4 000 articles et documents

Édition du 15 mars au 1er avril 2026

La reconnaissance du passé colonial

Dans le camp de Bourg-Lastic (Puy-de-Dôme) en juin 1962. (photo : La Montagne)
Harkis

l’arrivée des harkis en France : camps, hameaux de forestage et cités de transit

Le terme « harkis », au sens strict, désigne les membres d’une harka, l’une des formes d’unités supplétives de l’armée française en Algérie. Mais, progressivement, le terme s’est étendu à l’ensemble des « Français musulmans d’Algérie» engagés dans ou au côté de l’armée française. Au total, fin 1960, on comptait 60 000 « Français de souche nord-africaine » – selon la dénomination de l’époque – dans les forces régulières et supplétives, dont 20 000 harkis.

Les harkis et leurs familles qui ont fui l’Algérie pour la France en 1962 vont y être successivement catégorisés comme « Français musulmans rapatriés» à partir de juin 1962, puis comme « Français rapatriés de confession islamique », enfin comme « Rapatrié d’origine nord-africaine» dans les années 1980. Ce prisme de l’origine, omniprésent et durable, et qui n’est pas sans rappeler un des ressorts de la discrimination coloniale, marginalise doublement les harkis – ni rapatriés comme les autres, ni Français comme les autres.

En matière de logement, une note relative à « l’attribution des logements HLM aux anciens harkis », en date du 31 janvier 1964, émanant du ministre des Rapatriés, à l’attention des préfets, rend clairement compte de cette logique. Elle rappelle certes que «les anciens harkis sont considérés comme rapatriés et bénéficiaires, à ce titre, de la loi du 26 décembre 1961 ». Mais elle donne aux préfets la directive de ne « reloger les anciens harkis qu’après avoir relogé tous les rapatriés demandeurs de logement et particulièrement mal-logés. » Dans les faits, les harkis et leurs familles sont majoritairement logés en camps de transit puis en « cités d’accueil », lesquels perdurent jusqu’au milieu des années 19701.

Des informations sur ces camps et hameaux de forestage qui, les années passant, deviennent des lieux de mémoire, sont regroupés sur le site Harkis et droit de l’Homme : http://www.harki.net/article.php?rubrique=15

Lire la suite »

une fondation sous forte influence

Quinze jours après son installation officielle aux Invalides, la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, du Maroc et de la Tunisie continue à alimenter la polémique. La constitution de son Conseil d’administration est très fortement contestée – ne serait-ce que pour les prises de position passées de certains de ses membres influents. Le général de la Presle et l’historien Tramor Quemeneur, chacun à sa façon, confirment par leurs déclarations les inquiétudes que l’on peut avoir quant à la la finalité de cette nouvelle institution.

Conséquence de cette contestation : Hubert Falco, secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants, qui déclarait vouloir faire de la fondation un lieu de transmission de la mémoire, n’était pas parvenu à en constituer le conseil scientifique.

[Mis à jour le 23 novembre 2010] – L’ancien député Arthur Paecht, 80 ans, sera chargé du dossier des anciens combattants auprès du ministre de la Défense. Alain Juppé a souhaité appeler à ses côtés une « personnalité » afin de pallier la suppression du poste de secrétaire d’Etat aux anciens combattants dans le nouveau gouvernement.2

Afin de bien comprendre ce qui suit, vous pourrez consulter deux pages de ce site :

  • la liste des membres du Conseil d’administration de la fondation,
  • quelques informations concernant le Livre blanc de l’armée française en Algérie et le Manifeste des généraux ayant servi en Algérie.
Lire la suite »
D'après un dessin de Plantu, publié dans Le Monde du 2 mars 2003.
Réconciliation et réparations

rencontre à Alger entre anciens de la guerre d’Algérie

Le président de la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie (Fnaca) a rencontré pour la première fois à Alger son homologue algérien, le colonel Si Hassan, pour « croiser les mémoires » et rechercher la trace des centaines de disparus de la guerre d’Algérie. « Près d’un demi-siècle après la fin de la guerre d’Algérie, c’est la première rencontre officielle, d’association à association, entre des représentants des combattants français et algériens », a expliqué à l’AFP Wladyslas Marek, président national de la Fnaca, en la qualifiant d’« historique ». Deux représentants des anciens combattants français se sont rendus à Alger durant trois jours, du 26 au 28 octobre, à l’invitation du Colonel Si Hassan, président de la Fondation du mémorial de la Wilaya IV3.

On notera que l’association des 4acg avait effectué une démarche analogue en février dernier.

Rappelons d’autre part la lettre ouverte adressée au président de la République, par la Fnaca, lors de son 29e congrès national réuni à Dijon du 8 au 10 octobre 2010. Elle plaidait pour l’officialisation du 19 mars comme journée de commémoration de la fin de la guerre d’Algérie, en considérant que c’est la seule date qui serait acceptable par les deux pays pour marquer la fin de leur antagonisme4.

