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Édition du 15 janvier au 1er février 2026

La reconnaissance des crimes coloniaux 1830-1962

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Le 17 octobre 1961

manifestations organisées pour le cinquantenaire des massacres d’octobre 1961

Le Collectif 17 octobre 1961, dont le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié des peuples) et la Ldh (Ligue des droits de l’Homme) font partie, a demandé dans un communiqué publié le 3 octobre 2011, «que les plus hautes autorités reconnaissent les massacres commis par la police parisienne le 17 octobre 1961 et les jours suivants comme crime d’Etat».

« Ce n’est qu’à ce prix que pourra disparaître la séquelle la plus grave de la guerre d’Algérie, à savoir le racisme dont sont victimes aujourd’hui nombre de citoyens d’origine maghrébine ou des anciennes colonies, y compris sous la forme de violences policières récurrentes, parfois meurtrières», ajoute le communiqué.

La requête est faite chaque année. Elle avait un relief particulier à quelques jours de la célébration du 50e anniversaire de la répression à Paris de
la manifestation algérienne du 17 octobre 1961, qui avait fait plus de 200
morts selon des historiens.

  • De nouveaux ouvrages sont publiés et de nouveaux films sortent en salle ; certains sont présentés sur ce site.
  • Pour commémorer le drame, des manifestations – concerts, débats, projections de films… – ont été organisées à Paris, en banlieue et en province. Certaines sont présentées ci-dessous1.

[Mis en ligne le 5 octobre 2011, mis à jour le 3 février 2012]

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Le 17 octobre 1961

“la police parisienne et les Algériens (1944-1962)”, par Emmanuel Blanchard

Le « problème nord-africain » : c’est ainsi que la police avait pris l’habitude de qualifier après-guerre la question des immigrés algériens installés en région parisienne. Théoriquement égaux en droit avec les autres citoyens français, ils étaient cantonnés à certains emplois et quartiers, en butte à une forte emprise policière et objets de nombreux fantasmes. Pour comprendre ce qui a rendu possible l’explosion des violences policières du 17 octobre 1961, l’historien Emmanuel Blanchard, chercheur au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip), s’est intéressé à l’emprise policière sur ces immigrés au cours des deux décennies précédentes. Dans son livre récemment publié, La Police parisienne et les Algériens (1944-1962)2 dont l’épilogue est reprise sur ce site, il met en évidence grâce à un travail sur des archives et des témoignages inédits, la manière dont les pratiques des fonctionnaires chargés de la sécurité ont contribué à créer ce «problème nord-africain».

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Emmanuel Blanchard a abordé ce sujet, lors du colloque “Nanterre ne veut pas oublier” qui s’est tenu, le 15 octobre 2011, à la Maison de la Musique de Nanterre. Voici le texte de son intervention, basé sur la transcription qu’en a faite Christine Excoffier3 et revue par Emmanuel Blanchard.

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Paul Teitgen par Marie Bellando-Mitjans
La grande répression d'Alger 1957

Alexis Jenni : “Paul Teitgen dans l’ombre comptait les morts”

En exergue de son livre L’art français de la guerre, Alexis Jenni cite Pascal Quignard : « Qu’est-ce qu’un héros ? Ni un vivant ni un mort, un […] qui pénètre dans l’autre monde et qui en revient ».

Alexis Jenni pensait-il alors à Paul Teitgen ? C’est tout à fait vraisemblable, car un peu plus loin dans son livre on peut lire cet extrait qu’il nous a aimablement autorisé à reprendre.4

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Charonne 8 février 1962

Charonne ou l’oubli impossible

Le 8 février 1962, au moment de la dispersion d’une manifestation contre les attentas de l’OAS, la police charge violemment les manifestants devant le métro Charonne. Il y aura 9 morts. Aujourd’hui, 50 ans après, comme pour la répression de la manifestation des Algériens le 17 octobre 1961, la vérité sur ce massacre n’a toujours pas été reconnue…

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Les sections Paris 10-11 et Paris 20 de la LDH organisent, lundi 6 février, dans la grande salle de l’AGECA5, une projection-débat :
– 20h : projection du film de Daniel Kupferstein Mourir à Charonne, pourquoi ?
– 21h, débat avec Gilles Manceron, historien, responsable du groupe de travail de la LDH “Histoire, mémoires et archives”, Daniel Kupferstein, réalisateur et Jean-Luc Einaudi, auteur du livre Octobre 61, un massacre à Paris.

