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Édition du 1er au 15 avril 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

Robert Ménard a déposé une gerbe sur la stèle glorifiant des membres de l'OAS. (Sylvain Thomas/Pascal Guyot/AFP)
Béziers

Robert Ménard s’incline devant une stèle glorifiant l’OAS

À l’origine, la stèle de Béziers avait été érigée à la mémoire des morts civils et militaires laissés en Outre-Mer. Peu à peu, elle a été transformée en un hommage à l’action de l’OAS. Sur cette stèle figurent les photos des quatre membres de l’OAS qui ont été fusillés après avoir été condamnés à mort par les tribunaux français, suivies de la phrase « N’oubliez jamais leur sacrifice ». Il s’agit de Jean Bastien-Thiry qui organisa en 1962 l’attentat du Petit Clamart dans le but d’assassiner le général de Gaulle ; Roger Degueldre, créateur des commandos Delta de l’OAS, Albert Docevar et Claude Piegts qui avaient participé en mai 1961 à l’assassinat du commissaire central d’Alger Roger Gavoury.

C’est devant cette stèle que le maire de Béziers, Robert Ménard, et le député UMP, Elie Aboud, ceints de leurs écharpes tricolores, ont déposé ensemble une gerbe. C’est devant ce monument que Robert Ménard a prononcé un discours provocateur. Ce n’était pas la première cérémonie organisée devant ce monument mais c’était sans doute la plus choquante.

[Mis en ligne le 10 juillet 2014, mis à jour le 11]

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Nouvelle action de la LDH contre l’arrêté couvre-feu de Robert Ménard

Robert Ménard, maire de Béziers, soutenu par le FN, a pris en avril dernier un arrêté municipal interdisant aux enfants de moins de 13 ans de sortir de chez eux non accompagnés après 23 h durant les week-end et les jours fériés.
En juin, la Ligue des droits de l’Homme (LDH) a introduit devant le tribunal administratif de Montpellier un référé suspension contre ce décret — il n’est en effet pas possible d’infliger une amende à un enfant. La décision du TA devait être connue le 8 juillet.

Mais Robert Ménard a modifié son arrêté, le 7 juillet, remplaçant l’amende pour les enfants contrevenant par d’éventuelles poursuites contre les parents, ce qui a amené le TA à prononcer un non-lieu. Me Sophie Mazas, pour la LDH, a introduit une nouvelle action contre le dernier arrêté, sur le fond cette fois et non plus en référé. Le tribunal devrait prendre plusieurs semaines avant de se prononcer. 1

[Mis en ligne le 7 juillet 2014, mis à jour le 11]

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Les massacres de mai-juin 1945 en Algérie (Constantinois)

lundi 7 juillet 2014, rediffusion de “l’autre 8 mai 1945 – aux origines de la guerre d’Algérie”, de Yasmina Adi

Le 8 mai 1945 est une date clé pour l’histoire de France. Chaque année, on célèbre la victoire sur l’Allemagne nazie. De l’autre côté de la Méditerranée en Algérie, ce jour de gloire est un jour de deuil. Dans la liesse de la victoire en 1945, des Algériens ont revendiqué leur volonté d’indépendance. Ils subiront durant plusieurs semaines une violente répression conduite par l’armée française. Elle fera des milliers de victimes.

Mais soixante ans plus tard, la répression du printemps 1945 en Algérie recèle encore de nombreuses zones d’ombre.

Yasmina Adi a retrouvé de nombreux documents inédits, des archives du gouvernement français et des services secrets anglais et américains. Elle est allée à la rencontre de ces hommes et ces femmes qui ont vécu et subi cette répression. Elle donne la parole aux témoins français, algériens, ainsi qu’au premier reporter Américain arrivé sur les lieux.

Cette enquête lève le voile sur les mécanismes et les conséquences de cette répression coloniale. Cet Autre 8 Mai 1945 est aux origines de la guerre d’Algérie.

Le 7 juillet 2014 à 20h35 sur LCP

L’Autre 8 Mai 1945 – Aux origines de la guerre d’Algérie

documentaire de Yasmina Adi (52 min)

[Mis en ligne le 5 mai 2008, mis à jour le 5 juillet 2014]
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musée de la France et de l’Algérie : enterré mais pas mort

Comment sortir de la guerre des mémoires à propos des relations entre Français et Algériens ? Plus d’un demi-siècle après la fin de la guerre d’Algérie, il est urgent de proposer le moyen de comprendre le passé et de préparer l’avenir. C’est ce qu’entend réaliser une équipe pluridisciplinaire de chercheurs. Le bâtiment d’un « Musée de l’Histoire de la France et de l’Algérie », dont l’achèvement était programmé pour 2015, vient de se voir affecté à une autre destination. Par décision du Président de l’Agglomération, que le Conseil a entérinée le 19 juin dernier, il sera dévolu à un musée d’art contemporain 2. Le projet initial n’est pas pour autant abandonné par les chercheurs.

Un dossier consacré à ce problème, comportant notamment une pétition de soutien au Musée d’Histoire de la France et de l’Algérie à Montpellier, signée par plus de 4 100 personnes, est en ligne : http://www.change.org/fr/pétitions/monsieur-philippe-saurel-non-à-l-abandon-du-musée-d-histoire-de-la-france-et-de-l-algérie.

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Jean Baubérot : la CEDH valide, avec réticence, la loi interdisant le voile intégral

Dans une décision nuancée 3, la Cour européenne des droits de l’Homme a validé la loi française qui interdit le port du voile intégral dans l’espace public.

