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Édition du 1er au 15 février 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

Gilles Manceron : dire l’histoire

Le 8 mai 1945, les milliers d’Algériens qui manifestèrent pacifiquement leur volonté d’indépendance subirent, à Sétif, Guelma et Kherrata, une répression aveugle et massive conduite par l’armée française soutenue par des milices européennes armées.

L’historien Gilles Manceron, revient, dans cet entretien accordé à l’APS, sur cette page tragique qui a marqué un tournant dans l’histoire de la lutte nationaliste, ainsi que sur le déni par la France de ses crimes coloniaux1.

Pour Gilles Manceron, «le besoin de justice est intact et de plus en plus pressant, mais, […] aujourd’hui, il incombe aux hommes politiques et aux historiens, et non pas à des juges, de le satisfaire». «C’est aux autorités politiques françaises de s’exprimer très clairement sur ce[s] sujet[s]». C’est aux historiens qu’il revient d’«établir les faits», et, pour cela, il faut «permettre l’accès aux archives».

La demande d’un réel accès aux archives est exprimée également par l’historien algérien Daho Djerbal dont le quotidien algérien Liberté rapporte les propos dans un article publié le même jour. Après avoir évoqué les difficultés auxquelles se heurtent en Algérie pour accéder aux archives les chercheurs qui travaillent sur l’histoire du mouvement national, il proclame que “l’accès aux archives doit être libre”.

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 12 mai 2013 : journée de l’abandon des harkis

Un collectif d’associations de familles d’anciens harkis appelle à un rassemblement le 12 mai 2013 à 10h, devant le Palais de Justice de Paris. Ce jour-là, baptisé Journée de l’abandon des harkis, elles demanderont au président de la République de tenir son engagement du 5 avril 2012 en reconnaissant la responsabilité des gouvernements français dans l’abandon de certains d’entre eux en Algérie, où on les savait menacés, ainsi que dans la relégation dans des camps de ceux qui avaient pu gagner la France.

Vous trouverez ci-dessous quelques éléments d’information, à la suite de deux communiqués de soutien : des directives ministérielles de mai 1962 concernant les harkis, la fin du camp de Saint-Maurice-l’Ardoise, l’engagement du candidat François Hollande, ainsi que le message lu par Kader Arif le 25 septembre 2012.

[Mis en ligne le 20 février 2013, mis à jour le 6 mai]

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“La France va pouvoir porter librement au Maroc la civilisation, la richesse et la paix” (Le Petit Journal illustré, 19 novembre 1911)
La guerre du Mali (depuis 2013)

la guerre au Mali vue d’un collège de l’Aube

Initiative de l’Est-éclair : à l’occasion de la 24e Semaine de la presse à l’école, treize établissements scolaires de l’Aube participent à un concours d’écriture. Plusieurs contributions, publiées sur un blog ouvert pour la circonstance, s’intéressent au Mali.

B. Girard, animateur du site Journal d’école, en commente ci-dessous certains extraits.

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Mali : la France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts

La déclaration attribuée à lord Palmerston, «L’Angleterre n’a pas d’amis ou d’ennemis permanents, elle n’a que des intérêts permanents», pourrait être reprise comme viatique par les diplomates de tout pays — il suffit de l’adapter.

Concernant l’intervention militaire française au Mali qui a débuté le 11 janvier dernier, l’existence au Niger voisin de mines d’extraction d’uranium – elles sont « protégées par des forces spéciales» – est l’un des «principaux intérêts stratégiques français dans la région», comme les sénateurs Chevènement et Larcher le rappellent dans leur rapport d’information2.
Cette réalité était certainement présente à l’esprit des parlementaires français le 22 avril dernier quand ils ont approuvé à la quasi-unanimité la poursuite de l’opération Serval.

