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Édition du 1er au 15 avril 2026

Algérie coloniale (1830 – 1962)

Jean Lacouture : le combat des européens “libéraux”

Un article de Jean Lacouture, publié dans Le Monde du 9 juin 1972, suivi de la présentation du témoignage de Jean Sprecher.

Pendant la guerre d’Algérie, un certain nombre d’Européens, allant à contre-courant de l’opinion conservatrice largement majoritaire dans la communauté des « pieds-noirs », s’efforcèrent de faire prévaloir une politique de réformes et de concessions, dans le but de préserver les relations futures entre les communautés.

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La réédition d’une œuvre “incontournable” : la thèse d’André Nouschi sur les populations rurales constantinoises

«L’Enquête sur le niveau de vie des populations rurales constantinoises d’André Nouschi1 reste une œuvre incontournable sur l’histoire de l’Algérie coloniale ; elle propose une réflexion, elle incite à la réflexion selon des vues qui, malgré les inévitables évolutions épistémologiques, ne sont pas périmées et ne peuvent l’être. Elle doit être connue de tous ceux qui veulent connaître ce passé d’échanges, traumatique mais partagé d’une rive à l’autre de la Méditerranée, par les Algériens, par les Français, de France ou originaires d’Algérie, par les métis de l’identité, par les férus d’histoire, par les citoyens d’aujourd’hui de la vivante humanité.»

Gilbert Meynier (extrait de la préface de la réédition)

Vous trouverez ci-dessous le compte-rendu publié en 1962 par Robert Émerit2, de la première édition de cette analyse de la colonisation dans la région de Constantine.

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Sylvie Thénault : la torture a fait partie intégrante du système de lutte contre les nationalistes

Un entretien de l’historienne Sylvie Thénault, spécialiste de la guerre d’Algérie, publié dans Hebdo Tout est à nous ! 176, le 3 janvier 2013.

Sylvie Thénault est l’auteur de nombreux ouvrages, dont Histoire de la guerre d’indépendance algérienne (Flammarion, 2005) et Une drôle de justice. Les magistrats dans la guerre d’Algérie (La découverte, 2001).

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Les Européens d'Algérie et leur exode

Pierre Nora, « les Français d’Algérie »

Pierre Nora, né en 1931, agrégé d’histoire, éditeur, directeur notamment des «Lieux de mémoire» et académicien français, a enseigné à Oran de 1958 à 1960. Dans son premier livre, Les Français d’Algérie, publié en 1961, un mois avant le putsch des généraux en Algérie, il insistait sur les contradictions et les responsabilités des Français d’Algérie.

La réédition de cet ouvrage est accompagnée d’une préface de l’auteur, ainsi que de plusieurs documents de l’époque, dont une “réponse” de Germaine Tillion et une longue lettre inédite du philosophe Jacques Derrida, dans laquelle le jeune pied-noir prenait la défense de ceux que l’on nommait alors les « libéraux ».

Ci-dessous : un extrait de la préface de la réédition, un enregistrement vidéo de l’entretien accordé à France-Culture le 19 décembre 2012, et un entretien donné au Nouvel Observateur.

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Décembre 1960 : Alger manifeste pour l’indépendance

C’est un épisode important de la guerre d’indépendance algérienne mais il est rarement évoqué dans les médias. Le 11 décembre 1960, alors que les maquis nationalistes sont en grande partie décimés par les opérations militaires du général Challe, des milliers d’Algériens investissent les quartiers européens d’Alger, arborant le drapeau vert, blanc et rouge, et scandant des slogans favorables au FLN et au Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA).

Ces manifestations vont s’étendre et embraser l’ensemble du territoire algérien. Réprimées dans le sang par l’armée et la police françaises, elles montrent que la population “indigène” reste en majorité favorable au combat et aux idées des indépendantistes.

Deux historiens, Daho Djerbal et Gilles Manceron reviennent sur ces événements.

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Livres et films sur la guerre d'Algérie

Le camp des oliviers, parcours d’un communiste algérien

William Sportisse, né en 1923 à Constantine, a été élevé dans une famille juive
autochtone, française par le droit mais de culture judéo-arabe. Guidé par la
trajectoire de son frère aîné, Lucien, pionnier des luttes anticoloniales assassiné par la Gestapo à Lyon en 1944, il choisit très tôt le camp d’une Algérie
décolonisée et socialiste. Devenu citoyen de l’Algérie indépendante, il connaît à partir de 1965 les tortures et les prisons du régime, avant que l’explosion des années 1990 ne le contraigne à l’exil.

À travers le prisme d’une personnalité militante confrontée à des documents d’archives jusqu’ici inexplorées, ce livre d’entretiens avec Pierre-Jean Le Foll-Luciani, déploie autour d’un parcours minoritaire des pans méconnus de l’histoire sociale et politique de l’Algérie (post)coloniale. Pierre-Jean Le Foll-Luciani est doctorant en histoire contemporaine à l’université Rennes 2. Sa thèse porte sur les militants anticolonialistes juifs algériens (de l’entre-deux-guerres aux premières années de l’indépendance de l’Algérie). Nous reprenons ci-dessous l’introduction qu’il a rédigée pour la publication de ses entretiens avec William Sportisse.

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La conquête (1830-1871)

Jean-Louis Marçot, “comment est née l’Algérie française”

Sans doute fallait-il être pied-noir et avoir souffert dans sa chair la séparation avec l’Algérie pour entreprendre ce travail d’historien exceptionnel qui interroge les causes de la violence de la décolonisation algérienne.

