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Édition du 15 janvier au 1er février 2026

Commémorations

Alger-Toulouse, d’une minute de silence à l’autre

La Ligue des droits de l’Homme partage l’émotion de tous devant les meurtres de Montauban et de Toulouse, et elle exprime dans un communiqué sa solidarité aux proches des victimes.

Une minute de silence a été observée aujourd’hui, mardi 20 mars 2012 vers 11 heures dans les écoles de France, en hommage aux victimes de la tuerie de Toulouse.

Cet hommage en rappelle un autre : il y a cinquante ans, le 19 mars 1962, une minute de silence avait été observée dans toutes les écoles de France à la suite de l’assassinat barbare à Alger, par des commandos OAS, de six inspecteurs des centres sociaux éducatifs. On trouvera ci-dessous le communiqué du ministre de l’époque.

On ne peut pas reprocher aujourd’hui à un adolescent d’avoir refusé alors de s’associer à cet hommage. Par contre, il est déplorable que, devenu conseiller du président de la République, Patrick Buisson se soit abstenu de répondre au fils d’un de ces fonctionnaires de l’Éducation nationale qui l’avait interpellé en 2009 à ce sujet.

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cinquantenaire du cessez-le-feu : apaiser les mémoires

Il n’y aura pas de commémoration officielle du Cessez-le-feu aujourd’hui en France, pas plus qu’il n’y en a eu hier pour le cinquantenaire des Accords d’Evian. Ainsi en a décidé Nicolas Sarkozy, cédant au lobby des ultras rapatriés, minoritaires mais très actifs et introduits jusqu’au plus haut de l’Etat français.

Seule la FNACA appelle à des rassemblements partout en France pour célébrer cet anniversaire. Pour l’Ile de France1 :

  • 16h45 : cérémonie au mémorial national, quai Branly (près de la Tour Eiffel)
  • 17h45 : rassemblement à l’angle rue Balzac / Champs Élysées (métro George v)
  • 18h30 : ravivage de la flamme à l’Arc de Triomphe.

Pour Claire Mauss-Copeaux2, historienne de la guerre d’Algérie, dont les recherches ont trait aux mémoires et aux représentations de la guerre, ce sont les historiens algériens et français qui permettront d’apaiser les mémoires.

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il y a 50 ans, les actualités : négociations à Evian, massacres à Alger

Les infos de 19h15, le 15 mars 1962 … Alors que les discussions se poursuivent à Evian, deux attentats sanglants, commis par des commandos de l’OAS, frappent Alger : à Hussein Dey, une dizaine de morts, tués au pistolet mitrailleur, dans une longue file d’ouvriers algériens qui attendaient le train pour gagner leur travail, et, deux heures plus tard, l’assassinat de six inspecteurs des centres sociaux-éducatifs à Château-Royal (El Biar)…

Avant d’écouter ce bulletin d’informations datant aujourd’hui de cinquante ans, il faut relire le texte qu’a écrit l’historien Pierre Vidal-Naquet en 1992 au sujet de ce dernier assassinat. Pour terminer, un hommage récent aux six victimes de “La bêtise qui froidement assassine” (Germaine Tillion).

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Manifestation pour l'ouverture de négociations en Algérie, le 27 octobre 1960, à Caen. (© Archives Ouest-France)
1962, la fin de la guerre d'Algérie

les “appelés” de la guerre d’Algérie

À l’époque, les jeunes Français étaient appelés, dans l’année de leur vingtième anniversaire, afin d’effectuer le service militaire obligatoire, à l’exception des “réformés” qui en étaient dispensés, et des “sursitaires” – notamment les étudiants – qui bénéficiaient d’un report3. La durée du service était fixée à 18 mois par la loi du 30 novembre 1950 ; l’objection de conscience n’était pas reconnue, et les insoumis – appelés qui ne s’étaient pas présentés lors de leur appel – pouvaient être recherchés et jugés pour désertion.

Pendant la guerre d’Algérie, de 1954 à 1962, après la durée légale de 18 mois, certaines “classes” furent rappelées, d’autres furent maintenues sous les drapeaux jusqu’à 30, puis 28 mois.

