4 000 articles et documents

Édition du 1er au 15 février 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

la_bataille_d_einaudi.jpg
Le rôle de Jean-Luc Einaudi

Jean-Luc Einaudi, citoyen chercheur, par Fabrice Riceputi

Avant d’être un événement bien connu des historiens, le 17 octobre 1961 a fait l’objet d’une amnésie complète. C’est elle que Jean-Luc Einaudi a dû vaincre dans un long combat de trois décennies, dont Fabrice Riceputi, dans son livre La bataille d’Einaudi, vient aujourd’hui restituer les grandes étapes : un travail d’enquête solitaire, la publication de La bataille de Paris en 1991, un témoignage sept ans plus tard lors du procès de Maurice Papon, puis le procès pour diffamation intenté à l’historien par Papon…

Le livre de Fabrice Riceputi nous raconte également la résistance acharnée de l’appareil d’État lui-même à livrer ses secrets contenus dans ses archives, et la lente et difficile apparition du 17 octobre 1961 dans les manuels scolaires.

Il nous convie enfin à une réflexion profonde sur l’incapacité de notre société à regarder en face son passé colonial, dont les effets pèsent encore lourdement dans les rapports sociaux contemporains. De cet utile travail d’anamnèse, portant lui-même sur un autre travail d’anamnèse, nous en publions ici quelques pages 1, avec l’amicale autorisation de l’auteur et des éditeurs.

la_bataille_d_einaudi.jpg

Lire la suite »
stora_jenni.jpg
Livres, films, spectacles pour la reconnaissance

Benjamin Stora et Alexis Jenni : « Comment sortir du choc des mémoires ? »

La société française semble encore en difficulté pour transmettre et enseigner son histoire coloniale. Cela conduit à une forme de cloisonnement des mémoires qui se traduit par la communautarisation du souvenir. Le romancier Alexis Jenni, auteur de L’Art français de la guerre (Gallimard, prix Goncourt 2011), et l’historien Benjamin Stora, spécialiste du Maghreb contemporain, en débattent le 3 février 2016, Musée national de l’histoire de l’immigration, à l’occasion de la publication de leur livre commun, Les mémoires dangereuses (Éditions Albin Michel).

Lire la suite »

Benjamin Stora et Alexis Jenni : « la décolonisation des imaginaires n’est pas achevée »

Dans les Mémoires dangereuses. De l’Algérie coloniale à la France d’aujourd’hui (Albin Michel), l’historien Benjamin Stora, spécialiste de la guerre d’Algérie, a lancé, avec Alexis Jenni, auteur de L’Art français de la guerre (Gallimard, prix Goncourt 2011), un plaidoyer en faveur d’une bataille culturelle contre la radicalisation et l’obscurantisme par la réappropriation commune d’une histoire coloniale refoulée. 
Il a été l’hôte en janvier 2016 des Agoras de l’Humanité accueillies au Musée de l’histoire de l’immigration à Paris. Un entretien en a rendu compte dans l’Humanité.

Lire la suite »
Ouest France, 27/09/2013
Hommages aux victimes de l'OAS

La mémoire d’Alfred Locussol, militant anticolonialiste

Pour l’anniversaire de son assassinat début janvier 1962, une cérémonie s’est déroulée le 4 janvier 2016 pour honorer la mémoire d’Alfred Locussol. Cet assassinat était le premier commis sur le territoire métropolitain, commandité et organisé par l’OAS depuis l’Algérie.

La stèle qui rend hommage à son engagement contre le colonialisme, inaugurée le 6 octobre 2012, a été brisée une semaine plus tard. Remise en état, elle était à nouveau vandalisée le 2 janvier 2013. La dernière dégradation, la quatrième, date du 1er novembre dernier. « Nous ne savons rien des motivations des vandales, déplore Pierre Frénée, coordonnateur de cet hommage. Cinquante ans après, c’est toujours un acte militant de dire qu’il a été assassiné par l’OAS 2 et déposer une gerbe au pied de sa stèle », souligne-t-il.

Ci-dessous, le message de voeux pour 2016, prononcé à Alençon, le 4 janvier 2016 par Jean-François Gavoury, président de l’ANPROMEVO, dans le cadre de l’hommage à la mémoire d’Alfred Locussol.

