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Édition du 15 mars au 1er avril 2025

Controverses

à Tournan, la guerre d’Algérie n’est pas finie

Un conseiller municipal FN de Tournan-en-Brie (Seine-et-Marne) a déclaré à un jeune conseiller municipal délégué à la jeunesse qu’il n’était pas digne de porter l’écharpe tricolore. Il a poursuivi, devant témoins : «des cons comme toi, j’en ai tué plein pendant la guerre».

Le jeune conseiller délégué est né à Tournan, mais il est d’“origine algérienne”.

Et derrière son écharpe, c’est la République qui a été bafouée, elle dont le premier article de la Constitution affirme : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion.»

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Accusations, incitations à la repentance

la repentance : nécessité ou alibi ?

Qu’est-ce que la repentance ? Qui peut la réclamer ? De qui doit-on l’exiger ? Et doit-on seulement la souhaiter ? Ne faut-il pas plutôt lui préférer un exercice de la mémoire, loin de tout calcul politicien, nourri au devoir d’histoire et de vérité, lui substituer une vigilance intraitable à l’égard des injustices d’aujourd’hui ?

Des intellectuels des deux rives de la Méditerranée – Hélé Béji, Michèle Bompard-Porte, Françoise Dastur, Salima Ghezali, Olivier Le Cour Grandmaison, Seloua Luste Boulbina, François Maspero, Hassan Remaoun, Emmanuel Terray – abordent ces différentes questions dans Aspects de la repentance, un ouvrage dirigé par Ismaël-Sélim Khaznadar et publié par les éditions Barzakh.

L’éditeur a organisé à Alger le 9 mars 2013, conjointement avec El Watan Week-end, un débat sur le thème «Repentance : nécessité ou alibi ?», avec la participation de Olivier La Cour Grandmaison, Malika Rahal, Abdelmadjid Merdaci et Ismaël-Sélim Khaznadar.

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François Hollande et le passé colonial de la France en Algérie

Le quotidien algérien El Watan du 19 mars 2012 et Le Monde daté du lendemain ont publié une tribune dans laquelle François Hollande, alors candidat à l’élection présidentielle, exposait son point de vue sur le passé colonial de la France en Algérie. Il appelait à un regard lucide et responsable sur ces pages d’histoire et incitait les deux pays à mener ensemble un travail de mémoire.

Il serait temps, cinquante ans après la fin de ce conflit cruel, que le vent mauvais de la censure cesse de souffler sur le midi méditerranéen.

La guerre d’Algérie n’a pas été vécue de la même manière par tous, et ce n’est pas manquer de respect envers quiconque que d’organiser des colloques consacrés à cette période de l’Histoire de France : il est donc injustifiable d’en demander l’annulation. Les réunions prévues à Nice, puis à Nîmes, ont pu avoir lieu, mais des manifestations culturelles ont été supprimées – notamment à Aix-en-Provence et à Venelles1.

Espérons également que le rétablissement des cérémonies officielles du 19 mars2 pourra se faire dans le respect de chacun3.

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François Hollande, Jules Ferry et la colonisation

Plus d’un siècle après les débats de juillet 1885 entre Jules Ferry et Georges Clemenceau à l’Assemblée nationale, une polémique sur la colonisation semblait sur le point de renaître.

En effet, dès le mardi 15 mai 2012 en début d’après-midi, au moment de prendre ses fonctions de président de la République, François Hollande, a tenu à rendre hommage à Jules Ferry. Mais c’est le «bâtisseur» de l’école de la République qu’il a salué – et non le promoteur d’une politique coloniale qu’il a condamnée : « En saluant aujourd’hui la mémoire de Jules Ferry, je n’ignore rien de certains de ses égarements politiques a-t-il déclaré. Sa défense de la colonisation fut une faute morale et politique. Elle doit, à ce titre, être condamnée […].

C’est donc empreint de cette nécessaire lucidité que je suis venu saluer le législateur qui conçut l’école publique, le bâtisseur de cette grande maison commune qu’est l’école de la République. […] »

Nous reprenons ci-dessous les tribunes de l’historien Gilles Manceron et de l’écrivain Salah Guemriche concernant Jules Ferry et la colonisation.

