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Édition du 15 janvier au 1er février 2026

La reconnaissance des crimes coloniaux 1830-1962

comment la France verrouille son passé colonial

La polémique en France sur la notion de crime contre l’humanité du temps de la colonisation rappelle les vifs débats causés dans ce même pays il y a plus de dix ans par l’adoption de la loi du 23 février 2005 qui ne retenait que le «rôle positif de la présence française outre-mer». L’«affaire Macron» met en exergue le profond malaise lié au passé colonial de la France, souligne la professeure de droit Sévane Garibian.

Un article de Sévane Garibian, professeure de droit, Universités de Genève et de Neuchâtel, publié le lundi 6 mars 2017 dans le quotidien suisse Le Temps.

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les Africains et la colonisation

Vue d’Afrique, par des peuples qui en furent les victimes et qui en conservent la mémoire vive, la polémique sur la colonisation relancée à Alger par Emmanuel Macron le 15 février avec des mots inédits en France a quelque chose de surréaliste et de dérisoire.

Surréaliste parce que, pour les Africains, la colonisation n’a jamais été autre chose qu’un « crime contre l’humanité », à l’instar de l’esclavage, de la traite ou de l’apartheid. Comment qualifier autrement cette œuvre de subjugation, d’asservissement et d’appropriation, avec son lot de crimes de guerre, de violences et de souffrances, avec son appareil de justification idéologique, religieux parfois, « civilisationnel » toujours ?

Si la colonisation a construit, pour ses propres besoins, des routes, des ponts et des chemins de fer – à quel prix humain, le plus souvent ! – et si les colons ne furent pas tous complices de crimes comme les Allemands ne furent pas tous nazis, la colonisation forme un tout inséparable, et cet ensemble est constitutif d’un crime contre l’humanité, au sens où l’entendent à la fois les statuts du Tribunal de Nuremberg et ceux du traité de Rome fondant la Cour pénale internationale.

François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique1

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après les déclarations à Toulon d’Emmanuel Macron

Pour certains « nostalgériques », les déclarations d’Emmanuel Macron à Alger le 15 février dernier, ne passent pas. Environ 150 d’entre eux — parmi lesquels on reconnaissait de nombreux membres du Front national — l’ont crié, à Toulon le 18 février après-midi, en tentant de perturber la réunion électorale d’En marche !. D’autre part, le Cercle algérianiste, qui se targue de représenter tous les Pieds-noirs, a fait connaître sa décision de poursuivre le candidat qui avait qualifié la colonisation de «crime contre l’humanité». L’association estime que les propos sur la colonisation qu’il a tenus à Alger portent «atteinte à la mémoire et à l’honneur des Français d’Algérie».

En déclarant, le 15 février, que la colonisation était un « crime contre l’humanité », Emmanuel Macron a eu le mérite d’introduire ce sujet au sein de la campagne présidentielle. Voyez la tribune de François Gèze et Gilles Manceron intitulée « Regardons en face le passé colonial de la France », publiée dans Le Monde du 18 février 2017.

Mais, lors de son meeting à Toulon le 18 février, Emmanuel Macron n’a pas repris les mêmes termes, dans une région pourtant où l’extrême droite est forte et où le combat pour la vérité doit être mené sans concession. Il a semblé battre en retraite, louant le « travail formidable » fait à l’époque de l’Algérie française par des gens « formidables », les Pieds-noirs nostalgiques qu’il avait « blessés » et à qui il demandait « pardon ». Il a paru renouer avec ses propos, plus qu’ambigus, de novembre 2016, selon lesquels, dans l’Algérie coloniale, « il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie ». Va-t-il reprendre la théorie des « aspects positifs de la colonisation » qui avait suscité un tollé parmi les historiens, les enseignants et de nombreuses associations quand une loi, du 23 février 2005, avait demandé aux professeurs de les inculquer ?

François Nadiras

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Stade de Philippeville (Skikda) - août 1955
La reconnaissance des crimes coloniaux 1830-1962

le juge peut-il écrire l’Histoire ?

Réagissant à l’entretien de Bernard Mathieu « Le politique ne doit se substituer ni à l’historien ni au juge » (Le Monde des 19 et 20 février 2017), reproduit dans l’article «Macron a-t-il eu raison de lancer le débat sur la colonisation ? » de ce site, Jean-Philippe Ould Aoudia entend montrer que le juge participe activement à l’écriture de l’Histoire, ce dont il conteste la légitimité.

Cette tribune a été reprise dans le quotidien algérien El Watan du 21 février 2017, et dans L’Humanité du 22 février.

[Première mise en ligne le 20 février 2017 ; mise à jour le 22 février]

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Macron a-t-il eu raison de lancer le débat sur la colonisation ?

Dans une tribune publiée dans Le Monde datée du 19 février 2017, François Gèze, ancien directeur des éditions La Découverte, et l’historien Gilles Manceron, expriment leur approbation que notre passé colonial soit « revisité ».

En revanche, dans un entretien que Le Monde publie simultanément, le professeur de droit Bertrand Mathieu, ancien membre du Conseil supérieur de la magistrature et vice-président de l’Association internationale de droit constitutionnel, déclare qu’Emmanuel Macron a eu tort de qualifier la colonisation de «  crime contre l’humanité » , «le politique ne [devant] se substituer ni à l’historien ni au juge ».

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Macron : la colonisation est un crime contre l’humanité …

Les propos d’Emmanuel Macron dans un entretien qu’il a accordé à la chaîne privée algérienne Echourouk ont soulevé l’indignation de plusieurs responsables politiques à droite et au sein du Front national. Le candidat centriste à l’élection présidentielle a notamment déclaré :

« La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes ».