Lire la suite »
Claude Bébéar et Hubert Falco, ont inauguré la fondation dans le pavillon d'honneur des Invalides.
La Fondation Falco pour la mémoire de la guerre d’Algérie (2010)

une fondation partisane et orientée

Le secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants a officiellement installé la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, des combats de Tunisie et du Maroc, mardi 19 octobre 2010, à l’Hôtel des Invalides – panthéon des gloires militaires françaises5.

Une fondation créée par la loi du 23 février 2005, dont l’article 4, retiré depuis, reconnaissait le « rôle positif » de la colonisation, et qui vise surtout à flatter les nostalgiques de l’Algérie française à des fins électoralistes.

Mais comment cette fondation pourrait-elle contribuer à « réconcilier toutes les mémoires », alors que son conseil d’administration comporte un quarteron de généraux signataires en 2002 d’un manifeste affirmant contre toute vraisemblance que « ce qui a caractérisé l’action de l’armée française en Algérie, ce fut d’abord sa lutte contre toutes les formes de torture » ?

[Mis en ligne le 19 octobre 2010, mis à jour le 21]

Lire la suite »
venus_noire.jpg
Livres, films, spectacles pour la reconnaissance

Saartjie Baartman, la « Vénus noire »

Vénus noire, le film d’Abdellatif Kechiche inspiré de l’histoire de la « Vénus hottentote », Saartje Baartman, sort le 27 octobre 2010. Cette femme sud-africaine a été exhibée dans les salons européens au début du XIXe siècle, puis ce sont ses restes qui ont longtemps été exposés dans des musées français. Il aura fallu près de deux siècles pour que, le 9 août 2002, elle soit inhumée en Afrique du sud, près du village de Hankey (Eastern Cape) dont elle était originaire, en présence du président Mbeki et de nombreux dignitaires. Nous publions un article qui relate son histoire.

Lire la suite »
raphaelle_branche.jpg
La Fondation Falco pour la mémoire de la guerre d’Algérie (2010)

des livres blancs des généraux à la fondation d’Hubert Falco

Au début des années 2000, plusieurs centaines de généraux ayant servi en Algérie signèrent un manifeste pour « affirmer que ce qui a caractérisé l’action de l’armée en Algérie ce fut d’abord la lutte contre toutes les formes de torture ». Il fut repris comme préface du Livre blanc de l’armée française en Algérie publié aux éditions Contretemps en 2002, avec, entre autres, des articles de Maurice Faivre et Jean Monneret, et, dans une partie intitulée « La désinformation à l’œuvre », un long texte mettant violemment en doute le caractère scientifique de la thèse soutenue en décembre 2000 à l’Institut d’études politiques de Paris par Raphaëlle Branche, « L’armée et la torture dans la guerre d’Algérie. Les soldats, leurs chefs et les violences illégales », qui avait obtenu la mention très bien et les félicitations du jury composé de Jean-François Sirinelli, Jean-Pierre Rioux, Stéphane Audouin-Rouzeau, Jean-Charles Jauffret et Pierre Vidal-Naquet[*].

Ce livre blanc faisait suite à un ouvrage poursuivant les mêmes buts et qualifié dans sa préface de « livre blanc », Mémoire et vérité des combattants d’Afrique française du Nord, publié par le Cercle pour la défense des combattants d’Afrique française du Nord, dont le général Maurice Faivre avait été « l’architecte ».

L’historienne Raphaëlle Branche s’est penchée sur la parution de ce manifeste et de ces deux livres, auxquels la mise en place de la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie fait aujourd’hui écho.

[*] Raphaëlle Branche est l’auteure du livre issu de sa thèse, La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie (Gallimard, 2001).

Lire la suite »

affaire Henri Martin : regards sur «Drame à Toulon» 60 ans après

En préfiguration à leur installation à La Seyne-sur-Mer, Orphéon et la Bibliothèque de théâtre Armand Gatti vous invitent à la Fête du livre de théâtre#11 qui aura lieu cette année à la Salle Apollinaire, samedi 16 et dimanche 17 octobre 2010 : le programme.

_____________________

Dimanche 17 octobre 2010 à 14h30, salle Apollinaire :

Théâtre et Histoire dans le Var,autour de

Drame à Toulon-Henri Martin, pièce de Claude Martin et Henri Delmas (1951)6

et du film D’autres sont seuls au monde de Raymond Vogel (1953)

[Mis en ligne le 1er octobre 2010, mis à jour le 16]

Lire la suite »
Des conquêtes louis-quatorziennes à l'expansion républicaine, les soldats de France apportent « progrès, civilisation, commerce » aux peuples coloniaux asiatiques, africains, maghrébins ou indiens.
La Fondation Falco pour la mémoire de la guerre d’Algérie (2010)

l’activisme mémoriel d’Hubert Falco

Le secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens Combattants, Hubert Falco, a annoncé qu’il installera aux Invalides, mardi 19 octobre 2010, la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie et des combats de Tunisie et du Maroc7.

