4 000 articles et documents

Édition du 1er au 15 février 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

Racisme de couleur et islamophobie

Nombreuses réactions à l’offensive maccarthyste anti-républicaine contre l’Unef,
sous l’accusation fallacieuse de racisme

Après avoir vu le thème de la laïcité annexé par des courants d’extrême droite dans une visée islamophobe, on assiste à l’utilisation du thème de l’antiracisme pour combattre les organisations qui cherchent précisément à combattre le racisme. Ainsi, le polémiste Pascal Bruckner, l’un des premiers auteurs à s’en être pris au travail nécessaire sur l’héritage colonial, écrit dans un nouvel essai : « Nous avons affaire à un antiracisme scélérat qui reproduit ce qu’il est censé combattre. » Ces adversaires de l’antiracisme cherchent à faire oublier les violences du Ku Klux Klan et de tous les racistes en se déguisant en… adversaires du racisme. Ils s’en prennent notamment à l’Unef qu’ils accusent de promouvoir ce que précisément elle combat en réfléchissant à créer les conditions pour que les victimes des racismes s’expriment sur ce qu’elles vivent. De nombreuses voix entreprennent de les démasquer.

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La reconnaissance de l'esclavage

L’extension de la traite française
sous Napoléon et sous la Restauration

En dépit d’une annonce démagogique de Napoléon en 1815, durant les Cent-jours, qu’il n’avait pas les moyens d’appliquer, et d’une proclamation, peu après, du Congrès de Vienne, condamnation morale sans effets immédiats, les traites négrières européennes se sont développées. Elles ont atteint leur sommet en 1829 avec plus de 110 000 captifs transportés sur les navires négriers en une seule année. Dans son « Répertoire des expéditions françaises aux côtes d’Afrique sous la Première République et le Premier Empire », paru dans la revue Outre-Mers, l’historien Eric Saugera montre que la relance de la traite française s’est produite dès les « préliminaires de Londres » du 1er octobre 1801 qui préparaient le traité d’Amiens (mars 1802) et s’est accrue sous l’Empire. La seconde partie de ce travail qui documente utilement la continuité de cette traite dans les premières décennies du XIXème siècle paraîtra dans un prochain numéro de cette revue.

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La reconnaissance de l'esclavage

Le rétablissement de l’esclavage
par Napoléon Bonaparte
et sa relance d’un projet colonial

En ce bicentenaire de la mort de Napoléon (le 5 mai 1821), les couvertures des magasines qui s’affichent dans les kiosques célèbrent ce personnage historique. Or, après la Révolution française qui a aboli l’esclavage et rejeté brièvement l’idée de conquêtes outre-mers, Bonaparte a renoué en Egypte avec l’expansion coloniale pratiquée sous la monarchie. Et, après son échec, il a refusé l’indépendance de la principale colonie française, Saint-Domingue, où une révolte émancipatrice, en 1793, avait aboli l’esclavage. Il l’a rétabli par la force en Guadeloupe et confirmé sa pratique dans toutes les colonies françaises où il a rétabli les lois de l’Ancien régime. Ci-dessous, Alain Ruscio et Marcel Dorigny reviennent sur ces faits qu’une certaine légende impériale, devenue un élément du « roman national » construit aux XIXè et XXè siècles et qui a encore ses défenseurs en haut lieu, a tendance à passer sous silence.

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La reconnaissance de l'esclavage

Jean-Marc Ayrault :
La mémoire de l’esclavage et de la colonisation :
une nécessité

Alors qu’une offensive très organisée et bien relayée par certains médias se déploie en prenant pour cible une supposée hydre décoloniale qui menacerait la démocratie et gangrènerait l’université, cette tribune de Jean-Marc Ayrault est bienvenue. Publiée dans Le Monde du 16 mars 2021, ce texte du président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME) explique avec force que construire et diffuser une mémoire documentée de l’esclavage et de la colonisation n’est pas un danger pour la République mais est pour elle une nécessité. Alors qu’un panégyrique de Napoléon envahit les couverture des magazines à l’approche du bicentenaire de sa mort, la FME a publié une mise au point opportune sur son rôle dans le rétablissement de l’esclavage aboli sous la Révolution française. Ci-dessous la présentation de cette Fondation et de ses ressources abondantes ainsi que son film manifeste.