Le rapport parlementaire insiste sur la nécessité d’une «véritable réconciliation » entre Maliens. Mais ce n’est pas en empêchant certaines personnalités maliennes – Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture du Mali et Oumar Mariko, Secrétaire Général de SADI – de voyager que l’on favorisera cette réconciliation. Françafrique pas morte !

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Anciens de l’OAS et «Manif pour tous»

Le blog Droites extrêmes, d’Abel Mestre et Caroline Monnot, publie à la date du 19 avril 2013 des informations sur le soutien apporté aux manifestants opposés au Mariage pour tous par le Secours de France — une association, créée en 1961 pour venir en aide aux militants de l’OAS emprisonnés, qui continue à défendre les thèses de l’Algérie française3.

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Christian Estrosi inaugure la statue de de Gaulle, le 18 juin 2011 à Nice
1962, la fin de la guerre d'Algérie

Estrosi, “insoumis” par calcul

La volonté de récupérer des voix demande quelques contorsions et oblige à ne pas craindre les contradictions. Les prises de position de Christian Estrosi en constituent l’illustration.

Le 18 juin 2011, Christian Estrosi avait inauguré une statue du général de Gaulle. Le 20 octobre dernier, il clôturait un rassemblement de pieds-noirs en lançant un vibrant : « Vive l’Algérie française ! ». Aujourd’hui, il annonce qu’il n’appliquera pas la loi qui a institué le 19 mars Journée nationale du souvenir […] à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc, comme le préfet des Alpes-Maritimes le lui a rappelé.

[Mis en ligne le 27 février 2013, mis à jour le 17 avril]

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Benjamin Stora : «Algériens et Français doivent regarder ensemble leur histoire commune»

Invité par l’Association des Anciens Elèves des Lycées Malika Gaid et Mohamed Kerouani, Benjamin Stora a animé un débat à Sétif le 6 avril 2013. A cette occasion il a déclaré que «le moment est venu pour les Algériens et les Français de regarder leur histoire commune en face».

Il a poursuivi : «Il faut en outre se pencher sur la question de l’enrôlement par l’armée française de la paysannerie algérienne (harkis), celle du statut des minorités qui ont quitté l’Algérie (pieds-noirs). On doit savoir qu’après l’indépendance, plus 200 000 Européens sont restés en Algérie jusqu’aux années 1970. Côté français, beaucoup d’archives sont à ouvrir, notamment celles inhérentes aux champs de mines, aux essais nucléaires français au Sahara, aux disparitions de milliers d’Algériens et à l’utilisation du napalm, pour ne citer que ces sujets.»4

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La guerre du Mali (depuis 2013)

Mali : aux origines de la crise

Le Mali, et en particulier sa région Nord, est devenu le théâtre de violents combats, complexes en ce qu’ils impliquent différents acteurs (armée malienne, combattants jihadistes et indépendantistes touareg), sur fond d’activités mafieuses et terroristes. «Quels sont les obstacles à la sortie de crise ? », demande l’auteure de l’article, Catherine Choquet, membre du Comité central de la Ligue des droits de l’Homme.

Cet article est repris du n° 161, mars 2013, de la revue Hommes & Libertés de la LDH dont voici le sommaire complet.

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Mali : et maintenant ?

Le Conseil de sécurité des Nations unies
se penche sur la situation au Mali, un pays dont les trois quarts des 15 millions d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté, et qui compte plusieurs centaines de milliers de personnes déplacées ou réfugiées dans les Etats voisins.

La situation sécuritaire y demeure incertaine et notamment du fait du comportement de militaires maliens. Confirmant les inquiétudes manifestées par le Haut commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, l’organisation Human Rights Watch (HRW) a recueilli près de Tombouctou les témoignages de personnes portant des marques de tortures que leur auraient infligées des militaires maliens qui les soupçonnaient d’être des partisans de groupes terroristes armés. « Le recours à la torture par des soldats qui ont précisément pour mandat de restaurer la sécurité dans le nord du Mali ne peut qu’aggraver une situation déjà difficile », a déclaré l’organisation5.

