Sans esquiver sa responsabilité personnelle, le général Aussaresses a reconnu les dérives de l’armée française durant la guerre d’Algérie. Mais ce sont les politiques qui en portent la responsabilité fondamentale : par refus des revendications des Algériens, ils ont engagé le pays dans la guerre et autorisé les militaires à utiliser les moyens les plus brutaux pour que l’Algérie reste « française ».
Deux étapes importantes ont marqué cette politique. La première est la loi du 3 avril 1955 créant l’état d’urgence, présentée par le gouvernement Edgar Faure pour, selon l’exposé des motifs, pallier « l’insuffisance des moyens de droit » .
La loi du 16 mars 1956 sur les pouvoirs spéciaux, présentée par le gouvernement Guy Mollet, a constitué une autre étape importante : elle donnait carte blanche au pouvoir exécutif pour « rétablir l’ordre » en Algérie. Son application a permis de confier, le 7 janvier 1957, la totalité des pouvoirs de police dans la zone d’Alger au général Massu commandant la 10e division parachutiste.
Le pouvoir politique avait ainsi donné à l’armée toute latitude pour lutter contre les “terroristes” algériens. Le témoignage du général Allard repris ci-dessous est à cet égard dépourvu de toute ambiguïté. Un livre récemment paru, centré sur un massacre dans le Nord-Constantinois en mai 1955, illustre à nouveau les rapports entre politiques et militaires.
En se déchargeant ainsi sur les militaires, les politiques ont trahi les valeurs fondamentales de la République. Il incombe aujourd’hui à leurs successeurs de reconnaître cette responsabilité, et aux citoyens d’obtenir cette reconnaissance. Pour reprendre l’expression du philosophe d’Étienne Balibar, il s’agit d’une “urgence démocratique”.
[Mis en ligne le 12 décembre 2013, mis à jour le 11 janvier 2014]