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Édition du 1er au 15 avril 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

Séquelles politiques postcoloniales

Les statues de colonisateurs, symboles d’une domination dont les peuples d’outre-mer ne veulent plus, par Alain Ruscio

Le 22 mai 2020, en Martinique, deux statues de Victor Schoelcher ont été mises à bas le jour où l’île commémorait l’abolition de l’esclavage. Un acte fondé sur un contre-sens puisque Schoelcher avait lutté pour obtenir cette abolition, choquante du fait de l’indemnisation des maîtres, mais cette mesure lui avait été imposée et il avait milité sans y parvenir pour que des moyens soient donnés aux anciens esclaves. Indépendamment de cette méconnaissance concernant Schoelcher, de nombreuses statues à la gloire des colonisateurs édifiées aussi bien en métropole que dans l’ancien espace colonial ont été la cible de la colère des colonisés à l’heure des indépendances, et aujourd’hui pour les peuples d’outre-mer, elles symbolisent une domination qu’ils ne veulent plus subir.

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Commémorations

Le jeudi 11 juin 2020, au cimetière du Père Lachaise à Paris, hommage à Josette et Maurice Audin

Le 11 juin 1957, Maurice Audin a été enlevé à son domicile d’Alger par des policiers et des militaires français, et, une dizaine de jours plus tard, été assassiné par les parachutistes qui le détenaient. Le 11 juin 2019, un cénotaphe, monument funéraire qui ne contient aucun corps, a été inauguré au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, non loin du Mur des Fédérés où ont péri les derniers Communards et des monuments aux victimes des camps nazis. En 2020, l’Association Josette et Maurice Audin honore la mémoire de Josette Audin, qui a partagé tous les engagements de Maurice, et celle du militant de l’indépendance algérienne, Maurice Audin, dont on ignore encore les circonstances exactes du décès. Elle affirmera la permanence de son action pour la vérité, la justice sur cet assassinat et sa solidarité avec le combat du peuple algérien.

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La reconnaissance de l'esclavage

Pourquoi s’en prendre
aux statues de Victor Schoelcher ?

Le vendredi 22 mai, des militant(e)s ont détruit deux statues de Victor Schoelcher en Martinique, à Fort-de-France et à Schoelcher. Ce jour-là, l’île commémorait l’anniversaire de l’abolition de l’esclavage, par un décret de la Deuxième République du 27 avril 1848 pour lequel Victor Schoelcher avait longtemps combattu. Nous publions la réaction de l’historien Marcel Dorigny, ainsi que celles de trois universitaires antillais, Myriam Cottias, Louis-George Tin et Dominique Taffin, recueillies par le quotidien 20 Minutes. Ils s’interrogent sur le bien fondé de cet acte, mais aussi sur ses raisons, dans le contexte actuel de lutte contre le racisme et d’inégalités persistantes dans la société des Antilles. Nous reproduisons aussi les liens vers une vidéo qui justifie ces destructions et vers le communiqué publié à ce sujet par la Fondation pour la mémoire de l’esclavage.

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La reconnaissance du passé colonial

Recherches entravées… il est urgent de lever les obstacles à la consultation des archives

Paradoxalement, après la déclaration importante du président de la République du 13 septembre 2018 concernant la vérité sur l’affaire Audin et les tortures pratiquées par l’armée française en Algérie, des mesures ont été prises concernant les archives qui empêchent le processus qu’il a jugé nécessaire et entravent les recherches sur notre histoire contemporaine. Via l’organisme opaque qu’est le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), a été mis en place, en effet, en 2019 et jusqu’à aujourd’hui, un mécanisme long et complexe de « déclassification » qui empêche l’accès aux archives tel que prévu par la loi. Par des questions orales ou écrites, plusieurs parlementaires s’en sont inquiétés. Il est urgent de lever ces obstacles dressés en France contre la liberté de la recherche historique et le droit des citoyens à l’information.