Les effectifs militaires en AFN (Afrique française du Nord : Algérie, Maroc et Tunisie) :
-en 1954, environ 50 000 hommes dont 38% d’appelés pour 18 mois de service,
– en 1955, les effectifs passent à 100 000 hommes,
– en 1956, le rappel sous les drapeaux porte les effectifs militaires à 200 000 hommes,
– en 1957, le maintien sous les drapeaux jusqu’à 30 mois permet d’atteindre un effectif de 400 000 hommes, dont 57% d’appelés.

Entre 1952 et 1962, 1 343 000 appelés ou rappelés et 407 000 militaires d’active ont participé “au maintien de l’ordre en Afrique du Nord”, opérations qui ne seront reconnues comme “Guerre d’Algérie” que le 5 octobre 1999. Au cours de la même période, 12 000 hommes ont été déclarés réfractaires, dont 10 831 insoumis, 886 déserteurs et 420 objecteurs de conscience4.

Ci-dessous : une cinquantaine d’années après, deux anciens appelés témoignent.

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le colloque de Nîmes sur l’histoire de la fédération de France du FLN est maintenu

Le collectif de 9 associations, organisateur du Colloque historique
franco-algérien, s’est réuni le 1er mars, et a décidé de maintenir le colloque des 10 et 11 mars à Nîmes consacré à l’histoire de la fédération de France du FLN.

Le colloque à l’origine de la polémique est organisé par Bernard Deschamps, ancien député communiste et président fondateur et d’honneur de « France El Djazaïr », association d’amitié franco-algérienne, avec un collectif d’associations. « Ce n’est donc pas en qualité d’ancien député communiste que je l’organise, déclare Bernard Deschamps, mais au titre du travail que je poursuis depuis des années sur l’histoire du FLN dans le Gard qui a fait l’objet d’une édition par Le temps des Cerises et que je viens de
rééditer avec des compléments importants.
»

Pour télécharger le programme du colloque.

[Mis en ligne le 6 mars 2012 à 23h35, mis à jour le 7 à 22h30]

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Boudjemaa Laliam, président de l'Association des Algériens du Languedoc Roussillon et de l’Aveyron (D.R.)
1962, la fin de la guerre d'Algérie

les historiens doivent pouvoir travailler sans subir de pressions des politiques

Un colloque historique à caractère universitaire consacré à l’histoire de la Fédération de France du Front de libération nationale (FLN) pendant la guerre d’Algérie doit avoir lieu à Nîmes dans les locaux du conseil général du Gard les 10 et 11 mars – en voici la présentation. Une petite dizaine d’historiens et deux anciens militants du FLN en France partageront leurs réflexions, si toutefois le colloque n’est pas interdit par les pouvoirs publics.

En effet, il s’est trouvé une association activiste de pieds-noirs proche de l’extrême droite, l’Union Syndicale de Défense des Intérêts des Français Repliés d’Algérie (Usdifra), pour qualifier cette réunion de “colloque de la désinformation”, et annoncer son intention de mobiliser ses troupes pour manifester à Nîmes le 10 mars, de façon à en obtenir l’interdiction.

Un scénario semblable s’est déroulé début février à Nice où Christian Estrosi, maire de Nice, avait manifesté « sa totale désapprobation » de l’organisation par la LDH d’un colloque consacré à la question “pourquoi la fin de cette guerre a-t-elle été si tragique ?” Il avait demandé à la LDH de surseoir à sa tenue. Le colloque de Nice s’étant déroulé dans un local privé, le maire n’a pu l’interdire, et la réunion s’est passée de façon quasi-normale 5.

