Tous des sauvages, par Robert Fisk
A considérer son ennemi comme un sauvage, on finit par le devenir soi-même.
Une tribune de Robert Fisk, publiée le 8 mai 2004 dans The Independant1.
A considérer son ennemi comme un sauvage, on finit par le devenir soi-même.
Une tribune de Robert Fisk, publiée le 8 mai 2004 dans The Independant1.

Une décision historique : le gouvernement britannique va indemniser d’anciens “rebelles” kényans – des “Mau-Mau” – qui avaient été victimes de la répression coloniale au cours des années 50.
Quatre Kenyans avaient engagé en 2009 des poursuites pour les tortures et mutilations qu’ils avaient alors subies. A la suite de la décision de la justice britannique de reconnaître comme éléments de preuve des documents d’archives que l’on croyait détruits 2, le gouvernement britannique a décidé de négocier.
Il a reconnu que «des Kényans ont été torturés ou ont subi d’autres formes de mauvais traitement aux mains de l’administration coloniale» et a accepté d’indemniser.
La condamnation par le gouvernement britannique de ces violations des droits de l’homme3 est un fait important. Il fera sans doute jurisprudence pour d’autres États de l’Empire Britannique – Chypre, Ouganda, Nigéria, Malaisie etc. De plus, on peut s’attendre à d’autres plaintes de victimes de violences contre les anciennes puissances coloniales – le Portugal, la Belgique, la France …

La colonisation italienne en Afrique s’est déroulée de façon particulièrement brutale – voir l’article que Gilbert Meynier a consacré à l’ouvrage Italiani, brava gente ? d’Angelo del Boca. Le général Rodolfo Graziani (1882 – 1955) en a été l’un des acteurs les plus sanguinaires. Ce criminel de guerre, qualifié de “boucher” pour ses campagnes en Libye et en Éthiopie, a terminé sa carrière publique comme ministre de la Défense de la république fasciste de Salò.
En août dernier, dans la petite ville d’Affile où Graziani a vu le jour, un monument du plus pur style fasciste, financé par la région du Latium, a été érigé à sa mémoire, déclenchant une violente polémique …
[Mise à jour, le 6 mai 2013] – Suspension de la construction.
Nicola Zingaretti, nouveau président de la région du Latium, a décidé de suspendre le financement (180 000 euros) du mausolée en l’honneur de Rodolfo Graziani qui avait provoqué l’indignation en Italie, notamment au sein de la communauté juive et parmi les anciens résistants, et jusqu’en Éthiopie. Pour le président de la région, la commune d’Affile avait détourné le projet d’érection d’un monument initialement destiné à honorer un “soldat inconnu”.
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Présentation par l’historien Gilbert Meynier de deux ouvrages de l’historien Angelo Del Boca – Il mio Novecento et Naissance de la nation libyenne. À travers les mémoires de Mohammed Fekini5 – publiée dans le numéro 129, juillet 2011, de la «Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée».

Comme l’actualité le montre – voir la polémique autour du monument d’hommage à Rodolfo Graziani – l’Italie n’a toujours pas affronté son passé colonial. Longtemps occultée par l’idée que les Italiens s’étaient dans l’ensemble comportés comme des « gens bien » (brava gente)6, l’histoire des guerres de conquête italiennes en Afrique montre la brutalité avec laquelle elles furent conduites, leur lien étroit avec l’expansion de l’État national fondé par Cavour suivi du fascisme, et leur inscription dans la longue durée du rapport au Mezzogiorno.
Gilbert Meynier, professeur émérite à l’Université Nancy II, est un historien spécialiste de l’histoire de l’Algérie sous la domination française. À l’occasion de la parution du livre d’Angelo del Boca, Gilbert Meynier a écrit en mai 2006 l’article suivant qui fait une synthèse du passé colonial et fasciste de l’Italie7.