Lors de son intervention télévisée de jeudi 28 mars sur France 2, François Hollande avait émis deux signaux contradictoires à propos de la crise malienne. Il avait en effet tenu à se démarquer de la Françafrique, en affirmant que le « temps où la France désignait des chefs d’Etat en Afrique est révolu» tout en se déclarant «intraitable» sur le respect d’un calendrier électoral : «nous voulons qu’il y ait des élections au Mali à la fin du mois de juillet. » 6

Les voix opposées à l’intervention militaire française restent minoritaires mais continuent à se faire entendre : les propos d’Aminata Traoré au Forum social mondial de Tunis, ainsi qu’un “appel citoyen”, sont repris ci-dessous …

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Défendre la laïcité, ne pas stigmatiser les musulmans

La Cour de cassation a pris, le 19 mars 2013, deux décisions concernant le port du « voile islamique »7. Elle a annulé le licenciement en 2008 d’une employée de la crèche Baby-Loup de Chanteloup-les-Vignes qui refusait d’ôter son foulard. « S’agissant d’une crèche privée », et « en dépit de sa mission d’intérêt général », la haute juridiction a considéré que le licenciement de cette salariée constituait « une discrimination en raison des convictions religieuses » et devait être « déclaré nul ». L’affaire est donc renvoyée devant la cour d’appel de Paris.

Le même jour, la Cour a confirmé le licenciement d’une employée dans une autre affaire de voile au travail, mais cette fois dans le cadre d’une « mission de service public ». Il s’agissait d’une employée de la CPAM de Seine-Saint-Denis.

Vous trouverez ci-dessous, à la suite d’un communiqué signé par la LDH, des commentaires de Maître Gilles Devers sur ces deux décisions, ainsi qu’un appel dénonçant la stigmatisation des musulmans.

[Mis en ligne le 31 mars 2013, mis à jour le 3 avril 2013]

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Antoine Abibou en 1938. Prisonnier de guerre en Bretagne, il a été condamné à dix ans de détention le 5 mars 1945, suite à la rébellion du camp de Thiaroye. (Archive famille Abibou)
Le massacre de Thiaroye décembre 1944

Thiaroye (Sénégal) : morts par la France

Pour Armelle Mabon, maître de conférences à l’Université de Bretagne-Sud, auteure de Prisonniers de guerre « indigènes » Visages oubliés de la France occupée (La Découverte, 2010), la réhabilitation des victimes de ce massacre colonial est indispensable.

De nombreux points doivent encore être élucidés, mais, pour l’historienne, il s’agit d’un crime que l’armée française a couvert par une succession de mensonges et que l’État a entériné.

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Accusations, incitations à la repentance

la repentance : nécessité ou alibi ?

Qu’est-ce que la repentance ? Qui peut la réclamer ? De qui doit-on l’exiger ? Et doit-on seulement la souhaiter ? Ne faut-il pas plutôt lui préférer un exercice de la mémoire, loin de tout calcul politicien, nourri au devoir d’histoire et de vérité, lui substituer une vigilance intraitable à l’égard des injustices d’aujourd’hui ?

Des intellectuels des deux rives de la Méditerranée – Hélé Béji, Michèle Bompard-Porte, Françoise Dastur, Salima Ghezali, Olivier Le Cour Grandmaison, Seloua Luste Boulbina, François Maspero, Hassan Remaoun, Emmanuel Terray – abordent ces différentes questions dans Aspects de la repentance, un ouvrage dirigé par Ismaël-Sélim Khaznadar et publié par les éditions Barzakh.

L’éditeur a organisé à Alger le 9 mars 2013, conjointement avec El Watan Week-end, un débat sur le thème «Repentance : nécessité ou alibi ?», avec la participation de Olivier La Cour Grandmaison, Malika Rahal, Abdelmadjid Merdaci et Ismaël-Sélim Khaznadar.

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