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Aujourd’hui paraît Dans l’ombre de Charonne, récit graphique bouleversant de ces évènements tragiques. Désirée (texte) et Alain Frappier (dessin) ont nourri leur ouvrage du témoignage d’une rescapée du drame, Maryse Douek, jeune fille originaire d’Egypte, alors âgée de 17 ans et devenue depuis sociologue. Nous reprenons la préface que Benjamin Stora a écrite pour ce témoignage dramatique.

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Bigeard aux Invalides ?

Bigeard et la bataille d’Alger

La scène inaugurale du film La Bataille d’Alger, de Gillo Pontecorvo, représente un pauvre bougre, totalement détruit, hagard, marqué sur son corps. On comprend très vite qu’il vient d’être torturé, puis qu’il a parlé, sous l’effet de la douleur. Apparaît alors celui qui a ordonné cet acte de barbarie.
On apprend qu’il s’appelle le colonel Mathieu. Celui-ci devient ensuite le personnage central de ce film.
Mathieu qui défile, fier, à la tête de ses paras, dans les rues d’Alger… Mathieu qui ferraille verbalement, à distance, avec Jean-Paul Sartre… Mathieu qui justifie, aux yeux du monde entier, lors d’une conférence de presse, l’usage de la torture…
Mathieu qui exhibe Larbi Ben M’Hidi comme une prise de guerre… En 1966, les spectateurs ne s’y sont pas trompés : Mathieu, c’était Bigeard, bel et bien l’homme de cette Bataille, plus que ses supérieurs, les généraux Massu et Salan.

C’est la raison pour laquelle le Collectif Non à Bigeard aux Invalides avait pris l’initiative de programmer ce film, mercredi 11 janvier 2012 à 20h, au cinéma La Clef (Paris 5e).

Après une courte introduction de Rosa Moussaoui, puis quelques mots de Catherine Coquery Vidrovitch, l’historien Alain Ruscio introduisait le film devant une salle comble. Voici sa présentation.

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les Invalides et le mémorial Yasukuni

Dans le texte repris ci-dessous, Brahim Senouci fait allusion au célèbre sanctuaire japonais Yasukuni de Tokyo. Ce lieu comporte un musée et rend hommage aux « âmes des soldats et de ceux qui ont sacrifié leur vie pour le service du pays ». Parmi ceux-ci figurent quatorze grands criminels de guerre dont l’ex-Premier ministre Hideki Tojo, artisan des campagnes d’agression nippones en Asie. Ce qui fait de Yasukuni un symbole controversé du passé militariste nippon6.

Une assimilation du passé colonial français et du passé impérialiste japonais serait une démarche simpliste. Mais on peut craindre que le transfert envisagé des cendres de Bigeard ne confère à l’Hôtel national des Invalides une image de temple du colonialisme français.

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Bigeard : l’exigence de vérité

Le 6 octobre 2011, au premier jour de son séjour officiel en Arménie, Nicolas Sarkozy avait déclaré à la presse, à l’issue d’une visite du monument érigé à la mémoire des centaines de milliers de victimes du génocide arménien des années 1915-1918 : « La Turquie, qui est un grand pays, s’honorerait à revisiter son histoire comme d’autres grands pays dans le monde l’ont fait, l’Allemagne, la France. 7»
Le lendemain, il était revenu sur le sujet : «Ici à Erevan, je veux dire à la Turquie qu’elle doit regarder son histoire en face. 8»

Mais la France regarde-t-elle bien son passé en face – et notamment son passé colonial en Algérie ? On peut en douter devant le projet de transférer aux Invalides les cendres du général Bigeard : au-delà d’un hommage au personnage, il s’agirait d’une “légitimation” des méthodes mises en oeuvre pendant la guerre d’Algérie.

La France a souvent manifesté une certaine mansuétude devant le comportement des siens “aux colonies”, mais, pour les Algériens et les Argentins, le nom de Bigeard est associé à des périodes particulièrement tragiques de leur histoire.

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cendres de Bigeard : le président de l’ACAT écrit au ministre

Le président de l’Association des chrétiens pour l’abolition de la torture (l’ACAT) demande au ministre de la Défense de renoncer à son projet de transfert des cendres du général Bigeard aux Invalides.

Les raisons qu’il invoque sont fondamentales : « cela reviendrait à légitimer l’usage de la torture pendant la guerre d’Algérie et, plus largement comme méthode de lutte contre le terrorisme. En ce sens, cela contreviendrait aux obligations de la France, signataire de la Convention internationale contre la torture.»

