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Édition du 1er au 15 février 2026

La reconnaissance du passé colonial

“Hors-la-loi” : le retour des guerres de mémoires

Devant la polémique qui s’est développée en France après l’annonce de la prochaine présentation au Festival de Cannes du film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb, une douzaine de personnalités, historiens et créateurs, rappellent que « Le pire est à craindre quand le pouvoir politique veut écrire l’histoire que nos concitoyens iront voir demain sur nos écrans ». De son côté, l’Observatoire de la liberté de création de la Ligue des droits de l’Homme dénonce les pressions contre ce film.

[Mise en ligne le 5 mai 2010, mise à jour le 10]

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Dans le stade municipal de Philippeville – Skikda –, le 21 ou 22 août 1955 (© El Watan).
“Hors-la-loi” de Rachid Bouchareb (2010)

Benjamin Stora : il faut mettre fin au refus en France d’assumer la guerre d’Algérie

Benjamin Stora a dénoncé la campagne menée contre le film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb dans un entretien à l’AFP où il estime que « le refus d’assumer la guerre d’Algérie est très mal vécu par une part importante de la société française, aujourd’hui : il faut donc l’affronter1 ». Pour l’historien, « il y a toujours eu une très grande difficulté à faire figurer l’Autre, l’ancien indigène du temps colonial, dans le cinéma français ». Il rappelle que l’Algérie formait trois départements et « était considérée comme la France ». « De ce fait, la séparation « n’a quasiment pas été représentée à l’écran comme la résultante de la volonté d’indépendance des Algériens. Elle a plutôt été vue comme le produit d’une trahison ou d’un abandon par les Français2 ». Du côté algérien, le gouvernement n’ayant pas répondu à l’initiative du FLN, le projet de loi sur la criminalisation de la colonisation semble abandonné.

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Fresque murale à Dakar (©Erica Kowal – Flickr DSCN1029)
Le massacre de Thiaroye décembre 1944

la révolte de Thiaroye, par Armelle Mabon

«Quelques mois avant les massacres du Constantinois – Sétif, Guelma, Kherrata… – la répression sanglante de la mutinerie de Thiaroye (Sénégal), en décembre 1944, avait été conçue comme un “coup de bistouri” douloureux mais nécessaire, censé ôter pour longtemps aux colonisés leurs idées d’émancipation. Les mutins n’avaient réclamé que leurs arriérés de solde.» (Philippe Bernard)3

A l’heure où le gouvernement français s’apprête à célébrer le Cinquantenaire des indépendances africaines, Armelle Mabon, auteur du livre Prisonniers de guerre “indigènes”4 , revient sur cet épisode trop mal connu du passé colonial de la France en Afrique.

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La polémique autour de “Hors-la-loi” tente de prolonger «le temps de la dénégation»

La France a décidément bien du mal avec certains épisodes de son histoire. Après les heures sombres du régime de Vichy, c’est le passé colonial français en Algérie qui se trouve aujourd’hui au centre d’une polémique à l’occasion de la prochaine présentation au Festival de Cannes du film Hors la loi de Rachid Bouchareb. Deux ans après que Bernard Bajolet, ambassadeur de France en Algérie, ait déclaré lors de son passage à l’Université du 8 mai 1945 de Guelma, le 27 avril 2008 : « aussi durs que soient les faits […] la France n’entend pas, n’entend plus, les occulter. Le temps de la dénégation est terminé »5, quelques élus de la droite extrême du midi méditerranéen lancent une polémique quelque peu artificielle. Derrière le dénigrement du film, qui « s’appuie sur de mauvaises raisons », comme le montre ci-dessous l’historien Gilles Manceron dans un entretien au quotidien El Watan, il faut voir une nouvelle tentative pour refuser de regarder en face les réalités de l’Histoire.

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Les œuvres sur la guerre d’Algérie devront-elles être soumises à une « précensure »?

« On pensait la censure coloniale supprimée, mais non », déplorait El Watan le 24 avril 20106. Le quotidien algérien commentait ainsi l’accusation de « falsification de l’histoire » formulée par Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes, à propos de l’évocation des massacres de Sétif dans le film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb. Lionnel Luca, craignant que le film ne soit sélectionné sous les « couleurs françaises » à Cannes, avait saisi courant 2009 le secrétaire d’Etat à la Défense et aux anciens combattants, Hubert Falco, lequel a demandé au Service historique de la Défense (SHD) un « avis historique » sur le projet de M. Bouchareb7. Ces péripéties dignes d’une époque que l’on pensait révolue posent question. En particulier : le versement d’une aide technique du CNC pour les œuvres touchant à la guerre d’Algérie sera-t-il désormais conditionné par le respect d’une vérité « officielle » ? D’autre part, le fait que Lionnel Luca ait évoqué la future Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie8 n’est pas fait pour rassurer tous ceux que les finalités de ce nouvel organisme inquiètent.

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la reconnaissance des crimes du passé : Sétif, 8 mai 1945

Après avoir reconnu que « le système colonial ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d’asservissement et d’exploitation », Nicolas Sarkozy, en visite officielle présidentielle en Algérie, a déclaré le 5 décembre 2007, à l’université Mentouri de Constantine : « les fautes et les crimes du passé furent impardonnables » (réf.).

Mais il avait fallu attendre soixante ans pour que la France reconnaisse les massacres de mai 1945 dans l’Est algérien : le 26 février 2005, l’Ambassadeur de France en Algérie les avait qualifiés de « tragédie inexcusable » (réf.).

