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Édition du 1er au 15 avril 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

La reconnaissance du passé colonial

Au lieu de regarder son histoire en face
la France se limite-t-elle trop aux symboles ?
par le « BondyBlog »

Par des déclarations et des gestes symboliques, le président Macron a invité les Français à poser un regard lucide sur deux pages de l’histoire coloniale de la France, la guerre d’Algérie et sa politique au moment du génocide des Tutsis au Rwanda. Mais les deux chercheurs dont le point de vue a été recueilli par le BondyBlog, François Graner, de l’association Survie, spécialiste de l’histoire du génocide au Rwanda, et Fabrice Riceputi, enseignant, chercheur et l’un des animateurs des sites histoirecoloniale.net et 1000autres.org, se demandent si le président cherche vraiment à faire émerger la vérité historique ou plutôt à recueillir les lauriers symboliques de sa démarche. Pour eux la commande présidentielle de deux rapports aux historiens Benjamin Stora et Vincent Duclert entouré d’une commission dont la composition a été contestée s’avère très insuffisante.

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La reconnaissance du passé colonial

Les « fallaces » de l’anti-décolonialisme,
par le sociologue Gilles Bastin

Le quotien Le Figaro a publié le 26 mars 2021 sur son site internet une tribune intitulée « Décolonialisme et idéologies identitaires représentent un quart de la recherche en sciences humaines aujourd’hui ». Ce texte se donne une apparence scientifique mais il est fondé sur une méthodologie défaillante et une argumentation confuse. Comme le montre le sociologue Gilles Bastin, de l’Institut d’Études Politiques de Grenoble, qui dirige l’équipe Régulations du laboratoire Pacte, ce texte prend place dans le cadre d’une offensive soigneusement organisée depuis la fin de l’année 2020, de l’« Observatoire du décolonialisme » et d’autres groupes politiques qui n’hésitent pas à recourir à des « fallaces » — c’est-à-dire à des tromperies — pour diffuser leur dénigrement de la recherche universitaire.

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La reconnaissance du passé colonial

L’analyse par l’historienne Sylvie Thénault
de la publication du rapport de Benjamin Stora

Ci-dessous le compte rendu du rapport de Benjamin Stora publié par Sylvie Thénault sur histoire@politique. Et des extraits de son article dans la Revue d’histoire culturelle, XVIIIe-XXIe siècle où elle propose, à travers son vécu d’historienne, une réflexion sur l’action de l’État concernant l’histoire de la guerre d’indépendance algérienne. Elle y évoque trois expériences : la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie et des combats au Maroc et en Tunisie ; la déclaration présidentielle du 13 septembre 2018 sur la responsabilité de l’État dans la mort de Maurice Audin ; l’instruction générale interministérielle 1300 (IGI 1300) et la déclassification des archives. Nous reprenons ci-dessous ce qui concerne la déclaration présidentielle de 2018 dans la préparation de laquelle elle a joué un rôle important, et renvoyons les lecteurs à l’intégralité de l’article.

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Musées et créations contemporaines

Pour la création d’un
musée national de l’Histoire
de la colonisation

A l’initiative des élu.e.s Génération.s, de chercheur.e.s, historien.ne.s et militant.e.s engagé.e.s contre les discriminations, une tribune a été publiée le 15 avril 2021 par Libération et par Mediapart en faveur de la création en France d’un musée national de l’Histoire de la colonisation. Pour les signataires, dont le président de la Ligue des droits de l’homme, Malik Salemkour, une telle initiative apparait comme une urgence pour dépasser les polémiques stériles. Il est nécessaire de faire connaitre à tous cette histoire qui a participé à la structuration de la mémoire nationale, en particulier celle de la République. Ils demandent que cette page de notre passé soit regardée en face. L’histoire ne s’écrit pas avec une gomme.

