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Édition du 1er au 15 avril 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

Départ d'un bateau du port d'Alger, 1962 (Marc Riboud)
1962, la fin de la guerre d'Algérie

Yann Scioldo-Zürcher : il y a 50 ans, l’exode des pieds-noirs

Départ d'un bateau du port d'Alger, 1962 (Marc Riboud)
Départ d’un bateau du port d’Alger, 1962 (Marc Riboud)

1962 est un moment important dans l’histoire de la décolonisation : au cours des mois qui ont suivi le cessez-le-feu, la plus grande partie des Européens d’Algérie ont quitté le pays. Ce fut un moment de déchirement sans pareil pour des familles qui y vivaient parfois depuis plusieurs générations – voir cependant le livre de Pierre Daum.

La création en août 1961 du secrétariat d’État aux rapatriés confirme que le pouvoir politique s’attendait à un départ important d’Européens après l’indépendance de l’Algérie. Mais il n’avait sans doute pas prévu que plus de 800 000 d’entre eux débarqueraient à Marseille, Sète, Toulon ou Nice, entre avril et septembre 1962 …

Peu à peu cependant, les situations se sont régularisées. L’historien
Yann Scioldo-Zürcher, qui a consacré sa thèse à la politique d’intégration des Français d’Algérie rapatriés, écrit que « face au traumatisme de ce qu’ils vécurent comme un exil, les rapatriés d’Algérie bénéficièrent de nombreuses mesures facilitant leur intégration en France métropolitaine.» Il le montre dans une conférence qu’il a prononcée en janvier 2012 et dans un article de 2010.

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vendredi 22 juin, à la BNF : remise du prix Maurice Audin et colloque

Il y a cinquante-cinq ans, Maurice Audin disparaissait… Arrêté et torturé en juin 1957 à Alger par des parachutistes français, Maurice Audin n’a jamais été revu vivant, et sa famille ne connaît toujours pas le sort qui lui a été réservé. Pour ne pas oublier, l’Association Maurice Audin a créé un Prix de Mathématiques qui récompense chaque année deux lauréats : un mathématicien algérien et un mathématicien français.

La cérémonie de remise de ces prix, pour les sessions 2011 et 2012, aura lieu vendredi 22 juin 2012, à 14 heures, dans un des auditoriums de la Bibliothèque nationale de France, site François Mitterrand. Elle sera suivie d’un colloque : “Cinquante ans après la fin de la guerre d’Algérie”.

A cette occasion, nous publions ci-dessous la lettre signée par François Hollande, alors candidat à la présidence de la République, adressée le 26 mars 2012 à Gérard Tronel, président de l’Association Maurice Audin.

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François Hollande et le passé colonial de la France en Algérie

Le quotidien algérien El Watan du 19 mars 2012 et Le Monde daté du lendemain ont publié une tribune dans laquelle François Hollande, alors candidat à l’élection présidentielle, exposait son point de vue sur le passé colonial de la France en Algérie. Il appelait à un regard lucide et responsable sur ces pages d’histoire et incitait les deux pays à mener ensemble un travail de mémoire.

Il serait temps, cinquante ans après la fin de ce conflit cruel, que le vent mauvais de la censure cesse de souffler sur le midi méditerranéen.

La guerre d’Algérie n’a pas été vécue de la même manière par tous, et ce n’est pas manquer de respect envers quiconque que d’organiser des colloques consacrés à cette période de l’Histoire de France : il est donc injustifiable d’en demander l’annulation. Les réunions prévues à Nice, puis à Nîmes, ont pu avoir lieu, mais des manifestations culturelles ont été supprimées – notamment à Aix-en-Provence et à Venelles1.

Espérons également que le rétablissement des cérémonies officielles du 19 mars2 pourra se faire dans le respect de chacun3.

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Musées et créations contemporaines

“Algérie 1830-1962” aux Invalides : une exposition à ne pas manquer

Du 16 mai au 29 juillet 2012, le musée de l’Armée propose au grand public une exposition qui revient sur les 132 ans de présence militaire française en Algérie, de la conquête à l’indépendance, sans se limiter à la période de la guerre d’Algérie.

Les nombreux objets et documents présentés sont accompagnés par des dessins de Jacques Ferrandez, auteur et dessinateur des Carnets d’Orient, bande dessinée en 10 tomes qui constitue une fresque de l’Algérie coloniale.

