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Édition du 1er au 15 avril 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

Manifestation de nostalgiques du temps de la colonisation, lors de la présentation de Hors-la-loi au festival de Cannes le 21 mai 2010 (Reuters).
La Fondation Falco pour la mémoire de la guerre d’Algérie (2010)

la Fondation pour la mémoire de la Guerre d’Algérie sera installée le 19 octobre

Il n’y a sans doute pas de hasard … alors que le film Hors la loi de Rachid Bouchareb sort sur les écrans français, le secrétariat d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants publie un communiqué annonçant que Hubert Falco installera aux Invalides le 19 octobre prochain «la Fondation pour la mémoire de la Guerre d’Algérie, des combats du Maroc et de la Tunisie, prévue par la loi du 23 février 2005»1.

«Une fondation au service de l’histoire» selon Hubert Falco … une fondation récusée par de très nombreux historiens, dont Jean-Charles Jauffret, spécialiste de l’histoire militaire coloniale … mise en place par un homme politique qui n’hésite pas à faire régulièrement fleurir un monument d’hommage aux « Martyrs de l’Algérie française » … «une fondation sous influence militaire» et qui n’a pas été demandée par les harkis, pour Fatima Besnaci-Lancou.

[Mis en ligne le 21 septembre 2010, mis à jour le 24]

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“Hors-la-loi” de Rachid Bouchareb (2010)

L’extrême droite a tenté de perturber l’avant-première du film “Hors-la-loi” à Marseille

Une centaine de manifestants nostalgiques de l’Algérie française et militants d’extrême droite — dont six élus locaux du Front national — se sont rassemblés dans la soirée du lundi 20 septembre 2010 devant le cinéma Pathé Madeleine à Marseille pour protester contre l’avant-première nationale du film de Rachid Bouchareb. Ce rassemblement faisait suite à la manifestation organisée à Cannes, le 21 mai dernier, en marge du festival où le film était présenté, à laquelle de nombreux élus UMP des Alpes-Maritimes, dont le député Lionnel Luca, ont participé. Nous reprenons le compte-rendu de la manifestation de Marseille paru dans La Marseillaise ; un reportage de Jean-Baptiste Malet a aussi été mis en ligne sur le site Rue89.

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Mémorial du Quai Branly

Mémorial du Quai Branly, l’esprit colonial est toujours vivace au cœur de l’Etat

Réagissant à la présence sur la colonne centrale du mémorial du quai Branly des noms des morts lors de la fusillade du 26 mars 1962 rue d’Isly, Anne Guérin-Castell a publié une série en trois volets sur le journal en ligne Médiapart. Elle précise qu’il ne s’agit pas de nier la réalité de ce qui s’est passé rue d’Isly ce jour-là2. Ce qu’elle dénonce dans cette série, ce sont «trois points très précis qui concernent directement Hubert Falco, secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens Combattants :

  1. le fait que les noms des morts de la rue d’Isly soient inscrits sur la colonne centrale du mémorial du quai Branly : premier volet ;
  2. le fait que si des noms de victimes civiles de l’OAS étaient inscrits sur cette même colonne, rien ne viendrait renseigner sur les circonstances de leur mort, ces noms se retrouvant rangés par ordre alphabétique avec ceux des morts de la rue d’Isly : troisième volet;
  3. le fait que s’il était demandé que les noms des six inspecteurs dont l’assassinat est relaté dans le deuxième volet figurent sur cette colonne, seuls trois d’entre eux y auraient droit, avec éventuellement un quatrième, le secrétariat d’État à la Défense et aux Anciens Combattants excipant pour cela, sans aucune vergogne, d’un code de la nationalité d’essence raciste. »
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Nouvelles pressions à l’approche de la sortie du film “Hors la loi”

Un certain nombre d’associations qui avaient manifesté en mai 2010 contre la présence du film Hors la loi de Rachid Bouchareb au Festival de Cannes, en raison d’une séquence de quelques minutes évoquant les massacres de Sétif en mai 1945, font à nouveau pression sur France Télévisions à la veille de la sortie du film en salles le 22 septembre. Selon l’hebdomadaire Le Point du 25 août 2010, elles ont sollicité le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel qui a écrit aux dirigeants de France Télévisions pour leur demander d’organiser un débat au moment de cette sortie. L’hebdomadaire relève que cette surprenante intervention n’entre pas dans le cadre des attributions du CSA. Le “lobby algérianiste”, qui annonce, par ailleurs, vouloir troubler la diffusion commerciale de ce film, était déjà intervenu auprès du CSA et de la direction de France 3 à la suite de la diffusion sur cette chaîne du documentaire Les Porteuses de feu le 26 janvier 2008.

