Fin mars dernier, notre amie Isabelle nous a adressé le courrier suivant. D’autres témoignages confirment le sien ; nous en avons retenu un, du 11 avril. Aux dires de Toulonnais qui prennent quotidiennement le train pour Marseille, ces scènes sont fréquentes.
Témoigner de ce qui se passe sous nos yeux, c’est refuser de participer au lent naufrage de nos libertés.
La commission nationale consultative des droits de l’homme a présenté le 13 avril 2011 son rapport pour l’année 2010. A l’occasion du rapport précédent consacré à l’année 2009, la Cncdh avait souligné que contrairement à des conceptions largement partagées, les préjugés racistes diminuaient. Mais l’analyse des résultats des enquêtes réalisées pour le rapport 2010 laisse craindre que ce mouvement soit interrompu. La Cncdh écrit en effet qu’il lui semble, pour la première fois depuis plusieurs années, constater une augmentation de l’intolérance.
Nous reprenons la présentation par la Cncdh des résultats de ces enquêtes, suivie de deux commentaires :
«Racisme : un verrou a sauté dans le discours politique admis ou admissible », par Elise Vincent (Le Monde, 12 avril 2011)
une interview de Pierre Fournel, directeur général de la LICRA : « L’ethnicisation des problèmes sociaux a engendré une libération de la parole raciste » (20minutes.fr, 12 avril 2011).
Une cinquantaine d’avocats vont déposer, à partir de lundi 23 mai, des questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) sur les contrôles d’identité devant les juridictions de six villes françaises. Pendant deux semaines, à Paris, Lyon, Marseille, Lille, Nanterre et Créteil, ils devraient soulever une QPC pour chaque dossier traité par la justice dans lequel il est fait état d’un contrôle d’identité reposant sur un délit de faciès.
Selon le cabinet de l’avocat William Bourdon, qui participe à cette action, « il y a déjà quelque chose d’anticonstitutionel [dans les contrôles d’identité] puisque chaque contrôle est une atteinte à la liberté et qu’il convient donc à un juge de statuer ». Ces QPC sur les contrôles d’identité visent également à attirer l’attention sur les « contrôles au faciès » qui, selon certaines études, « touchent beaucoup plus les Noirs et les Arabes ». Le cabinet dénonce le fait que « des personnes qui ont été contrôlées dans les cités et qui ne sont pas ensuite passées devant un juge, n’ont aucun moyen de démontrer qu’elles ont pu être contrôlées jusqu’à trois fois dans la même journée ».
Alors que les immigrés sont partout stigmatisés, le philosophe Etienne Balibar 1 s’interroge sur la notion d’étranger. Une image totalement brouillée par la crise économique. Dans un article publié dans Télérama N°3197 le 20 avril 2011 et repris ci-dessous, le philosophe tente de répondre aux questions : qui est « notre » étranger ? a-t-il changé au cours du temps ? pourquoi est-il de plus en plus considéré comme un ennemi ?
Le hors-série Télérama Horizons N°4, Etrangers, une obsession européenne, disponible en kiosque, donne la parole sur ce thème à des historiens, philosophes, sociologues et écrivains.
Ce texte est une reprise un peu modifiée d’une intervention au séminaire de recherches ERMINE sur les minorités nationales, université Rennes 2 sous la direction de Ronan Le Coadic. Voir Bretons, Indiens, Kabyles…, Presses universitaires de Rennes, 2009.
Suzanne Citron revient sur un thème qu’elle a souvent abordé : la question de la nation et de son récit, «à nouveau implicitement posée par l’islamophobie qui se glisse insidieusement derrière les proclamations d’une laïcité transmuée en dogme». La nation n’est pas une essence surgie du fond des âges et son récit transmis par l’école républicaine n’est pas un tabou intouchable. La nation est une construction, un devenir, une dynamique, une suite d’interactions. Elle exige, pour demeurer vivante, de perpétuels réajustements de son récit et l’aggiornamento de son enseignement, quitte à bousculer les institutions et les représentations qui les ont engendrés et formatés.
Il a été publié le 4 avril 2011 sur un nouveau site “aggiornamento hist-géo” qui a pour objectif de proposer une réflexion et des propositions dans l’optique d’un renouvellement de l’enseignement de l’histoire et de la géographie scolaires et universitaires.
Un groupe de réflexion sur ce thème a été créé sur google groupe – pour l’intégrer, en faire la demande à .
Une soixantaine d’organisation lancent un appel à une Europe solidaire :
Alors que des changements politiques majeurs […] sont amorcés au sud de la Méditerranée, les gouvernements et les instances de l’UE se montrent avant tout préoccupés de se protéger contre « les flux migratoires incontrôlables » que pourraient entraîner ces bouleversements. Des experts […] qui n’ont rien vu venir des mouvements politiques en cours, ne craignent pas aujourd’hui d’affirmer que des milliers de migrants risquent de déferler sur les territoires européens. [….]
