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Édition du 1er au 15 février 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

Benjamin Stora : «il faut se méfier des initiatives étatiques relatives à l’écriture de l’histoire et à la définition de la nation»

Historien de la colonisation, auteur de nombreux ouvrages consacrés à l’immigration, Benjamin Stora juge suspecte l’injonction étatique à ouvrir un débat sur « l’identité nationale ». Pour lui, la mondialisation ou la construction européenne nourrissent, plus que l’immigration, une « crise de la question nationale » que la stigmatisation des immigrés et des Français d’origine étrangère ne saurait, en aucun cas, résoudre.

Dernier ouvrage paru :
le Mystère de Gaulle, son choix pour l’Algérie, Robert Laffont, Paris, 2009.

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Une manifestation visant à empêcher le départ pour l'Algérie d'un train de rappelés.
Villes du Midi et mémoire de l'Algérie française

Armande et le mémorial de Sète

Un Mémorial dédié aux 218 Héraultais morts dans les conflits d’Afrique du Nord a été inauguré à Sète mardi 27 octobre 2009, en présence de nombreuses personnalités civiles et militaires, de dizaines d’associations d’anciens combattants et de plusieurs milliers de personnes. Ce monument a été implanté sur la Corniche de Sète à l’initiative de l’association du Mémorial héraultais présidée par Jacques Bousquet.

Un Mémorial où – espérons-le – on aura une pensée pour les morts algériens, lors des futurs hommages2. Sans oublier ceux qui se sont opposés à ces guerres coloniales, comme le rappelle Armande dont nous reprenons le cri de protestation.

[Mise en ligne le 1er novembre 2009, mise à jour le 2 novembre]

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Le 6 juin 2009, inauguration à Sète d’un mémorial des rapatriés d’Afrique du Nord

La ville de Sète possède maintenant au moins deux lieux de mémoire dédiés au passé colonial de la France en Afrique du Nord.

Un Mémorial dédié aux 218 Héraultais morts dans les conflits d’Afrique du Nord a été inauguré mardi 27 octobre 2009 sur la Corniche.
Quelques mois auparavant, samedi matin 6 juin 2009, un Mémorial Sétois d’Afrique du Nord avait été inauguré au Cimetière Marin, en présence d’une foule importante et de tout un aréopage de personnalités – Gilles d’Ettore, député maire d’Agde, François Commeinhes, maire de Sète, ainsi que le président du Haut Commissariat aux Rapatriés3.

Note : Le titre de cette page – initialement : “la ville de Sète candidate pour l’érection du prochain monument nostalgérique ?” – et son chapeau ont été réécrits le 2 novembre 2009.

[Première publication le 26 nov. 2007, mise à jour le 2 nov. 2009]

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“Ce n’est pas au pouvoir politique de décréter ce que c’est qu’être Français” (Patrick Weil)

Réagissant à l’intention du ministre de l’Immigration de lancer un débat sur l’identité nationale, l’historien Patrick Weil, auteur de Qu’est-ce-qu’un Français? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution4, a jugé lundi « insupportable » « la volonté de M. Besson d’encadrer quelque chose qui a toujours été très divers et fluide ».

« Etre Français, c’est se rattacher à des traditions extrêmement différentes », a déclaré à l’AFP Patrick Weil. « On peut se sentir Français en relation avec Jeanne d’Arc, Louis XIV, Danton ou Robespierre, de Gaulle ou Clemenceau. Il n’y a pas une seule façon d’être Français. M. Besson a une volonté d’encadrer quelque chose qui a toujours été très divers et fluide, ce qui est insupportable ».

Plutôt que de participer à la récupération populiste d’Eric Besson, profitons de l’occasion pour relire Ernest Renan : l’éditeur Les liens qui libèrent vient de publier un petit livre intitulé De la nation et du «peuple juif», dans lequel l’historien israélien Shlomo Sand reprend deux textes d’Ernest Renan : Qu’est-ce qu’une nation ? du 11 mars 1882 et Le judaïsme comme comme race et comme religion du 27 janvier 1883. Voici la dernière partie du premier de ces deux textes 5.

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L'enseignement

«la fabrique scolaire de l’histoire», par Laurence De Cock et Emmanuelle Picard (dir.)

Depuis la Révolution française, l’enseignement de l’histoire est associé à la construction d’une « identité nationale ». En prenant la forme d’un récit ethnocentré, l’histoire scolaire devait permettre l’intégration de tous les futurs citoyens de la République, quelles que soient leurs identités originelles, dans un ensemble politique unique.

Aujourd’hui, alors que la période est favorable à la reconnaissance des « identités plurielles », les exclus du roman national réclament l’ajustement des programmes scolaires et critiquent la fabrique scolaire de l’histoire vue comme un instrument de domination.

A la suite de Suzanne Citron qui a préfacé leur ouvrage, Laurence De Cock et Emmanuelle Picard interrogent la manière dont l’histoire scolaire est fabriquée. De fait, l’enseignement de histoire à l’école est le produit d’une chaîne de responsabilités dont il nous faut interroger chacun des maillons : pourquoi et comment apprendre l’histoire, et quelle histoire ? Car c’est une politique du passé qui s’exprime à travers ce montage. Une politique où la question d’une histoire commune et donc de l’universalité est en jeu.

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 17 octobre 1961-17 octobre 2009 : vérité et justice

La Ligue française des droits de l’Homme (LDH), aux côtés de plusieurs autres associations, appelle à un rassemblement samedi 17 octobre 2009, place Saint-Michel à Paris (17h) pour commémorer le massacre du 17 octobre 1961, où plusieurs dizaines d’Algériens sortis manifester pacifiquement pour leur droit à l’indépendance furent tués par la police de Maurice Papon, des milliers d’autres torturés, emprisonnés, déportés vers des camps en Algérie. Quarante-huit ans après le drame, l’Etat français ne se contente pas de taire ce crime d’Etat, mais mène une politique de réhabilitation rampante du passé colonial français, s’inquiète Gilles Manceron, vice-président de la LDH et spécialiste du colonialisme français.

