“la plupart” des trafiquants de drogues sont-ils noirs ou arabes ?
L’éditorialiste Eric Zemmour a déclaré à l’antenne le 6 mars dernier que «les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… C’est un fait.» En écrivant sur son blog que «tous les Noirs et tous les Arabes ne sont pas des trafiquants, mais beaucoup de ceux-ci sont noirs et arabes», l’avocat général près la cour d’appel de Paris, Philippe Bilger, apporte sa caution au point de vue d’Eric Zemmour1.
La question posée est de savoir si efffectivement “la plupart” des trafiquants de drogues sont noirs ou arabes. Commençons par rappeler que les Noirs et les Arabes sont beaucoup plus fréquemment contrôlés que le reste de la population : avoir la peau noire ou un “type maghrébin” augmente de façon très importante la probabilité d’être l’objet d’un contrôle des papiers d’identité – une enquête l’a établi de façon irrécusable, et cela fragilise les affirmations d’Eric Zemmour et de Philippe Bilger. Dans ses éléments de réponse repris ci-dessous, le sociologue Laurent Mucchielli récuse les recours aux catégories raciales : ils n’expliquent rien mais renforcent les préjugés xénophobes.
La multiplication ces derniers mois de propos à tonalité racialiste ou stigmatisant les immigrés semble particulièrement inquiétante. Dans un article récent, Carine Fouteau montre que les déclarations de ce genre émises par des responsables de la majorité présidentielle témoignent d’une véritable rupture à droite : la journaliste de Mediapart expose «comment Sarkozy a rendu possible la dérive raciste à droite»2.