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L'accès aux archives coloniales

De nombreuses demandes
en faveur du respect strict de la loi
donnant accès aux archives de la guerre d’Algérie

Le communiqué présidentiel du 9 mars annonçant l’ouverture des archives françaises de la guerre d’Algérie n’a pas satisfait les trois associations qui ont fait appel au Conseil d’Etat pour qu’il assure un accès effectif à ces archives conformément à la loi. Comme Pierre Audin sur Franceinfo, elles ont estimé que le communiqué présidentiel du 9 mars ne réalisait pas l’ouverture réelle de ces archives. Depuis, les réactions dans le même sens se sont multipliées dans les médias français et algériens. Ci-dessous les points de vue de Thomas Vaisset et Malika Rahal recueillis par Mediapart et AJ+, de Patrick Cohen et Anaïs Kien sur France 5 et France culture, ainsi que des articles des quotidiens algériens El Watan et L’Expression. Tous attirent l’attention sur le fait que ce communiqué présidentiel ne règle rien, et que sa mention d’un travail législatif avant l’été 2021 laisse craindre une fermeture accrue par rapport aux dispositions de la loi en vigueur.

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Racisme et islamophobie

Un livre pour décortiquer
la langue française
et le langage de l’islamophobie

Le linguiste Roland Laffitte n’avait pas en écrivant ce livre le projet de réfuter les propos ineptes d’une ministre sur l’« islamogauchisme » qui déferlerait à l’université. Son étude porte sur l’étymologie de la langue française, au sein de laquelle on compte de nombreux mots venant de l’arabe, aussi bien dans la langue classique que dans le langage parlé des cités populaires et des cours d’école. Dans une phrase bien française comme « Passée la douane, la caravane de chameaux déchargea fissa son fardeau sur la moquette du magasin, sans rien laisser au hasard », pas moins de la moitié des mots est d’origine arabe. L’auteur analyse aussi le français colonial, notamment le jargon des troupes, dont le prolongement est la langue de certains plateaux de télévision qui est souvent le véhicule d’une islamophobie ouverte ou diffuse. Et propose en annexe un « Dictionnaire de l’islamophobie ».

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L'accès aux archives coloniales

Accès aux archives de la guerre d’Algérie,
un communiqué de l’Elysée
ne donne pas satisfaction aux demandes
d’un respect pur et simple de la loi

Un communiqué que nous reproduisons ci-dessous a été publié le 9 mars 2021 sur le site de l’Elysée disant que « le président a entendu les demandes de la communauté universitaire pour que soit facilité l’accès aux archives classifiées de plus de cinquante-ans ». Mais les trois associations qui ont introduit deux recours devant le Conseil d’Etat pour l’annulation des instructions interministérielles qui entravent cet accès estiment que ce n’est pas une prise en compte réelle de leur demande. En effet, la « déclassification au carton » que mentionne ce communiqué présidentiel maintient un processus de déclassification obligatoire dont elles demandent l’annulation. Ci-dessous leur communiqué, ainsi que la lettre à la ministre des Armées, qui va dans le même sens, de l’historien Robert Frank (Université Paris I) au nom du Conseil scientifique de la recherche historique de la défense, et quelques unes des nombreuses publications depuis : dans l’Humanité, Le Monde, Franceinfo, le New York Times et Ouest France.

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Emmanuel Macron et les crimes du colonialisme

La France reconnait l’assassinat en 1957
de Me Ali Boumendjel
Une parole de vérité nécessaire mais bien tardive

L’avocat Ali Boumendjel, juriste et élève du professeur de droit et grand résistant René Capitant, connu en Algérie pour être proche de Ferhat Abbas au sein de l’Union démocratique du Manifeste algérien (UDMA), est l’un des milliers d’Algériens qui ont été enlevés puis assassinés par l’armée française pendant le grande répression d’Alger en 1957. Sa veuve, Malika, qui n’a cessé de demander aux autorités françaises la vérité sur la mort de son mari, est morte en août 2020 à l’âge de 101 ans, sans avoir reçu une parole de vérité de leur part. Le 2 mars 2021, elle aurait eu 102 ans. Emmanuel Macron a reçu au Palais de l’Elysée quatre de ses petits-enfants pour leur dire au nom de la France ce qu’elle aurait voulu entendre : Ali Boumendjel ne s’est pas suicidé. Il a été torturé puis assassiné.