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les séquelles psychiques de la guerre d’Algérie (pour les anciens appelés)

Près de deux millions de jeunes ont été appelés entre 1956 et 1962 pour participer à la guerre coloniale en Algérie. On peut estimer que plusieurs centaines de milliers en sont revenus psychiquement malades. Dans le texte que nous reprenons ci-dessous, Gilbert Argelès rappelle que la France n’a jamais vraiment affronté le problème et que, malgré leur âge maintenant avancé, beaucoup des anciens combattants de cette guerre qui ne disait pas son nom continuent à souffrir de ses suites.

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Harkis

“les Harkis, histoire, mémoire et transmission”, par Fatima Besnaci-Lancou, Benoît Falaize et Gilles Manceron

La guerre d’Algérie devient un objet d’histoire abordé à l’école primaire, au collège et au lycée. Mais la question de la place des harkis, ces supplétifs enrôlés aux côtés de l’armée française, est souvent laissée dans l’ombre en raison des passions qu’elle suscite et des clichés qui perdurent. Grâce aux repères rigoureux proposés au fil des pages, cet ouvrage aidera notamment les enseignants à aborder cette question dans leurs cours.

La première partie examine l’état des connaissances historiques sur le sujet en répondant à quatre questions décisives : À quel objectif répondait le recrutement des harkis ? Comment explique-t-on cet engagement ? Dans quelle mesure peut-on dire que l’État français les a abandonnés ? Que sait-on de l’ampleur des massacres à l’indépendance de l’Algérie ?

Les seconde et troisième parties du livre traitent respectivement de la gestion de la mémoire (lieux, littérature, cinéma…) et de la façon dont l’Éducation nationale aborde la question des harkis dans les programmes, les manuels et les pratiques scolaires en France et en Algérie.

Nous reprenons ci-dessous la préface de cet ouvrage par l’historien Philippe Joutard, suivie d’un extrait de l’introduction et de la table des matières.

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“Aux origines d’un certain regard” par Benjamin Stora

Le retour sur l’histoire permet d’intervenir dans les méandres du présent… La leçon est bien connue, encore faut-il sans cesse la mettre en œuvre, au risque de succomber au culte de la nouveauté perpétuelle et de l’étonnement conduisant au désarroi politique. Depuis le discours de Grenoble de l’été 2010 une politique répressive se développe, de l’expulsion des Roms aux propositions de déchéance de la nationalité française. Une situation qui renvoie à des souvenirs d’histoire troublants, non ceux de la politique vichyssoise, mais à ceux qui précèdent l’application de cette politique funeste du début des années 1940.3

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Audin la disparition

«L’affaire Maurice Audin», qui remonte à plus de cinquante ans, est aujourd’hui presque inconnue – elle appartient à une période de notre histoire couverte par l’amnistie et l’amnésie.

Maurice Audin, mathématicien et militant contre la guerre d’Algérie, arrêté par des militaires français alors qu’il n’avait que 25 ans, a disparu à Alger en 1957. Après plus de cinquante ans d’enquête, la justice française a refermé ce dossier sans condamner les coupables ni reconnaître les faits : la torture et l’assassinat. Alger en revanche a commémoré cette année encore la disparition de Maurice Audin.

Une enquête inédite, intitulée Audin la disparition, comportant des témoignages de sa veuve Josette Audin, de l’historien Pierre Vidal-Naquet, de l’ancien ministre Robert Badinter et du journaliste Henri Alleg, a été diffusée en juillet 2010 sur la chaîne Public Sénat. Le documentaire est maintenant disponible en DVD.

[Première mise en ligne le 26 juillet 2010, mise à jour le 5 août]

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Le monument aux martyrs de l'Algérie française et son éclairage nocturne (Toulon, le 22 juillet 2010)
La Fondation Falco pour la mémoire de la guerre d’Algérie (2010)

quel crédit accorder à la fondation d’Hubert Falco ?

