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Édition du 1er au 15 février 2026

La reconnaissance du passé colonial

les séquelles psychiques de la guerre d’Algérie (pour les anciens appelés)

Près de deux millions de jeunes ont été appelés entre 1956 et 1962 pour participer à la guerre coloniale en Algérie. On peut estimer que plusieurs centaines de milliers en sont revenus psychiquement malades. Dans le texte que nous reprenons ci-dessous, Gilbert Argelès rappelle que la France n’a jamais vraiment affronté le problème et que, malgré leur âge maintenant avancé, beaucoup des anciens combattants de cette guerre qui ne disait pas son nom continuent à souffrir de ses suites.

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Harkis

“les Harkis, histoire, mémoire et transmission”, par Fatima Besnaci-Lancou, Benoît Falaize et Gilles Manceron

La guerre d’Algérie devient un objet d’histoire abordé à l’école primaire, au collège et au lycée. Mais la question de la place des harkis, ces supplétifs enrôlés aux côtés de l’armée française, est souvent laissée dans l’ombre en raison des passions qu’elle suscite et des clichés qui perdurent. Grâce aux repères rigoureux proposés au fil des pages, cet ouvrage aidera notamment les enseignants à aborder cette question dans leurs cours.

La première partie examine l’état des connaissances historiques sur le sujet en répondant à quatre questions décisives : À quel objectif répondait le recrutement des harkis ? Comment explique-t-on cet engagement ? Dans quelle mesure peut-on dire que l’État français les a abandonnés ? Que sait-on de l’ampleur des massacres à l’indépendance de l’Algérie ?

Les seconde et troisième parties du livre traitent respectivement de la gestion de la mémoire (lieux, littérature, cinéma…) et de la façon dont l’Éducation nationale aborde la question des harkis dans les programmes, les manuels et les pratiques scolaires en France et en Algérie.

Nous reprenons ci-dessous la préface de cet ouvrage par l’historien Philippe Joutard, suivie d’un extrait de l’introduction et de la table des matières.

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Audin la disparition

«L’affaire Maurice Audin», qui remonte à plus de cinquante ans, est aujourd’hui presque inconnue – elle appartient à une période de notre histoire couverte par l’amnistie et l’amnésie.

Maurice Audin, mathématicien et militant contre la guerre d’Algérie, arrêté par des militaires français alors qu’il n’avait que 25 ans, a disparu à Alger en 1957. Après plus de cinquante ans d’enquête, la justice française a refermé ce dossier sans condamner les coupables ni reconnaître les faits : la torture et l’assassinat. Alger en revanche a commémoré cette année encore la disparition de Maurice Audin.

Une enquête inédite, intitulée Audin la disparition, comportant des témoignages de sa veuve Josette Audin, de l’historien Pierre Vidal-Naquet, de l’ancien ministre Robert Badinter et du journaliste Henri Alleg, a été diffusée en juillet 2010 sur la chaîne Public Sénat. Le documentaire est maintenant disponible en DVD.

[Première mise en ligne le 26 juillet 2010, mise à jour le 5 août]

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Le monument aux martyrs de l'Algérie française et son éclairage nocturne (Toulon, le 22 juillet 2010)
La Fondation Falco pour la mémoire de la guerre d’Algérie (2010)

quel crédit accorder à la fondation d’Hubert Falco ?

Hubert Falco, secrétaire d’État aux Anciens combattants, a prévu pour septembre prochain la mise en place aux Invalides de la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie. Une fondation qui a vocation à devenir « l’outil indépendant dont nous avons besoin, ici, comme de part et d’autre de la Méditerranée, pour parcourir ensemble ce chemin de mémoire, celui de toutes les mémoires, qui n’occulte aucune mémoire ! »1

Les fortes oppositions rencontrées par cette fondation parmi les historiens et du côté algérien sont connues. L’actualité amène à formuler de nouvelles questions.

Quel crédit accorder à une fondation créée par un État qui a été incapable à ce jour de reconnaître son « implication première et essentielle […] dans les traumatismes engendrés par la colonisation en Algérie» 2, de dire la vérité sur la disparition de Maurice Audin en 1957, ou de reconnaître sa responsabilité dans le traitement infligé aux harkis ?

Quel crédit accorder à une fondation dont la mise en place est confiée à un homme politique qui n’hésite pas à faire régulièrement fleurir un monument d’hommage aux «Martyrs de l’Algérie française» ?