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Commémorations

Le Manifeste des 121,
un texte fondamental
dont Catherine Brun éclaire la genèse

Notre site a déjà consacré (le 7 mars 2021) une page aux soixante ans du « Manifeste des 121 », en reproduisant son texte et les deux listes de ses signataires, ainsi qu’un documentaire par le réalisateur Mehdi Lallaoui. Mais Nils Andersson, responsable à l’époque des éditons La Cité à Lausanne, nous a fait remarquer : « Sur le “Manifeste des 121” (et le “manifeste des intellectuels” qui prétendait lui répondre), il y a un texte qui n’est pas assez connu, c’est celui de Catherine Brun, “Le Manifeste des 121, genèse et postérité”. Il apporte des éléments importants sur l’initiative et la rédaction de ce manifeste, cite les noms de personnes dont l’engagement est moins connu mais qui n’en fut pas moins important et renseigne sur les allers et retours vers ses signataires comme sur les adhésions qui ont suivi sa publication. » Nous reproduisons ce texte avec l’accord de son autrice.

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Musées et créations contemporaines

Deux journées consacrées à Abd el-Kader
au Mucem, à Marseille,
pour préparer une exposition en avril 1922

Une année avant l’ouverture d’une exposition que le Mucem a prévu de consacrer à Abd el-Kader du 6 avril au 22 août 2022, celui organise des rencontres en ligne les 7 et 8 avril 2021. Réunissant une douzaine de personnalités originaires d’Europe et de Méditerranée, historiens, anthropologues et collectionneurs, elles sont l’occasion d’une approche pluridisciplinaire et plurinationale de cette personnalité marquante à l’aide des recherches récentes, de sources nouvelles et de collections inédites. Ci-dessous le programme de ces rencontres et les liens de connexion. Par ailleurs, nous signalons ensuite la vingtaine de pages que notre site a publiées depuis 2002 sur la personnalité et les combats d’Abd el-Kader. Une exposition entourée de débats avait été organisée à Toulon en 2004 dont une version itinérante est toujours disponible.

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Musées et créations contemporaines

𝐋̶𝐚̶ ̶𝐂̶𝐨̶𝐥̶𝐨̶𝐧̶𝐢̶𝐞̶,
fondée par l’artiste Kader Attia,
renait sous une forme nomade

𝐋̶𝐚̶ ̶𝐂̶𝐨̶𝐥̶𝐨̶𝐧̶𝐢̶𝐞̶ a été pendant trois ans et demi un lieu exceptionnel à Paris, 128 rue Lafayette, dans le 10e arrondissement. Inauguré le 17 octobre 2016 par l’artiste Kader Attia, qui invitait à venir y « partager le couscous de sa mère », après sa conférence avec le peintre et sculpteur italien Michelangelo Pistoletto, ce lieu a été le cadre d’un nombre impressionnant de rencontres sur le passé colonial et l’idée de réparation. Des universités françaises et étrangères y ont tenu des séminaires, des cinéastes y ont présenté leurs films, des auteurs ont participé à des débats autour de leurs livres. L’Association Histoire coloniale et postcoloniale qui publie ce site internet y a souvent été accueillie pour des rencontres. Obligée de fermer en mars 2020 en raison de la crise sanitaire, 𝐋̶𝐚̶ ̶𝐂̶𝐨̶𝐥̶𝐨̶𝐧̶𝐢̶𝐞̶ a lancé une souscription pour reprendre ailleurs ses activités. Et elle annonce une programmation nomade du 17 avril au 3 juin 2021 (et jusqu’au 1er août 2021 à Utrecht).

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Racisme de couleur et islamophobie

Nombreuses réactions à l’offensive maccarthyste anti-républicaine contre l’Unef,
sous l’accusation fallacieuse de racisme

Après avoir vu le thème de la laïcité annexé par des courants d’extrême droite dans une visée islamophobe, on assiste à l’utilisation du thème de l’antiracisme pour combattre les organisations qui cherchent précisément à combattre le racisme. Ainsi, le polémiste Pascal Bruckner, l’un des premiers auteurs à s’en être pris au travail nécessaire sur l’héritage colonial, écrit dans un nouvel essai : « Nous avons affaire à un antiracisme scélérat qui reproduit ce qu’il est censé combattre. » Ces adversaires de l’antiracisme cherchent à faire oublier les violences du Ku Klux Klan et de tous les racistes en se déguisant en… adversaires du racisme. Ils s’en prennent notamment à l’Unef qu’ils accusent de promouvoir ce que précisément elle combat en réfléchissant à créer les conditions pour que les victimes des racismes s’expriment sur ce qu’elles vivent. De nombreuses voix entreprennent de les démasquer.

