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Édition du 1er au 15 avril 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

Rony Brauman : “c’est parce que la guerre est mauvaise en soi qu’il ne faut pas la faire”

Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières (MSF) France, humanitaire convaincu mais critique, a alerté à de nombreuses reprises sur le danger que représente le «devoir d’ingérence» qui a été invoqué pour justifier la guerre en Libye. Les opérations militaires et humanitaires qu’il a suscitées ont souvent été plus destructrices que favorables à la diffusion de la démocratie.

Nous reprenons des extraits de ses déclarations publiées dans l’édition du 25 novembre du Monde. Elles ont été prononcées à l’occasion d’un débat organisé par Nicolas Truong (NT) entre Bernard-Henri Lévy (BHL) et Rony Brauman (RB). Bien que la situation en Syrie soit profondément différente de celle qui prévalait en Libye, les bruits de bottes qui se font entendre de façon croissante au Moyen-Orient incitent à lire avec attention les réflexions de Rony Brauman sur la guerre de Libye.1

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Bigeard aux Invalides : pourquoi ce serait une infamie

Pour Roland Rappaport, avocat, le transfert des cendres du général Bigeard à l’Hôtel des Invalides constituerait une violation des «obligations pesant sur les États signataires de la Convention internationale contre la torture» que la France a ratifiée en 1987.

A la suite de l’article de Me Rappaport repris du site Mediapart, vous trouverez ci-dessous une vidéo, enregistrée en septembre 1991, d’un débat sur l’usage de la torture en Algérie avec Paul Teitgen, Jacques Duquesne et Hélie Denoix de Saint Marc.

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Livres, films, spectacles pour la reconnaissance

“La France noire”, un livre dirigé par Pascal Blanchard

La France noire est une longue histoire. Elle commence au XVIIe siècle au moment du Code noir et elle traverse trois siècles d’histoire de France, trois siècles de présence de personnes venant des Caraïbes, de l’Afrique, de l’océan Indien ou d’Océanie. Des présences qui ont contribué à bâtir l’histoire politique, culturelle, artistique et économique de notre pays. Ce “beau livre” en raconte l’histoire, en montre les traces et les images, sans oublier les contradictions, du temps des « sauvages » à celui de la citoyenneté.

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Un Noir a six fois plus de chances d'être contrôlé par la police qu'un Blanc. (© Collectif contre le contrôle au faciès)
Contrôle au faciès

Des SMS contre les contrôles au faciès

Contre les contrôles d’identité abusifs menés par la police, le collectif Contre le contrôle au faciès lance une opération textos, pour nourrir une base de données.

Reprise d’un article de la journaliste Souâd Belhaddad, publié le 21 novembre 2011 sur Rue89.

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A la Une de La Provence du 18 novembre 2011.
Marignane

une stèle dédiée à l’OAS n’a pas sa place dans un cimetière : le Conseil d’État a tranché

Dans un arrêt du 14 novembre 2011, le Conseil d’Etat confirme l’annulation de l’arrêté du 23 juin 2005 du maire de Marignane accordant à l’ADIMAD, Association amicale pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés politiques de l’Algérie française, l’autorisation d’occuper un emplacement dans le cimetière Saint-Laurent-Imbert pour y ériger une stèle – il s’agit de la première stèle installée dans le cimetière de Marignane le 5 juillet 2005. Celle-ci en effet ne constituait pas un simple monument commémoratif à la mémoire de personnes défuntes mais manifestait une prise de position politique et procédait à l’apologie de faits criminels.

En délivrant cette autorisation, le maire a donc autorisé l’occupation du domaine public communal pour un usage qui, d’une part, n’était pas compatible avec la destination normale d’un cimetière et, d’autre part, était de nature à entraîner des troubles à l’ordre public. Et c’est à bon droit qu’il a été fait injonction au maire de procéder à l’enlèvement de la stèle. 2

Gageons que cet arrêt du Conseil d’État fera jurisprudence et s’appliquera en particulier aux stèles des cimetières de Perpignan et de Béziers.