La Cyrénaïque et la Tripolitaine étaient sous domination turque lorsque l’Italie en entreprit la conquête en octobre 1911. A cette occasion, l’historien Alain Ruscio nous le rappelle, pour la première fois dans l’histoire, l’aviation – l’aviation italienne en l’occurrence – a été utilisée pour bombarder des positions ennemies.
L’Empire ottoman renonça à ses droits dès 1912, mais la conquête italienne ne se termina qu’en 1932. Les Italiens fusionnèrent les trois régions historiques (Tripolitaine, Cyrénaïque et Fezzan) en une colonie libyenne, laquelle devint une «province italienne» en 1939. La colonisation italienne fut très dure : entre 1911 et 1945, les Italiens exterminèrent ou forcèrent à l’exil la moitié de la population locale.

Gouvernée par le roi Idris 1er de la confrérie des Senoussis qui avait symbolisé la résistance aux Italiens, la Libye fut la première colonie d’Afrique à accéder à l’indépendance en 1951. Le pays comptait alors parmi les plus pauvres… jusqu’à la découverte de gisements pétroliers, en 1958 et 1959. Le 1er septembre 1969, un coup d’État militaire dirigé par le capitaine Mouammar Kadhafi, alors âgé de 27 ans, renversa la royauté…
La LDH apporte son soutien à Karoline Postel-Vinay chercheuse du CERI, qui a “osé” mettre en cause le soutien apporté par le Quai d’Orsay à une fondation franco-japonaise, compte tenu de ses positions douteuses. Où le dépôt d’une plainte apparemment abusive pour “diffamation” semble instrumentalisé pour détourner l’attention du fond du problème soulevé.

L’Italie et la Libye ont signé, samedi 30 août 2008, à Benghazi, un traité qui constitue une première dans les rapports entre deux pays liés par une histoire commune de colonisation — la Libye a été colonie italienne à partir de 1911, et elle est devenue indépendante en 1951.
Silvio Berlusconi a déclaré vouloir, par cet accord , « exprimer, au nom du peuple italien, notre regret et nos excuses pour les blessures profondes que nous vous avons causées ». Mais il avait auparavant déclaré plus crûment : « l’accord nous permettra d’avoir moins de clandestins et plus de gaz et de pétrole libyen qui est d’une excellente qualité ».
L’événement n’est passé inaperçu, ni France où le ministère des Affaires étrangères a fait savoir que la France ne suivrait pas l’exemple italien, ni en Afrique. Au Burkina-Faso, par exemple, LeFaso.net salue la «brêche» ouverte par le chef de l’Etat libyen, et regrette que, après «avoir tiré profit de la colonisation », la France ne fasse pas bénéficier ses anciennes colonies d’une politique préférentielle dans le domaine de l’immigration. Il est vrai que, comme l’a écrit Aminata Traoré, la France préfère donner droit de cité aux oeuvres d’art africaines plutôt qu’aux Africains.
Le questionnement de la France sur son passé colonial est à l’image des débats mémoriels qui se développent dans de nombreux pays. 8

En septembre 1857 fut écrasée en Inde la première grande insurrection contre un empire colonial européen : la révolte des cipayes, soldats indigènes, contre leurs chefs britanniques, porteurs des « valeurs » occidentales. Londres apprit à ses dépens que nulle force ne peut venir à bout de fondamentalismes religieux qui se nourrissent de l’occupation étrangère. Cette leçon n’a été entendue ni par les Etats-Unis ni par Israël. Ni même, paradoxalement, par M. Anthony Blair.
Cet article de William Dalrymple9, version abrégée d’un texte publié dans la New York Review of Books, est paru dans Le Monde diplomatique d’août 2007.

Des Hereros, on connaît surtout les coiffes exubérantes de leurs femmes et les couleurs vives des vêtements qu’elles arborent lors des fêtes. Mais peu de gens savent que ce peuple a subi un massacre au début du XX-ème siècle. Ce massacre est d’ailleurs considéré, à juste titre, comme « le premier génocide du siècle ». 10
Le 14 août 2004, lors d’une cérémonie marquant le centième anniversaire du soulèvement des Hereros contre leurs colons allemands, une ministre a présenté les excuses du gouvernement allemand pour ce massacre.
Tony Blair a condamné, lundi 27 novembre, la traite des Noirs et exprimé sa « profonde douleur » à son propos. Mais il n’est pas allé jusqu’à présenter des excuses pour le « rôle actif » que la Grande-Bretagne a joué dans le développement de l’esclavage avec ses ports et son industrie.