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un rassemblement de victimes du terrorisme

Selon ses organisateurs, 650 personnes dont 400 «victimes d’actes terroristes originaires de plus de 35 pays» seront accueillies à Paris pour témoigner «en toute neutralité politique et religieuse», et participer au VIIe Congrès international des victimes du terrorisme qui se tiendra à l’École militaire de Paris, du 15 au 17 septembre 2011. Un congrès patronné par le Président de la République et dont les cérémonies officielles se dérouleront en présence de chefs d’État et de gouvernement, de plusieurs ministres et de personnalités royales.

Un congrès dont le thème et la présence de certains intervenants suscitent des interrogations sur la finalité. L’édition du 14 septembre du quotidien algérien El Watan y consacre un dossier repris ci-dessous, comportant notamment un entretien avec le directeur général de l’Association française des victimes du terrorisme (AFVT), Guillaume Denoix de Saint-Marc, co-organisateur du congrès de Paris.

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une vision particulière du terrorisme

Un rassemblement international de victimes du terrorisme se réunira à Paris les 15, 16 et 17 septembre, sous le haut patronage du Président de la République.

Ce congrès, dirigé par Guillaume Denoix de Saint Marc, soulève un certain nombre de questions. Afin d’alimenter la réflexion, nous reprenons ci-dessous deux interventions à ce sujet : celle de Mostefa Boudina, Président de l’Association algérienne des anciens condamnés à mort 1954-1962, publiée le 7 septembre dernier dans L’Expression, et celle du journaliste Sébastien Fontenelle, publiée dans Le Monde diplomatique de septembre.

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victimes du terrorisme : la mémoire sélective

Un congrès international de victimes du terrorisme doit se réunir à Paris en septembre prochain. De nombreuses situations dramatiques y seront évoquées, la plus ancienne étant le terrible attentat du Milk Bar organisé par le FLN, à Alger, en septembre 1956.

Les attentats ont été nombreux à Alger en 1956-1957. Le plus sanglant, celui de la rue de Thèbes en août 1956 – officiellement 16 morts, en réalité plusieurs dizaines, tous algériens – a été commis par l’Organisation de la résistance de l’Algérie française (ORAF) de René Kovacs et Jean-Claude Perez4. Voici comment François Mitterrand, alors ministre de la Justice, a évoqué ce groupe terroriste au cours de sa déposition au procès Salan, le 18 mai 1962 :
«L’ORAF disons que c’était une première mouture de l’OAS. […] C’était un organisme de combat, le plus brut, le plus simple et, je n’hésite pas à le dire, le plus criminel à mes yeux.5»

Pourquoi les organisateurs du Congrès n’ont-ils pas prévu de donner également la parole aux familles des victimes de l’attentat de la rue de Thèbes ? Les familles de victimes des «ultras» de l’Algérie française ont-elles été invitées ?

[Mis en ligne le 26 juillet 2011 – le P.-S. a été ajouté le 27]

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le déni de l’histoire du passé colonial et ses conséquences, par Martine Timsit-Berthier

A l’occasion de la journée de commémoration de “l’autre 8 mai”, organisée le 8 mai 2011 par l’Espace Franco-algérien à Marseille, Martine Timsit-Berthier avait présenté une intervention centrée sur les conséquences en France du déni de l’histoire du passé colonial. Nous publions ci-dessous le texte de cet exposé, relu et corrigé par son auteure.

Martine Timsit-Berthier, Neuro-Psychiatre et Docteur ès Sciences. Après avoir effectué ses études de Médecine et de Sciences à Paris et à Marseille (1954-1961), elle est retournée en Algérie en 1962, où elle a participé avec son mari le docteur Meyer Timsit, à la relance du service de Psychiatrie de l’hôpital Mustapha et à l’enseignement de la Physiologie du Système Nerveux à la Faculté de Médecine d’Alger (1962-1966).