[Mise en ligne le 16 novembre 2011, dernière mise à jour le 19 novembre]

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Les proches des victimes de disparition forcée continuent de réclamer justice. (© Martin de la Serna/Demotix)
L'exportation du modèle français de guerre anticoloniale

la justice argentine condamne d’anciens militaires pour des crimes contre l’humanité commis pendant la dictature

L’organisation Amnesty International se félicite de ces condamnations de 16 anciens responsables, dont l’ex-capitaine de la marine argentine Alfredo Astiz.

Ainsi que Marie-Monique Robin l’a montré, certaines des « méthodes » mises en pratique par les tortionnaires argentins leur avaient été enseignées par des militaires français qui avaient pu les expérimenter “sur le terrain” en Indochine et en Algérie – voir cette page.

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Le 17 octobre 1961

les ratonnades d’octobre 61, par Michel Levine

En octobre 1961, en pleine guerre d’Algérie, Maurice Papon, préfet de police, instaure à Paris un couvre-feu pour les Algériens, citoyens français de seconde zone : chasse au faciès, interpellations systématiques, bouclages de quartiers, etc. En protestation, le FLN organise le 17 octobre une manifestation pacifique. La répression de la police parisienne sera sanglante et démesurée.

Le crime commis, c’est le grand silence de la part des autorités et des médias, un mutisme absolu qui durera des années. Il faudra attendre 1985 pour voir publié le premier livre important, que l’on doit à Michel Levine, Les ratonnades d’octobre : un meurtre collectif à Paris en 1961. Ce livre, pratiquement ignoré des critiques et du public lors de sa parution,
dévoile ce qui était ignoré ou soigneusement refoulé. L’auteur s’est livré à une véritable enquête, interrogeant victimes, avocats, témoins. Aujourd’hui, il revient sur cette période tragique de l’Histoire à l’occasion du 50e anniversaire du tragique événement d’octobre 1961 avec une édition augmentée.

Michel Levine est historien des Droits de l’Homme. Il a notamment publié chez Fayard Affaires non classées (Archives inédites de la Ligue des Droits de l’Homme).

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Des manifestants algériens arrêtés à Puteaux le 17 octobre 1961. AFP/Fernand Parizot
Le 17 octobre 1961

remise des 10 000 premières signatures de l’appel à la reconnaissance des massacres du 17 octobre 61

Des manifestants algériens arrêtés à Puteaux le 17 octobre 1961. AFP/Fernand Parizot
Des manifestants algériens arrêtés à Puteaux le 17 octobre 1961. AFP/Fernand Parizot

C’est un massacre colonial dont la France officielle a jusqu’à présent refusé d’admettre l’existence. Il ne s’est pas déroulé en Algérie, au Cameroun ni à Madagascar, mais à Paris, ville-lumière, ville des Lumières… Le 17 octobre 1961, des dizaines d’Algériens et d’Algériennes ont été tués, certains en étant jetés à la Seine, alors qu’ils ne savaient pas nager, pour avoir osé braver le couvre-feu qui leur était imposé. D’autres ont été battus à mort dans la cour de la Préfecture de police ou dans ses annexes, cette même Préfecture où, l’on va, aujourd’hui, retirer son permis de conduire ou une carte de séjour, sans oublier celles et ceux qui y célèbrent leur naturalisation.

Il n’y eut aucune enquête officielle, aucune inculpation ou mise en cause … mais, aujourd’hui, le 17 octobre est lourd d’enseignements : il nous rappelle le rôle ambigu de la gauche française pendant la Guerre d’Algérie, mais également que la France officielle a toujours aussi mal à sa mémoire coloniale – cette France qui s’en va donner des leçons mémorielles à la planète entière.
Il nous rappelle aussi que, finalement, l’idéologie raciste et coloniale perdure en France.

C’est tout cela qu’ont compris nombre de ceux qui ont manifesté le 17 octobre 2011 ou qui ont signé l’appel de Mediapart demandant une reconnaissance officielle de ce massacre3 – appel qui sera prochainement remis aux plus hautes autorités françaises avec l’espoir des 10 000 premiers signataires d’être entendu.

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Une insulte à la République.
Jean-François Collin

La légion d’honneur à Jean-François Collin : une insulte à toutes les victimes de la guerre d’Algérie

Jean-François Collin, président de l’Association de défense des intérêts moraux des anciens détenus (ADIMAD), composée d’anciens activistes de l’OAS, a été nommé chevalier de la Légion d’Honneur, par un décret du 5 mai 2011.

