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Édition du 15 juin au 1er juillet 2026

« Revolutionary Warfare:How the Algerian War Made Modern Counterinsurgency », par Terrence Peterson

Une recension par Christophe Lafaye

This article was published open access under a CC BY licence: https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/.

Revolutionary Warfare: How the Algerian War Made Modern Counterinsurgency. By Terrence G. Peterson. (Battlegrounds: Cornell Studies in Military History.) Ithaca, NY: Cornell University Press, 2024. 223 pp., ill.

L’ouvrage de Terrence G. Peterson propose d’étudier comment la pratique de la contre-insurrection par l’Armée française en Algérie a influencé le retour de la contre-insurrection au sein des armées occidentales des vingtième et vingt-et-unième siècles. Ce volume convaincant revient sur les origines et la genèse de la pacification coloniale française, en s’appuyant particulièrement sur les derniers prolongements de la guerre d’indépendance algérienne (1954–62). La réussite indéniable de ce livre est qu’il permet de mettre en perspective historique et critique le concept français de guerre antisubversive, alors que les praticiens militaires contemporains ont eu tendance à voir derrière ce terme une simple doctrine dépolitisée permettant de faire la guerre. La pacification française est à recontextualiser à la fois dans l’histoire coloniale française puis dans les mouvements globaux de décolonisation, qui s’inscrivent dans un temps de guerre froide (1947–91). Cet ouvrage présente l’avantage d’intégrer les pratiques militaires françaises en Algérie dans l’histoire des violences issues de la guerre froide. Pour les militaires français, la guerre d’Algérie est une guerre qui se mène à la fois contre les combattants et les populations algériennes qu’il faut convaincre de suivre la France. En cela, c’est une guerre globale incluant une dimension nouvelle de guerre psychologique, que la France essaie d’inscrire non pas dans la poursuite des pratiques coloniales, mais dans une lutte globalisée contre les guerres révolutionnaires menées par le communisme international. Cette théorie rencontre les pratiques de guerres non conventionnelles théorisées par le Royaume-Uni et les États-Unis. Le lieutenant-colonel David Galula joue alors un rôle de pont culturel entre les écrits doctrinaux français issus de la guerre d’Algérie et les écoles militaires aux États-Unis. Par la suite d’autres praticiens français comme Paul Aussaresses viennent dispenser des cours sur la guerre antisubversive aux États-Unis et en Amérique latine. Cette circulation transatlantique des idées permet ainsi de penser une manière de mener une guerre contre un adversaire qui tenterait de ‘corrompre’ une population, tout en reconstruisant une société viable et attractive. Promouvoir ainsi la guerre antisubversive comme moyen universel de la lutte contre la guerre révolutionnaire illustre comment les pratiques de violences coloniales se perpétuent dans celles impériales de la guerre froide et même post-guerre froide, en constituant même le socle. C’est un des principaux apports de cette étude de Peterson. En outre, il pose la question fondamentale des leçons tirées par la France de la conduite de la guerre d’Algérie. Il met en lumière le mythe tenace de la ‘guerre perdue politiquement’, qui permet au mythe de la contre-insurrection de survivre. La France se trompe dans l’analyse de son ennemi et de sa place au sein des populations. C’est parce que cet adversaire est issu de la population, qu’il en illustre les aspirations et qu’il reçoit un soutien. La lecture coloniale dénie aux Algériens et Algériennes toute conscience politique ou statut d’acteurs sociaux avec leurs propres aspirations à l’émancipation. Les stratégies perdantes ne permettent pas de remporter de nouvelles victoires: l’Irak, l’Afghanistan ou le Sahel en portent encore les stigmates.

Christophe Lafaye

Université de Bourgogne

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