Le refus de l’Etat d’apporter son soutien au colloque de Nîmes est symptomatique de l’opération séduction de l’UMP en direction de la frange la plus droitière de l’électorat pied-noir, influente sur le pourtour méditerranéen.
« C’est totalement stupide, le colloque de Nîmes est organisé par des associations ayant un état d’esprit serein visant à ne pas rejouer éternellement la guerre » déplore l’historienne Sylvie Thénault qui doit intervenir au colloque. Pour Gilbert Meynier, autre intervenant, l’attitude de l’Etat « procède de la tentative de se concilier un lobby électoral, celui des thuriféraires de l’Algérie française, que Nicolas Sarkozy essaie de ramener à lui ».

Le colloque pourra-t-il se tenir ? La préfecture du Gard indique qu’elle se prononcera « dans les jours précédant le colloque sur une éventuelle interdiction si les forces de police estimaient ne pas être en mesure d’assurer la sécurité publique ». S’il devait être interdit, ce serait un cas sans précédent de censure de la recherche historique.

Nous reprenons ci-dessous la lettre adressée par Marc Laffineur au coordonnateur du collectif d’associations locales et de syndicats qui organise le colloque de Nîmes, puis celle de Christian Estrosi à la LDH, suivies par un entretien récent où Gilles Manceron aborde ces questions. Et nous terminons par une lettre de soutien au colloque que l’historien Gilbert Meynier a adressée au préfet du Gard.

[Mis en ligne le 29 février 2012, mis à jour le 5 mars]

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Les six inspecteurs assassinés par l'OAS, le 15 mars 1962.
1962, la fin de la guerre d'Algérie

ultras de l’Algérie française et ministres contre les colloques sur la guerre d’Algérie

Le Matin d’Algérie a publié, le 2 mars 2012 sur son site internet, un article qui s’inquiète de la montée en puissance des ultras de l’Algérie française, à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie.

Nous reprenons ci-dessous le communiqué de l’Association les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons, association qui entretient la mémoire des six enseignants froidement abattus par l’OAS, il y a cinquante ans, quelques jours avant la signature des Accords d’Evian.

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Alain Lopez tient à renforcer les liens d'amitié avec le Maghreb. (Photo reprod.)
1962, la fin de la guerre d'Algérie

de la liberté de commémorer la fin de la guerre d’Algérie…

Faute de pouvoir interdire le colloque “Algérie 1962: pourquoi une fin de guerre si tragique?”, le maire de Nice, Christian Estrosi avait demandé à la Ligue des droits de l’Homme de «surseoir» à son projet. La LDH a refusé de céder à cette pression et le colloque s’est tenu les 10 et 11 février derniers, sans incident majeur, mis à part les cris d’oiseaux proférés par une vingtaine de perturbateurs nostalgériques, au début de la matinée.

D’autres réunions et colloques prévus pour les jours prochains, à l’occasion du cinquantenaire des Accords d’Evian, sont l’objet de menaces. À Samatan (Gers), la soirée couscous qui devait conclure la journée du 25 février a été annulée par le maire, suite à la pression d’un groupe d’activistes pour lesquels la seule vision acceptable de la guerre d’Algérie est celle de l’“Algérie française” – mais la projection-débat du film El gusto est maintenue.

Il importe que les autres colloques, notamment ceux qui sont prévus à Nîmes6 et à Évian, puissent se tenir dans le calme et la sérénité.
Dans une démocratie, il incombe aux pouvoirs publics de veiller au respect de la liberté d’expression.

[Mis en ligne le 22 février 2012, mis à jour le 23]

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l’Algérie, cinquante ans plus tard, par Michèle Villanueva

Il y a un an, un éditeur libraire m’a proposé de faire partie d’un projet collectif à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance algérienne. Sous-forme de témoignage, il s’agissait d’évoquer notre ressenti ou notre vécu, “Nous et l’Algérie”, par un texte personnel – toutes les formes littéraires étant acceptées à l’exception de la fiction.

À mon premier envoi, on m’a signifié que mon texte faisait une part trop importante à l’Histoire. Je l’ai modifié trois à quatre fois, mais cela n’a pas suffi. Il est vrai que je ne peux évoquer mon passé en faisant abstraction du canevas tragique de la décolonisation qui en a constitué la toile de fond. Voici donc mon témoignage où s’entremêlent, de façon indissociable, ma vie personnelle et l’Histoire.

