Claude Liauzu : la guerre d’Algérie n’est pas finie …
Côté algérien comme côté français, chacun s’acharne à dicter sa vérité aux historiens.
1
Côté algérien comme côté français, chacun s’acharne à dicter sa vérité aux historiens.
1
Alors qu’il y a eu depuis le vote de la loi française du 23 février glorifiant « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord », peu de réactions en Algérie, le président Abdelaziz Bouteflika s’est exprimé le 2 juillet sur le sujet. Il a déclaré que cette loi est « loin d’être innocente ». Selon un article paru dans « Libération » le 1er juillet, il a même parlé de « cécité mentale », de « révisionnisme » et de « négationnisme ». De leur côté, plusieurs partis politiques algériens, rapporte le site du « Nouvel Observateur », le 2 juillet 2005, ont condamné cette loi, à l’instar du FLN, qui a estimé qu’elle « consacre une vision rétrograde de l’histoire ».
Bariza Khiari, sénatrice de Paris, et Jean-Pierre Michel, sénateur de la Haute-Saône, ont publié dans Libération le 27 juin 2005 un article où ils estiment que l’article 4 de la loi du 23 février, qui exalte « le rôle positif » de la France outre-mer, constitue une provocation et doit être abrogé. Pour eux, aucun pouvoir politique n’a le droit d’imposer le sens à donner à des événements historiques ; au contraire, l’Etat a le devoir de permettre à la communauté des historiens d’agir avec l’objectivité qui la caractérise, garante d’une véritable démocratie.
Une question écrite a été posée par Mme Monique Cerisier ben Guiga, sénatrice socialiste représentant les Français de l’étranger, vice-présidente de la commission des Affaires étrangères, pour contester le vote de la loi du 23 février 2005. De son côté, M. Guy Fischer, vice-président du Sénat et sénateur communiste du Rhône, a exprimé son accord avec les historiens et les citoyens qui ont protesté contre elle. l’Humanité du 20 juin 2005 a annoncé que Monique Cerisier Ben Guiga et Guy Fischer vont déposer une proposition de loi visant au retrait des articles 4 et 13 de cette loi.
page régulièrement mise à jour : des infos, nos actions, nos projets.
Les députés algériens s’apprêtent à réagir à la loi d 23 févier 2005 votée par le parlement français dans laquelle ils voient une apologie de la colonisation. Une réponse est envisagée par les parlementaires algériens à leurs homologues français au sujet de cette loi portant « reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés », pieds-noirs et harkis. Nous reproduisons la dépêche de l’agence Associated Press à ce sujet, un entretien publié dans le quotidien algérien Liberté avec Abdelaziz Belkhadem, ministre d’État algérien et secrétaire général du FLN, ainsi qu’un article du quotidien El Watan.
La loi du 23 février 2005 était au cœur du débat qui a eu lieu au Sénat, samedi 11 juin 2005. Nous reproduisons ci-dessous un article de Nadjia Bouzeghrane publié dans le quotidien algérien « El Watan » le 16 juin 2005 qui en fait le compte-rendu. Les lois peuvent-elles imposer une vision de l’histoire ? Peuvent-elles rétablir la justice ? Est-ce leur rôle ou plutôt celui de la mémoire ? Le législateur peut-il qualifier des faits historiques ? Comment l’historien peut-il travailler face aux enjeux de mémoire ? Autant de questions abordées lors de ce débat.
Le Syndicat national des enseignants du Second degré (SNES) s’est joint à l’action engagée par un certain nombre d’universitaires pour faire abroger l’article 4 de la loi du 23 février 2005, « portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés ». Comme l’indique l’article paru dans sa revue l' »US Mag » du 25 mars 20052. Le SNES est décidé à poursuivre son action en demandant aux professeurs d’histoire-géographie d’écrire aux parlementaires dans ce sens.
Sur le thème « Non au mépris de l’Histoire et des victimes », une conférence-débat est organisée par la LDH le 15 juin 2005 à la faculté des Lettres d’Aix-en-Provence. Elle réagit à la loi du 23 février 2005 qui stipule que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord », oubliant les souffrances des peuples colonisés par la France, notamment des Algériens. Les seules victimes évoquées dans la loi sont des Français et la République continue à garder un silence prudent sur les crimes commis à l’occasion de ce conflit. Alors que de nombreuses personnes issues des anciennes colonies subissent des discriminations inacceptables, cette loi cherche à imposer une vérité officielle aux enseignants et aux chercheurs.
Le livre Un mensonge français. Retours sur la guerre d’Algérie de Georges-Marc Benamou est paru en 2003 chez l’éditeur Robert Laffont. Dans leur article publié dans le numéro de la revue « Confluences Méditerranée » de l’hiver 2003-2004, les historiens Mohammed Harbi et Gilbert Meynier montrent ses erreurs de fait et son simplisme affligeant. Ses multiples accusations à l’emporte-pièce contre le général de Gaulle, son procès intenté à une supposée « religion anticolonialiste » d’escence totalitaire, sont des exemples de ses élucubrations. Ce livre pèse lourd de son poids de nostalgies coloniales et nationalistes françaises.

La reconnaissance du rôle positif de la présence française outre-mer : un article, présenté sous forme d’amendement en séance et voté dans l’indifférence générale, avec l’aval du gouvernement français ; une disposition considérée par nombre d’enseignants comme une atteinte à « la neutralité scolaire« .
article publié dans Alternatives internationales, juin 2005