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Édition du 1er au 15 février 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

Manifestation pour l'ouverture de négociations en Algérie, le 27 octobre 1960, à Caen. (© Archives Ouest-France)
1962, la fin de la guerre d'Algérie

les “appelés” de la guerre d’Algérie

À l’époque, les jeunes Français étaient appelés, dans l’année de leur vingtième anniversaire, afin d’effectuer le service militaire obligatoire, à l’exception des “réformés” qui en étaient dispensés, et des “sursitaires” – notamment les étudiants – qui bénéficiaient d’un report1. La durée du service était fixée à 18 mois par la loi du 30 novembre 1950 ; l’objection de conscience n’était pas reconnue, et les insoumis – appelés qui ne s’étaient pas présentés lors de leur appel – pouvaient être recherchés et jugés pour désertion.

Pendant la guerre d’Algérie, de 1954 à 1962, après la durée légale de 18 mois, certaines “classes” furent rappelées, d’autres furent maintenues sous les drapeaux jusqu’à 30, puis 28 mois.

Les effectifs militaires en AFN (Afrique française du Nord : Algérie, Maroc et Tunisie) :
-en 1954, environ 50 000 hommes dont 38% d’appelés pour 18 mois de service,
– en 1955, les effectifs passent à 100 000 hommes,
– en 1956, le rappel sous les drapeaux porte les effectifs militaires à 200 000 hommes,
– en 1957, le maintien sous les drapeaux jusqu’à 30 mois permet d’atteindre un effectif de 400 000 hommes, dont 57% d’appelés.

Entre 1952 et 1962, 1 343 000 appelés ou rappelés et 407 000 militaires d’active ont participé “au maintien de l’ordre en Afrique du Nord”, opérations qui ne seront reconnues comme “Guerre d’Algérie” que le 5 octobre 1999. Au cours de la même période, 12 000 hommes ont été déclarés réfractaires, dont 10 831 insoumis, 886 déserteurs et 420 objecteurs de conscience2.

Ci-dessous : une cinquantaine d’années après, deux anciens appelés témoignent.

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le colloque de Nîmes sur l’histoire de la fédération de France du FLN est maintenu

Le collectif de 9 associations, organisateur du Colloque historique
franco-algérien, s’est réuni le 1er mars, et a décidé de maintenir le colloque des 10 et 11 mars à Nîmes consacré à l’histoire de la fédération de France du FLN.

Le colloque à l’origine de la polémique est organisé par Bernard Deschamps, ancien député communiste et président fondateur et d’honneur de « France El Djazaïr », association d’amitié franco-algérienne, avec un collectif d’associations. « Ce n’est donc pas en qualité d’ancien député communiste que je l’organise, déclare Bernard Deschamps, mais au titre du travail que je poursuis depuis des années sur l’histoire du FLN dans le Gard qui a fait l’objet d’une édition par Le temps des Cerises et que je viens de
rééditer avec des compléments importants.
»

Pour télécharger le programme du colloque.

[Mis en ligne le 6 mars 2012 à 23h35, mis à jour le 7 à 22h30]

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Le détournement du mémorial du quai Branly

Marc Laffineur, secrétaire d’État auprès du ministre de la Défense et des Anciens combattants, a présidé, le 28 février 2012, la cérémonie d’installation d’une liste supplémentaire de 1 585 noms de victimes civiles disparues pendant la guerre d’Algérie sur le Mémorial national du quai Branly à Paris. Deux associations, l’Arac et la Fnaca, représentant plus de la moitié des appelés en Algérie, se sont insurgées contre ce nouveau détournement du sens du Mémorial.

Au cours de son allocution 3, Marc Laffineur a déploré que « la concurrence des mémoires continue, hélas, de raviver les souffrances, les rancœurs et parfois les haines. Nous ne pouvons pas tolérer que la mémoire divise. La mémoire est le socle de notre Nation, elle doit au contraire rassembler, unifier autour de valeurs et d’aspirations communes.»

