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Édition du 15 janvier au 1er février 2026

Maghreb

guerre d’Algérie : combien de victimes ? L’apport de Charles-Robert Ageron

En hommage à Charles-Robert Ageron1

Les apports de Charles-Robert Ageron à l’histoire maghrébine et, plus largement, à l’histoire de la colonisation sont considérables. Sur la base de documents démographiques, il avait conclu que la guerre d’indépendance algérienne avait fait environ 250 000 victimes du côté algérien. Plus récemment, le démographe Kamel Kateb2 a évalué à 400 000 le nombre des morts algériens de cette guerre – un chiffre considérable : proportionnellement plus que les morts français de la Première guerre mondiale ; mais en aucun cas 1 500 000 !

Que la validité de son estimation soit remise en cause n’enlève rien à l’intérêt du travail de Charles-Robert Ageron sur ce problème. Vous trouverez ci-dessous, extrait de sa préface à l’édition des Œuvres complètes d’Ageron (éd. Bouchène, 5 volumes, 2005), ce que l’historien Gilbert Meynier a écrit à ce propos en 2004 – lui non plus n’avait alors pas eu connaissance des travaux de Kamel Kateb, mais, depuis, il ne manque pas de citer aussi ses évaluations.

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Un documentaire « partiel et partial » sur la fusillade de la rue d’Isly

France 3 a programmé, pour le vendredi 12 septembre 2008 à 23h25, un documentaire de 52 minutes réalisé par Christophe Weber et intitulé «Le massacre de la rue d’Isly» — Jean-Jacques Jordi étant conseiller historique.

On ne peut comprendre la fusillade qui s’est déroulée rue d’Isly à Alger, le 26 mars 1962, une semaine après le cessez-le-feu du 19 mars, sans la resituer dans le contexte de l’époque. C’est pourquoi ce site comporte deux articles reprenant l’essentiel de ce que Yves Courrière a écrit sur ce sujet dans La guerre d’Algérie3 : le premier est consacré à la semaine du 19 au 25 mars 1962, le second traite de la journée dramatique du 26 mars 1962. La relation d’Yves Courrière est le témoignage irremplaçable d’un observateur qui a pu par la suite avoir connaissance d’éléments complémentaires — notamment du rapport secret “Renseignements judiciaires et militaires”.

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La prison Barberousse d'Alger à l'époque coloniale.
1945-1962

la guillotine et la guerre d’Algérie

Pendant la guerre d’indépendance algérienne, de 1954 à 1962, au nom de la lutte contre la “subversion” du FLN, au nom du rattachement de l’Algérie à la France qui interdisait d’y appliquer le droit de la guerre et de considérer les nationalistes comme des combattants, plus de 1 500 condamnations à mort furent prononcées par la justice française.

En 2001, après avoir pu consulter le “registre des grâces” qui répertoriait les noms des condamnés à mort, deux journalistes parvenaient au total de 222 militants du FLN exécutés entre 1956 et 1962, « le plus souvent au terme d’une parodie de justice ». Vous trouverez ci-dessous leur article, publié dans Le Point en août 2001, qui met en évidence l’utilisation politique qui a été faite de la peine de mort au cours de cette guerre. Il est suivi d’un entretien avec Abdelkader Guerroudj, ancien dirigeant du PCA, condamné à mort pour atteinte à la sécurité de l’État, qui put échapper au couperet, tout comme sa femme Jacqueline, grâce à la mobilisation de l’opinion.

La même année, l’historienne Sylvie Thénault, dont le travail de recherche porte sur l’histoire de la décolonisation et de la justice, publiait un ouvrage important issu de sa thèse, Une drôle de justice. Les magistrats dans la guerre d’Algérie4. Vous trouverez ci-dessous une interview de Sylvie Thénault datant d’août 2001.

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Le 20 mars 1962, quatre obus de mortier tombent sur la place du Gouvernement, faisant 24 morts et 59 blesssés parmi les musulmans. (photo © Dalmas - Sipa)
Rue d'Isly, mars 1962

Retour sur la fusillade de la rue d’Isly : avant le drame. Par Yves Courrière

Le récit d’Yves Courrière

Les blessures sont toujours vives chez les victimes de la guerre d’indépendance algérienne. La “fusillade de la rue d’Isly” du 26 mars 1962 à Alger – qui a fait 46 morts parmi les manifestants civils et un mort parmi les soldats français, ainsi que des centaines de blessés – reste un événement particulièrement douloureux pour les familles qui y ont perdu certains de leurs proches. Nous tenons à leur redire que nous partageons leur douleur.

