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Édition du 1er au 15 février 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

Réconciliation et réparations

Au-delà de la reconnaissance des crimes coloniaux,
le débat sur la notion de réparation est légitime

A partir du moment où les crimes de la colonisation européenne des XVIe-XXe siècle et leurs prolongement néocoloniaux commencent à être mondialement reconnus, on ne peut éviter la question de leur réparation par les puissances qui en ont profité. Même si la réponse n’est pas simple en raison de l’ancienneté des faits concernés. Ci-dessous, afin de la verser au débat, la contribution de « ReCommons Europe » qui apporte des éléments précis sur la manière dont la question est perçue dans différentes parties du monde. Même si nous écartons certaines des propositions reprises, comme le « rapatriement d’où ils viennent des descendants des Africains déportés vers les Caraïbes comme esclaves », puisqu’ils ont pris racine dans des territoires transformés et dont ils aspirent à devenir pleinement citoyens, ce débat doit être mené.

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Musées et créations contemporaines

« Peaux noires, masques blancs »,
une exposition de l’artiste Roméo Mivekannin​​

Dans son blog « La diagonale de l’art », dans Libération du 19 juillet 2020, Philippe Godin, professeur de philosophie, ancien rédacteur à paris-art.com et essayiste, reproduit un article de Flavien Louh décrivant avec enthousiasme l’exposition de Roméo Mivekannin, «​ Peaux noires, masques blancs ​», dont le titre fait référence au livre de Frantz Fanon paru en 1952 : « Certaines expositions bouleversantes entraînent vers de nouveaux lieux​. Ce sont des rencontres qui marquent,​ transforment et ​“Peaux noires, masques blancs” est de celles-ci.​ La première exposition personnelle de Roméo Mivekannin​, ​à la Galerie Eric Dupont à Paris jusqu’au 31 juillet, est à ne pas manquer. »

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La société française face à l'héritage de son passé colonial

Racisme, attentats d’extrême droite
et violences policières :
la société française
et son « trou de mémoire » postcolonial

Pendant la dizaine d’années qui a suivi la fin de la guerre d’Algérie, l’extrême droite et le racisme qui la caractérise se sont trouvés affaiblis et marginalisés. Mais, dès 1973, les difficultés économiques de la France leur ont donné l’occasion de réapparaître au grand jour et de croître. Le roman policier de Dominique Manotti, Marseille 73, porte sur ce moment de résurgence meurtrière, évacué de notre mémoire collective et qui n’a guère fait l’objet que du livre d’un journaliste italien, Fausto Giudice, Arabicides. Une chronique française 1970-1991 (1992). Ce polar est d’une étonnante actualité, après l’essor continu de l’extrême droite, souvent encouragé par les pouvoirs successifs dans les premières décennies du XXIe siècle, et alors que des pans entiers de la police et la gendarmerie françaises ont fait l’objet, dans cette période, d’une prise de contrôle croissante par la droite extrême.

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La reconnaissance des crimes coloniaux 1830-1962

À Paris, le 14 juillet 1953, le cortège des indépendantistes algériens ciblé par
la répression policière

Depuis la Libération, un défilé populaire organisé à Paris notamment par le PCF et la CGT, entre la place de la Bastille et la place de la Nation, célébrait la fête nationale. Y participait notamment depuis le début des années 1950 un cortège d’Algériens du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) où le drapeau algérien et des mots d’ordre favorables à l’indépendance de l’Algérie étaient présents. Le 14 juillet 1953, ce cortège a été l’objet d’une violente répression policière à son arrivée place de la Nation. A partir de cette date, le défilé populaire du 14 juillet a été interdit, comme celui du 1er Mai. Ce dernier a repris à partir de 1968, mais pas celui du 14 juillet. L’idée de renouer avec la tradition de ces défilés populaires Bastille/Nation a été lancée en 2020, à la fois pour raviver le souvenir du massacre de 1953, et pour symboliser l’espoir d’une République antiraciste et décolonialisée.

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La reconnaissance du passé colonial

Alain Ruscio : les décapitations dans l’ensemble de l’espace colonial français

L’historien Alain Ruscio explique que les décapitations ont été une pratique courante à l’époque des conquêtes coloniales françaises et de l’empire qui en a résulté. Lors de la colonisation de l’Algérie, mais aussi en Indochine, dans l’Afrique subsaharienne et en Nouvelle-Calédonie, des crânes ont été exhibés comme des trophées et fait l’objet de cartes postales et de collections. Nous reprenons aussi l’article de Amel Blidi publié dans le quotidien algérien El Watan du 5 juillet 2020 expliquant que des centaines de crânes algériens sont encore conservés à Paris au Musée de l’homme et au Muséum national d’histoire naturelle. L’indignation légitime que suscite aujourd’hui en France les décapitations récentes par Daech ne devrait-elle pas s’étendre à ces pratiques barbares des armées françaises dans l’ère coloniale ?

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L'accès aux archives coloniales

Le film « Après l’affaire Audin. Les disparus et les archives de la guerre d’Algérie »
de François Demerliac
sur le site du Centre culturel algérien de Paris

A l’occasion, le 5 juillet 2020, du 58ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, le Centre culturel algérien de Paris a rendu public en avant-première un film du réalisateur François Demerliac intitulé « Après l’affaire Audin. Les disparus et les archives de la guerre d’Algérie ». Le site du CCA l’a accompagné d’un article qu’il a demandé à l’historien Gilles Manceron évoquant le travail historique en cours sur les deux rives de la Méditerranée pour mettre en lumière le dossier des disparus de cette guerre. Il explique qu’en France l’affaire Audin a conduit à une bataille pour le libre accès aux archives de ce conflit, qui a abouti le 21 juin 2020 à une lettre au premier ministre lui demandant que les entraves imposées récemment, au mépris de la loi, par certaines administrations soient levées.