Michèle Villanueva

auteure de L’écharde7

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quand Estrosi se fait balader par un Français d’Algérie

Il est bien connu au bord de la Méditerranée que, dès qu’une association de la nébuleuse pied-noir commence à froncer les sourcils, les politiques se mettent au garde-à-vous, de peur sans doute de perdre quelques voix au cours des élections à venir… quitte à se ridiculiser.

C’est la mésaventure qui vient d’advenir à Christian Estrosi, maire de Nice : la LDH a refusé de surseoir au colloque qu’elle a organisé les 10 et 11 février derniers. Elle a maintenu le colloque prévu et la rencontre s’est fort bien déroulée – on peut sans exagération parler de succès. Mais d’autre part la question se pose maintenant de l’existence de l’association U.N.F.A.N. au nom de laquelle le maire de Nice avait été sollicité : la consultation du JO Associations comporte en effet la mention de sa dissolution à la date du 23 août 2007 (voir ci-dessous) !

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la LDH a refusé la censure de Christian Estrosi

L’arrivée à Nice de 40 000 pieds-noirs et harkis au début des années 1960 a été un événement important, justifiant le choix de cette ville pour l’organisation par la LDH, le 11 février 2012, d’un colloque sur le thème “Algérie 1962, pourquoi une fin de guerre si tragique ?” Cette journée de rencontre avait été précédée la veille d’une représentation de l’émouvant Contraire de l’amour, adaptation par Dominique Lurcel du Journal de Mouloud Feraoun.

Le 9 février, Christian Estrosi, maire de Nice, avait demandé à la LDH de “surseoir à la tenue de ce colloque”, au motif que celui-ci ne s’inscrit pas dans “l’esprit” de la commémoration organisée par sa municipalité. La LDH, qui a toujours agi dans le respect des victimes de ce conflit, a refusé de céder à une telle incongruité et le colloque s’est déroulé comme prévu. Environ 200 personnes ont participé à des échanges sur lesquels nous reviendrons. Une journée particulièrement riche que les noms d’oiseaux lancés par une vingtaine de “nostalgériques” venus en perturbateurs n’ont pu gâcher. Les différents intervenants sont notamment revenus sur le rôle de l’OAS.

Ci-dessous, un communiqué émanant de la mairie de Nice, suivi de la réaction de la section de Nice de la LDH, et de la lettre que Pierre Tartakowsky, président de la LDH, a adressée au maire de Nice et au ministre de l’Intérieur. Vous compléterez ces informations en consultant la page qui expose comment Estrosi s’est fait balader par un Français d’Algérie.

[Mis en ligne le 9 février 2012 à 19h45, mis à jour le 12 à 11h30]

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La petite Delphine Renard
1962, la fin de la guerre d'Algérie

il y a cinquante ans, le 7 février 1962, un attentat de l’OAS…

Le 7 février 1962,

La petite Delphine Renard
La petite Delphine Renard
dix charges de plastic explosent à la porte du domicile parisien d’hommes politiques, d’intellectuels, de journalistes. Sept blessés.
Parmi les blessés une fillette âgée de quatre ans et demi, Delphine Renard. Elle jouait dans sa chambre quand une charge de plastic destinée à André Malraux, qui habitait le même immeuble de Boulogne-sur-Seine, explose devant ses fenêtres. Delphine est gravement atteinte, elle finira par perdre la vue.

Plusieurs syndicats et partis de gauche appellent à une manifestation à Paris pour le lendemain, 8 février 1962, afin de protester contre cette vague d’attentats de l’OAS. Ce sera Charonne.

Aujourd’hui, Delphine Renard prend la parole pour dire sa révolte devant les «attentats à la vérité [commis] en honorant ceux qui ont eu recours à la barbarie pour tenter de renverser l’ordre démocratique», devant le négationnisme entretenu au plus haut de l’État. Nous reprenons sa tribune, pour l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS – Anpromevo 8 –, publiée le 7 février sur LeMonde.fr. 9

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