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La reconnaissance du passé colonial

Albert Memmi, écrivain et penseur de la société coloniale et du racisme

Albert Memmi est mort le 22 mai 2020 dans sa centième année. Né à Tunis le 15 décembre 1920 dans une famille juive arabophone, formé d’abord à l’école rabbinique puis à l’école de l’Alliance israélite universelle, il a poursuivi sa scolarité, grâce à une bourse, au lycée Carnot de Tunis, puis à l’université d’Alger, où il mena des études de philosophie qu’il poursuivra à la Sorbonne. Installé en France en 1956, il a conduit une carrière universitaire à l’Ecole pratique des hautes études (EPHE) puis à Nanterre. Ses œuvres de fiction comme ses essais sociologiques portent en particulier sur les rapports de domination, sur les conséquences complexes de la société coloniale et sur les différentes formes de racisme. L’universitaire Hervé Sanson, qui a publié avec lui Penser à vif. De la colonisation à la laïcité, l’évoque pour notre site.

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Les nostalgiques de la colonisation

Quelques précurseurs d’Eric Zemmour,
Renaud Camus,
et autres polémistes racistes d’aujourd’hui,
par Alain Ruscio

Les polémistes d’extrême droite multiplient aujourd’hui les écrits sur le thème du « grand remplacement », formule forgée par Renaud Camus, ou sur l’éloge de l’empire colonial et le rejet xénophobe, cher au sinistre Eric Zemmour, des peuples qui ont refusé son joug. Mais cette veine n’a rien de nouveau. Ces auteurs ont eu des précurseurs au XIXe et au XXe siècle, dont les écrits aux accents racistes, bien oubliés, déroulaient le même discours. Alain Ruscio rappelle ici trois d’entre eux : le romancier Jean Damase, l’écrivain de talent qui n’a malheureusement pas écrit seulement des pièces de théâtre, Jean Giraudoux, et l’auteur très lu par les suprémacistes blancs des Etats-Unis, Jean Raspail. Ces polémistes d’aujourd’hui n’en sont que de pâles copies.

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Ecrire et enseigner l'histoire coloniale

Les travaux de Linda Amiri,
fille d’un ouvrier algérien devenue universitaire
et chercheuse en Guyane

Linda Amiri, fille d’un travailleur algérien venu en France en 1956, n’avait, jusqu’au procès intenté en 1998 par Maurice Papon contre Jean-Luc Einaudi qui a donné raison à ce dernier, jamais entendu parler du 17 octobre 1961 dans sa famille, bien que son père y ait participé. Etudiante en histoire, elle a travaillé sur cet événement puis a soutenu une thèse sur la Fédération de France du FLN de ses origines à l’indépendance de l’Algérie. Elle a aussi été, avec Benjamin Stora, commissaire de l’exposition « Vies d’exil – 1954-1962. Des Algériens en France pendant la guerre d’Algérie », à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, en 2012-2013. Elle est actuellement maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Guyane. Ci-dessous l’entretien qu’elle a accordé à la revue Criminocorpus où elle explique notamment ses recherches actuelles sur ce qu’elle appelle la « période algérienne » des bagnes de Guyane, de 1867 à 1887.

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Commémorations

La Fondation pour la mémoire de l’esclavage
organise le 10 mai 2020
une commémoration numérique de son abolition

Depuis 2006, la « journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition » est marquée le 10 mai par une cérémonie à Paris dans les jardins du Luxembourg, en présence du président de la République. C’est l’occasion de commémorer cette page sombre de l’histoire française, la lutte des esclaves qui a conduit à son abolition, et de réfléchir à la manière dont les sociétés de l’Hexagone et d’Outre-mer peuvent éliminer ses séquelles. Le 20 avril 2020, le président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, Jean-Marc Ayrault, a écrit à Emmanuel Macron pour lui demander, malgré la crise sanitaire du coronavirus, de maintenir cette cérémonie. Elle aura lieu au jardin du Luxembourg, dans les conditions du confinement, sous l’égide du Premier ministre. La Fondation organisera sur les réseaux sociaux une commémoration digitale et son site officiel sera mis en ligne le 8 mai.

