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Édition du 1er au 15 février 2026

La reconnaissance du passé colonial

les Invalides et le mémorial Yasukuni

Dans le texte repris ci-dessous, Brahim Senouci fait allusion au célèbre sanctuaire japonais Yasukuni de Tokyo. Ce lieu comporte un musée et rend hommage aux « âmes des soldats et de ceux qui ont sacrifié leur vie pour le service du pays ». Parmi ceux-ci figurent quatorze grands criminels de guerre dont l’ex-Premier ministre Hideki Tojo, artisan des campagnes d’agression nippones en Asie. Ce qui fait de Yasukuni un symbole controversé du passé militariste nippon1.

Une assimilation du passé colonial français et du passé impérialiste japonais serait une démarche simpliste. Mais on peut craindre que le transfert envisagé des cendres de Bigeard ne confère à l’Hôtel national des Invalides une image de temple du colonialisme français.

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Ecrire et enseigner l'histoire coloniale

“mythe national et violences”, par Suzanne Citron

L’enseignement de l’histoire de France sous la troisième République avait pour
objectif d’inculquer aux enfants l’amour de la patrie et le nationalisme, au mépris de certaines vérités historiques. «Les temps ont-ils vraiment changé ?» demandait Suzanne Citron dans le texte, publié en 2005 dans la revue Alternatives non-violentes, qui est repris ci-dessous2.

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Bigeard : l’exigence de vérité

Le 6 octobre 2011, au premier jour de son séjour officiel en Arménie, Nicolas Sarkozy avait déclaré à la presse, à l’issue d’une visite du monument érigé à la mémoire des centaines de milliers de victimes du génocide arménien des années 1915-1918 : « La Turquie, qui est un grand pays, s’honorerait à revisiter son histoire comme d’autres grands pays dans le monde l’ont fait, l’Allemagne, la France. 3»
Le lendemain, il était revenu sur le sujet : «Ici à Erevan, je veux dire à la Turquie qu’elle doit regarder son histoire en face. 4»

Mais la France regarde-t-elle bien son passé en face – et notamment son passé colonial en Algérie ? On peut en douter devant le projet de transférer aux Invalides les cendres du général Bigeard : au-delà d’un hommage au personnage, il s’agirait d’une “légitimation” des méthodes mises en oeuvre pendant la guerre d’Algérie.

La France a souvent manifesté une certaine mansuétude devant le comportement des siens “aux colonies”, mais, pour les Algériens et les Argentins, le nom de Bigeard est associé à des périodes particulièrement tragiques de leur histoire.

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Pessin, Le Monde, 7 décembre 2000
Légiférer sur l'histoire ?

Génocide en deçà, guerre propre au-delà ? par Brahim Senouci

Brahim Senouci se demande si l’adoption par l’Assemblée nationale française d’une loi pénalisant la négation du génocide arménien ne permettra pas d’ouvrir un véritable débat sur l’Histoire de la colonisation française de l’Algérie. Il se reporte à la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies le 9 décembre 1948 qui dispose que le crime est constitué quand l’un des actes qu’elle énumère est commis avec l’intention de détruire, totalement ou partiellement, un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Et il interroge le lecteur sur certains épisodes de la colonisation et de la guerre d’Algérie.

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Harkis

“la République face aux harkis : questions aux historiens”, par Todd Shepard


«Avant que ne s’annoncent les manifestations commémorant le cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie (et la fin de l’empire français !), Claude Lanzmann a eu la très opportune idée de consacrer un numéro entier des Temps modernes aux harkis. Nous avons tous ou presque la conscience coupable lorsqu’il s’agit de notre indifférence devant le sort épouvantable réservé aux combattants algériens qui s’étaient rangés aux cotés de la France. Les harkis n’étaient ni des traitres ni des collaborateurs. Les Français et les Algériens sont également coupables du drame qu’ils ont vécu. Ce numéro, Harkis 1962-2012 : Les mythes et les faits, est parfaitement composé.»