Lire la suite »

Thiaroye, un mensonge d’État

La Cour de cassation a rejeté lundi 14 décembre 2015 la demande de révision du fils d’un tirailleur sénégalais, condamné pour sa participation à une rébellion réprimée dans le sang le 1er décembre 1944, au camp militaire de Thiaroye (Sénégal).

Le fils d’Antoine X. avait saisi la plus haute juridiction française dans l’espoir de rouvrir le dossier de son père décédé. Ce dernier, caporal, a été condamné le 6 mars 1945 par le tribunal militaire permanent de Dakar à dix ans de détention et à la dégradation militaire pour « désobéissance, outrage à supérieur et participation à une rébellion commise par des militaires armés ». Je suis chez moi, je n’ai pas d’ordre à recevoir » aurait-il lancé à un aspirant. Les officiers supérieurs du camp avaient ensuite assuré qu’il était l’un des « véritables chefs » de la « rébellion ».

Antoine X. avait lors de ses interrogatoires « nié avec constance » toutes les accusations. La Cour de cassation, estimant qu’ « aucune des pièces produites à l’appui de la demande (n’était) de nature à remettre en cause les témoignages ou le contenu des rapports figurant au dossier », a jugé que la demande en révision du fils d’Antoine X. était irrecevable. 3

Lire la suite »

Régionales 2015 en PACA : les clins d’œil aux pieds-noirs

Il est établi que le « vote pied-noir » est un mythe, mais les politiques sont persuadés qu’il existe bien et ils essaient de capter cet électorat.

Difficile de mesurer l’importance de cette population dans l’ensemble de la population française. C’est ainsi qu’une étude publiée en 2012 par le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) écrit que « la communauté pied-noir pèse 15,3% du corps électoral en Languedoc-Roussillon, 13,7% en Provence-Alpes-Côte d’Azur» 5. Cette étude désigne par l’expression «communauté pied-noir» l’ensemble des Français « qui revendiquent une ascendance pied-noire (c’est-à-dire ayant au moins un parent ou un grand-parent pied-noir)» 6. Une définition que l’on peut discuter.

Quoi qu’il en soit, les pieds-noirs constituent un groupe que l’on ne peut ignorer lors de l’élection qui s’annonce serrée entre la droite et le Front national.

Lire la suite »

aurait-on retrouvé la dépouille mortelle de Maurice Audin ?

Le corps du militant anticolonialiste Maurice Audin, assassiné en juin 1957 par les parachutistes français, se trouve-t-il au cimetière de Ben Salah, près d’Oued Alleug ? Un an après un témoignage publié en août 2014 par le Quotidien d’Oran, la famille du mathématicien assassiné souhaite que les autorités algériennes donnent suite à ce témoignage et procèdent à des fouilles et à des tests ADN pour s’en assurer.

En août 2014, dans les colonnes du Quotidien d’Oran, Abraz Mustapha, dit Moh Djebbour, alerté par les aveux tardifs d’Aussaresses sur l’assassinat de Maurice Audin et le lieu possible de son enterrement, a fait un rapprochement avec un évènement qu’il avait vécu à l’âge de 12 ans : un enterrement effectué à la sauvette en 1957 par des parachutistes au cimetière de Ben Salah, près de Oued Alleug.

Ci-dessous : l’article publié en août 2014 dans le Qotidien d’Oran, suivi d’un article récent d’El Watan.

Lire la suite »

Beaucaire : débaptisation d’une rue du 19 mars 1962

Suivant l’exemple de Robert Ménard à Béziers, Julien Sanchez, maire Front national de Beaucaire (Gard), a décidé de débaptiser la « rue du 19 mars 1962. Fin de la guerre d’Algérie » pour la renommer « rue du 5 juillet 1962. Massacre d’Oran ». La pose de la nouvelle plaque sera effectuée le 29 novembre au matin au cours d’un “pèlerinage de Santa Cruz” 7

Le Front national est un enfant de Vichy et de la guerre d’Algérie. Des anciens de l’OAS et des partisans de l’Algérie française y ont trouvé toute leur place. Les rapports qu’il entretient avec la “communauté” des Pieds noirs ont évolué ; l’historienne Valérie Igounet l’expose ci-dessous.

Lire la suite »