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Musées et créations contemporaines

Le photographe Marc Garanger
et son accueil 50 ans après la guerre d’Algérie
par les personnes qu’il avait photographiées

Quand Fatiha Saou nous a informés, le 28 avril, du décès intervenu la veille du photographe Marc Garanger avec qui elle était en contact régulier, nous lui avons demandé de nous dire comment elle l’avait connu et de nous parler du séjour qu’il a fait dans sa famille lors de son voyage en Algérie, en 2004, pour rencontrer les personnes qu’il avait photographiées lors de son service militaire en 1960. Elle explique que les femmes de la région avaient gardé un bon souvenir de ce jeune appelé qui avait été chargé par l’armée de faire leur photo d’identité. Elles avaient compris qu’il avait son propre regard et la volonté de se servir de son appareil pour montrer la beauté du pays, leur dignité, le courage des maquisards et dénoncer les violences de l’armée coloniale. Cinquante ans plus tard, elles ont toutes été heureuses de le retrouver et de se faire photographier de nouveau par lui.

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Séquelles politiques postcoloniales

Legs de l’époque coloniale,
le racisme dans la police française est intolérable

Deux faits récents relatés par la presse montrent que la culture coloniale portée en France par des pans entiers de l’institution policière est à l’origine de comportements racistes qui gangrènent la République. Ci-dessous un article de Camille Polloni publié par Mediapart sur les insultes et les violences intervenues à l’Ile-Saint-Denis lors de l’interpellation d’un suspect, ainsi que de larges extraits d’un autre de Julien Suaudeau, qui réside à Philadelphie, publié par le site Slate, qui compare les menaces contre la démocratie aux Etats-Unis, venant du sommet de l’Etat, au péril qui menace la République en France, qui ne vient pas des « racailles des banlieues » mais de ce racisme. II est choqué par la différence des méthodes des forces de police dans leurs interventions à Paris, dans le 18e arrondissement, selon que les citoyens concernés apparaissaient à leurs yeux Blancs ou Noirs.

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L'accès aux archives coloniales

De l’Académie des Sciences coloniales
à l’Académie des Sciences d’outre-mer,
par Alain Ruscio

L’Académie des sciences d’outre-mer, 15 rue La Pérouse à Paris (16e), est la continuatrice de l’Académie des Sciences coloniales, fondée en 1922, dont elle n’a jamais renié le passé. Mais elle a changé de dénomination en 1957 quand elle s’est identifiée au courant « réformiste colonial » représenté par Robert Delavignette qui s’est séparé des partisans de la guerre à outrance en Algérie. C’est le moment où cet ancien gouverneur colonial a démissionné de la « Commission de sauvegarde des droits et libertés individuelles » constituée par Guy Mollet pour couvrir les crimes de l’armée française dans la « bataille d’Alger » et a écrit un projet de préface pour L’Affaire Audin de Pierre-Vidal-Naquet. Sa bibliothèque contient une documentation utile à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’empire colonial français.

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L'accès aux archives coloniales

Accès aux achives, crise sanitaire :
l’Association Josette et Maurice Audin
interroge le rôle
du Secrétariat général de la défense
et de la sécurité nationale (SGDSN)

Dans sa déclaration lors de sa visite à Josette Audin, le 13 septembre 2018, le président de la République a dit qu’« il importe que cette histoire soit connue, qu’elle soit regardée avec courage et lucidité », et a annoncé « la libre consultation tous les fonds d’archives de l’Etat qui concernent ce sujet ». Or pour l’Association Josette et Maurice Audin, c’est tout le contraire qui a été mis en œuvre à l’initiative du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Dans le cadre de son engagement de longue date contre les décisions secrètes et la raison d’Etat, elle interroge aussi, au-delà de la question de l’accès aux archives, le rôle du SGDSN dans ses décisions concernant la crise sanitaire. Nous reproduisons également un article de Pierre Mansat, président de cette association, sur les objectifs qu’elle poursuit.

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