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Édition du 1er au 15 février 2026

La reconnaissance du passé colonial

© Roger-Viollet
Le 17 octobre 1961

“tu vas voir la France”, par Maïssa Bey

Mardi 17 octobre 1961, des milliers d’Algériens et d’Algériennes
défilèrent dans Paris pour protester contre le couvre-feu qui leur était imposé par le préfet de police Maurice Papon. Cette manifestation organisée par le FNL était pacifique. Les hommes et les femmes s’étaient endimanchés, certains vinrent avec leurs enfants. Ils ne portaient aucune arme et avaient consigne de ne répondre à aucune violence. Mais sur les ponts, au sortir des métros… les forces de l’ordre les attendaient. La répression fut féroce: des milliers de blessés, des centaines de morts – de nombreux cadavres furent retrouvés dans la Seine. Mais, officiellement, il n’y eut que deux morts. Aujourd’hui encore, l’Etat nie les faits historiquement établis et, sous couvert de raison d’Etat, empêche de faire toute la lumière sur cette répression féroce.

Jusqu’au 17 octobre 2011, jour du cinquantenaire de ce mardi macabre, Mediapart publie, en association avec Au Nom de la Mémoire, collectif animé par Mehdi Lallaoui et Samia Messaoudi, les textes de 17 écrivains, hommes et femmes, français et algériens, rappelant le souvenir de cet épisode sombre et honteux de notre histoire – ces textes seront publiés en librairie. Ci-dessous le texte de Maïssa Bey1.

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le 17 octobre 1961 et les archives, par Jean-Luc Einaudi

La recherche de la vérité concernant des événements du passé soulève de nombreux problèmes au niveau des archives : collecte, tri, classement, conservation, etc. Viennent ensuite les problèmes de l’accès aux archives : leur communicabilité et en particulier les délais d’accès. On se heurte souvent à la difficulté, voire à l’impossibilité radicale, d’accéder à des sources essentielles à la connaissance de certains épisodes de l’histoire de France.

C’est le cas des massacres du 17 octobre 1961 dont plusieurs archives importantes sont devenues inaccessibles car elles ont tout simplement été détruites. Ont notamment disparu les archives de la brigade fluviale, service qui repêchait des cadavres que l’on trouvait à cette époque-là dans la Seine et ses affluents2. Pour aller plus loin, on pourra lire, sur ce site, l’article “Secret des archives et raison d’État” de René Gallissot.

Le début de la préface de Jean-Luc Einaudi à la dernière édition de son livre Octobre 1961, un massacre à Paris 3, que nous reprenons ci-dessous, donne une idée des répercussions que ces événements tragiques ont pu avoir à l’intérieur du monde des archives.

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“Fatima pour mémoire”, par Didier Daeninckx

Le 17 octobre 1961– c’était un mardi – des milliers d’Algériens et d’Algériennes
défilèrent dans Paris pour protester contre le couvre-feu qui leur était imposé par le préfet Maurice Papon. Si, depuis plus de cinq ans, la guerre faisait rage en Algérie, cette manifestation organisée par le FNL était pacifiste. Les hommes et les femmes s’étaient endimanchés, certains vinrent avec leurs enfants. Ils ne portaient aucune arme, avaient consigne de ne répondre à aucune violence. Mais sur les ponts, au sortir des métros… les forces de l’ordre les attendaient. La répression fut féroce: des milliers de blessés, des dizaines de morts – jusqu’à 300, affirme l’historien Jean-Luc Einaudi. Durant des jours, des cadavres furent retrouvés dans la Seine. Officiellement, il n’y a eu que deux morts. Aujourd’hui encore, l’Etat nie les faits historiquement établis et, sous couvert de raison d’Etat, empêche de faire toute la lumière sur cette répression féroce.

Jusqu’au 17 octobre 2011, jour du cinquantenaire de ce mardi macabre,
Mediapart publie, en association avec Au Nom de la Mémoire, collectif animé
par Mehdi Lallaoui et Samia Messaoudi, les textes de 17 écrivains, hommes et
femmes, français et algériens, rappelant le souvenir de cet épisode sombre et
honteux de notre histoire – ces textes seront publiés en librairie. Ci-dessous le texte de Didier Daeninckx, auteur en 1983 de Meurtres pour mémoire (Gallimard), un roman noir dont l’action se situe le 17 octobre 1961.