Jean Daniel5


Le numéro 666, novembre–décembre 2011, de la revue Les Temps Modernes, réalisé sous la direction de Fatima Besnaci-Lancou, est consacré aux harkis. Vous trouverez ci-dessous la liste des personnes qui ont contribué à ce numéro exceptionnel, dont nous reprenons, avec l’autorisation de l’auteur et de l’éditeur, la contribution de l’historien Todd Shepard, professeur d’histoire à l’université Johns Hopkins (Baltimore), spécialiste de la France et son empire colonial au vingtième siècle.

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cendres de Bigeard : le président de l’ACAT écrit au ministre

Le président de l’Association des chrétiens pour l’abolition de la torture (l’ACAT) demande au ministre de la Défense de renoncer à son projet de transfert des cendres du général Bigeard aux Invalides.

Les raisons qu’il invoque sont fondamentales : « cela reviendrait à légitimer l’usage de la torture pendant la guerre d’Algérie et, plus largement comme méthode de lutte contre le terrorisme. En ce sens, cela contreviendrait aux obligations de la France, signataire de la Convention internationale contre la torture.»

Certes, il n’y a pas que des défenseurs de la patrie qui soient inhumés aux Invalides : avec la dépouille de l’amiral Duperré, commandant de la flotte d’invasion en 1830, on y trouve celles des chefs de l’armée qui conquit l’Algérie – le général Damrémont, les maréchaux Bugeaud, Canrobert, Pélissier, et Saint-Arnaud – une conquête terriblement dévastatrice que certains historiens qualifient de “première guerre d’Algérie”6. Mais l’ACAT rejoint la demande des signataires de la pétition Non à un hommage officiel au général Bigeard en demandant que le gouvernement n’honore pas un chef militaire qui, jusqu’à la fin de sa vie, a justifié l’usage de la torture.

A la suite de la lettre du président de l’ACAT, nous reprenons l’article 10 de la Convention contre la torture.

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Bigeard aux Invalides ?

juin 1957, opération de “pacification” sous les ordres du colonel Bigeard

Le 27 juin 1957, le colonel Marcel Bigeard arrive en hélicoptère à Saharidj, région du Djurdjura, pour superviser une opération de nettoyage d’une durée de 3 jours, du 27 au 29 juin 1957.

Aussitôt il installe son PC au lieudit Tayda n Lemsara, et un poste avancé au lieu dit Thalouine en haute montagne sur le flanc sud de Tamgout d’où il supervise le déroulement de l’opération. Le PC de Tayda n Lemsara était composé d’environ une centaine de tentes militaires entourées de barbelé et comprenant un centre de tri des prisonniers, un autre de torture et enfin un 3e réservé aux exécutions sommaires.

A proximité de ce camp, se trouve un cimetière du même nom. Deux fosses communes y ont été aménagées ; après l’indépendance, on en retirera 45 squelettes, 27 chouhadas (martyrs) exécutés sur ordre de Bigeard dans la première et 18 dans l’autre7.

Le blog Saharidj Tribune revient sur cette opération de “pacification” à la Bigeard.

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vers une reconnaissance et une indemnisation des travailleurs forcés indochinois en France ?

Après 70 ans de silence, l’État français pourrait enfin reconnaitre le sort subi par les 20 000 paysans vietnamiens qui ont été envoyés en France en 1939. Ils furent emmenés, le plus souvent de force, en fond de cales de bateaux, parqués dans des camps, utilisés comme main d’œuvre dans des ateliers d’armement, puis dans tous les secteurs de l’économie française, sans que jamais aucun salaire ne leur soit versé. Ce scandale a duré jusqu’en 1948, et même au-delà pour certains. Les derniers d’entre eux ne purent revoir leur pays qu’en 1952, après 13 années d’exil forcé. Un millier restèrent en France, et y fondèrent une famille.