Il faut cesser de nourrir la peur des populations européennes en brandissant systématiquement le spectre de l’ « invasion ». […]
Nous refusons cet égoïsme criminel. Nous voulons une Europe de la solidarité et de l’accueil.
A la suite d’une décision du Conseil constitutionnel, l’Etat français s’est trouvé dans l’obligation d’abroger avant le 1er janvier 2011 les lois iniques de cristallisation des pensions des anciens combattants et fonctionnaires originaires de l’ex-empire colonial français. Nicolas Sarkozy a annoncé solennellement la décision de mettre fin à la cristallisation le 13 juillet 2010, lors du déjeuner offert aux chefs d’Etat africains pour la commémoration du cinquantenaire des indépendances.
L’article 211 de la loi de finances pour 2011 a permis de procéder formellement à cette décristallisation, mais dans des conditions telles que, selon toute vraisemblance, bien peu de bénéficiaires potentiels pourront voir leur pension rattraper le niveau de celle des Français.
Le mot «populisme» a beaucoup servi ces derniers mois. Il a été prononcé à propos des attaques contre l’islam de Marine Le Pen, de la dénonciation des élites de Jean-Luc Mélenchon, de la transformation des Roms en boucs émissaires par Nicolas Sarkozy… De quoi est donc fait ce populisme qui frappe les démocraties occidentales ? Libération a sollicité trois philosophes: Jacques Rancière, Bernard Stiegler, et Enzo Traverso dont nous reprenons la contribution qui s’inquiète de la montée de l’islamophobie dans l’extrême droite européenne et une certaine droite2.
Le Manifeste des libertés réagit aux attentats récents dirigés contre des chrétiens en Egypte et en Irak.
Pour l’association, la dénonciation de l’arabophobie et de l’islamophobie que nous voyons grandir, dans nombre de pays occidentaux, ne prend tout son sens que si, en même temps, dans les pays du monde arabe, des voix fortes s’élèvent contre les discriminations et violences que subissent chez eux leurs propres minorités. On ne peut réclamer aux autres l’égalité et la liberté tout en la refusant chez soi à ses propres « autres ».
Ils sont venus pour travailler et sont finalement restés. Des migrants des années 1960 vieillissent aujourd’hui dans les villes d’Europe occidentale, souvent dans l’isolement et la précarité.
Des associations dénoncent l’acharnement croissant de certaines caisses de retraite, caisses d’allocations familiales et administrations fiscales vis-à-vis des vieux migrants démunis3. Des contrôles discriminatoires et des demandes abusives de certaines caisses de sécurité sociale (CRAM, CAF, MSA) aboutissent à des redressements et des suppressions de prestations insupportables pour des personnes en situation de précarité.
Certes, des dispositions légales prévoient de contrôler la résidence en France des bénéficiaires de la quasi-totalité des prestations sociales. Mais cette condition de résidence ne peut remettre en cause la liberté fondamentale d’aller et venir, qui passe nécessairement par le maintien du droit au séjour et des droits sociaux (protection maladie, minimum vieillesse, logement). Dans ces conditions, les pratiques discriminatoires de contrôle de la résidence et de suspension des prestations pour les vieux migrants n’en apparaissent que plus indécentes.
Sous prétexte de lutte contre la fraude, la chasse aux vieux immigrés pauvres habitant les foyers semble avoir commencé. Un dossier de Nadjia Bouzeghrane, publié dans l’édition du 23 décembre 2010 du quotidien El Watan.
«Le ministère de l’immigration et de l’identité nationale n’est plus, et c’est tant mieux, écrit Eric Fassin. Mais, poursuit-il, le mal est fait» : stigmatisation des étrangers, amalgame entre immigration et délinquance …
Patrick Buisson«La stratégie de Patrick Buisson n’a pas marché», aurait lâché Nicolas Sarkozy à des conseillers, lundi 8 novembre, selon le Canard enchaîné. Une référence au politologue et conseiller élyséen associé à l’idée d’offensive sécuritaire et de campagne ancrée à droite. «Quand on gagne 1 point sur le Front national, on en perd 4, notamment au centre», aurait ajouté le chef de l’Etat, toujours selon le Canard.
Quand donc Nicolas Sarkozy se débarrassera-t-il de ce conseiller diabolique4 qui, selon ses propres termes, «n’a rien faire à [ses] côtés»?
[Mis en ligne le 16 novembre 2010, mis à jour le 19]
Le Conseil de l’Europe, dont le siège est à Strasbourg, regroupe aujourd’hui, avec ses 47 pays membres, la quasi-totalité du continent européen. Créé le 5 mai 1949 par 10 Etats fondateurs, le Conseil de l’Europe a pour objectif de favoriser en Europe un espace démocratique et juridique commun, organisé autour de la Convention européenne des droits de l’homme et d’autres textes de référence sur la protection de l’individu.
La déclaration5 du Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Thomas Hammarberg, arrive à point nommé au moment où les préjugés islamophobes reprennent de la vigueur au bénéfice d’un racisme toujours rampant …