Hubert Falco, secrétaire d’État aux Anciens combattants, a prévu pour septembre prochain la mise en place aux Invalides de la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie. Une fondation qui a vocation à devenir « l’outil indépendant dont nous avons besoin, ici, comme de part et d’autre de la Méditerranée, pour parcourir ensemble ce chemin de mémoire, celui de toutes les mémoires, qui n’occulte aucune mémoire ! »4

Les fortes oppositions rencontrées par cette fondation parmi les historiens et du côté algérien sont connues. L’actualité amène à formuler de nouvelles questions.

Quel crédit accorder à une fondation créée par un État qui a été incapable à ce jour de reconnaître son « implication première et essentielle […] dans les traumatismes engendrés par la colonisation en Algérie» 5, de dire la vérité sur la disparition de Maurice Audin en 1957, ou de reconnaître sa responsabilité dans le traitement infligé aux harkis ?

Quel crédit accorder à une fondation dont la mise en place est confiée à un homme politique qui n’hésite pas à faire régulièrement fleurir un monument d’hommage aux «Martyrs de l’Algérie française» ?

[mise en ligne le 26 juillet 2010, revue le 27]

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Foulard et voile

La loi sur la burqa : une histoire belge imprégnée de racisme

Le Guardian dénonce le climat de racisme qui «imprègne» le débat français sur la burqa, tandis qu’Éric Fassin y voit une «histoire belge».

En adoptant le projet de loi visant à interdire le port du voile intégral dans l’espace public6, le parlement veut « libérer » les femmes qui portent le voile intégral contre leur gré. Certes les Etats sont tenus par les conventions internationales de protéger ces femmes, mais ce n’est pas en promulguant des interdictions générales de ce type que l’on y parviendra : «la libération ne se décrète pas».

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Les “banlieues”

Villiers-le-Bel : condamnations sur dénonciations rétribuées

La mort, fin novembre 2007, de deux adolescents dans la collision de leur moto avec un véhicule de police avait entraîné deux jours de violences entre jeunes et forces de l’ordre à Villiers-le-Bel (Val d’Oise). La cour d’assises de Pontoise vient de condamner à des peines lourdes – de 3 à 15 ans de prison ferme – mais inférieures aux demandes du ministère public, cinq jeunes accusés d’y avoir pris part, fut-ce indirectement, accusation qui ne s’appuyait que sur un seul témoignage “sous X” 7. Un appel dénonçant «l’inacceptable verdict du 4 juillet 2010, condamnant sans preuves cinq jeunes de Villiers-le-Bel à des peines d’emprisonnement ferme» peut être signé : appel contre une condamnation pour l’exemple.

Il y a quelques années, Laurent Mucchielli, co-auteur de l’ouvrage Quand les banlieues brûlent, avait déclaré «tant que l’on refusera de traiter les questions de fond, on aura des émeutes»8. Il avait identifié «quatre problèmes cruciaux pour les banlieues» :

  1. les relations catastrophiques avec la police,
  2. le niveau de l’échec scolaire et le ressentiment envers l’école,
  3. le niveau du chômage des jeunes, y compris lorsqu’ils sont qualifiés et
  4. le statut global de la population dite “issue de l’immigration” dans la société française.

Il poursuivait : «Ils sont toujours là, et ils nourrissent toujours en permanence dans ces quartiers des sentiments de colère, d’injustice, d’exclusion, d’humiliation et de ce que j’appelle la “victimation collective” ».

L’article d’Oernella Guyet que nous reprenons ci-dessous sous contrat Creative Commons – il a été initialement publié sur le site BastaMag – montre que la situation ne s’est pas améliorée depuis lors.

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“Ulysse clandestin”, de Thomas Lacoste

Un film pour la nécessaire suppression du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale (93’), produit par La Bande Passante.

Avec la participation des historiens Pap Ndiaye, Gérard Noiriel, Tzvetan Todorov et Sophie Wahnich, des anthropologues Michel Agier, Marcel Detienne, Françoise Héritier et Emmanuel Terray, des sociologues Luc Boltanski et Eric Fassin, tous membres du Collectif pour la suppression du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale.

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