Mais comment comprendre l’engagement pris par Christian Frémont, directeur de cabinet du président de la République, devant un groupe de représentants de nostalgiques de l’Algérie coloniale, que l’État ne sera pas représenté, le 19 mars 2012, lors des cérémonies commémoratives de l’entrée en vigueur des Accords d’Évian – une circulaire devant d’ailleurs être adressée en ce sens aux membres du corps préfectoral ? N’est-ce pas là une façon de diviser le pays en privilégiant une demande émanant de mouvements extrémistes, alors que, si l’on en croit les sondages, la très grande majorité de nos compatriotes estiment que le 19 mars 2012 devrait être commémoré en présence du président de la République ?

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Boudjemaa Laliam, président de l'Association des Algériens du Languedoc Roussillon et de l’Aveyron (D.R.)
1962, la fin de la guerre d'Algérie

les historiens doivent pouvoir travailler sans subir de pressions des politiques

Un colloque historique à caractère universitaire consacré à l’histoire de la Fédération de France du Front de libération nationale (FLN) pendant la guerre d’Algérie doit avoir lieu à Nîmes dans les locaux du conseil général du Gard les 10 et 11 mars – en voici la présentation. Une petite dizaine d’historiens et deux anciens militants du FLN en France partageront leurs réflexions, si toutefois le colloque n’est pas interdit par les pouvoirs publics.

En effet, il s’est trouvé une association activiste de pieds-noirs proche de l’extrême droite, l’Union Syndicale de Défense des Intérêts des Français Repliés d’Algérie (Usdifra), pour qualifier cette réunion de “colloque de la désinformation”, et annoncer son intention de mobiliser ses troupes pour manifester à Nîmes le 10 mars, de façon à en obtenir l’interdiction.

Un scénario semblable s’est déroulé début février à Nice où Christian Estrosi, maire de Nice, avait manifesté « sa totale désapprobation » de l’organisation par la LDH d’un colloque consacré à la question “pourquoi la fin de cette guerre a-t-elle été si tragique ?” Il avait demandé à la LDH de surseoir à sa tenue. Le colloque de Nice s’étant déroulé dans un local privé, le maire n’a pu l’interdire, et la réunion s’est passée de façon quasi-normale 4.

Le refus de l’Etat d’apporter son soutien au colloque de Nîmes est symptomatique de l’opération séduction de l’UMP en direction de la frange la plus droitière de l’électorat pied-noir, influente sur le pourtour méditerranéen.
« C’est totalement stupide, le colloque de Nîmes est organisé par des associations ayant un état d’esprit serein visant à ne pas rejouer éternellement la guerre » déplore l’historienne Sylvie Thénault qui doit intervenir au colloque. Pour Gilbert Meynier, autre intervenant, l’attitude de l’Etat « procède de la tentative de se concilier un lobby électoral, celui des thuriféraires de l’Algérie française, que Nicolas Sarkozy essaie de ramener à lui ».

Le colloque pourra-t-il se tenir ? La préfecture du Gard indique qu’elle se prononcera « dans les jours précédant le colloque sur une éventuelle interdiction si les forces de police estimaient ne pas être en mesure d’assurer la sécurité publique ». S’il devait être interdit, ce serait un cas sans précédent de censure de la recherche historique.

Nous reprenons ci-dessous la lettre adressée par Marc Laffineur au coordonnateur du collectif d’associations locales et de syndicats qui organise le colloque de Nîmes, puis celle de Christian Estrosi à la LDH, suivies par un entretien récent où Gilles Manceron aborde ces questions. Et nous terminons par une lettre de soutien au colloque que l’historien Gilbert Meynier a adressée au préfet du Gard.