La publication en 2009 du livre Immigrés de force, les travailleurs indochinois en France (1939-1952) de Pierre Daum8 a provoqué une prise de conscience, notamment dans le midi méditerranéen, devant le sort de ces anciennes victimes du colonialisme. Des parlementaires de tout l’éventail politique ont déposé des questions écrites au gouvernement « lui demandant quelles mesures il compte prendre afin que la France reconnaisse officiellement sa responsabilité dans ce drame inhumain enduré par les travailleurs forcés d’Indochine et s’il compte procéder à une juste indemnisation des familles. »

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affaire Bigeard : reconnaître les « heures noires » qui souillent notre passé

« Quand je [général Jacques Massu] suis arrivé en Algérie en 1955,

je me souviens de l’avoir vu en train d’interroger un malheureux,

avec la gégène.
»

Le projet de transfert aux Invalides des restes du général Bigeard a remis à l’actualité ces heures noires où « un pays de tradition libérale» a vu «en quelques années ses institutions, son armée, sa justice, sa presse, corrodées par la pratique de la torture, par le silence et le mensonge observés autour de questions vitales qui mettent en cause la conception même que l’Occident affirme se faire de l’homme.9 »

La pratique de la torture par l’armée française pendant la guerre d’Algérie n’est plus contestée – voir ci-dessous le témoignage de Massu sur Bigeard. Elle s’est faite avec la complicité du pouvoir politique. Pendant “la bataille d’Alger”, grâce au vote des “pouvoirs spéciaux”, les autorités civiles se sont défaussées sur les militaires de leur responsabilité du maintien de l’ordre. Mais, dès le début de la guerre, les militaires avaient eu « toute latitude pour mener une guerre totale10».

Aujourd’hui, notre pays s’honorerait en renonçant au transfert des cendres du général Bigeard aux Invalides11, et en effectuant une démarche de reconnaissance d’une de ces « heures noires » « qui blessent la mémoire, et l’idée que l’on se fait de son pays » évoquées par le président Jacques Chirac le 16 juillet 1995 alors qu’il reconnaissait la responsabilité de l’Etat français dans la déportation des Juifs durant l’Occupation12.

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pétition contre le transfert des cendres de Bigeard : le point

L’appel Non à l’hommage officiel au général Bigeard, contre le transfert aux Invalides des cendres de cet officier « baroudeur », au lourd passé indochinois et algérien, rencontre un grand succès.

Une semaine après sa mise en ligne, plus de 6 000 personnes de toutes opinions et de toutes origines, se sont prononcées contre cette opération politicienne. D’anciens ministres, des responsables politiques et syndicaux, des représentants d’associations, des élus, des intellectuels de renom, des artistes, des témoins et acteurs majeurs des guerres d’Indochine et d’Algérie, parmi lesquels des militaires, des citoyens de tous horizons soutiennent cette démarche.

Nous reprenons deux témoignages, dont une lettre ouverte émanant de la Licra, qui nous encouragent à poursuivre notre action contre cette falsification du passé colonial. Comme l’a récemment déclaré Marc Laffineur, secrétaire d’État auprès du ministre de la défense et des anciens combattants, «il faut avoir le courage de faire la lumière sur tous les aspects de ce conflit», car « ce qui a été fait avec l’Allemagne, en termes de réconciliation, doit pouvoir être fait avec l’Algérie.»

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Gilbert Meynier appelle les historiens algériens et français à ouvrir des chantiers mémoriels

Rencontré en marge de sa tournée en Algérie, l’historien Gilbert Meynier revient sur la relation entre la France et l’Algérie à moins d’une année du 50e anniversaire de l’indépendance. Le professeur émérite de Nancy II n’épargne ni les responsables algériens ni les responsables français, et appelle les historiens des deux pays à se pencher sur ce qu’il appelle les «chantiers mémoriels».

À la suite de la publication de cet entretien dans El Watan, Gilbert Meynier a adressé deux mises au point à Aziz Mouats qui les a reprises sur son blog – vous les trouverez en bas de cette page.

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