Jean-Louis Marçot, pour ce faire, remonte au « pourquoi » et au « comment » la France a colonisé l’Algérie. Il reconstitue le contexte dans lequel le projet colonial s’inscrit, sa généalogie, ainsi que le débat politique et idéologique de l’époque. Il s’attache à comprendre les racines du choix qui ont fait de l’Algérie une colonie de peuplement et comment celles-ci plongent dans la question sociale dont la Révolution française a été la première tribune et qu’ont pensée dans des directions divergentes les fondateurs du socialisme moderne : Saint-Simon, Fourier, Owen et Buonarroti.

Il étudie aussi les raisons qui ont poussé le socialisme à s’impliquer dans le projet colonial alors qu’en héritier des Lumières, il n’était pas destiné à le cautionner. L’analyse des deux écoles qui se sont le plus intéressées à l’Algérie – la saint-simonienne et la fouriériste – est, de ce point de vue, éclairante de même que l’engagement singulier de quelques socialistes notoires, Lamennais, Cabet, Proudhon et Cavaignac, à l’exception d’Auguste Comte.

Il nous retrace enfin l’histoire de la conquête et de la colonisation d’un territoire que le colonisateur a nommé Algérie avant de montrer comment les socialistes sont devenus les prosélytes de la colonisation peuplante et ont élaboré cette utopie de l’Algérie française, qui apparaissait dans l’immédiat comme un remède à la crise de l’emploi et à long terme comme le tremplin d’un nouveau modèle social.

Cet essai ébranle les catégories qui établissent que colonialisme et anticolonialisme sont l’apanage, pour le premier, de la droite et de l’extrême droite et, pour le second, du socialisme. La question est douloureuse et la simplification a toujours pour but d’instrumentaliser les faits. L’auteur, résolument de gauche, ne prétend pas disqualifier le socialisme mais montrer qu’à faire fi des contradictions intrinsèques à une question – quelle qu’elle soit – on bascule très vite dans l’aveuglement.3

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Les résistances à la guerre d'Algérie

“les intellectuels et la guerre d’Algérie”

Ce très bel ouvrage, qui ouvre sur mai 1945 (massacres du Constantinois) et se clôt sur juillet 1968 (décret amnistiant les crimes commis en Algérie), rend compte de la « bataille de l’écrit » (Michel Crouzet) que fut aussi la guerre d’Algérie. S’il ne faut pas y chercher une analyse scientifique critique de l’engagement intellectuel, français comme algérien, les documents-archives de l’Institut mémoires de l’édition contemporaine, de la Bibliothèque de documentation et d’information contemporaine, ou de fonds privés (Jean Amrouche, Daniel Guérin, Dionys Mascolo), sont d’une grande richesse : lettre de Maurice Blanchot à Mascolo, qui lui suggère le titre du futur « Manifeste des 121 », la « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie » ; textes concernant les exactions du Front de libération nationale envers le Mouvement national algérien ; lettre de Mascolo à André Mandouze appelant de ses vœux l’« intelligentsia française d’Algérie » à se joindre au Comité d’action des intellectuels contre la poursuite de la guerre en Afrique du Nord, auquel Albert Camus a refusé de participer ; tapuscrit de Kateb Yacine…
(Anne Mathieu 4).

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Hiver 1960, non loin de Ben S'Rour (©Albert Devaud)
Albert Camus et l'Algérie

Albert Camus et les ambiguïtés

Du fait de ses positions libérales et de sa critique de la politique coloniale française – voir notamment l’épisode de la “trêve civile” –, pendant la guerre d’Algérie Albert Camus était considéré par la droite comme un traître. On peut mesurer par là l’ambiguïté du véritable culte dont il est l’objet de nos jours de la part de très nombreux Pieds-noirs.

On a pu – Mouloud Feraoun le premier – reprocher à Albert Camus d’avoir relégué les Algériens à des rôles de figurants dans leur propre pays. Agnès Spiquel a montré que ce grief était assez largement infondé, mais il a alimenté une critique récurrente de la part d’Algériens qui reprochent à Camus de ne pas avoir perçu la montée du nationalisme algérien. Albert Camus était sans doute prisonnier de stéréotypes coloniaux, car ses reportages en Kabylie, en 1939 et en 1945, dénoncent la misère, sans mentionner la revendication du droit à l’existence, à la souveraineté, d’une partie importante de la population musulmane. Son point de vue est marqué d’une sorte de cécité : sa méconnaissance de la langue arabe et de l’islam, ses préventions grandissantes à l’égard du panarabisme de Nasser, puis sa haine du FLN ont fait que, malgré ses liens avec des amis arabes, il n’a pas saisi l’acuité de ce qui se passait en Algérie.

Albert Camus avait le 23 août 1944 fait l’éloge des Français qui s’étaient levés contre l’occupant allemand : «Un peuple qui veut vivre n’attend pas qu’on lui apporte sa liberté. Il la prend» 5. Mais il s’est toujours refusé à mettre le nationalisme algérien sur un pied d’égalité avec le patriotisme de la Résistance française. Mouloud Feraoun, qui comprenait Albert Camus sans partager ses positions, a écrit dans son Journal le 18 février 1957 : «Camus se refuse à admettre que l’Algérie soit indépendante et qu’il soit obligé d’y rentrer chaque fois avec un passeport d’étranger, lui qui est Algérien et rien d’autre. »

La lecture d’un article repris ci-dessous, et deux petites vidéos dans lesquelles deux écrivains algériens, Mouloud Feraoun et Mouloud Mammeri, évoquent Albert Camus, permettent de mesurer l’ambiguïté du rôle que certains font parfois jouer à Albert Camus.

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