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Édition du 1er au 15 février 2026

Afrique subsaharienne et océan Indien

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Cameroun

La France et la guerre au Cameroun (1957-1963)

Noël Mamère, député EELV de Gironde, vient de demander au ministre des Affaires étrangères, « s’il confirme que la France a bien mené une guerre au Cameroun entre 1957 et 1963, comme l’écrivent les responsables militaires français de l’époque eux-mêmes ».

Nous saurons dans les semaines qui viennent si Alain Juppé adopte une attitude un peu plus ouverte à la recherche de la vérité historique que celle exprimée par François Fillon. Lors de son séjour à Yaoundé en 2009, le Premier ministre français avait balayé d’un revers de main la question de la responsabilité française dans la mort de nationalistes Camerounais, préférant n’y voir qu’une « pure invention ».

Le pouvoir en France et au Cameroun, où l’héritier de l’indépendance confisquée, Paul Biya, postule pour un nouveau septennat en octobre prochain, semble toujours refuser de voir cette histoire en face. La vérité autour de cette guerre secrète, menée par la France pendant des années contre les indépendantistes camerounais de l’Union des populations du Cameroun, sera-t-elle un jour officiellement reconnue ?

Pour Gilles Manceron, «plus de cinquante ans après la pseudo-indépendance accordée au Cameroun, cette histoire [doit] être revisitée».

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Cameroun

“Kamerun ! une guerre cachée aux origines de la Françafrique, 1948-1971”

De 1955 à 1962, la France a livré une guerre totale aux indépendantistes camerounais. Une véritable guerre qui a fait des dizaines de milliers de morts, à 5 000 km de la métropole, loin des regards d’une opinion fascinée par les événements d’Algérie. Une guerre qui s’inscrit dans la lignée des pires conflits coloniaux1.

Aujourd’hui encore, peu de Français savent que leur armée fut engagée pendant sept ans au Cameroun, pour éradiquer l’UPC, un mouvement rebelle. Une guerre que les autorités françaises persistent à nier, envers et contre tout. En visite à Yaoundé le 22 mai 2009, François Fillon, interrogé sur cette guerre, avait même osé affirmer : « Je dénie absolument que des forces françaises aient participé en quoi que ce soit à des assassinats au Cameroun, tout cela c’est de la pure invention »2. En 750 pages, les trois auteurs mettent en pièce ce déni d’histoire. Le site associé au livre publiera progressivement des documents d’archives inédits, des extraits d’interviews de témoins et de responsables, politiques et militaires, camerounais et français, de cette guerre.

A la suite de la présentation du livre, vous trouverez ci-dessous deux des sept parties constituant l’introduction : «Aux origines du système néocolonial français en Afrique» et «La France contre le
Kamerun».

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Jean-Pierre Chrétien : «Le génocide du Rwanda : un négationnisme structurel»

L’historien Jean-Pierre Chrétien, directeur de recherche émérite, après une carrière universitaire d’enseignant-chercheur, est un spécialiste de l’Afrique orientale, en particulier la région des Grands Lacs. Parmi ses nombreuses publications – voir la bibliographie – citons le livre L’Afrique des Grands Lacs. Deux mille ans d’histoire (éditions Aubier/Flammarion). Il a édité des ouvrages collectifs sur l’ethnicité, les religions, les rapports entre mémoire et histoire en Afrique, et il publie régulièrement des articles sur les problèmes de l’Afrique contemporaine dans les revues Esprit et Politique africaine. Il été témoin-expert à Arusha auprès du parquet du Tribunal pénal international pour le Rwanda dans le « procès des médias » en 2002.

Cet article est la version développée d’un texte qui paraîtra fin septembre 2010 dans le n° 151 de Hommes & Libertés, revue trimestrielle de la Ligue des droits de l’Homme (ce numéro comportera notamment un dossier sur la santé). 3

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Nicolas Sarkozy à Kigali, le 25 février 2010 (AFP/Phillippe Wojazer)
Rwanda

France-Rwanda : beaucoup de questions, peu de réponses

Après les déclarations de Nicolas Sarkozy, à Kigali le 25 février dernier, la commémoration du génocide du Rwanda se déroule cette année dans un contexte particulier. La visite du président de la République a en effet donné lieu à un début de reconnaissance des responsabilités françaises dans ces événements.

Le communiqué de la Ligue des droits de l’Homme et la pétition que nous reprenons ci-dessous insistent notamment sur deux points :

  • il faut que la lumière soit faite sur le rôle joué par la France avant, pendant et après le génocide4 ;

    • la justice française doit juger les présumés génocidaires présents sur le territoire français5.
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Rwanda

Décès d’Alison Des Forges, historienne et militante

Alison Des Forges est décédée le 12 février 2009 dans le crash d’un avion à Buffalo. Un coup très dur pour la cause des droits de l’Homme dans la région des Grands Lacs, en particulier au Burundi et au Rwanda.

«Triste fin de journée. C’était la militante rigoureuse et déterminée que tout le monde connaît. Elle n’a jamais mégoté sur la réalité du génocide de 1994, tout en étant toujours soucieuse de cerner la vérité. Elle est le contraire d’une idéologue. […]

«J’ajouterai surtout que c’est une grande historienne du Rwanda. Il faudrait éditer sa thèse sur Musinga en hommage à ce travail remarquable. Elle a sacrifié son travail de recherche pour la défense des droits humains. Qui le regrettera ? »

Jean-Pierre Chrétien
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Cameroun

13 septembre 1958, Ruben Um Nyobè assassiné

Les Français ignorent souvent les circonstances dans lesquelles le Cameroun est devenu indépendant en 1960.

