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Édition du 1er au 15 avril 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

“Obliger les femmes à porter la burqa est condamnable où que ce soit, mais le leur interdire chez nous serait une erreur”

«Les femmes devraient être libres de choisir la façon dont elles s’habillent, sans qu’interfèrent ni leurs communautés, ni les autorités publiques» a affirmé Thomas Hammarberg, Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, dans son dernier point de vue publié le 8 mars 2010 à l’occasion de la journée internationale des femmes1.

« L’interdiction de la burqa et du niqab ne libérerait pas les femmes opprimées mais pourrait, au contraire, aggraver leur exclusion dans les sociétés européennes » a-t-il déclaré.

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Livres, films, spectacles pour la reconnaissance

“Un siècle d’immigration des Suds en France”, par l’Achac

Le coffret « Un siècle d’immigration des suds en France » paraît en 2010, aux éditions La Découverte. Il rassemble une série de huit livres maintenant réunis en seul coffret. L’Achac a publié ces ouvrages au cours de dix ans d’un travail visant à décrypter le regard d’un pays sur ses nouveaux habitants, entre images et imaginaire colonial. Des milliers de photos ont été rassemblées et une exposition en plein air autour de l’Hôtel de Ville de Paris a été réalisée sur le thème, « Paris, 150 ans d’immigration ». Nous publions l’article de Stéphanie Binet publié par Libération le 26 février 2010 à propos de ce livre.

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Harkis

 62 enfants de harkis racontent

Le livre Des vies – 62 enfants de harkis racontent, écrit sous la direction de Fatima Besnaci-Lancou, vient de paraitre. Il est préfacé par Boris Cyrulnik, et a reçu la participation de Jean-Jacques Jordi, Gilles Manceron, Abderahmen Moumen et Yann Scioldo-Zurcher2.

Fatima Besnaci-Lancou est présidente de l’association Harkis et droits de l’Homme. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages dont Fille de harkis (Éditions de l’Atelier, 2003) et Les harkis dans la décolonisation et ses suites (en collaboration avec Gilles Manceron aux Éditions de l’Atelier, 2008).

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Gilles Manceron, historien : « la plupart des Français veulent tourner la page coloniale »

A l’occasion du cinquième anniversaire de la loi n° 2005-158 du 23 février 2005 «portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés», Gilles Manceron, historien et vice-président de la Ligue des droits de l’Homme, revient sur ce qu’il appelle « le contentieux historique » entre la France et l’Algérie.
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Dans un long entretien publié dans le quotidien algérien El Watan, il déclare que «c’est bien à l’ancienne puissance coloniale de déclarer que sa conquête et sa domination étaient contradictoires avec les principes des droits de l’homme auxquels elle se référait par ailleurs. […] Ce qu’il faudrait, de la part de la France, ce sont des gestes forts de reconnaissance. Cela seulement pourrait apaiser l’affrontement des mémoires et permettre de tourner la page».

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Appel à la suppression du ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration

Au nom des « idéaux universalistes qui sont au fondement de notre République», une vingtaine de chercheurs ont lancé le 4 décembre 2009 un appel demandant la suppression de ce ministère, symbole d’une politique qui « met en danger la démocratie».

Le site Mediapart avec plusieurs dizaines de personnalités avait lancé le 2 décembre un appel à refuser le “grand débat sur l’identité nationale” organisé par le pouvoir. La LDH est signataire de cet appel : elle souhaite qu’il soit à l’origine d’une grande pétition citoyenne qui suscite un vaste rassemblement.

[Mise en ligne le 4 décembre 2009, mise à jour le 16 février 2010]

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Livres, films, spectacles pour la reconnaissance

Réflexion sur les récits de l’Algérie coloniale dont les colonisés sont absents, par Eric Savarese

Un collectif d’universitaires s’est réuni à Narbonne le 19 avril 2007 à l’initiative d’Eric Savarese4 pour réfléchir à la contribution qu’ils pourraient apporter au dépassement de la guerre des mémoires algériennes en France. Les contributions individuelles ainsi que le rapport de synthèse ont fait l’objet d’une publication : Eric Savarese (dir.), L’Algérie dépassionnée. Au delà du tumulte des mémoires, Paris, Syllepse, 20085. Nous reprenons ci-dessous de larges extraits du troisième chapitre de cet ouvrage, dû à Eric Savarese et intitulé « Des récits à l’histoire. Penser la relation coloniale », qui permet de réfléchir aux récits de l’Algérie coloniale dont les colonisés sont absents.