A la suite du coup d’État du 19 Juin 1965, elle s’est exilée en Belgique où elle a travaillé à la Faculté de Médecine de Liège jusqu’en 1997. Installée dans la région toulonnaise, depuis sa retraite, elle participe à des consultations psychiatriques données dans le cadre d’une association donnant des soins à des populations en situation de précarité et aux demandeurs d’asile (Siloé-Toulon).6

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François Mitterrand, ministre de l'Intérieur, en tournée dans les Aurès en novembre 1954 (L'Humanité/Keystone).
Controverses

Benjamin Stora : les guerres des mémoires françaises et algériennes

Deux événements récents, la création de la “Fondation de la mémoire de la guerre d’Algérie” et l’abandon – provisoire ? – du projet de loi algérien de “criminalisation du colonialisme français”, ainsi que la sortie de deux films, Hors-la-loi de Rachid Bouchareb, et Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, montrent, par les réactions qu’ils ont suscitées, que la mémoire de la guerre d’Algérie est devenue un enjeu politique important.

Nous reprenons ci-dessous, un entretien donné par Benjamin Stora7 au magazine L’Histoire, où l’historien évoque la réactivation des mémoires auquel on assiste depuis quelques années des deux côtés de la Méditerranée. Il fait le point sur les enjeux des “conflits mémoriaux” qui se développent non seulement entre la France et l’Algérie, mais également à l’intérieur de chacun de ces deux pays. Cet entretien est complété par une note sur les manuels scolaires algériens, et par une évocation des problèmes des archives.

Dans son prochain livre, François Mitterrand et la guerre d’Algérie, écrit avec François Malye et annoncé pour octobre, Benjamin Stora abordera un thème insuffisamment traité jusqu’à présent : le rôle dans cette guerre coloniale de celui qui a été successivement ministre de l’Intérieur puis de la Justice entre les années 1954 et 1957.

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Georges Frêche, la gauche colonialiste

Les dérapages verbaux du président de la région Languedoc-Roussillon ne se comptent plus. Mais, comme le remarque l’association Harkis et droits de l’Homme, il aura fallu que le sujet de son dernier dérapage soit un membre éminent du Parti socialiste – Georges Frêche a évoqué la «tronche pas catholique» de Laurent Fabius – pour que le parti se décide enfin à régler le “cas Frêche”.

C’est que Georges Frêche est une personnalité politique de poids en Languedoc-Roussillon. Son implantation locale s’est notamment appuyée sur un clientélisme affiché envers les nostalgiques de l’Algérie française – Pierre Daum l’a montré dans son article «quand Frêche flirtait avec les ex de l’OAS». La défense des colonies est une des traditions du Parti socialiste, en particulier dans le midi méditerranéen – voir cette page. Comme l’explique l’historien Gilles Manceron, Georges Frêche est un des derniers survivants d’une certaine tradition de la gauche colonialiste qui «remonte à Jules Ferry et on la retrouve dans la SFIO de Guy Mollet, où se mêle au discours républicain celui de la mission colonisatrice des races supérieures vis-à-vis des races inférieures»8.

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Les guerres des mémoires

la France et ses guerres de mémoires

Depuis le milieu des années 1990, la notion de guerres de mémoires s’affirme dans le débat public. Les termes de « repentance » et de « lois mémorielles » sont entrés dans le discours politique et la « mémoire » devient un enjeu du présent. Les médias, les historiens, et les responsables politiques s’engagent et certains évoquent même un risque de débordement mémoriel, en particulier à propos de l’histoire coloniale. Le souvenir de la Grande Guerre, celui de la Shoah questionnent toujours le présent sur la manière d’appréhender et de commémorer le passé.

L’ouvrage dirigé par Pascal Blanchard et Isabelle Veyrat-Masson, Les guerres de mémoires, La France et son histoire9 réunissant historiens, politologues, anthropologues ou sociologues, montre qu’au cours du XXe siècle une longue suite de conflits mémoriels a permis de faire entrer le passé dans le présent.

Nous en reprenons la préface de Benjamin Stora.

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