Mais, comme le souligne Jean Baubérot, la Cour a multiplié les considérants qui montrent que, pour elle, la France se trouve à la limite des règles d’une société démocratique. La CNDH écrit en effet qu’ «un État qui s’engage dans un tel processus législatif prend le risque de contribuer à consolider des stéréotypes affectant certaines catégories de personnes et d’encourager l’expression de l’intolérance alors qu’il se doit au contraire de promouvoir la tolérance.»

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Livres, films, spectacles pour la reconnaissance

Juillet 2014 : « Les pieds tanqués », au Festival d’Avignon

Quatre personnages, joueurs de pétanque – Zé, Yaya, Loule et Mr Blanc –, sont en scène dans cette partie de boules de tous les dangers : un Français rapatrié d’Algérie, un Français de la seconde génération issue de l’immigration algérienne, un Français provençal de « souche », un Francilien fraîchement arrivé en Provence. Chacun des personnages aura sa propre revendication identitaire et territoriale, chacun d’eux aura sa déchirure secrète et un lien avec les évènements d’Algérie, chacun livrera sa vérité. Ils s’opposeront ou se ligueront, mais chacun aura à cœur de continuer et finir cette partie qui les lie et les rassemble au delà de tout.

Philippe Chuyen, auteur et metteur en scène, a voulu par le biais du théâtre contribuer à un « travail de re-visitation lucide du passé à la lumière de notre conscience d’aujourd’hui». Une réussite !

[Mis en ligne le 14 août 2012, mis à jour le 2 juillet 2014]

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remise du prix Audin, à Paris en juin 2014

La cérémonie du prix Maurice Audin 2014 de mathématiques s’est déroulée en deux temps : les deux récipiendaires, une Algérienne et un Français, ont reçu leur prix le 12 mars 2014 à Alger ; une seconde cérémonie a été organisée à Paris, le 18 juin 2014, dans les locaux de l’Institut Henri Poincaré. Lors de cette dernière, François Hollande a adressé aux participants un message qui ne dit pas un mot des tortures infligées par des militaires français à Maurice Audin ni de son assassinat par eux, mais que l’on peut considérer comme le premier début de reconnaissance officielle de la responsabilité des autorités françaises de l’époque dans sa disparition en juin 1957.

Le président du prix Maurice Audin, Cédric Villani, était présent à Alger le 12 mars 2014, et c’est lui qui a présidé la cérémonie du 18 juin dernier. Cédric Villani est un mathématicien français né en 1973, professeur des Universités et directeur de l’Institut Henri Poincaré. Lauréat en 2010 de la médaille Fields 4, il s’investit beaucoup dans la communication, pour faire comprendre au plus grand nombre certaines avancées des mathématiques contemporaines.

Nous le remercions de nous avoir permis de reprendre le texte de son allocution du 18 juin dernier. 5

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Le square Marcel Bigeard (Photo Yves Dal Ballo et Dominique Bonvillain)
Bigeard aux Invalides ?

Bigeard à Aix-les-Bains : peut-on honorer la mémoire de celui qui a présenté la torture comme un “mal nécessaire” ?

Le nom de Marcel Bigeard reste associé aux épisodes les plus contestés des guerres coloniales menées par la France en Indochine et en Algérie – à commencer par la Bataille d’Alger. Ses cendres se trouvent finalement à Fréjus et on aurait pu en rester là. Mais le 23 juin 2012, le député-maire d’Aix-les-Bains a tenu à inaugurer un “square Marcel Bigeard”.

Deux ans plus tard, cette décision continue à provoquer des protestations parmi la population. Il est effectivement difficile d’oublier, par exemple, le sort de Maurice Audin, mort durant sa détention à Alger en juin 1957.

[Mis en ligne le 21 juin 2012, mis à jour le 25 juin 2014]

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La place du 2 juillet 1966, à Papeete.
Les essais nucléaires français en Algérie

Les victimes oubliées des essais nucléaires

Les victimes des essais nucléaires français font-ils partie des “oubliés de l’Histoire” ? On peut se poser la question :
– les demandes d’audience, adressées par l’AVEN au premier ministre ou à son prédécesseur par l’association des vétérans (victimes) des essais nucléaires qui dénonce les insuffisances de la loi Morin, n’ont pas reçu de réponse,
– à Papeete, l’association Moruroa e Tatou lance une pétition pour la sauvegarde du mémorial des victimes du nucléaire, place du 2 Juillet 1966 que le gouvernement Flosse entend rebaptiser place Jacques Chirac,
– quant à l’Algérie, selon certaines études, dans les régions où se sont déroulés les essais français, plus d’une femme sur cinq serait atteinte d’un cancer du sein, et une sur dix d’un cancer de la thyroïde.

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François Hollande : Maurice Audin «est mort durant sa détention»

La cérémonie officielle de remise du prix Audin de mathématiques (session 2014) a eu lieu mercredi 18 juin, à l’Institut Henri Poincaré, à Paris.
Le président de la République a adressé aux participants un message que nous reprenons ci-dessous. Il y évoque le sort tragique de Maurice Audin, sans apporter d’élément véritablement nouveau, ni sur les circonstances, ni sur les raisons de sa mort.

Ce message est le premier désaveu officiel de la thèse de l’évasion mise en scène par certains responsables du maintien de l’ordre de l’époque, et qui tenait lieu depuis lors, contre toute évidence, de vérité officielle. En effet, le président de la République a écrit : «M. AUDIN ne s’est pas évadé. Il est mort durant sa détention», confirmant ce qu’il avait déclaré la veille à Josette Audin, en réponse à sa demande du 24 février 2014.

Nous publions à la suite une lettre que Gérard Tronel, de l’association Maurice Audin, lui avait adressée peu de temps auparavant.

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