[Mis en ligne le 29 février 2012, mis à jour le 5 mars]

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Les six inspecteurs assassinés par l'OAS, le 15 mars 1962.
1962, la fin de la guerre d'Algérie

ultras de l’Algérie française et ministres contre les colloques sur la guerre d’Algérie

Le Matin d’Algérie a publié, le 2 mars 2012 sur son site internet, un article qui s’inquiète de la montée en puissance des ultras de l’Algérie française, à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie.

Nous reprenons ci-dessous le communiqué de l’Association les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons, association qui entretient la mémoire des six enseignants froidement abattus par l’OAS, il y a cinquante ans, quelques jours avant la signature des Accords d’Evian.

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Jean-Jacques Jordi : “Le vote pied-noir n’existe pas”

Pour l’historien Jean-Jacques Jordi, spécialiste des pieds-noirs, les rapatriés d’Algérie n’ont voté « comme un seul homme » que pour faire battre le général De Gaulle. Ils sont aujourd’hui répartis sur tout l’échiquier politique et leur poids électoral est limité. L’historien l’affirme : « Le vote pied-noir n’existe pas », mais les politiques le savent-ils ? On peut en douter si l’on en juge par les consultations qui se déroulent en haut de l’État.

Ces propos sont extraits d’entretiens avec Jean-Jacques Jordi5
rapportés par Pascal Charrier dans un dossier publié dans l’édition électronique du 2 mars 2012 du quotidien La Croix.

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Le conseil constitutionnel censure une loi pénalisant la négation des génocides

Le Conseil constitutionnel avait été saisi le 31 janvier 2012 de deux recours déposés contre un texte voté par les assemblées “visant à réprimer la contestation de l’existence des génocides reconnus par la loi” – tel le génocide des Arméniens. Il a estimé que le législateur avait « porté une atteinte inconstitutionnelle à l’exercice de la liberté d’expression et de communication »6. A croire que Nicolas Sarkozy, ignore le dicton « Errare humanum est, perseverare diabolicum7 », il a demandé au gouvernement de préparer un nouveau texte de loi. Mais, étant donné les échéances électorales, il est peu probable qu’une nouvelle loi puisse être votée rapidement par le Parlement.

[Mis en ligne le 31 janvier 2012, mis à jour le 29 février]

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Victimes des essais nucléaires : vers un réexamen des dossiers refusés

Le Comité créé en 2010, pour indemniser les victimes des essais nucléaires français du Sahara ou de Polynésie, n’a validé que quatre cas de malades sur 684 dossiers déposés. Mais le ministre de la Défense, Gérard Longuet, a annoncé qu’une «médaille commémorative» serait créée pour répondre «au besoin de reconnaissance légitime» des vétérans ayant œuvré à la construction de «l’outil de dissuasion»… 8

Les associations Aven et Moruroa e Tatou expriment leur colère. Peut-on espérer un début de transparence sur ce problème après le rejet par la Conseil d’État d’un recours du ministre de la Défense qui cherche à éviter la communication de rapports établis à la suite des tirs nucléaires ayant eu lieu entre 1960 et 1996 ?

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Alain Lopez tient à renforcer les liens d'amitié avec le Maghreb. (Photo reprod.)
1962, la fin de la guerre d'Algérie

de la liberté de commémorer la fin de la guerre d’Algérie…

Faute de pouvoir interdire le colloque “Algérie 1962: pourquoi une fin de guerre si tragique?”, le maire de Nice, Christian Estrosi avait demandé à la Ligue des droits de l’Homme de «surseoir» à son projet. La LDH a refusé de céder à cette pression et le colloque s’est tenu les 10 et 11 février derniers, sans incident majeur, mis à part les cris d’oiseaux proférés par une vingtaine de perturbateurs nostalgériques, au début de la matinée.

D’autres réunions et colloques prévus pour les jours prochains, à l’occasion du cinquantenaire des Accords d’Evian, sont l’objet de menaces. À Samatan (Gers), la soirée couscous qui devait conclure la journée du 25 février a été annulée par le maire, suite à la pression d’un groupe d’activistes pour lesquels la seule vision acceptable de la guerre d’Algérie est celle de l’“Algérie française” – mais la projection-débat du film El gusto est maintenue.