Dans un entretien donné au journal Le Monde, l’historienne Sylvie Thénault 2, spécialiste de la guerre d’Algérie, répond de façon nuancée à la question de savoir si la colonisation est un « crime contre l’humanité». Distinguant le point de vue juridique et le point de vue moral, elle déclare que « la définition juridique du crime contre l’humanité ne peut s’appliquer à la colonisation ».

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 17 octobre 1961 – 17 octobre 2016 : 55e anniversaire

A l’occasion du 55e anniversaire des événements tragiques d’octobre 1961, le collectif Vérité et justice demande que des mesures significatives soient prises afin de faire « disparaître la séquelle la plus grave de la Guerre d’Algérie, à savoir le racisme, l’islamophobie dont sont victimes aujourd’hui nombre de citoyennes et citoyens, ressortissants d’origine maghrébine ou des anciennes colonies, y compris sous la forme de violences policières récurrentes, parfois meurtrières.»

[mise en ligne le 10 octobre 2016, mise à jour le 19]

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entre justice et raison d’État : les archives dans La bataille d’Einaudi

On peut être étonné de l’ignorance de beaucoup de jeunes adultes concernant l’histoire contemporaine de notre pays. Les plus âgés d’entre nous ont vécu cette période ; quant aux plus jeunes, ils en ont entendu parler à l’école. Entre les deux, de nombreux concitoyens ne peuvent faire le rapprochement entre l’immigration d’origine africaine ou maghrébine et la période coloniale de la France.

Le livre de Fabrice Riceputi, La bataille d’Einaudi, fait partie de cette catégorie d’ouvrages qui rappellent des épisodes relativement récents de notre histoire, qui sont mal connus.

Ci-dessous, la note de lecture de cet ouvrage publiée dans Archivistes !, revue de l’AAF – Association des archivistes français – ce qui, espérons-le, incitera à le lire.

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Le rôle de Jean-Luc Einaudi

Jean-Luc Einaudi, citoyen chercheur, par Fabrice Riceputi

Avant d’être un événement bien connu des historiens, le 17 octobre 1961 a fait l’objet d’une amnésie complète. C’est elle que Jean-Luc Einaudi a dû vaincre dans un long combat de trois décennies, dont Fabrice Riceputi, dans son livre La bataille d’Einaudi, vient aujourd’hui restituer les grandes étapes : un travail d’enquête solitaire, la publication de La bataille de Paris en 1991, un témoignage sept ans plus tard lors du procès de Maurice Papon, puis le procès pour diffamation intenté à l’historien par Papon…

Le livre de Fabrice Riceputi nous raconte également la résistance acharnée de l’appareil d’État lui-même à livrer ses secrets contenus dans ses archives, et la lente et difficile apparition du 17 octobre 1961 dans les manuels scolaires.

Il nous convie enfin à une réflexion profonde sur l’incapacité de notre société à regarder en face son passé colonial, dont les effets pèsent encore lourdement dans les rapports sociaux contemporains. De cet utile travail d’anamnèse, portant lui-même sur un autre travail d’anamnèse, nous en publions ici quelques pages 3, avec l’amicale autorisation de l’auteur et des éditeurs.

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Thiaroye, un mensonge d’État

La Cour de cassation a rejeté lundi 14 décembre 2015 la demande de révision du fils d’un tirailleur sénégalais, condamné pour sa participation à une rébellion réprimée dans le sang le 1er décembre 1944, au camp militaire de Thiaroye (Sénégal).

Le fils d’Antoine X. avait saisi la plus haute juridiction française dans l’espoir de rouvrir le dossier de son père décédé. Ce dernier, caporal, a été condamné le 6 mars 1945 par le tribunal militaire permanent de Dakar à dix ans de détention et à la dégradation militaire pour « désobéissance, outrage à supérieur et participation à une rébellion commise par des militaires armés ». Je suis chez moi, je n’ai pas d’ordre à recevoir » aurait-il lancé à un aspirant. Les officiers supérieurs du camp avaient ensuite assuré qu’il était l’un des « véritables chefs » de la « rébellion ».

Antoine X. avait lors de ses interrogatoires « nié avec constance » toutes les accusations. La Cour de cassation, estimant qu’ « aucune des pièces produites à l’appui de la demande (n’était) de nature à remettre en cause les témoignages ou le contenu des rapports figurant au dossier », a jugé que la demande en révision du fils d’Antoine X. était irrecevable. 4

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aurait-on retrouvé la dépouille mortelle de Maurice Audin ?

Le corps du militant anticolonialiste Maurice Audin, assassiné en juin 1957 par les parachutistes français, se trouve-t-il au cimetière de Ben Salah, près d’Oued Alleug ? Un an après un témoignage publié en août 2014 par le Quotidien d’Oran, la famille du mathématicien assassiné souhaite que les autorités algériennes donnent suite à ce témoignage et procèdent à des fouilles et à des tests ADN pour s’en assurer.

En août 2014, dans les colonnes du Quotidien d’Oran, Abraz Mustapha, dit Moh Djebbour, alerté par les aveux tardifs d’Aussaresses sur l’assassinat de Maurice Audin et le lieu possible de son enterrement, a fait un rapprochement avec un évènement qu’il avait vécu à l’âge de 12 ans : un enterrement effectué à la sauvette en 1957 par des parachutistes au cimetière de Ben Salah, près de Oued Alleug.

Ci-dessous : l’article publié en août 2014 dans le Qotidien d’Oran, suivi d’un article récent d’El Watan.

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