Mais nous sommes toujours surpris de voir se manifester en France un “lobby nostalgérique”, dont des élus ont tendance à reprendre à leur compte la vision unilatérale des événements – comme nous le montrent les derniers épisodes intervenus à Aix-en-Provence et à Marignane. Il serait temps, près de cinquante ans après la fin de la guerre d’Algérie, de ne plus faire écho au discours des jusqu’auboutistes de l’Algérie française qui ne retiennent qu’une partie de l’histoire, en occultant, en particulier, l’écrasante responsabilité de l’OAS.

Pour cela, nous publions les passages du tome IV de La Guerre d’Algérie qu’Yves Courrière a consacrés, en 1971, aux lendemains à Alger du cessez-le-feu du 19 mars 1962 et à la fusillade de la rue d’Isly. Le texte ci-dessous évoque la situation au cours de la semaine qui a suivi les accords d’Evian5. Un second article aborde la journée du 26 mars 1962.

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Rue d'Isly, devant la grande poste d'Alger, après la fusillade du 26 mars 1962.
Rue d'Isly, mars 1962

Retour sur la fusillade de la rue d’Isly : le drame. Par Yves Courrière

Le récit d’Yves Courrière

Cet article, consacré aux événements du 26 mars 1962 à Alger, fait suite à celui qui évoque la situation dans cette ville pendant la semaine qui a suivi les accords d’Evian du 18 mars 1962. Il reprend les pages 572 à 581 du quatrième tome, intitulé Les feux du désespoir, de La Guerre d’Algérie d’Yves Courrière (éd Fayard, 1971). Nous avons également repris les trois photos localisant des fusils mitrailleurs OAS, extraites du rapport secret “Renseignements judiciaires et militaires” établi au lendemain du 26 mars 19626, et la Une de La Dépêche d’Algérie du lendemain faisant état d’un premier bilan des victimes.

Dans un point de vue publié sur ce site, Jean-Pierre Gonon, avocat algérois qui avait dû quitter l’Algérie en 1959 pour se réfugier à Paris, confirme le récit d’Yves Courrière en rapportant le témoignage de son père. Celui-ci a vu distinctement, depuis l’appartement familial situé au 59 de la rue d’Isly, sur le toit de l’immeuble d’en face, au 64 de la rue d’Isly, sur lequel se trouvait le « journal lumineux » bien connu des Algérois, un fusil mitrailleur ouvrir le feu. Pour lui, les civils tués le 26 mars 1962 à Alger suite aux tirs de l’armée française sont des victimes de l’OAS.

«Les organisateurs de la manifestation avaient voulu l’épreuve de force. En lançant délibérément la foule contre les barrages militaires, ils couraient le risque de les voir balayés et de pouvoir gagner Bab-el-Oued, victorieux. Ils couraient également celui de voir la troupe réagir et, sachant la présence de leurs partisans armés dans les immeubles avoisinants, de provoquer le drame. Ils avaient acculé l’armée “à prendre ses responsabilités”, espérant jusqu’au bout la voir basculer. Ils étaient fixés. Plus de cinquante morts innocents payaient leur aveuglement.»
(Yves Courrière)

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Appel à l'insurrection de l'OAS (fin mars 1962).
Les Européens d'Algérie et leur exode

Algérie 1962 : de quoi les Pieds-noirs ont-ils eu peur ?

Lundi 26 mai 2008, la Ligue des droits de l’Homme avait organisé un débat sur ce thème, à partir du film Algérie, Histoires à ne pas dire de Jean-Pierre Lledo, et du reportage « Sans valise ni cercueil, les Pieds-noirs restés en Algérie » de Pierre Daum et du dessinateur de presse Aurel dans Le Monde diplomatique de mai.

Plus de 200 personnes s’étaient retrouvées à l’Auditorium de l’Hôtel de Ville (Paris) pour assister et participer au débat animé par Georges Morin, président de l’association Coup de soleil,
avec Pierre Daum, Mohammed Harbi, Jean-Pierre Lledo, Gilles Manceron et Benjamin Stora.

A propos du film « Algérie, histoire à ne pas dire », Mohammed Harbi, Benjamin Stora et Gilles Manceron ont eu l’occasion de préciser leurs positions.

Les échanges ont été parfois vifs et passionnés. Nous en avons retenus deux témoignages. Vous trouverez sur ce site celui de la cinéaste Dominique Cabrera qui propose des éléments de réponse à la question posée, et qui évoque, à travers ses souvenirs d’enfance et les rencontres qu’elle pu faire à l’occasion de ses déplacements en Algérie, la situation d’européens qui sont restés en Algérie après l’indépendance.

