les massacres du 8 mai 1945 vus de France
La reconnaissance des crimes commis par la France en Algérie fait son chemin. Dans l’article ci-dessous, le quotidien algérien El Watan en témoigne à propos des massacres de mai 1945.
La reconnaissance des crimes commis par la France en Algérie fait son chemin. Dans l’article ci-dessous, le quotidien algérien El Watan en témoigne à propos des massacres de mai 1945.

Conçue par Alain Ruscio et réalisée sous sa direction, l’Encyclopédie de la colonisation française est prévue en plusieurs volumes. Elle couvre dans le temps une large période allant des Croisades à la décolonisation de la deuxième moitié du XXe siècle. Pays et régions, institutions, explorations, esclavage, post-colonialisme, religions, etc. sont traités dans des notices allant de 2 à 10 pages. Le premier volume publié par l’éditeur Les Indes Savantes, le 21 février 2017, comprend plus de 600 notices, rédigées par une soixantaine d’auteurs, tous spécialistes reconnus dans leur domaine.
Dans une interview donnée au quotidien algérien El Watan, l’historien Gilles Manceron explique pourquoi la qualité des rapports franco-algériens constitue un élément essentiel pour l’avenir de notre pays 1.

Pour la troisième année consécutive, les collectifs « l’Autre 8 mai 1945 » et « Sortir du colonialisme » se mobilisent pour remettre dans le débat public la question de la reconnaissance par l’Etat français des massacres commis en son nom dans le nord Constantinois, en 1945.
Une réunion publique est organisée à Paris, le 2 mai 2017, de 19h à 23h. Elle bénéficie du soutien des journaux Mediapart et El Watan. Ci-dessous : le programme de la rencontre.

Le débat sur la colonisation, lancé par Emmanuel Macron, se poursuit. Il en sera ainsi tant que nous n’aurons pas soldé notre passé colonial. Il faut que les faits soient établis et reconnus ; à cet égard, nous avons tous un devoir de vérité 2.
Ci-dessous quelques échos des répercussions de ce débat dans la campagne électorale présidentielle d’avril 2017.
Expert du dossier des essais nucléaires au Sahara algérien et en Polynésie française, Bruno Barrillot est décédé le 25 mars 2017. «Infatigable lanceur d’alerte» sur les conséquences des essais nucléaires, il était co-fondateur de l’Observatoire des armements.
Entre 1960 et 1996, la France a réalisé 210 essais dans le Sahara et sur les atolls de Mururoa et Fangataufa, en Polynésie française. Longtemps tabou, leur impact sanitaire a été officiellement reconnu par la loi Morin, adoptée le 5 janvier 2010. Un tournant après quarante années durant lesquelles l’Etat assurait de l’innocuité de ses expérimentations.
Néanmoins, afin de limiter les possibilités des plaignants, la loi introduit la notion de « risque négligeable » entre l’exposition à la radioactivité et la pathologie. Résultat : en sept ans, sur un millier de requêtes, une vingtaine d’indemnisations seulement ont été octroyées. Bruno Barrillot ne pouvait cacher sa colère : « Comment l’Etat peut-il encore agir ainsi ? »3
La polémique en France sur la notion de crime contre l’humanité du temps de la colonisation rappelle les vifs débats causés dans ce même pays il y a plus de dix ans par l’adoption de la loi du 23 février 2005 qui ne retenait que le «rôle positif de la présence française outre-mer». L’«affaire Macron» met en exergue le profond malaise lié au passé colonial de la France, souligne la professeure de droit Sévane Garibian.
Un article de Sévane Garibian, professeure de droit, Universités de Genève et de Neuchâtel, publié le lundi 6 mars 2017 dans le quotidien suisse Le Temps.
Vue d’Afrique, par des peuples qui en furent les victimes et qui en conservent la mémoire vive, la polémique sur la colonisation relancée à Alger par Emmanuel Macron le 15 février avec des mots inédits en France a quelque chose de surréaliste et de dérisoire.
Surréaliste parce que, pour les Africains, la colonisation n’a jamais été autre chose qu’un « crime contre l’humanité », à l’instar de l’esclavage, de la traite ou de l’apartheid. Comment qualifier autrement cette œuvre de subjugation, d’asservissement et d’appropriation, avec son lot de crimes de guerre, de violences et de souffrances, avec son appareil de justification idéologique, religieux parfois, « civilisationnel » toujours ?
Si la colonisation a construit, pour ses propres besoins, des routes, des ponts et des chemins de fer – à quel prix humain, le plus souvent ! – et si les colons ne furent pas tous complices de crimes comme les Allemands ne furent pas tous nazis, la colonisation forme un tout inséparable, et cet ensemble est constitutif d’un crime contre l’humanité, au sens où l’entendent à la fois les statuts du Tribunal de Nuremberg et ceux du traité de Rome fondant la Cour pénale internationale.
Pour certains « nostalgériques », les déclarations d’Emmanuel Macron à Alger le 15 février dernier, ne passent pas. Environ 150 d’entre eux — parmi lesquels on reconnaissait de nombreux membres du Front national — l’ont crié, à Toulon le 18 février après-midi, en tentant de perturber la réunion électorale d’En marche !. D’autre part, le Cercle algérianiste, qui se targue de représenter tous les Pieds-noirs, a fait connaître sa décision de poursuivre le candidat qui avait qualifié la colonisation de «crime contre l’humanité». L’association estime que les propos sur la colonisation qu’il a tenus à Alger portent «atteinte à la mémoire et à l’honneur des Français d’Algérie».
En déclarant, le 15 février, que la colonisation était un « crime contre l’humanité », Emmanuel Macron a eu le mérite d’introduire ce sujet au sein de la campagne présidentielle. Voyez la tribune de François Gèze et Gilles Manceron intitulée « Regardons en face le passé colonial de la France », publiée dans Le Monde du 18 février 2017.
Mais, lors de son meeting à Toulon le 18 février, Emmanuel Macron n’a pas repris les mêmes termes, dans une région pourtant où l’extrême droite est forte et où le combat pour la vérité doit être mené sans concession. Il a semblé battre en retraite, louant le « travail formidable » fait à l’époque de l’Algérie française par des gens « formidables », les Pieds-noirs nostalgiques qu’il avait « blessés » et à qui il demandait « pardon ». Il a paru renouer avec ses propos, plus qu’ambigus, de novembre 2016, selon lesquels, dans l’Algérie coloniale, « il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie ». Va-t-il reprendre la théorie des « aspects positifs de la colonisation » qui avait suscité un tollé parmi les historiens, les enseignants et de nombreuses associations quand une loi, du 23 février 2005, avait demandé aux professeurs de les inculquer ?