[mise en ligne le 26 juillet 2010, revue le 27]

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Photo aérienne du frontstalag de Lanniron prise pendant la guerre.
Les « tirailleurs sénégalais »

stèle de Lanniron : un devoir de vérité

Lors de la seconde guerre mondiale, les prisonniers de guerre coloniaux ont été détenus en France, car Hitler n’en voulait pas sur le territoire allemand (à partir de 1943, ils seront gardés par des Français… ). L’un de ces camps se trouvait à Quimper, où une stèle a été inaugurée le 18 mai 2010 pour rendre hommage aux milliers de prisonniers qui sont passés par l’ancien “Frontstalag 135” de Lanniron.

L’historienne Armelle Mabon, auteure du livre Prisonniers de guerre “indigènes” – Visages oubliés de la France occupée qu’elle a consacré à cet épisode peu connu de la seconde guerre mondiale3, s’est réjouie de cet hommage rendu à des milliers d’anonymes.

Mais elle se bat maintenant pour obtenir que soit corrigé le texte de la stèle qui évalue à 7 746 le nombre de «soldats issus des colonies françaises d’Afrique et d’Asie» qui ont été détenus dans ce camp. Une évaluation qui, d’après l’historienne, n’a aucune valeur et qui est certainement inférieure à la réalité. C’est pourquoi elle est intervenue auprès du maire de Quimper et du préfet du Finistère, et elle a pris contact avec le cabinet d’Hubert Falco, secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, en demandant que l’inscription figurant sur la stèle soit modifiée.

On ne peut imaginer que sa demande ne soit pas entendue, car

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur des hommes. »

Albert Camus

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« Massacre de Sétif et récit national », par Séverine Labat

A l’occasion de la sortie du film Hors la loi, Séverine Labat voit « l’amorce d’un débat, dans l’espace public, sur le bilan et les conséquences de cent trente ans d’occupation coloniale ». «Ce n’est qu’au prix d’un tel débat, écrit-elle, que les Français d’origine algérienne pourront à leur tour s’approprier notre histoire nationale – y compris sur son versant colonial – […] et, par là, pourront être à même d’avoir le sentiment de n’être plus objets mais sujets de leur histoire. » Cette tribune de Séverine Labat4 a été publiée dans Le Monde du 27 juin 2010.

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Indemnisation des victimes des essais nucléaires français : des dispositions contestées

Après la publication du décret 2010-653 du 11 juin 2010 5, les premières indemnisations pourraient être versées d’ici la fin de l’année à des victimes des essais nucléaires français.

Mais de nombreuses dispositions de ce décret sont contestées par les associations AVEN (Association des vétérans des essais nucléaires) et Moruroa e Tatou, qui s’insurgent notamment contre le fait que « les zones retenues pour les essais au Sahara contournent les lieux d’habitation des populations sahariennes.»

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Benjamin Stora à Alger à propos de « La gangrène et l’oubli » et de « Le Mystère De Gaulle »

Benjamin Stora était à Alger les 5 et 6 juin 2010 à l’occasion de la publication en Algérie, par l’éditeur Sédia, de ses livres La gangrène et l’oubli et Le Mystère De Gaulle, son choix pour l’Algérie. L’historien a fait une vente-dédicace de ces deux ouvrages à la Librairie du Tiers-Monde et donné une conférence-débat autour de son dernier livre au Centre culturel français (CCF). Une opportunité pour Algérie News de réaliser un entretien avec lui à propos de son actualité éditoriale algérienne et de ses travaux de recherche sur le fait colonial en Algérie.

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ne confondez pas mémoire et histoire, monsieur le secrétaire d’Etat !

La création à venir d’une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, contestée par de très nombreux historiens, continue à être un sujet de polémique.

L’intérêt de recueillir les témoignages d’anciens combattants de la guerre d’Algérie est indiscutable. Mais il est illusoire d’en attendre la mise à jour de « la réalité des faits» et c’est faire preuve d’une grande naïveté que de penser que « la vérité historique » ainsi dévoilée permettra de «réconcilier les mémoires». A titre d’exemple, on ne perçoit pas en quoi le témoignage de Roger Benmebarek sur les événements de mai 1945 à Sétif, rédigé dans le respect des « principes préconisés par son rapport remis au premier ministre, le 13 janvier 2006, pour préfigurer [cette] fondation»6, peut contribuer à cette réconciliation.
C’est pourtant ce que Hubert Falco avait affirmé lors du congrès de l’UNC, le 14 mai 2010, à Montpellier7.

