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Édition du 1er au 15 février 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

Devant les locaux de l’Adajeti à Toulon (photo Bruno Isolda)
Immigration algérienne en France

Les chibanis ne sont pas des fraudeurs !

Venus travailler pour reconstruire un pays en ruine après la guerre, ou simplement pour participer à une économie en relance, de nombreux étrangers ont traversé la Méditerranée dans les années 60. Et sont finalement restés, continuant leur activité professionnelle. Aujourd’hui, ils sont à la retraite, un repos bien mérité après une vie de contribution à la production de richesses en France. Car bien souvent, ce sont les travaux les plus pénibles qui étaient attribués à ces immigrés : métiers du bâtiment, viticulture, horticulture, chantiers amiantés etc.

Aujourd’hui, ils pensaient pouvoir jouir d’une pension de retraite acquise tout au long de leur carrière. Comme ils le souhaitent. Sans condition. Et pourtant, si, il existe une clause qui permet à la CARSAT (branche retraite) de refuser de distribuer les montants mérités : les Chibanis (« Anciens », en arabe) ont l’obligation de résider au moins 6 mois sur le territoire français pour obtenir ce qu’ils ont mis de côté au fil des prélèvements retenus sur leurs salaires. (Romain Alcaraz, La Marseillaise, 8 juillet 2011)

Alors qu’un rapport parlementaire insiste sur les fraudes sociales, n’y a-t-il pas quelque chose de véritablement indécent dans le comportement de certaines caisses de sécurité sociale vis-à-vis de ces vieux travailleurs ?

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Contrôle au faciès

Des 600 personnes quittant le train, la seule contrôlée par la police était de type africain

Pour Me Jérôme Karsenti, avocat au barreau du Val-de-Marne, «les contrôles au faciès participent au sentiment de rejet, d’exclusion, de marginalisation»1». Le rapport publié en 2009 par l’Open Society Justice Initiative avait révélé qu’un individu noir ou arabe avait respectivement 6 fois et 7,8 fois plus de chance d’être contrôlé par un policier qu’un blanc.

L’article 78-2 du code de procédure pénale encouragerait cette pratique : «les quatre alinéas de l’article 78-2 permettent actuellement de contrôler toute personne pour lesquelles il y aurait des “raisons plausibles” de commettre une infraction», observe Me Karsenti. Modifié en mai 2003, l’article permet donc au policier d’invoquer des raisons subjectives au contrôle, alors qu’un “indice grave et concordant” était auparavant nécessaire.

Sauf situation exceptionnelle, comme cela a été le cas récemment pour le chanteur britannique d’origine nigériane Keziah Jones – seul des 600 voyageurs quittant un train à avoir été repérée par la police –, la personne ne peut prouver qu’elle a été contrôlée. «La personne qui a été suspectée devrait avoir droit à un recours effectif. Mais la plupart des contrôles n’étant pas suivis d’une procédure, elle ne peut prouver qu’elle a été contrôlée.»

Pourquoi ne pas mettre en application la méthode prônée par des associations qui proposent qu’à chaque contrôle, les forces de l’ordre remettent aux personnes contrôlées une « attestation » justifiant l’existence de ce dernier ? Certains pays – Angleterre et Pays de Galle, Espagne, Illinois – ont adopté cette procédure ; le Sénat a publié le 25 juin une note téléchargeable consacrée à ces systèmes d’attestation des contrôles d’identité.

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Plaque que l'ADIMAD a l'intention de sceller sur la tombe du colonel Argoud à Darney (photo Vosges Matin)
Jean-François Collin

L’Adimad-OAS à l’honneur

Amnistiés sous de Gaulle, réhabilités sous François Mitterrand, indemnisés sous Jacques Chirac, les anciens activistes de l’OAS vont-ils être honorés sous Nicolas Sarkozy ?

En effet, la fin de la guerre d’Algérie a été suivie de plusieurs lois d’amnistie, une loi de réhabilitation votée en novembre 1982 a rétabli les généraux putschistes dans leurs droits, et l’article 13 de la loi du 23 février 2005 a organisé une indemnisation de certaines des personnes ayant fait l’objet de condamnations ou de sanctions amnistiées.

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Plaque que l'ADIMAD a l'intention de sceller sur la tombe du colonel Argoud à Darney (photo Vosges Matin)
Réhabilitations

Vosges : la justice a autorisé une cérémonie à la gloire de l’OAS

De nombreuses personnes et associations sont intervenues pour demander l’interdiction de la manifestation organisée par l’Association de défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés politiques de l’Algérie française (ADIMAD) à Darney (Vosges) le vendredi 10 juin 2011 autour de la tombe du colonel Antoine Argoud. Prenant prétexte du 7e anniversaire de son décès, ce rassemblement avait pour but de rendre gloire à l’Organisation armée secrète (OAS) dont il avait été un responsable. Pour solenniser l’événement, il était prévu qu’une plaque serait scellée sur la tombe du colonel factieux.