Réagissant à l’entretien de Bernard Mathieu « Le politique ne doit se substituer ni à l’historien ni au juge » (Le Monde des 19 et 20 février 2017), reproduit dans l’article «Macron a-t-il eu raison de lancer le débat sur la colonisation ? » de ce site, Jean-Philippe Ould Aoudia entend montrer que le juge participe activement à l’écriture de l’Histoire, ce dont il conteste la légitimité.
Cette tribune a été reprise dans le quotidien algérien El Watan du 21 février 2017, et dans L’Humanité du 22 février.
Dans une tribune publiée dans Le Monde datée du 19 février 2017, François Gèze, ancien directeur des éditions La Découverte, et l’historien Gilles Manceron, expriment leur approbation que notre passé colonial soit « revisité ».
En revanche, dans un entretien que Le Monde publie simultanément, le professeur de droit Bertrand Mathieu, ancien membre du Conseil supérieur de la magistrature et vice-président de l’Association internationale de droit constitutionnel, déclare qu’Emmanuel Macron a eu tort de qualifier la colonisation de « crime contre l’humanité » , «le politique ne [devant] se substituer ni à l’historien ni au juge ».
Les propos d’Emmanuel Macron dans un entretien qu’il a accordé à la chaîne privée algérienne Echourouk ont soulevé l’indignation de plusieurs responsables politiques à droite et au sein du Front national. Le candidat centriste à l’élection présidentielle a notamment déclaré :
« La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes ».
Dans un entretien donné au journal Le Monde, l’historienne Sylvie Thénault 5, spécialiste de la guerre d’Algérie, répond de façon nuancée à la question de savoir si la colonisation est un « crime contre l’humanité». Distinguant le point de vue juridique et le point de vue moral, elle déclare que « la définition juridique du crime contre l’humanité ne peut s’appliquer à la colonisation ».