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Le 17 octobre 1961

Benjamin Stora : dans les eaux glacées de la mémoire du 17 octobre 1961

Le 17 octobre 1961, à l’appel du FLN une manifestation pacifique est organisée pour protester contre le couvre-feu discriminatoire instauré par le Préfet de police Maurice Papon. Les forces de l’ordre dispersent cette manifestation avec une grande violence : selon les historiens, on compte aux alentours de 100 à 200 morts et disparus et 2300 blessés.

Les massacres qui se sont déroulés à Paris servent de toile de fond à Octobre noir, une BD dont Didier Daeninckx est le scénariste et Mako le dessinateur, et qui rend hommage à Fatima Bédar, tuée pendant la manifestation, mais aussi à tous les anonymes qui ont participé à cette tragédie. Benjamin Stora en a écrit la préface reprise ci-dessous.

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La petite Delphine Renard
Charonne 8 février 1962

 8 février 1962 : massacre à la station Charonne

Le 8 février 1962, au moment de la dispersion d’une manifestation pacifique de protestation contre une série d’attentats de l’OAS à Paris, une violente charge de policiers provoque la panique. Bilan : huit morts (plus un qui décédera des suites de ses blessures), des dizaines de blessés, dont certains très grièvement…

Aucun responsable du massacre de Charonne n’a été jugé, aucune sanction n’a été prononcée… Pas de coupable ! Il est vrai que la tolérance dont bénéficient les violences policières fait partie du patrimoine culturel de notre pays.

Par ailleurs on peut se demander avec Pierre Vidal-Naquet comment les victimes des policiers au métro Charonne «avaient effacé dans la mémoire du pays […] le crime majeur du 17 octobre4», avant que les massacres d’Algériens en octobre 1961 ne ré-émergent dans la mémoire collective française.

[Cette page, mise au point le 23 septembre 2011, n’a été mise en ligne que le 30]

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Harkis

les Harkis attendent une reconnaissance et non des médailles

Le 25 septembre 2001, le président Jacques Chirac a institué le 25 septembre de chaque année comme journée nationale d’hommage aux harkis. À la veille du dixième anniversaire de cette décision, il semble malheureusement que le président Nicolas Sarkozy n’ait toujours pas l’intention d’honorer sa promesse du 31 mars 2007 de «reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre de harkis ».

Après la Ligue des droits de l’Homme, l’association Harkis et droits de l’Homme demande solennellement au président de la République de respecter son engagement.

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Maurice Papon, préfet de police en octobre 1961, arrive au tribunal de Paris en 1999 (Reuters)
Le 17 octobre 1961

“ici on noie les Algériens, 17 octobre 1961”, film de Yasmina Adi

Un film documentaire de 1h30, réalisé par Yasmina Adi, sur les massacres du 17 octobre 1961 à Paris, sortira en salle le 19 octobre prochain : Ici on noie les Algériens, 17 octobre 1961.

A l’occasion du cinquantenaire de la violente répression sur ordre du préfet de police Maurice Papon de la manifestation d’Algériens,
Yasmina Adi, dont on se rappelle le documentaire l’autre 8 mai 1945 – aux origines de la guerre d’Algerie (2008) a voulu réaliser ce nouveau film Ici on noie les Algériens – 17 octobre 1961 pour que la vérité remplace les non-dits et pour faire émerger la dimension politique et humaine de cet épisode trop longtemps tu.

Le film sera projeté à Toulon, au cinéma Le Royal dès le 20 octobre. La projection du jeudi 20 octobre à 20 heures sera suivie d’un débat organisé par la section de Toulon de la Ligue des droits de l’Homme ; une affichette présentant cette séance est téléchargeable (pdf) – merci de la diffuser.

[Mis en ligne le 17 septembre 2011, mis à jour le 22]

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les massacres du 17 octobre 1961 vus à travers les journaux télévisés de 1996 à 1999

Il y a cinquante ans, le 17 octobre 1961, la manifestation pacifique des Algériens, qui défilaient dans Paris à l’appel du FLN pour protester contre le couvre-feu qui leur était imposé, fut réprimée avec une très grande brutalité par la police. On ne saura jamais le nombre exact des Algériens qui ont succombé sous les coups de la police de Papon, mais on sait qu’ils ont été des dizaines sinon des centaines, que des dizaines d’entre d’eux furent jetés dans la Seine, et que plus de 11 000 furent interpellés.

Le nombre des victimes et la brutalité de la répression ont longtemps été occultés par Maurice Papon. Le 20 mai 1998, Jean-Luc Einaudi écrivit dans Le Monde: « En octobre 1961, il y eut à Paris un massacre perpétré par des forces de police agissant sous les ordres de Maurice Papon ». Papon lui intenta un procès pour diffamation. C’est la relaxe dont bénéficia Jean-Luc Einaudi en février 1999 qui permit d’établir la réalité d’une répression d’une violence inouïe.