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les “nostalgériques” auront leur fondation et les harkis des promesses verbales

Mardi 2 février 2010, à l’Assemblée nationale, répondant à une question d’Elie Aboud député UMP de l’Hérault, Hubert Falco, Secrétaire d’Etat à la Défense et aux anciens combattants, a annoncé la création de la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, une décision qui fait l’objet de très nombreuses déclarations depuis quelques mois6.

Le lendemain, mercredi 3 février 2010, Hubert Falco présentait dans les locaux du Sénat une proposition de loi modifiant la loi n°2005-158 du 23 février 2005 en prévoyant des sanctions liées à l’interdiction d’injurier les harkis. Cette proposition de loi sera déposée au Sénat par Raymond Couderc, sénateur-maire de Béziers et tête de liste régionale UMP en Languedoc-Roussillon.

Pour avoir demandé à Hubert Falco de rappeler au Président de la République son engagement du 31 mars 2007 de « reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre de harkis », Fatima Besnaci-Lancou, vice-présidente de l’association Harkis et droits de l’Homme, s’est vue grossièrement agressée.

Comment ne pas être scandalisé par ce qui s’est déroulé dans une enceinte de la République, en présence d’un membre du gouvernement, à l’occasion d’une mise en scène à visées électoralistes destinée à tirer le meilleur parti du comportement inadmissible du président sortant de la région Languedoc-Roussillon ?

Les harkis seront-ils une nouvelle fois instrumentalisés ?

[Mise en ligne le 3 février 2010, mise à jour le 9]

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Avis de la CNCDH sur le port du voile intégral

La Commission nationale consultative des droits de l’homme, dont la LDH est membre, vient d’adopter un avis sur la question dite du « voile intégral », en rappelant des principes fondamentaux permettant de guider la réflexion collective sur un sujet particulièrement complexe.

A ce titre le président de la CNCDH, Yves Repiquet, a souligné que « le port du voile intégral choque nombre d’entre nous. Cependant, tout ce qui choque ne doit pas nécessairement être interdit, et l’interdiction n’est pas nécessairement la meilleure des solutions contre le fondamentalisme ». La CNCDH a rappelé qu’en vertu même de la Constitution française, la liberté est le principe et l’interdiction l’exception. Toute ingérence de la loi dans la vie privée doit non seulement être justifiée par un but légitime – comme la défense de l’ordre public ou des droits d’autrui – mais également être « strictement nécessaire dans une société démocratique », conformément à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme. Une interdiction générale du « voile intégral » sur l’ensemble du territoire national serait manifestement disproportionnée, s’agissant d’un phénomène qui reste marginal, et s’attacherait plus aux effets qu’aux causes du fondamentalisme, laissant les femmes concernées encore plus isolées et vulnérables, les hommes échappant à toute sanction. La CNCDH a attiré l’attention sur les risques d’effets pervers, au regard même de l’exigence de mixité.

La CNCDH recommande notamment des efforts de pédagogie et d’éducation aux droits de l’homme, de sensibilisation et de médiation, afin de renforcer le vouloir vivre ensemble selon les principes républicains de liberté, d’égalité, de fraternité qui sont notre patrimoine commun. Elle encourage les autorités publiques à soutenir les femmes qui subissent des violences et à appliquer pleinement les réglementations existantes, en matière d’ordre public ou de neutralité des services publics.

En conclusion, le Président Yves Repiquet a souligné que, « dans l’attente des conclusions du rapport de la mission d’information parlementaire, la CNCDH poursuivra ses réflexions et ses travaux ».

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Georges Frêche, la gauche colonialiste

Les dérapages verbaux du président de la région Languedoc-Roussillon ne se comptent plus. Mais, comme le remarque l’association Harkis et droits de l’Homme, il aura fallu que le sujet de son dernier dérapage soit un membre éminent du Parti socialiste – Georges Frêche a évoqué la «tronche pas catholique» de Laurent Fabius – pour que le parti se décide enfin à régler le “cas Frêche”.