Dans les années 1950, l’UPC (Union des populations du Cameroun), dirigée par Ruben Um Nyobé, bénéficiait d’un fort soutien populaire. Um Nyobé ira jusqu’à la tribune des Nations unies exprimer l’aspiration à l’indépendance de son pays. Mais la France dissout son parti en 1955 et en pourchasse les militants. En 1958, il est assassiné. La répression contre l’UPC est d’une extrême violence : torture, assassinats, exposition des têtes coupées des victimes, bombardements.

Le 1er janvier 1960, le pays accède à l’indépendance sous la férule du président Ahmadou Ahidjo (1960-1982). Malgré les persécutions, l’UPC poursuit son combat — contre le régime Ahidjo. Epaulées par l’armée française, les forces camerounaises appliquent ses méthodes. Dix années de terreur et des dizaines de milliers de victimes seront nécessaires pour venir à bout de l’opposition. Depuis 1982, un autre dictateur, Paul Biya, règne sur le Cameroun… avec le soutien de la France.

Deux journalistes, Thomas Deltombe et Fanny Pigeaud, évoquent ce « trou de mémoire » de la décolonisation, devenu un véritable enjeu de mémoire pour les Camerounais.

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Génocide au Rwanda en 1994 : l’impardonnable retard des poursuites judiciaires

« Avant de parler de “repentance ”, il s’agit tout simplement de reconnaître des faits, de réfléchir sans langue de bois, d’accepter les questions et les enquêtes transparentes, au lieu de répéter, la main sur le cœur, qu’on avait fait le meilleur choix possible, celui d’une politique préventive qui aurait échoué face à une barbarie africaine et que, si c’était à refaire, on recommencerait. »

Jean- Pierre Chrétien & Jean-François Dupaquier

[Mise en ligne le 6 avril 07, mise à jour le
28 mars 2008]

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Rwanda

Généalogie du génocide rwandais

Les Tutsis et les Hutus vivaient sur le même territoire, parlaient la même langue, pratiquaient une même religion et partageaient la même culture. Être hutu ou tutsi était un fait purement social. Il ne s’agissait donc pas de deux groupes ethniques. Et pourtant les Européens, en quelques dizaines d’années de colonisation, sont parvenus à imposer une vision ethnique de la société rwandaise — apportant leur soutien aux Hutus à partir des années 60, après avoir favorisé les Tutsis. Une racialisation à l’origine des conflits politiques qui ont engendré le génocide de 1994.

C’est ce que nous montre Etienne Smith6 dans la présentation qu’il a faite en septembre 2004 de l’ouvrage de Dominique Franche, Généalogie du génocide rwandais, Paris, Tribord, 2004.

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Pierre Messmer
Cameroun

Pierre Messmer grand commis de la République coloniale

Avant de devenir un homme politique de premier plan, Pierre Messmer avait été acteur et témoin d’un chapitre de l’empire colonial français en Afrique. Une brillante carrière d’administrateur colonial lui avait permis d’être le dernier Haut-Commissaire en Afrique occidentale française de juillet 1958 à décembre 1959. David Servenay le rappelle dans un article que nous reprenons partiellement ci-dessous.

Mais au Cameroun, c’est la “pacification” du pays, à l’époque où Pierre Messmer était Haut-Commissaire — du 17 avril 1956 au 29 janvier 1958 — qui est restée présente dans la mémoire des Camerounais. Une page sanglante et souvent méconnue de l’histoire coloniale qu’entend exhumer l’Association des vétérans du Cameroun.

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un rêve ...
Madagascar

Gallieni et la colonisation de Madagascar

« Le rêve européen […] s’est rétréci quand s’est brisé le rêve qui jeta jadis les chevaliers de toute l’Europe sur les routes de l’Orient, le rêve qui attira vers le sud tant d’empereurs du Saint Empire et tant de rois de France, le rêve qui fut le rêve de Bonaparte en Egypte, de Napoléon III en Algérie, de Lyautey au Maroc. Ce rêve qui ne fut pas tant un rêve de conquête qu’un rêve de civilisation.», déclarait Nicolas Sarkozy à Montpellier, le 3 mai 2007.

Voyons donc quel fut le rêve français à Madagascar, le rêve de Gallieni7.

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Le petit journal - 2 juin 1895
Madagascar

Mars 1947 : Madagascar se révolte

Une insurrection de 21 mois noyée dans le sang. La répression coloniale française fera plusieurs dizaines de milliers de victimes – une des pages les plus noires de l’histoire de la Grande Île.

[Première mise en ligne, le 30 avril 2005,

mise à jour, le 29 mars 2007]
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“passé colonial : le devoir d’histoire”, par Jean-Pierre Chrétien

Un nouvel intérêt pour l’Afrique se manifeste dans l’opinion publique française, porté notamment par des débats sur la colonisation. L’exemple de la gestion de la mémoire du Congo en Belgique fait ressortir un retard français en la matière. Mais les polémiques sur les responsabilités coloniales dans les difficultés actuelles des communautés d’origine africaine en Europe posent la question du rôle de la critique historique et de sa diffusion face aux revendications mémorielles antagonistes.

Un article de Jean-Pierre Chrétien
publié dans Politique africaine n° 98 – juin 20058

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