“Algérie 1830‐1962. Avec Jacques Ferrandez”, exposition du 16 mai au 29 juillet au musée de l’Armée, Hôtel des Invalides, Paris 7e. Tous les jours de 10 heures à 18 heures, à l’exception du 4 juin.4

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Ces ex-terroristes décorés et indemnisés par l’Etat

Un article bienvenu du Canard nous rafraîchit la mémoire à propos des honneurs récemment rendus à un certain nombre de ceux qui ont pris les armes contre la République.

Et il nous rappelle opportunément qu’en dehors de l’article 4 qui demandait aux programmes scolaires de reconnaître «le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord», la loi du 23 février 2005 comporte un autre article qui n’a pas été abrogé. En effet son article 13 prévoit l’indemnisation de civils de l’OAS qui ont fui à l’étranger et qui sont rentrés en France après les lois d’amnistie… l’un des membres de la commission d’indemnisation étant un ancien activiste de l’OAS !

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Aix-en-Provence

Maryse Joissains “défend les valeurs de Marine Le Pen”

Maryse Joissains-Masini, qui siège à l’Assemblée nationale depuis 2002 sur les bancs de l’UMP, est candidate à sa succession dans la 14e circonscription des Bouches-du-Rhône.

La municipalité d’Aix-en-Provence qu’elle dirige depuis 2009 vient de se faire remarquer en annulant successivement une série d’événements culturels consacrés à l’Algérie, puis une importante exposition sur Albert Camus.

Au-delà de ces actes de censure condamnés par la section d’Aix de la LDH, Maryse Joissains s’est signalée par des déclarations fracassantes dès le lendemain de l’élection présidentielle de 2012 : «Même si François Hollande est proclamé président de la République, je ne pense pas qu’il soit légitime […]. Par voie de conséquence, je ne me sens pas liée par ce président de la République, que je considère illégitime5». Quelques jours plus tard, elle devait confirmer son orientation politique : « Les valeurs qu’a Marine Le Pen, je les ai toujours défendues6».

Ces déclarations confirment une dérive vers l’extrême droite. Comment pourrait-on justifier aujourd’hui le vote pour une candidate qui récuse les autorités légitimes, et qui est soutenue par l’ancienne majorité tout en défendant les options du FN ?

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Stèle inaugurée à Alger le 19 mai 2012.
La reconnaissance des crimes coloniaux 1830-1962

Benjamin Stora : substituer la reconnaissance de faits “concrets” à la dénonciation abstraite du système colonial

A l’occasion du colloque organisé le 21 mai 2012 par l’Association étudiante Sciences Po Monde Arabe7, l’historien Benjamin Stora a évoqué le “différend mémoriel” entre l’Algérie et la France.

Pour lui, il ne s’agit pas de faire un discours général de condamnation du colonialisme – tel celui que Nicolas Sarkozy a prononcé le 5 décembre 2007 à l’université de Constantine. Mais il faut adopter une démarche “concrète” analogue à celle de François Hollande, le 17 octobre dernier sur le pont de Clichy, là où des Algériens avaient été jetés dans la Seine en octobre 19618.

Il faut reconnaître officiellement et de façon précise ce qui s’est réellement passé. Et Benjamin Stora évoque l’affaire Audin, du nom de ce mathématicien enlevé en 1957, pendant la “bataille d’Alger”, et dont le corps n’a jamais été retrouvé ; une stèle vient d’être inaugurée en sa mémoire en plein centre d’Alger, mais les autorités françaises n’ont toujours pas reconnu les circonstances de sa disparition.

[Mis en ligne le 22 mai 2012, mis à jour le 30]

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Pour la maire d’Aix-en-Provence, l’Algérie est toujours française

Quelques jours après l’annulation de l’exposition Camus, on apprend qu’une autre série d’événements culturels sur l’Algérie a été refusée par la mairie d’Aix-en-Provence.

La manifestation intitulée 50 ans après l’indépendance, l’Algérie ? devait se dérouler en divers lieux culturels aixois. Le prétexte invoqué par la maire, Maryse Joissains, était le risque de porter atteinte à l’ordre public dans la mesure où elle jugeait la manifestation « très pro-algérienne ».
Pour la mairie, « il était absolument hors de question de parler de l’Algérie, c’était même irresponsable d’évoquer ce sujet, d’autant que la commune compte une très importante communauté de rapatriés qu’il ne faut pas heurter »9.