C’est que Georges Frêche est une personnalité politique de poids en Languedoc-Roussillon. Son implantation locale s’est notamment appuyée sur un clientélisme affiché envers les nostalgiques de l’Algérie française – Pierre Daum l’a montré dans son article «quand Frêche flirtait avec les ex de l’OAS». La défense des colonies est une des traditions du Parti socialiste, en particulier dans le midi méditerranéen – voir cette page. Comme l’explique l’historien Gilles Manceron, Georges Frêche est un des derniers survivants d’une certaine tradition de la gauche colonialiste qui «remonte à Jules Ferry et on la retrouve dans la SFIO de Guy Mollet, où se mêle au discours républicain celui de la mission colonisatrice des races supérieures vis-à-vis des races inférieures»7.

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Niqab, burqa, hidjab et tchador.
Foulard et voile

Mardi 26 janvier 2010 : journée de la burqa

Le rapport de la mission d’information parlementaire sur le port du voile intégral, rendu public mardi 26 janvier 2010, propose de mettre en place un dispositif législatif visant à bannir la burqa et le niqab dans les services publics et les lieux d’accueil du public – cela inclut les transports, les écoles, les hôpitaux, les banques, la Poste… – mais il ne préconise pas d’interdiction générale dans l’espace public8.

Au cours de ses six mois d’existence, la mission a auditionné plus de 200 personnes9 à propos d’un phénomène resté marginal – selon le ministère de l’Intérieur, 1900 femmes porteraient le voile intégral en France. L’importance prise par ce thème, parallèlement au débat sur l’identité nationale fertile en dérapages, a été souvent ressentie comme une stigmatisation de la religion musulmane et des personnes considérées – à tort ou à raison – comme étant d’“origine musulmane”. Jamel Debbouze et Alain Gresh en témoignent ci-dessous.

Pour le sociologue Vincent Geisser, le débat sur le sujet a déjà produit des effets pervers: «Beaucoup de musulmans, au départ très hostiles au port du niqab, sont devenus compatissants envers ces filles, parce qu’ils se sentent visés collectivement, notamment à travers le débat sur l’identité nationale. Il y a un risque que des gens commencent à le porter par réaction, que le niqab devienne un étendard.10» Le New York Times ne mâche pas ses mots : dans son éditorial, il accuse Sarkozy d’«attiser la haine».

[Mise en ligne le 26 janvier 2010, complétée le 28]

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Immigration algérienne en France

“Les immigrés algériens en France, une histoire politique”, par Benjamin Stora

Les éditions Hachette Littérature ont réédité, en août 2009, sous le titre : Les immigrés algériens en France. Une histoire politique, l’ouvrage de Benjamin Stora paru en 1992 chez Fayard, Ils venaient d’Algérie11, version condensée d’une thèse de doctorat d’Etat, soutenue par l’auteur en 1991, sous la direction de Charles Robert Ageron. Nous reprenons un entretien de Benjamin Stora à propos de cet ouvrage suivi du compte rendu, publiés dans Le Soir d’Algérie, le 21 janvier 2010.

Benjamin Stora est professeur des universités à Paris XIII et à l’Inalco. Il a publié une trentaine d’ouvrages qui portent principalement sur l’histoire du nationalisme algérien, l’immigration et la guerre d’indépendance. Ses deux ouvrages récemment publiés en 2009 sont : Le Mystère de Gaulle, son projet pour l’Algérie (Ed Robert Laffont), et Les Immigrés algériens en France, une histoire politique (1912-1962).

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Toulon et Cagnes-sur-Mer : contestation de cérémonies commémorant les “barricades d’Alger”

Plusieurs associations protestent contre les célébrations en région Provence-Alpes-Côte d’Azur du 50e anniversaire des Barricades de janvier 1960 à Alger12. Ces tragiques journées apparaissent en effet comme le début d’une guerre civile qui culmina avec le putsch des généraux d’avril 1961, avant de se poursuivre par le combat sans issue de l’OAS qui devait anéantir toute chance d’un règlement humain de la guerre d’Algérie.

A la suite des communiqués de l’ANPNPA, de l’ANPROMEVO et de l’association Les amis de Max Marchand de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons, nous reprenons une tribune dans laquelle les présidents des deux dernières associations s’interrogent devant «la mise en œuvre d’une politique de mémoire adossée à la valorisation du fait colonial». Ils demandent si «la France ne serait pas entrée en voie de repentance pour avoir permis la décolonisation de l’Algérie ?».

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