Cette fondation, loin d’être «au service de l’histoire » comme ne cesse de le marteler le secrétaire d’État, vise à «choyer les milieux nostalgiques de l’Algérie française» en tentant de «redresser l’image de la “présence” française “outre-mer”».

C’est ce que l’historienne Sylvie Thénault expose dans cette tribune publiée dans l’édition de Libération datée du 15 octobre 20108.

Lire la suite »
Manifestation contre le film Hors la loi, Festival de Cannes, mai 2010. (DAVID SILPA/UPI/MAXPPP)
Le 17 octobre 1961

dimanche 17 octobre 2010 : rassemblement là où tant de victimes furent jetées à la Seine

49 ans après le massacre d’Algériens le 17 octobre 1961 à Paris, alors que la France n’a toujours pas reconnu sa responsabilité dans les guerres coloniales qu’elle a menées, le président de la République continue à manifester une volonté de réhabilitation de l’entreprise coloniale. Les discours – rappelez-vous celui de Toulon en 2007 –, les projets muséaux et mémoriaux, et bientôt une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie … pour entretenir le négationnisme colonial 9.

Dimanche 17 octobre à 17h, Place St Michel à Paris.

Lire la suite »

fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie : militaires et nostalgiques de l’Algérie française aux commandes ?

La Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie et des combats de Tunisie et du Maroc devrait voir le jour le 19 octobre. Cette institution est prévue par l’article 3 de la loi controversée du 23 février 2005 évoquant « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ».

Recevant une centaine de représentants de harkis à son QG de campagne, le samedi 31 mars 2007, Nicolas Sarkozy avait déclaré que s’il était élu il souhaitait « la création rapide» de cette fondation en précisant qu’elle serait «dirigée par les rapatriés pour les rapatriés10».

Une fois élu, Nicolas Sarkozy a relancé le projet le 5 décembre 2007, devant les associations d’anciens combattants d’Afrique du Nord et de rapatriés harkis, qu’il a reçus au Palais de l’Élysée, au retour de son voyage en Algérie11. Il avait alors assigné « la réconciliation des mémoires » comme objectif à la fondation. Mais les informations la concernant jettent un doute sur cet objectif, tant elles confirment le rôle primordial réservé aux « nostalgiques de l’Algérie française », militaires ou pieds-noirs.

[Mise en ligne le 4 octobre 2010, dernière mise à jour le 8]

Lire la suite »
François Mitterrand, ministre de l'Intérieur, en tournée dans les Aurès en novembre 1954 (L'Humanité/Keystone).
Controverses

Benjamin Stora : les guerres des mémoires françaises et algériennes

Deux événements récents, la création de la “Fondation de la mémoire de la guerre d’Algérie” et l’abandon – provisoire ? – du projet de loi algérien de “criminalisation du colonialisme français”, ainsi que la sortie de deux films, Hors-la-loi de Rachid Bouchareb, et Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, montrent, par les réactions qu’ils ont suscitées, que la mémoire de la guerre d’Algérie est devenue un enjeu politique important.

Nous reprenons ci-dessous, un entretien donné par Benjamin Stora12 au magazine L’Histoire, où l’historien évoque la réactivation des mémoires auquel on assiste depuis quelques années des deux côtés de la Méditerranée. Il fait le point sur les enjeux des “conflits mémoriaux” qui se développent non seulement entre la France et l’Algérie, mais également à l’intérieur de chacun de ces deux pays. Cet entretien est complété par une note sur les manuels scolaires algériens, et par une évocation des problèmes des archives.

Dans son prochain livre, François Mitterrand et la guerre d’Algérie, écrit avec François Malye et annoncé pour octobre, Benjamin Stora abordera un thème insuffisamment traité jusqu’à présent : le rôle dans cette guerre coloniale de celui qui a été successivement ministre de l’Intérieur puis de la Justice entre les années 1954 et 1957.

Lire la suite »
Une scène du film “Des hommes et des dieux”.
Livres, films, spectacles pour la reconnaissance

L’absence de débat politique autour de la sortie en 2010 du film “Des hommes et des dieux”

La sortie du film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb a suscité de nombreux débats en France. En particulier, les historiens ont été interrogés sur le cadre historique du film. Benjamin Stora, spécialiste de l’Algérie contemporaine13, a noté de multiples erreurs du film, mais il a souligné que «Hors-la-loi a le mérite de faire entendre un point de vue nouveau, différent, celui de l’ancien colonisé ou de l’immigré; qu’il tente d’établir une généalogie de la violence coloniale en évoquant la dépossession des terres et la misère paysanne et qu’il installe dans son ancienneté l’immigration ouvrière algérienne en France.14».

Benjamin Stora s’interroge en revanche, ci-dessous, devant l’absence de discussion autour de la sortie du film Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois sur les moines sacrifiés en Algérie. L’explication tient sans doute en partie, comme Henry Quinson l’expose, au fait que le film n’aborde à aucun moment la raison profonde de la présence de chacun des moines de Tibhirine sur cette terre d’Algérie.

Lire la suite »