Le rôle extrêmement négatif de l’OAS a été souligné par plusieurs intervenants, et notamment par Jean-Pierre Gonon. Ce dernier, avocat au Barreau d’Alger de 1955 à 1961, membre de l’équipe des libéraux de l’Espoir Algérie et membre fondateur de l’Association France Algérie, nous a adressé le texte que vous trouverez ci-dessous. Il rappelle la directive n° 29 du général Salan, publiée le 23 février 1962, dont nous reprenons la présentation qu’en a faite Yves Courrière.

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Brochure éditée par le Croissant Rouge Algérien, juin 1959.
1945-1962

guerre des images, guerre sans image ? par Marie Chominot

L’étude de la guerre d’indépendance algérienne (1954 – 1962) par la photographie, c’est le choix de Marie Chominot pour sa thèse de doctorat en histoire, qu’elle a soutenue le 14 mai 2008. Elle a présenté le résultat de six ans de recherche dans les archives photographiques en France et en Algérie, sous la direction de Benjamin Stora, professeur d’Histoire contemporaine à l’Inalco. Un travail salué par l’ensemble du jury présidé par Omar Carlier, professeur à l’université Paris VII, comme « un travail exceptionnel ».

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Région de Sétif, Guelma, Kherrata, mai-juin 1945 (Ecpad).
Les massacres du Nord-Constantinois en 1945

Les massacres de Guelma en mai-juin 1945, par Jean-Pierre Peyroulou

L’historien français Jean-Pierre Peyroulou évoque, dans un entretien accordé à El Khabar, les résultats de la recherche qu’il a consacrée durant les sept dernières années aux évènements du 8 mai 1945 dans l’Est algérien.
Jean-Pierre Peyroulou a soutenu en septembre 2007 sa thèse de doctorat à l’Ecole des hautes études en sciences sociales de Paris (EHESS) sous le titre : « Guelma 8 Mai 1945 : Répression dans le département constantinois à l’époque de l’Algérie française, la politique coloniale face aux réformes et au nationalisme ». Il publiera un livre tiré de cette thèse à l’automne prochain.

A la suite de cet entretien, vous trouverez l’exposé de Jean-Pierre Peyroulou au colloque organisé par la Ligue des droits de l’Homme, le 7 mai 2005 à Paris. Il concluait qu’«il y eut bien une insurrection à Guelma en mai 1945, mais peut-être pas celle que l’on croit.»

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Mohammed Harbi : “La guerre d’Algérie a commencé à Sétif”

Le 8 mai 1945, tandis que la France fêtait la victoire, son armée massacrait des milliers d’Algériens à Sétif et à Guelma. Ce traumatisme radicalisera irréversiblement le mouvement national.

Cet article de l’historien Mohammed Harbi, auteur, avec Benjamin Stora, de La Guerre d’Algérie, 1954-2004, la fin de l’amnésie7, a été publié dans Le Monde diplomatique de mai 2005.

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Tunisie

au mépris de la réalité, Nicolas Sarkozy célèbre le progrès de “l’espace des libertés” en Tunisie

La déclaration du chef de l’Etat français, lors d’un dîner offert par le président Zine el-Abidine Ben Ali, selon laquelle « aujourd’hui, l’espace des libertés progresse [en Tunisie]. Ce sont des signaux encourageants que je veux saluer », est une véritable contre-vérité.

Comme le confirme ci-dessous Sihem Bensedrine, présidente du Conseil national pour les libertés en Tunisie, aucune ONG, aucun observateur sérieux, tunisien ou étranger, ne peut porter un tel jugement. Dans un pays où le président s’installe au pouvoir à vie, fait tabasser par des voyous, emprisonner, voire torturer, ses opposants et ne tolère qu’une presse à son service, « l’espace de liberté » régresse. Personne ne demandait à M. Sarkozy de se poser, comme il l’a dit, en « donneur de leçons », mais avec ce satisfecit décerné au régime Ben Ali, il fait une bien mauvaise manière aux courageux démocrates tunisiens.

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Mai 1945, dans le Constantinois.
De 2007 à 2012

L’ambassadeur de France en Algérie : « le temps de la dénégation » des crimes de la colonisation « est terminé »

En 2005, l’ambassadeur Hubert Colin de Verdière avait qualifié la répression des manifestations du 8 mai 1945 de « tragédie inexcusable ». Puis, en décembre 2017, à l’Université de Constantine, Nicolas Sarkozy avait qualifié d’« impardonnables » « les fautes et les crimes du passé » colonial français en Algérie. Dans un discours prononcé à Sétif, le 27 avril 2008, Bernard Bajolet, ambassadeur de France en Algérie, reconnaît la « très lourde responsabilité des autorités françaises de l’époque » dans les massacres du 8 mai 1945. Nous reprenons ci-dessous l’essentiel de l’intervention de l’ambassadeur.

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