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Sur le programme de la soirée du 13 avril 2010 aux Invalides (© Ministère de la Défense [1])
Les « tirailleurs sénégalais »

des troupes africaines ouvriront le défilé du 14-Juillet à Paris

Le Secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens Combattants, Hubert Falco, a annoncé que les troupes des anciennes colonies africaines de la France ouvriront le défilé du 14 juillet 2010 sur les Champs-Elysées, en hommage aux Anciens combattants africains et malgaches.

Cette déclaration a été faite lors de la soirée de lancement du cycle «Force Noire – Tirailleurs 2010», organisée dans le Salon d’Honneur du musée de l’Armée, Hôtel national des Invalides, mardi 13 avril 2010, dans le cadre des célébrations du cinquantième anniversaire des indépendances africaines9.

Notre question : le gouvernement français profitera-t-il de ce cinquantenaire pour décider la dé-cristallisation des pensions des anciens combattants coloniaux ?…

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Les « tirailleurs sénégalais »

prisonniers de guerre «indigènes», par Armelle Mabon

Après la débâcle de juin 1940, les combattants de l’armée française sont faits prisonniers. Tandis que les métropolitains partent pour l’Allemagne, les prisonniers coloniaux prennent le chemin des frontstalags répartis dans la France occupée : en avril 1941, près de 70 000 hommes sont internés dans 22 frontstalags. En janvier 1943, ils se sentiront trahis lorsque le gouvernement de Vichy acceptera de remplacer les sentinelles allemandes par des cadres français. À la Libération, leurs retours en terre natale donneront lieu à de nombreux incidents dont celui de Thiaroye, près de Dakar, qui fera plusieurs dizaines de victimes en décembre 194410.

Après avoir découvert le destin de ces hommes dans les rapports professionnels d’une assistante sociale du service social colonial de Bordeaux, Armelle Mabon s’est consacrée à ces “oubliés de la République”, travaillant dans des archives publiques et privées et recueillant de nombreux témoignages inédits. Cet ouvrage donne la mesure de l’injustice, du déni d’égalité et du mépris, dont l’Etat a fait preuve à l’égard de ces ressortissants de son “empire”… Un sujet qui est toujours d’actualité.

La table des matières du livre est reprise à la suite de l’avant-propos.

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Livres, films, spectacles pour la reconnaissance

“Un siècle d’immigration des Suds en France”, par l’Achac

Le coffret « Un siècle d’immigration des suds en France » paraît en 2010, aux éditions La Découverte. Il rassemble une série de huit livres maintenant réunis en seul coffret. L’Achac a publié ces ouvrages au cours de dix ans d’un travail visant à décrypter le regard d’un pays sur ses nouveaux habitants, entre images et imaginaire colonial. Des milliers de photos ont été rassemblées et une exposition en plein air autour de l’Hôtel de Ville de Paris a été réalisée sur le thème, « Paris, 150 ans d’immigration ». Nous publions l’article de Stéphanie Binet publié par Libération le 26 février 2010 à propos de ce livre.

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Harkis

 62 enfants de harkis racontent

Le livre Des vies – 62 enfants de harkis racontent, écrit sous la direction de Fatima Besnaci-Lancou, vient de paraitre. Il est préfacé par Boris Cyrulnik, et a reçu la participation de Jean-Jacques Jordi, Gilles Manceron, Abderahmen Moumen et Yann Scioldo-Zurcher11.

Fatima Besnaci-Lancou est présidente de l’association Harkis et droits de l’Homme. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages dont Fille de harkis (Éditions de l’Atelier, 2003) et Les harkis dans la décolonisation et ses suites (en collaboration avec Gilles Manceron aux Éditions de l’Atelier, 2008).

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Gilles Manceron, historien : « la plupart des Français veulent tourner la page coloniale »

A l’occasion du cinquième anniversaire de la loi n° 2005-158 du 23 février 2005 «portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés», Gilles Manceron, historien et vice-président de la Ligue des droits de l’Homme, revient sur ce qu’il appelle « le contentieux historique » entre la France et l’Algérie.
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Dans un long entretien publié dans le quotidien algérien El Watan, il déclare que «c’est bien à l’ancienne puissance coloniale de déclarer que sa conquête et sa domination étaient contradictoires avec les principes des droits de l’homme auxquels elle se référait par ailleurs. […] Ce qu’il faudrait, de la part de la France, ce sont des gestes forts de reconnaissance. Cela seulement pourrait apaiser l’affrontement des mémoires et permettre de tourner la page».

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Livres, films, spectacles pour la reconnaissance

Réflexion sur les récits de l’Algérie coloniale dont les colonisés sont absents, par Eric Savarese

Un collectif d’universitaires s’est réuni à Narbonne le 19 avril 2007 à l’initiative d’Eric Savarese13 pour réfléchir à la contribution qu’ils pourraient apporter au dépassement de la guerre des mémoires algériennes en France. Les contributions individuelles ainsi que le rapport de synthèse ont fait l’objet d’une publication : Eric Savarese (dir.), L’Algérie dépassionnée. Au delà du tumulte des mémoires, Paris, Syllepse, 200814. Nous reprenons ci-dessous de larges extraits du troisième chapitre de cet ouvrage, dû à Eric Savarese et intitulé « Des récits à l’histoire. Penser la relation coloniale », qui permet de réfléchir aux récits de l’Algérie coloniale dont les colonisés sont absents.

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