Il importe que les autres colloques, notamment ceux qui sont prévus à Nîmes9 et à Évian, puissent se tenir dans le calme et la sérénité.
Dans une démocratie, il incombe aux pouvoirs publics de veiller au respect de la liberté d’expression.

[Mis en ligne le 22 février 2012, mis à jour le 23]

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Colloque LDH de Nice en février 2012 : lettre ouverte d’André Nouschi à Christian Estrosi

André Nouschi, «Juif, Pied noir » et professeur d’histoire, a été scandalisé par le communiqué de Christian Estrosi manifestant son opposition au colloque organisé par la Ligue des droits de l’Homme les 10 et 11 février derniers. Il a adressé le texte ci-dessous au Patriote Côte d’Azur qui l’a publié dans le courrier des lecteurs de son édition du 17 février 2012.

Après ce texte qu’André Nouschi nous autorise à reprendre comme une lettre ouverte au maire de Nice, vous pourrez prendre connaissance du compte-rendu du colloque de la LDH publié dans le même numéro de cet hebdomadaire, puis de la lettre de soutien qu’André Nouschi avait adressée fin janvier au collectif Non à un hommage officiel à Bigeard.

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Un détail du mémorial de Nice
Nice

Nice célèbre le cinquantième anniversaire de l’exode des Français d’Algérie

Comment faut-il comprendre Christian Estrosi quand il déclare à propos de la célébration du cinquantenaire de “l’exode d’un million de personnes” : « Tout n’a pas été dit sur cette période. Il reste bien des choses à dire. Et ce qui doit être dit doit être dit à Nice10 » ?

Cette question se pose pour différentes raisons. En effet, le député-maire de Nice s’était ému il y a quelques jours de la tenue dans sa ville d’un colloque organisé par la LDH les 10 et 11 février 2012, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie, et il avait fait aussitôt connaître sa «totale désapprobation quant à cette démarche, qui ne s’inscrit en aucune manière dans le cadre ou l’esprit, de la commémoration du Cinquantenaire à Nice».

En octobre 2011 déjà, Christian Estrosi avait interpellé le consul d’Algérie à Nice pour lui exprimer son étonnement face à l’organisation d’une conférence sur les événements du 17 octobre 1961 « qu’un certain nombre de ses administrés considèrent comme une provocation susceptible de générer des tensions».

En revanche, pour le cinquantenaire du putsch d’Alger en avril dernier, il avait permis aux nostalgiques de l’OAS de fleurir le mémorial dédié “aux martyrs de l’Algérie française” du jardin d’Alsace-Lorraine – monument qui rend notamment hommage à Roger Degueldre, responsable des “commandos Delta” qui assassinèrent six dirigeants des centres sociaux-éducatifs à Alger, le 15 mars 1962.

Un détail du mémorial de Nice
Un détail du mémorial de Nice

La municipalité niçoise a prévu de célébrer le cinquantenaire de l’“exode”. Le programme officiel précise que la commémoration doit se dérouler «sous le sceau de l’exigence mémorielle et du recueillement». Un élément important sera sans doute l’érection sur la Promenade des Anglais d’un monument à la mémoire des Pieds-Noirs – « un monument qui regardera de l’autre côté de la mer » et qui sera inauguré le 30 juin prochain.

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Le scandale des essais nucléaires français du Sahara

Alors que l’Organisation nationale des moudjahidine vient de sortir de son long silence évoquant, dimanche dernier, 30 000 victimes des essais nucléaires français dans [le Sahara algérien] (1960-1968), les habitants des régions irradiées à In Ekker continuent, cinquante après, de souffrir des retombées de ces catastrophes humaines et écologiques. Un drame que ni l’Algérie ni la France ne semblent vouloir affronter. Reportage.

Un dossier publié dans El Watan, le 17 février 201211.

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