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L'accès aux archives coloniales

De nombreux articles dans la presse
sur les entraves à l’accès aux archives

Notre site s’est impliqué dans l’organisation, le 20 septembre 2019, d’une journée d’étude à l’Assemblée nationale d’où a émergé la nécessité de s’opposer aux entraves à l’accès aux archives de la guerre d’Algérie, et de demander l’application de la promesse faite un an plus tôt par le président de la République d’en permettre la libre consultation. Les début de l’année 2020 ayant été marqués par une fermeture accrue, un recours a été déposé par des historiens, des archivistes et l’Association Josette et Maurice Audin auprès du Conseil d’Etat pour qu’il impose la levée de ces entraves. Ci-dessous le lien vers la pétition qui l’accompagne et qui va approcher 20 000 signataires. De nombreux journaux évoquent cette mobilisation, comme en témoignent les articles parus dans Le Monde, L’Humanité, La Croix, Libération et la revue L’Histoire.

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La reconnaissance du passé colonial

Marseille, le nom des rues en débat :
quelle place accorder dans l’espace public
au passé colonial et à ses suites ?

Les personnages honorés dans l’espace public sont des repères pour les citoyens. A Marseille, des rues et des écoles portent les noms des colonisateurs Bugeaud ou Cavaignac. L’association Ancrages, qui travaille sur l’histoire de la ville et sa diversité, a élaboré une liste de 315 noms dont les parcours pourraient être rappelés dans l’espace public. L’écrivain Claude Mckay, originaire de la Jamaïque, et la militante de l’indépendance algérienne puis de l’antiracisme à Marseille, Baya Jurquet-Bouhoune, en font partie. Cette association a fait des proposition de cartels pour accompagner les statues à la gloire de la colonisation qui se trouvent à la Gare Saint-Charles. Le Collectif pour une mémoire apaisée appelle à débaptiser les lieux portant les noms de Bugeaud et de Cavaignac pour leur donner les noms de Gisèle Halimi et de Maurice Audin. Par ailleurs, après un quart de siècle de refus de l’ancienne municipalité, une avenue au nom d’Ibrahim Ali, tué en 1995, à 17 ans, par des colleurs d’affiches du FN, a été enfin officiellement inaugurée.

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Séquelles politiques postcoloniales

Nombreuses réactions à la chasse aux sorcières lancée par Frédérique Vidal
contre l’épouvantail de l’« islamo-gauchisme »

La ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche Frédérique Vidal a lancé une chasse à l’« islamo-gauchisme » dans les universités. Ci-dessous un entretien donné à la revue Regards par Eric Fassin, sociologue et professeur à l’université Paris-8, qui montre qu’elle s’approprie le vocabulaire de l’extrême droite ; un article d’André Gunthert, publié par Mediapart, qui explique que ce terme en dit plus long sur l’idéologie de ceux qui l’emploient que sur le monde de la recherche ; et un appel publié par Le Monde qui demande la démission de la ministre. Enfin, une analyse par Stéphane Dufoix, professeur de sociologie à l’Institut Universitaire de France, publiée dans le Journal du dimanche, qui décrypte ces accusations d’« islamo-gauchisme » dont fait l’objet l’université française.

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La reconnaissance du passé colonial

« Repentance » : l’histoire d’un mot écran

Il n’y aura « ni repentance, ni excuses » : telle fut, dans la bouche de Bruno Roger-Petit, l’actuel conseiller mémoire du président Macron, la première réaction de l’Elysée au rapport de l’historien Benjamin Stora sur la colonisation et la guerre d’Algérie, avant même sa remise officielle, le 20 janvier 2021. « Repentance » : l’usage officiel de ce mot est lourd de signification et ne peut qu’inquiéter ceux qui militent pour la reconnaissance de ce que fut le colonialisme. Rappelons que cette notion aujourd’hui banalisée dans le débat public français a une histoire : empruntée au vocabulaire religieux, elle fut introduite dans les années 2000 comme repoussoir par des courants politiques nationalistes amateurs de roman national, désireux de réhabiliter la colonisation et de disqualifier toute histoire critique de cette dernière, avant d’être consacrée sous Nicolas Sarkozy. Nous publions ici deux textes, l’un de Fabrice Riceputi, l’autre de Sébastien Jahan et Alain Ruscio, qui expliquent l’émergence de ce thème, ainsi qu’un article de Gilles Manceron paru le 17 février 2021 dans l’Humanité.

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