisation d’un territoire que le colonisateur a nommé Algérie avant de montrer comment les socialistes sont devenus les prosélytes de la colonisation peuplante et ont élaboré cette utopie de l’Algérie française, qui apparaissait dans l’immédiat comme un remède à la crise de l’emploi et à long terme comme le tremplin d’un nouveau modèle social.

Cet essai ébranle les catégories qui établissent que colonialisme et anticolonialisme sont l’apanage, pour le premier, de la droite et de l’extrême droite et, pour le second, du socialisme. La question est douloureuse et la simplification a toujours pour but d’instrumentaliser les faits. L’auteur, résolument de gauche, ne prétend pas disqualifier le socialisme mais montrer qu’à faire fi des contradictions intrinsèques à une question – quelle qu’elle soit – on bascule très vite dans l’aveuglement.8

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El Watan, le 3 novembre 2012
1962, la fin de la guerre d'Algérie

le bras d’honneur de Gérard Longuet

L’ex-ministre français de la Défense avait fait ce geste à la télévision après une dépêche AFP mentionnant la demande du ministre algérien des Moudjahidine, Mohamed Cherif Abbas, d’une «reconnaissance franche des crimes perpétrés» par le colonialisme français9.

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François Hollande et le passé colonial de la France en Algérie

Le quotidien algérien El Watan du 19 mars 2012 et Le Monde daté du lendemain ont publié une tribune dans laquelle François Hollande, alors candidat à l’élection présidentielle, exposait son point de vue sur le passé colonial de la France en Algérie. Il appelait à un regard lucide et responsable sur ces pages d’histoire et incitait les deux pays à mener ensemble un travail de mémoire.

Il serait temps, cinquante ans après la fin de ce conflit cruel, que le vent mauvais de la censure cesse de souffler sur le midi méditerranéen.

La guerre d’Algérie n’a pas été vécue de la même manière par tous, et ce n’est pas manquer de respect envers quiconque que d’organiser des colloques consacrés à cette période de l’Histoire de France : il est donc injustifiable d’en demander l’annulation. Les réunions prévues à Nice, puis à Nîmes, ont pu avoir lieu, mais des manifestations culturelles ont été supprimées – notamment à Aix-en-Provence et à Venelles10.

Espérons également que le rétablissement des cérémonies officielles du 19 mars11 pourra se faire dans le respect de chacun12.

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Musées et créations contemporaines

“Algérie 1830-1962” aux Invalides : une exposition à ne pas manquer

Du 16 mai au 29 juillet 2012, le musée de l’Armée propose au grand public une exposition qui revient sur les 132 ans de présence militaire française en Algérie, de la conquête à l’indépendance, sans se limiter à la période de la guerre d’Algérie.

Les nombreux objets et documents présentés sont accompagnés par des dessins de Jacques Ferrandez, auteur et dessinateur des Carnets d’Orient, bande dessinée en 10 tomes qui constitue une fresque de l’Algérie coloniale.

“Algérie 1830‐1962. Avec Jacques Ferrandez”, exposition du 16 mai au 29 juillet au musée de l’Armée, Hôtel des Invalides, Paris 7e. Tous les jours de 10 heures à 18 heures, à l’exception du 4 juin.13

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La conquête (1830-1871)

conquête de l’Algérie : une action “civilisatrice” ? par F. Maspero

A l’occasion de la réédition de l’ouvrage de François Maspero consacré au maréchal de Saint-Arnaud, Antoine Perraud proposait en février dernier la petite expérience suivante : comparer la relation que l’auteur y donne de la conquête de l’Algérie aux commentaires publiés sur le site Wikipedia de l’action des chefs de guerre français. Cela permet de mesurer à quel point, cinquante ans après l’indépendance de l’Algérie, l’esprit public en France reste “empoisonné par l’inhumanité coloniale” 14.

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La psychiatrie coloniale au service des théories raciales : un texte d’Antoine Porot

Médecin-chef du Centre neurologique de la 197e Région militaire à partir de 1916 et professeur agrégé de neuropsychiatrie à la faculté de médecine, Antoine Porot est le fondateur de l’école psychiatrique d’Alger.

Pendant un demi-siècle, les psychiatres de l’école d’Alger ont défendu la théorie du « primitivisme », plaçant « l’indigène nord-africain » à mi-chemin entre l’homme primitif et l’occidental évolué. Leur thèse était que l’indigène, étant privé de lobe préfrontal, est dépourvu de morale, d’intelligence abstraite et de personnalité.

Nous reprenons ci-dessous un texte d’Antoine Porot publié en 1918 dans les Annales Médico-Psychologiques où ce qu’il présente comme une série d’observations cliniques permet de reconstituer le regard du psychiatre colonisateur sur son patient colonisé15.
On ne manquera pas de rapprocher ce texte de la découverte récente dans un musée parisien de restes mortuaires d’Algériens ayant résisté à la colonisation française.

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