Dans une lettre commune, l’ANPROMEVO et Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons s’étaient adressées au maire de Darney dès le 26 mai dernier, en lui demandant notamment «d’empêcher le déroulement de la manifestation […] et d’interdire l’adjonction, sur le monument funéraire dont il s’agit, de toute plaque dont le contenu tendrait à exalter le souvenir d’un dirigeant de l’OAS.». L’Association des Anciens Appelés en Algérie Contre la Guerre (4ACG) avait incité ses adhérents à écrire dans le même sens au maire de Darney et à l’évêché de Saint-Dié.

Jeudi matin 9 juin, estimant que ce rassemblement constituait un trouble à l’ordre public, le préfet des Vosges avait pris un arrêté d’interdiction (voir ci-dessous). Mais, jeudi soir, le juge des référés du tribunal administratif de Nancy enjoignait le préfet d’autoriser la manifestation dans laquelle il ne voyait qu’une cérémonie à caractère privé, familial. Le préfet autorisait donc la manifestation et demandait au maire d’ouvrir le cimetière et d’assurer la sécurité de la cérémonie. Dans le courant de l’après-midi, l’évêché avait fait savoir par un communiqué qu’il n’y aurait pas de culte en l’église de Darney.

Ci-dessous quelques compléments – et notamment deux liens vers des enregistrements.

[Mis en ligne au cours de la matinée du 9 juin 2011, mis à jour le 15 juin]

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Réhabilitations

Les méthodes d’Argoud : celles d’un assassin sans scrupules

Le Canard enchaîné du 8 juin le confirme, des nostalgiques de l’Algérie française rendront un hommage public au colonel Antoine Argoud, vendredi prochain à Darney. Après une messe en l’église de Darney, ils ont prévu de sceller sur sa tombe une plaque signée par l’OAS.

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Ce projet a provoqué de nombreuses réactions scandalisées, notamment de la part d’anciens appelés de la guerre d’Algérie. Un certain nombre d’entre eux ont écrit au maire de Darney et/ou aux responsables catholiques locaux pour protester contre une manifestation qui les choque profondément – nous reprenons ci-dessous quelques-unes de leurs lettres.

Un extrait du livre écrit par Antoine Argoud en 1974, que nous reprenons également, justifie le jugement porté par l’un d’entre eux :
«Les méthodes d’Antoine Argoud étaient davantage celles d’un assassin sans scrupule que d’un officier de l’Armée française».

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Réhabilitations

L’hommage au colonel Argoud des anciens de l’OAS

L’Association pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés politiques de l’Algérie française (ADIMAD) a annoncé son intention de rendre un hommage public au colonel Antoine Argoud (1914 – 2004), l’un des derniers chefs de l’Organisation armée secrète (OAS). L’association des anciens de l’OAS veut fixer une plaque d’hommage sur la tombe d’Antoine Argoud – une nouvelle provocation de la part de ces tenants de l’Algérie française.

Rappelons qu’« il incombe au maire de prendre les mesures qu’exige le respect de l’ordre public2 » et de s’assurer que les inscriptions polémiques qui seront portées sur cette tombe ne sont pas susceptibles de troubler la sérénité d’un lieu voué au respect des défunts qui y reposent, et de leurs familles.

[Première mise en ligne le 26 mai 2011, mise à jour le 7 juin ]

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Camp de Rivesaltes (Pyrénées Orientales)
Harkis

“lieux d’internement, lieux de mémoire”, colloque à Paris, le 8 juin 2011

Le 12 novembre 1938, sous la Troisième République, un décret permit l’internement des « étrangers indésirables » dans des « centres spécialisés ». Contrairement à la procédure « juridico-policière » traditionnelle, l’internement administratif vise des personnes non pour ce qu’elles ont fait (ou sont présumées avoir fait) mais pour le danger potentiel qu’elles représentent aux yeux de l’Etat du seul fait de leur présence sur le sol français. En 1938, elle vise principalement les réfugiés espagnols… suivent les juifs, les tziganes, les indochinois, les harkis… « Ces centres spécialisés » ne sont rien d’autre que des camps.

Colloque : “Lieux d’internement, lieux de mémoire”, mercredi 8 juin 2011 de 9h15 à 18h00 à l’Auditorium de l’Hôtel de Ville, 5,rue Lobau, 75004 Paris (Métro: Hôtel-de-Ville).