Certes, il n’y a pas que des défenseurs de la patrie qui soient inhumés aux Invalides : avec la dépouille de l’amiral Duperré, commandant de la flotte d’invasion en 1830, on y trouve celles des chefs de l’armée qui conquit l’Algérie – le général Damrémont, les maréchaux Bugeaud, Canrobert, Pélissier, et Saint-Arnaud – une conquête terriblement dévastatrice que certains historiens qualifient de “première guerre d’Algérie”9. Mais l’ACAT rejoint la demande des signataires de la pétition Non à un hommage officiel au général Bigeard en demandant que le gouvernement n’honore pas un chef militaire qui, jusqu’à la fin de sa vie, a justifié l’usage de la torture.

A la suite de la lettre du président de l’ACAT, nous reprenons l’article 10 de la Convention contre la torture.

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Bigeard aux Invalides ?

juin 1957, opération de “pacification” sous les ordres du colonel Bigeard

Le 27 juin 1957, le colonel Marcel Bigeard arrive en hélicoptère à Saharidj, région du Djurdjura, pour superviser une opération de nettoyage d’une durée de 3 jours, du 27 au 29 juin 1957.

Aussitôt il installe son PC au lieudit Tayda n Lemsara, et un poste avancé au lieu dit Thalouine en haute montagne sur le flanc sud de Tamgout d’où il supervise le déroulement de l’opération. Le PC de Tayda n Lemsara était composé d’environ une centaine de tentes militaires entourées de barbelé et comprenant un centre de tri des prisonniers, un autre de torture et enfin un 3e réservé aux exécutions sommaires.

A proximité de ce camp, se trouve un cimetière du même nom. Deux fosses communes y ont été aménagées ; après l’indépendance, on en retirera 45 squelettes, 27 chouhadas (martyrs) exécutés sur ordre de Bigeard dans la première et 18 dans l’autre10.

Le blog Saharidj Tribune revient sur cette opération de “pacification” à la Bigeard.

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vers une reconnaissance et une indemnisation des travailleurs forcés indochinois en France ?

Après 70 ans de silence, l’État français pourrait enfin reconnaitre le sort subi par les 20 000 paysans vietnamiens qui ont été envoyés en France en 1939. Ils furent emmenés, le plus souvent de force, en fond de cales de bateaux, parqués dans des camps, utilisés comme main d’œuvre dans des ateliers d’armement, puis dans tous les secteurs de l’économie française, sans que jamais aucun salaire ne leur soit versé. Ce scandale a duré jusqu’en 1948, et même au-delà pour certains. Les derniers d’entre eux ne purent revoir leur pays qu’en 1952, après 13 années d’exil forcé. Un millier restèrent en France, et y fondèrent une famille.

La publication en 2009 du livre Immigrés de force, les travailleurs indochinois en France (1939-1952) de Pierre Daum11 a provoqué une prise de conscience, notamment dans le midi méditerranéen, devant le sort de ces anciennes victimes du colonialisme. Des parlementaires de tout l’éventail politique ont déposé des questions écrites au gouvernement « lui demandant quelles mesures il compte prendre afin que la France reconnaisse officiellement sa responsabilité dans ce drame inhumain enduré par les travailleurs forcés d’Indochine et s’il compte procéder à une juste indemnisation des familles. »

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affaire Bigeard : reconnaître les « heures noires » qui souillent notre passé

« Quand je [général Jacques Massu] suis arrivé en Algérie en 1955,

je me souviens de l’avoir vu en train d’interroger un malheureux,

avec la gégène.
»

Le projet de transfert aux Invalides des restes du général Bigeard a remis à l’actualité ces heures noires où « un pays de tradition libérale» a vu «en quelques années ses institutions, son armée, sa justice, sa presse, corrodées par la pratique de la torture, par le silence et le mensonge observés autour de questions vitales qui mettent en cause la conception même que l’Occident affirme se faire de l’homme.12 »

La pratique de la torture par l’armée française pendant la guerre d’Algérie n’est plus contestée – voir ci-dessous le témoignage de Massu sur Bigeard. Elle s’est faite avec la complicité du pouvoir politique. Pendant “la bataille d’Alger”, grâce au vote des “pouvoirs spéciaux”, les autorités civiles se sont défaussées sur les militaires de leur responsabilité du maintien de l’ordre. Mais, dès le début de la guerre, les militaires avaient eu « toute latitude pour mener une guerre totale13».

Aujourd’hui, notre pays s’honorerait en renonçant au transfert des cendres du général Bigeard aux Invalides14, et en effectuant une démarche de reconnaissance d’une de ces « heures noires » « qui blessent la mémoire, et l’idée que l’on se fait de son pays » évoquées par le président Jacques Chirac le 16 juillet 1995 alors qu’il reconnaissait la responsabilité de l’Etat français dans la déportation des Juifs durant l’Occupation15.

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