Les extraits de bulletins d’information télévisés de 1996 à 1999, repris ci-dessous des archives de l’INA, permettent de suivre la mise au jour progressive de la réalité des massacres d’octobre 1961 à Paris.

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 50 ans après, le film “Octobre à Paris” de Jacques Panijel, sort en salle

Le documentaire de Jacques Panijel Octobre à Paris sortira enfin dans nos salles le 19 octobre 2011 ! Ce documentaire, tourné clandestinement puis censuré, retrace les événements du 17 octobre 1961, au cours desquels près de 30 000 Algériens manifestèrent pacifiquement dans les rues de Paris à l’appel du FLN… S’ensuivirent, sur ordre du tristement célèbre préfet de police Maurice Papon, 11 000 arrestations et des dizaines d’assassinats (voire des centaines, selon certains historiens), dont de nombreux manifestants jetés à la Seine après avoir été tabassés, des centaines d’expulsions et des plaintes classées sans suite5.

La fin de la guerre d’Algérie n’a pas arrêté les poursuites de l’Etat contre le film et son auteur. Les cinémas qui ont cherché à le projeter au cours de séances privées ou semi-publiques ont systématiquement subi l’intervention de la police, qui cherchait à confisquer les bobines. Ce n’est qu’en 1973, après la grève de la faim du cinéaste René Vautier, ancien résistant, qu’Octobre à Paris a enfin obtenu son visa d’exploitation, sans être pour autant diffusé6.

Octobre à Paris sortira en salle le 19 octobre prochain, dans le cadre de la commémoration du 50e anniversaire de ces événements dramatiques, en même temps que Ici on noie les Algériens, 17 octobre 1961 de Yasmina Adi7.

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Plaque de reliure en ivoire, Reims, dernier quart du IX° siècle. Musée de Picardie, Amiens. Le baptême de Clovis par St Rémy avec le miracle de la Sainte Ampoule.
Ecrire et enseigner l'histoire coloniale

“l’histoire de France” fétiche de la nation, par Suzanne Citron

Alors que Nicolas Sarkozy parlait d’Histoire aux neuf historiens qu’il avait invités mercredi dernier à la table de l’Élysée pour leur soumettre son idée de faire du 11 Novembre une journée de commémoration de tous les morts pour la France8, Suzanne Citron appelait les chercheurs en sciences humaines à déconstruire «la vision euro-centrée et franco-centrée du passé pour suggérer la possibilité d’un nouveau récit de l’humanité». L’historienne rappelle la nécessité de «sortir de la sclérose […] liée au façonnement anachronique d’un imaginaire historique qui ne peut répondre à l’objectif d’éduquer des êtres capables de faire face aux enjeux multiples et contradictoires à venir».

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un rassemblement de victimes du terrorisme

Selon ses organisateurs, 650 personnes dont 400 «victimes d’actes terroristes originaires de plus de 35 pays» seront accueillies à Paris pour témoigner «en toute neutralité politique et religieuse», et participer au VIIe Congrès international des victimes du terrorisme qui se tiendra à l’École militaire de Paris, du 15 au 17 septembre 2011. Un congrès patronné par le Président de la République et dont les cérémonies officielles se dérouleront en présence de chefs d’État et de gouvernement, de plusieurs ministres et de personnalités royales.

Un congrès dont le thème et la présence de certains intervenants suscitent des interrogations sur la finalité. L’édition du 14 septembre du quotidien algérien El Watan y consacre un dossier repris ci-dessous, comportant notamment un entretien avec le directeur général de l’Association française des victimes du terrorisme (AFVT), Guillaume Denoix de Saint-Marc, co-organisateur du congrès de Paris.

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une vision particulière du terrorisme

Un rassemblement international de victimes du terrorisme se réunira à Paris les 15, 16 et 17 septembre, sous le haut patronage du Président de la République.

Ce congrès, dirigé par Guillaume Denoix de Saint Marc, soulève un certain nombre de questions. Afin d’alimenter la réflexion, nous reprenons ci-dessous deux interventions à ce sujet : celle de Mostefa Boudina, Président de l’Association algérienne des anciens condamnés à mort 1954-1962, publiée le 7 septembre dernier dans L’Expression, et celle du journaliste Sébastien Fontenelle, publiée dans Le Monde diplomatique de septembre.

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