Le secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants avait déclaré, le 2 février dernier à l’Assemblée nationale, que la fondation « n’est pas chargée d’écrire l’histoire de la guerre d’Algérie », mais de « transmettre à nos jeunes l’histoire de cette période»8. Comme il l’a répété à Montpellier, la fondation sera chargée « de défendre la vérité simple, la vérité toute nue», sans craindre «la vérité de l’histoire» : «Nous savons ce que fut la présence française en Algérie. Nous savons ce que le système colonial comptait en injustices de tous ordres. Mais nous savons aussi ce que les Français d’Algérie ont apporté à ce beau et grand pays».

Comment pourrait-il en être autrement de la part d’une fondation créée par une loi «portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en
faveur des Français rapatriés»9 ? Une fondation dont le député Lionnel Luca, auteur de l’incroyable proposition de loi visant à la reconnaissance du génocide vendéen de 1793-179410, attend avec impatience la mise en place, «afin de mieux approcher la vérité et la réconciliation entre les peuples».

Le débat qui entoure ce projet de fondation révèle une confusion des esprits. Afin d’apporter des éléments de réflexion sur le sujet, nous reprenons ci-dessous quelques textes d’historiens qui traitent des rapports entre mémoire et histoire.

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Cannes, le 21 mai 2010.
“Hors-la-loi” de Rachid Bouchareb (2010)

De la campagne de dénigrement du film « Hors-la-loi » à la « Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie »

La campagne contre le film Hors-la-loi a été orchestrée par quelques députés UMP, élus de départements où la présence de nombreux rapatriés d’Afrique du Nord et de leurs descendants laisse croire à l’existence d’un “vote pied-noir”. Cela augure mal de l’indépendance de la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, prévue à l’article 3 de la loi du 23 février 2005, qui sera soumise aux pressions de ces ultras. D’autant que la confusion entre mémoire(s) et histoire ne fait qu’entretenir l’inquiétude provoquée par l’ambiguïté du projet d’Hubert Falco. Ci-dessous, une tentative de faire le point sur ces questions en s’appuyant sur une documentation rassemblée depuis plusieurs années — les liens pointent tous vers des pages de ce site.

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La polémique injustifiable autour du film “Hors-la-loi” : une instrumentalisation politique de l’histoire

Vendredi 21 mai 2010, Rachid Bouchareb a présenté à Cannes son film, Hors-la-loi, qui raconte le parcours de trois frères dont la famille a survécu aux massacres de mai 1945 à Sétif. Le matin même, entre 1000 et 1500 personnes se sont réunies devant le monument aux morts de Cannes. D’après nicematin.com, ces manifestants, âgés en moyenne de 70 ans, s’étaient mobilisés en réaction au film, pour un hommage aux « victimes françaises » de la guerre d’Algérie et des évènements de Sétif. Ils répondaient à l’appel du député UMP des Alpes-Maritimes Lionnel Luca qui, sans avoir vu le film, avait accusé Rachid Bouchareb de « falsifier » l’histoire et de « raviver les blessures » de manière « irresponsable ». Un rassemblement auquel participaient d’autres députés UMP – Bernard Brochand, maire de Cannes, Michèle Tabarot, Jean-Claude Guibal, Jean Leonetti (Alpes-Maritimes), Elie Aboud (Hérault, président du Groupe d’études parlementaire sur les rapatriés), Richard Mallié (Bouches-du-Rhône) –, Colette Giudicelli, sénatrice UMP des Alpes-Maritimes11, ainsi que des anciens combattants, des associations de harkis et des membres du Front national. Les manifestants arboraient des pancartes où l’on pouvait notamment lire « Non à ce film anti-français » et ils ont entonné la Marseillaise et le Chant des Africains. Ci-dessous, le dossier publié dans Le Monde sur ce nouvel épisode de la “guerre des mémoires”.

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Hubert Falco veut voir des uniformes pour se sentir bien (© Jacques Robert)
“Hors-la-loi” de Rachid Bouchareb (2010)

Hubert Falco dénonce un film qu’il n’a pas vu

Hubert Falco a été nommé, le 23 juin 2009, secrétaire d’Etat à la Défense et aux anciens combattants (SEDAC), où il a succédé à Jean-Marie Bockel. Dans ces nouvelles fonctions, il a hérité d’un dossier : le film Hors-la-loi de Rachid Bouchared. En effet, le SEDAC avait saisi le Service historique de la défense (SHD) dès le 18 juin 2009, en lui demandant un « avis historique sur un projet de film réalisé par Rachid Bouchared »12.

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