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«Accusé Audin, levez-vous !»Un dessin de Tim, paru dans l’Express en 1960.
L'affaire Audin

cela fait aujourd’hui 19 715 jours que Josette n’a pas de nouvelles de Maurice Audin

«Le 11 juin 1957, j’avais vingt-six ans, j’habitais à Alger, rue Gustave-Flaubert, avec mon mari, vingt-cinq ans, et mes trois enfants, a-t-elle écrit au Président de la République. Des parachutistes de l’armée française ont fait irruption et ont emmené mon mari. Depuis cette date, je ne l’ai jamais revu. À mes questions, il m’a été répondu qu’il s’était évadé.» Cette lettre, envoyée le 19 juin 2007, n’a jamais reçu de réponse.

Alors que de nombreux éléments, dont l’enquête de l’historien Pierre Vidal-Naquet, établissent qu’il est mort sous la torture, la République n’a pas reconnu l’assassinat. Sur le plan judiciaire, l’affaire s’est terminée par un premier non-lieu en 1962, puis par un second en 2002 suite à la plainte contre X déposée, en mai 2001, après la parution du livre Services spéciaux Algérie 1955-1957 du général Aussaresses.

Le Sénat est revenu le 24 mai dernier sur cette la disparition de Maurice Audin à Alger en 1957, grâce à une question orale de la sénatrice Nicole Borvo Cohen-Seat3. La vérité sera-t-elle bientôt établie sur des faits qui se sont déroulés … il y a 54 ans ?

[Mise en ligne le 1er juin 2011, mis à jour le 3 juin]<

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Séverine Labat : « l’imaginaire français n’a pas achevé de se décoloniser »

Après certains responsables du football français, c’est au tour d’un élu de droite de s’en prendre aux binationaux, c’est-à-dire aux ressortissants français qui possèdent la double nationalité.

Claude Goasguen, député de Paris (UMP) et ancien membre du mouvement d’extrême droite Occident, a ainsi avancé l’idée d’une limitation «des droits politiques» des binationaux, jugeant «gênant qu’une personne puisse voter en France et dans un autre Etat». Celui qui est aussi maire du 16° arrondissement a également évoqué la création d’un «registre des binationaux ». Des propos qui ont provoqué la colère de nombreux élus de gauche et qui ont même créé le trouble au sein de la majorité. Retour sur cette affaire avec Séverine Labat, politologue et chercheuse au CNRS.

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le déni de l’histoire du passé colonial et ses conséquences, par Martine Timsit-Berthier

A l’occasion de la journée de commémoration de “l’autre 8 mai”, organisée le 8 mai 2011 par l’Espace Franco-algérien à Marseille, Martine Timsit-Berthier avait présenté une intervention centrée sur les conséquences en France du déni de l’histoire du passé colonial. Nous publions ci-dessous le texte de cet exposé, relu et corrigé par son auteure.

Martine Timsit-Berthier, Neuro-Psychiatre et Docteur ès Sciences. Après avoir effectué ses études de Médecine et de Sciences à Paris et à Marseille (1954-1961), elle est retournée en Algérie en 1962, où elle a participé avec son mari le docteur Meyer Timsit, à la relance du service de Psychiatrie de l’hôpital Mustapha et à l’enseignement de la Physiologie du Système Nerveux à la Faculté de Médecine d’Alger (1962-1966).

A la suite du coup d’État du 19 Juin 1965, elle s’est exilée en Belgique où elle a travaillé à la Faculté de Médecine de Liège jusqu’en 1997. Installée dans la région toulonnaise, depuis sa retraite, elle participe à des consultations psychiatriques données dans le cadre d’une association donnant des soins à des populations en situation de précarité et aux demandeurs d’asile (Siloé-Toulon).4

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Prise d’assaut de Zaatcha par le colonel Canrobert, le 26 novembre 1849, par Jean-Adolphe Beaucé (1818-1875)
Les crânes d'Algériens au Musée de l'homme

les restes mortuaires de résistants algériens à la colonisation retrouvés dans un musée parisien (2011)

Les restes mortuaires de dizaines d’Algériens qui ont résisté à la colonisation française au xixe siècle ont été retrouvés au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) de Paris, a révélé un chercheur en histoire, l’Algérien Ali Farid Belkadi, dans une déclaration diffusée par l’APS, samedi 7 mai 2011.

On y trouve notamment des restes de Chérif Boubaghla5
et de Cheikh Bouziane des Zaâtchas, le chef des révoltés qui ont tenu l’armée française en échec pendant deux mois en 1849, dans l’oasis des Zaâtchas, où il devait trouver la mort.


[Ajouté le 29 mai 2011] – Une pétition appelant le président Abdelaziz Bouteflika et le gouvernement algérien à entreprendre «auprès de l’État français, les démarches nécessaires au rapatriement en Algérie des restes mortuaires de résistants algériens conservés dans les musées français» a été lancée par Ali Farid Belkadi : http://www.petitionenligne.fr/petition/pour-le-rapatriement-des-restes-mortuaires-algeriens-conserves-dans-les-musees-francais/1233

[Mis en ligne le 7 mai 2011, mis à jour le 29]

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