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La reconnaissance de l'esclavage

L’extension de la traite française
sous Napoléon et sous la Restauration

En dépit d’une annonce démagogique de Napoléon en 1815, durant les Cent-jours, qu’il n’avait pas les moyens d’appliquer, et d’une proclamation, peu après, du Congrès de Vienne, condamnation morale sans effets immédiats, les traites négrières européennes se sont développées. Elles ont atteint leur sommet en 1829 avec plus de 110 000 captifs transportés sur les navires négriers en une seule année. Dans son « Répertoire des expéditions françaises aux côtes d’Afrique sous la Première République et le Premier Empire », paru dans la revue Outre-Mers, l’historien Eric Saugera montre que la relance de la traite française s’est produite dès les « préliminaires de Londres » du 1er octobre 1801 qui préparaient le traité d’Amiens (mars 1802) et s’est accrue sous l’Empire. La seconde partie de ce travail qui documente utilement la continuité de cette traite dans les premières décennies du XIXème siècle paraîtra dans un prochain numéro de cette revue.

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La reconnaissance de l'esclavage

Le rétablissement de l’esclavage
par Napoléon Bonaparte
et sa relance d’un projet colonial

En ce bicentenaire de la mort de Napoléon (le 5 mai 1821), les couvertures des magasines qui s’affichent dans les kiosques célèbrent ce personnage historique. Or, après la Révolution française qui a aboli l’esclavage et rejeté brièvement l’idée de conquêtes outre-mers, Bonaparte a renoué en Egypte avec l’expansion coloniale pratiquée sous la monarchie. Et, après son échec, il a refusé l’indépendance de la principale colonie française, Saint-Domingue, où une révolte émancipatrice, en 1793, avait aboli l’esclavage. Il l’a rétabli par la force en Guadeloupe et confirmé sa pratique dans toutes les colonies françaises où il a rétabli les lois de l’Ancien régime. Ci-dessous, Alain Ruscio et Marcel Dorigny reviennent sur ces faits qu’une certaine légende impériale, devenue un élément du « roman national » construit aux XIXè et XXè siècles et qui a encore ses défenseurs en haut lieu, a tendance à passer sous silence.

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La reconnaissance de l'esclavage

Jean-Marc Ayrault :
La mémoire de l’esclavage et de la colonisation :
une nécessité

Alors qu’une offensive très organisée et bien relayée par certains médias se déploie en prenant pour cible une supposée hydre décoloniale qui menacerait la démocratie et gangrènerait l’université, cette tribune de Jean-Marc Ayrault est bienvenue. Publiée dans Le Monde du 16 mars 2021, ce texte du président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME) explique avec force que construire et diffuser une mémoire documentée de l’esclavage et de la colonisation n’est pas un danger pour la République mais est pour elle une nécessité. Alors qu’un panégyrique de Napoléon envahit les couverture des magazines à l’approche du bicentenaire de sa mort, la FME a publié une mise au point opportune sur son rôle dans le rétablissement de l’esclavage aboli sous la Révolution française. Ci-dessous la présentation de cette Fondation et de ses ressources abondantes ainsi que son film manifeste.

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L'accès aux archives coloniales

De nombreuses demandes
en faveur du respect strict de la loi
donnant accès aux archives de la guerre d’Algérie

Le communiqué présidentiel du 9 mars annonçant l’ouverture des archives françaises de la guerre d’Algérie n’a pas satisfait les trois associations qui ont fait appel au Conseil d’Etat pour qu’il assure un accès effectif à ces archives conformément à la loi. Comme Pierre Audin sur Franceinfo, elles ont estimé que le communiqué présidentiel du 9 mars ne réalisait pas l’ouverture réelle de ces archives. Depuis, les réactions dans le même sens se sont multipliées dans les médias français et algériens. Ci-dessous les points de vue de Thomas Vaisset et Malika Rahal recueillis par Mediapart et AJ+, de Patrick Cohen et Anaïs Kien sur France 5 et France culture, ainsi que des articles des quotidiens algériens El Watan et L’Expression. Tous attirent l’attention sur le fait que ce communiqué présidentiel ne règle rien, et que sa mention d’un travail législatif avant l’été 2021 laisse craindre une fermeture accrue par rapport aux dispositions de la loi en vigueur.

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