Plusieurs associations, telles l’ANPNPA (Association des pieds-noirs progressistes et leurs amis) et la 4ACG (Association des anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre), s’indignent de cette nomination et des conditions dans lesquelles elle a été officiellement remise le 1er novembre 2011, lors d’une cérémonie devant la stèle des fusillés de l’OAS au cimetière Saint-Laurent-Imbert de Marignane.

On ne peut oublier le terrorisme auxquels se sont livrés il y a une cinquantaine d’années les membres de cette organisation de tenants de l’Algérie française responsables de plus de 2 200 morts.

Les membres de la Commission « Mémoire-Histoire » de la FNACA (Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie), réunis à Paris le 11 octobre 2011, ont déclaré cette distinction insupportable, à quelques mois du 50e anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie. La commission rappelle dans un communiqué que « la complaisance affichée publiquement, par certains représentants de l’État, aux anciens activistes de l’OAS, les hommages rendus à leurs représentants, ne peuvent que choquer profondément les Algériens et les Français qui en ont été victimes. Ces comportements font obstacle à la réconciliation. Ils fragilisent la mise en œuvre de relations [apaisées entre les] deux pays.»

De son côté, Jean-François Gavoury, président de l’ANPROMEVO, interpelle les autorités concernées.

[Mis en ligne le 2 novembre 2011, mis à jour le 8]

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Bigeard aux Invalides !

En 2001, le général Bigeard téléphone au général Aussaresses qui avait déclaré en novembre 2000 s’être «résolu à la torture», et lui demande : «Pourquoi n’as-tu pas fermé ta gueule?»4

Seize mois après son décès, les cendres du général Marcel Bigeard devraient être transférées aux Invalides – et non au Panthéon comme cela a pu être écrit.

Il souhaitait qu‘elles soient larguées au-dessus de Dien-Bien-Phu, là où reposent ses camarades tombés pendant la guerre d’Indochine. Les cendres du Général Marcel Bigeard seront finalement déposées aux Invalides aux côtés des gouverneurs, des maréchaux de France et des plus illustres chefs militaires de la nation. […] Né à Toul en 1916, le général Bigeard est décédé le 18 juin 2010.

(EstRepublicain.fr, le 24 octobre 2011)

[Mis en ligne le 18 juin 2010, mis à jour le 25 octobre 2011]

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les harkis : ni rapatriés comme les autres, ni français comme les autres

Le terme harki est utilisé de nos jours pour désigner l’ensemble des
« Français musulmans d’Algérie » qui ont été engagés dans ou au côté de l’armée française. La terminologie utilisée par l’administration pour les désigner a varié dans le temps: Français musulmans rapatriés (FMR) à partir de 1962, puis Français rapatriés de confession islamique (FRCI) en 1970 et enfin Rapatriés d’origine nord africaine (RONA) dans les années 1980. Pour les autorités françaises, ce n’étaient ni des rapatriés comme les autres, ni des Français comme les autres.

Cette logique de «catégorisation» traduisait une gestion discriminatoire de leur prise en charge : à leur arrivée en France ils ont été d’abord logés dans des camps de transit, puis relogés par la SONACOTRA qui était pourtant chargée des travailleurs migrants étrangers. Pour les HLM, ils n’étaient pas prioritaires, une directive (circulaire Missoffe de 1964) ayant précisé qu’ils ne pouvaient y accéder qu’après les « Rapatriés français de souche européenne ».

Dans l’intervention que nous reprenons ci-dessous, Laure Pitti5. revient sur les modes d’administration discriminants qu’ont rencontrés les harkis en France.

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Rony Brauman : «la Libye est une dangereuse “revanche sur l’Irak”»

Rony Brauman, ancien président de l’association Médecins sans frontières (de 1982 à 1994), est professeur associé à l’Institut d’études politiques de Paris. Il a été l’un des premiers intellectuels à critiquer la guerre en Libye décidée par Sarkozy. Au lendemain de la mort de Kadhafi, il s’inquiète de ce nouveau «modèle» de guerre qui s’est déroulé en Libye.

Les propos de Rony Brauman, recueillis par Joseph Confavreux, ont été initialement publiés le 21 octobre sur le site de Médiapart6, et repris sur différents sites internet.

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