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La société française face à l'héritage de son passé colonial

Un Manifeste pour une République française antiraciste
et décolonialisée

Un « Manifeste pour une République française antiraciste et décolonialisée » a été publié le 3 juillet 2020 et signé par 57 personnes. Reproduit notamment sur les sites de Mediapart, Solidaires et Regards, il relève que, depuis la mort de George Floyd, étouffé par un policier le 25 mai 2020 à Minneapolis, un tournant historique majeur s’est opéré à l’échelle mondiale. Le slogan « Black Lives Matter », lancé aux Etats-Unis et repris dans le monde entier, a souligné le lien direct entre les discriminations et violences policières d’aujourd’hui ciblant particulièrement les personnes rattachées par leur origine à la longue histoire coloniale qui s’est développée, du XVIIe au XXe siècle, en Afrique, en Asie, en Océanie et en Amérique du Sud, et dont la colonisation esclavagiste européo-américaine a été la première étape.

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La société française face à l'héritage de son passé colonial

Aurélia Michel : « La fiction de la race, c’est ce qui reste de l’ordre esclavagiste »

L’historienne Aurélia Michel, maîtresse de conférences en histoire des Amériques noires à l’université Paris-Diderot, est l’autrice d’Un monde en nègre et blanc. Enquête historique sur l’ordre racial (Seuil, 2020). Qu’a produit notre passé esclavagiste et colonial sur nos Etats et nos sociétés ? Dans un entretien publié par Libération le 16 juin 2020, ainsi que dans un podcast de Paroles d’histoire, elle revient sur cette enquête qui montre que l’ordre racial s’est substitué au système esclavagiste quand celui-ci est devenu intenable moralement et économiquement. L’invention du « Nègre » et du « Blanc » répondit alors, selon elle, à un besoin de mise en ordre des sociétés.

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Commémorations

Faut-il déplacer certaines statues ?
Devrait-on en ériger de nouvelles ?

Faut-il déboulonner les statues ? le président Emmanuel Macron a fait à ce sujet des déclarations péremptoires : « Nous ne déboulonnerons pas de statues ». Il a accusé ceux qui dénoncent les origines coloniales du racisme d’aujourd’hui de vouloir effacer les traces de notre histoire, alors qu’ils entendent au contraire donner à voir ce que sa période coloniale a légué de séquelles mortifères, en exigeant le plein respect des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. La question est plutôt : Devons-nous conserver certaines statues dans notre espace public ? Ne faudrait-il pas déplacer certaines d’entre elles ? Et aussi en ériger de nouvelles ? Ci-dessous l’appel à une balade décoloniale sur le thème « Décolonisons nos espaces publics ! » et un article de l’historien Alain Ruscio, « Mémoire du passé colonial dans l’espace public. Qui est honoré à Paris ? »

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Histoire et mémoire des anticolonialismes

La station de métro Gallieni, à Bagnolet,
rebaptisée « Josette et Maurice Audin »

Le 17 juin, à la station de métro Gallieni, à Bagnolet, le terminus de la ligne 3 du métro parisien, une opération symbolique a été organisée pour l’appeler « Josette et Maurice Audin », conjointement à une demande officielle à la RATP pour qu’elle soit ainsi rebaptisée. Ci-dessous l’article de Rosa Moussaoui que le quotidien l’Humanité a publié le 19 juin 2020, et les échos de ce rassemblement sur LCI et la radio France bleu, Paris. Nous reprenons également le dossier réalisé par les Archives nationales sur la carrière militaire et coloniale du général Joseph Gallieni et son gouvernorat sanglant de Madagascar (de 1896 à 1905).

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L'accès aux archives coloniales

L’ouverture des archives de la guerre d’Algérie
a été officiellement demandée au premier ministre

Le 21 juin 2020, jour anniversaire de la mort, en 1957, de Maurice Audin dont le président de la République, Emmanuel Macron, a reconnu en septembre 2018 qu’elle était imputable au système alors mis en place par la France en Algérie, fondé sur la torture et les disparitions forcées, trois associations, l’Association des historiens contemporanéistes de France, l’Association des archivistes français et l’Association Josette et Maurice Audin, ont adressé au premier ministre une lettre demandant officiellement l’ouverture des archives de la guerre d’Algérie conformément à la loi. Elle explique qu’un texte intitulé « IGI 1300 », qui pose des limites inacceptables au libre examen de notre histoire, doit être abrogé. Une tribune dans ce sens a été publiée par le Journal du Dimanche.

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Commémorations

Racisme et esclavage :
« Il y a des symboles que la République
ne saurait plus tolérer »,
par Jean-Marc Ayrault

Jean-Marc Ayrault, président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, a publié dans Le Monde du 14-15 juin 2020 une tribune sur l’esclavage et le racisme où il appelle à ce que les lieux à l’Assemblée nationale ou au ministère de l’économie portant le nom de Colbert, qui est associé au Code noir régissant l’esclavage, soient rebaptisés. Par ailleurs, la région du Grand-Est a décidé de rebaptiser le collège Colbert de Thionville du nom de Rosa Parks. Et le Parlement européen a adopté le 19 juin une résolution, par 493 voix pour, 104 contre et 67 abstentions, disant que la traite des esclaves est un crime contre l’humanité.

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