Parmi les spectacles annulés : Il était une fois Germaine Tillion de Xavier Marchand…

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Des croix gammées oranges ont été peintes à la bombe sur les portes de la salle de prière, du jardin et dans la cour du bâtiment (photo Louise Audibert)
Racisme de couleur et islamophobie

profanation d’une salle de prières musulmane à Draguignan

Après la profanation de tombes musulmanes à Carros et l’agression à Amiens de deux personnes âgées qui se rendaient à une mosquée, ce troisième acte anti-musulman commis en moins d’un mois confirme les inquiétudes exprimées dans son dernier rapport par la Commission nationale consultative des droits de l’homme devant la montée du racisme anti-musulman.

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François Hollande, Jules Ferry et la colonisation

Plus d’un siècle après les débats de juillet 1885 entre Jules Ferry et Georges Clemenceau à l’Assemblée nationale, une polémique sur la colonisation semblait sur le point de renaître.

En effet, dès le mardi 15 mai 2012 en début d’après-midi, au moment de prendre ses fonctions de président de la République, François Hollande, a tenu à rendre hommage à Jules Ferry. Mais c’est le «bâtisseur» de l’école de la République qu’il a salué – et non le promoteur d’une politique coloniale qu’il a condamnée : « En saluant aujourd’hui la mémoire de Jules Ferry, je n’ignore rien de certains de ses égarements politiques a-t-il déclaré. Sa défense de la colonisation fut une faute morale et politique. Elle doit, à ce titre, être condamnée […].

C’est donc empreint de cette nécessaire lucidité que je suis venu saluer le législateur qui conçut l’école publique, le bâtisseur de cette grande maison commune qu’est l’école de la République. […] »

Nous reprenons ci-dessous les tribunes de l’historien Gilles Manceron et de l’écrivain Salah Guemriche concernant Jules Ferry et la colonisation.

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Aix-en-Provence

Maryse Joissains : “Les valeurs qu’a Marine Le Pen, je les ai toujours défendues”

Mais la maire d’Aix-en-Provence ajoute qu’elle est « imperméable à toute négociation» précisant immédiatement « au moins jusqu’au second tour10».
Sa collègue, Valérie Boyer, députée UMP de Marseille et également membre de la “Droite populaire”, justifie le réalisme qui prévaut dans les Bouches-du-Rhône : « La présidentielle est la défaite d’un homme, mais il y a un projet politique à défendre. Il n’y a aucune raison de se boucher le nez.11 »

Le texte ci-dessous que l’historien Alain Ruscio a publié en 2011, permet d’ailleurs d’apprécier la proximité entre les convictions de Maryse Joissains et le programme du Front National.

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Annulation de l’exposition Albert Camus à Aix-en-Provence

2013, année de la capitale européenne de la culture et année du centenaire de la naissance d’Albert Camus… Hélas, Mediapart nous révèle que l’exposition Albert Camus, l’étranger qui nous ressemble qui aurait pu être un événement marquant de Marseille Provence 2013 (MP2013) vient d’être annulée.

La fille de l’écrivain qui gère son oeuvre d’une part, MP2013 et la mairie d’Aix-en-Provence – qui devait accueillir l’événement à la Cité du livre – d’autre part, nient toute considération politique, évoquant des difficultés autour du fonds d’archives. Mais du côté de l’opposition de la maire UMP, comme François-Xavier de Peretti (Modem), on note que « ce n’était pas le Camus qui plaît aux nostalgiques de l’OAS (Organisation armée secrète) et à la frange dure de l’électorat pieds-noirs qui vote Maryse Joissains ». D’autant plus que l’organisation en était confiée à l’historien Benjamin Stora, spécialiste reconnu de l’histoire de l’Algérie contemporaine, mais fréquemment critiqué par les nostalgiques de l’“Algérie française”, noyau dur de l’électorat de la maire d’Aix-en-Provence.

Quoi qu’il en soit, comme l’explique Louise Fessard dans l’article ci-dessous, on ne peut que regretter cette annulation qui prive Marseille Provence 2013 d’un « projet conçu comme un signal fort vers l’autre bord de la Méditerranée» et vers la jeunesse d’origine algérienne de Marseille.

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