Samedi 17 octobre à 17 h, rassemblement Place Saint Michel à Paris.

[Mise en ligne le 13 octobre 2009, complétée le 17]

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Mammies de Sainte-Livrade (photo archives Sud Ouest)
Indochinois

la fin annoncée du “petit Saïgon” sur Lot

Au cours de la période de décolonisation plusieurs camps ont été réouverts dans le département du Lot-et-Garonne pour recevoir différents groupes de rapatriés. Le plus connu est sans doute celui de Bias par lequel de très nombreux harkis sont passés à partir de 1962 et qui fut à la pointe de la révolte de la jeunesse harkie en 1975.

Huit ans auparavant, un autre camp avait été réactivé à Sainte-Livrade-sur-Lot. Après la débâcle française en Indochine, consécutive à la défaite de Diên Biên Phu (1954), plus d’un millier de réfugiés d’Indochine y furent installés dans l’euphémique “Centre d’accueil des Français d’Indochine” (CAFI). Aujourd’hui le CAFI est en voie de «réhabilitation» – certains parlent de «destruction/reconstruction».

Un journaliste de Courrier International y a rencontré l’été dernier les dernières Indochinoises nonagénaires qui y habitent encore. A la suite de son article, vous trouverez quelques liens permettant de mieux appréhender la situation.

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Hooligarou
Racisme de couleur et islamophobie

Première condamnation d’un joueur de football pour injures racistes sur un stade

Un footballeur amateur de Lagnieu (Ain) a été condamné en juin dernier à quatre mois de prison avec sursis pour injures à caractère raciste. Il a été reconnu coupable d’avoir proféré à un joueur adverse, le 25 janvier 2009, lors d’un match de 2e division départementale :  » Va doucement, on en a mis cinq dans votre cul, sale Nègre, t’as rien à dire, sale singe ! » C’est la première fois en France qu’un joueur est condamné pour injures racistes. Le procès en appel s’est déroulé à Lyon. La décision du tribunal sera connue le 22 octobre prochain.

« Ce procès a été le strict reflet de la réalité de la France », a souligné Alain Jakubowicz, l’avocat de Makam Traoré.

Pour combattre racisme et violence dans le football, une série de courts-métrages de 2 minutes chacun, intitulée les « Insupportables», est en cours de réalisation. On y verra un père de famille se transformer en une bête assoiffée de haine,
Hooligarou, quand il va voir un match de foot… 6

Hooligarou
Hooligarou
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Assemblée générale de l'ANPNPA, à La Ciotat le 3 octobre 2009.
Les pieds-noirs « nostalgériques »

L’ANPNPA a fêté son premier anniversaire

L’association des “pieds noirs progressistes et de leurs amis” a tenu sa première assemblée générale le 3 octobre 2009. Une cinquantaine de ses membres se sont retrouvés à La Ciotat pour faire un bilan de l’année écoulée et évoquer des projets d’avenir.

«La démarche de l’association se fait par rapport à la mémoire pour reconstruire un contact avec l’Algérie, avec l’aide d’associations dont une qui est très active en Algérie : l’association des anciens appelés en Algérie contre la guerre » explique le président de l’ANPNPA, Jacques Pradel. «Nous œuvrons pour le rapprochement des peuples algérien et français ».

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Bernadette Chirac et soeur Adalberta.
Foulard et voile

Débat sur le port de la burqa : défense de la laïcité ou nouvelle occasion de stigmatiser ?

Le soi-disant “débat sur la burqa” se révèle être l’occasion d’un amalgame qui englobe dans une même réprobation les musulmanes portant le foulard islamique « classique » et les adeptes du voile intégral – niqab ou burqa.

Certes, la loi de 2004 interdisant les signes religieux à l’école n’a pas empêché les tribunaux d’être de plus en plus souvent saisis de contentieux sur le port du voile. Mais nombreux sont ceux qui voient dans la résurgence d’un débat sur ce thème une nouvelle stigmatisation de l’islam et des personnes de confession ou d’origine maghrébine.

Une dérive qui inquiète de nombreux observateurs. Au-delà de la proposition de loi de Christian Vanneste, cette situation soulève des questions de fond : serait-il bien laïque d’interdire le port du voile intégral sur la voie publique ? … Comment mettre un point d’arrêt au développement de la réglementation du comportement public des citoyens ?

Jean-Pierre Dubois, président de la LDH, s’est déclaré «absolument hostile» à une loi qui réglementerait le port du voile intégral, tout en jugeant «nécessaire que cette pratique régresse».

[Première mise en ligne le 6 octobre 2009, complétée le 8]

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pour Mohammed Harbi, il n’est pas pertinent de rapprocher la situation des harkis de celle des “collaborateurs” des années 40

L’ouvrage Les Harkis dans la colonisation et ses suites dirigé par Fatima Besnaci-Lancou et Gilles Manceron, est issu d’une série de rencontres qui ont débouché sur un important colloque, le 4 mars 2006, à l’Assemblée nationale, intitulé 1956-2006, cinquante ans, les harkis dans l’histoire de la colonisation et de ses suites.

Dans sa contribution, reprise ci-dessous, l’historien Mohammed Harbi7 rappelle le contexte de la guerre d’Algérie – les regroupements des populations des campagnes dans des camps, le recrutement des supplétifs, … – et explique pourquoi le rapprochement de la situation des «harkis» de celle des « collaborateurs » de l’occupation de la France entre 1940 et 1944, ne lui semble pas pertinent…

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