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Édition du 15 septembre au 1er octobre 2024

Pour Karima Lazali, le pouvoir algérien a reproduit l’offense coloniale
il a provoqué un sursaut de vie
que salue Sadek Hadjerès

La psychanalyste Karima Lazali, auteure d’un ouvrage sur les traumatismes de la colonisation en Algérie, estime que le fonctionnement colonial a persisté malgré l’indépendance. Le FLN a reproduit ce qu’il a combattu. Les manifestations étendues à tout le pays à partir du 22 février 2019 qui ont obligé Abdelaziz Bouteflika à renoncer à un cinquième mandat sont un « sursaut de vie ». C'est aussi le sentiment d'un militant de la première heure du mouvement national algérien, Sadek Hadjerès, dont nous avons présenté le témoignage sur la période des années 1940 et 1950.

Karima Lazali : « Le pouvoir algérien a reproduit l’offense coloniale »

interview par Rachida El Azzouzi, publié par Mediapart, le 8 mars 2019. Source

Voir sur notre site : « Enquête sur les effets de l’oppression coloniale en Algérie « Le trauma colonial » », par Karima Lazali.

Trois jours avant l’annonce du retrait de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika et du report des élections présidentielles, Karima Lazali, psychanalyste exerçant à Paris et Alger, auteure de Le Trauma colonial – Une enquête sur les effets psychiques et politiques contemporains de l’oppression coloniale en Algérie (La Découverte), a répondu, le 8 mars 2019, aux questions de Mediapart. Son analyse reste valable au lendemain des annonces intervenues le 11 mars qui sont le résultat d’un soulèvement exceptionnel commencé le 22 février.

[…] Karima Lazali : Jusqu’aux manifestations, cette impasse politique nous disait quelque chose de très grave sur la « mélancolisation », l’accablement et l’immobilisation des individus dans la société algérienne. En effet, comment comprendre que des individus puissent accepter d’être représentés par un chef d’État qui, lorsqu’il apparaît publiquement, se montre dégradé, proche de la mort et fortement affaibli ?

Cette image-là renvoyait donc les citoyens au fait de se vivre eux aussi dans l’impuissance, et surtout dans une forme d’indignité. Or, justement, l’ampleur des manifestations actuellement sur tout le territoire algérien témoigne du refus de se laisser gouverner et représenter par cette mélancolisation affichée au sommet de l’État.

Actuellement, les individus refusent de se laisser dégrader à leur tour et représenter par cette image imposée dans une société où les jeunes sont majoritaires. Il y a donc une joyeuse déclaration d’existence qui repose sur un double refus : d’une part celui de participer à la mélancolisation de la société et, d’autre part, celui de consentir à une double scène, à savoir afficher un chef d’État malade et vieillissant pour cacher le véritable lieu du pouvoir.

La dynamique citoyenne qui s’entend lors des manifestations s’apparente à une levée du voile. Les manifestants semblent mettre en lumière ce qui jusqu’alors était caché, à savoir que cette image dégradée du chef de l’État est un subterfuge pour masquer le véritable lieu du pouvoir décisionnel qui, lui, s’est toujours maintenu dans l’invisibilité. Il est, en effet, difficile en Algérie de savoir qui décide de quoi et pourquoi. Ce brouillage-là permet au pouvoir politique d’échapper à ses responsabilités.

On parle beaucoup de « réveil » du peuple algérien…

Les mobilisations actuelles condensent plusieurs plans : à la fois un sursaut de vie remarquable et inattendu qui constitue une heureuse surprise. Au-delà de l’Algérie, ce message s’entend comme une chance pour notre humanité car cela dit que des forces fabuleuses de vie peuvent jaillir d’une situation a priori désespérante. Néanmoins, le risque est que ce sursaut riche de civisme, de solidarité, de pensée, de poésie, d’humour, soit à nouveau cassé, comme cela a souvent été le cas, par le pouvoir politique algérien indépendant.

Par ailleurs, ce pacifisme et ce civisme sont une leçon sur le vivre-ensemble, disant comment « la réconciliation » ne peut être imposée par le haut, comme cela a été le projet lors de la loi de « concorde civile ». Mais si réhabilitation d’un vivre-ensemble il y a, alors cela passe par une citoyenneté en actes, c’est-à-dire une pratique au quotidien du vivre-ensemble dans la pluralité. Et cela ne peut venir qu’en son temps sans jamais être faussement imposé.

Le salut viendra de la population. Va-t-on la laisser faire ? C’est tout l’enjeu des prochains jours. Il n’empêche que, d’une certaine façon, ce qui se passe là est inédit et va marquer d’une manière irréversible la société. Sommes-nous arrivés à ce moment où le collectif se constitue enfin après de nombreuses années de barbarie et de cruauté lors de « la guerre intérieure » en se réparant, car il fut férocement meurtri ? Cette guerre-là et la manière dont les individus ont été empêchés d’enterrer leurs morts les ont propulsés dans un grave essoufflement mélancolique.

D’autant plus que les désastres de la colonisation étaient encore vivaces et que nous sommes passés en peu d’années d’un trauma colonial à un trauma devenu social et sociétal. Ce qui fait qu’aujourd’hui beaucoup d’Algériens dans le monde entier se vivent et se sentent concernés par le jaillissement actuel des forces de vie. Le soulèvement actuel serait autant une affaire citoyenne qu’identitaire par un traitement collectif de l’Histoire et du politique souffrant.

Pouvez-vous développer cette idée de « mélancolisation » de la société algérienne ?

Pendant très longtemps, il y a eu un pacte silencieux entre le pouvoir politique et les citoyens dans une sorte d’acceptation de la manière dont fonctionnait ce pouvoir politique par l’invisibilité et surtout par le fait de flouer la population en permanence sur les véritables lieux décisionnels. Disons qu’il y a eu progressivement, depuis l’indépendance, la construction d’un pouvoir politique qui se déroulait sur deux scènes parallèles, l’une visible et l’autre invisible, qui exercerait tous les pouvoirs sans jamais en rendre compte aux gouvernés.

D’ailleurs, cette question de la double scène était déjà présente lors de la guerre de libération, où la guerre visible entre les deux pays masquait aussi une guerre invisible interne aux combattants nationalistes. Cette dimension-là a toujours été cachée et maintenue secrète.

Actuellement, c’est la mobilisation citoyenne qui la met en lumière en affirmant que ce jeu de cache-cache avec le pouvoir décisionnel arrive à son terme. Donc, le système politique s’est dévoilé dans son aspect fantoche, qu’il affiche auprès de la population et en même temps dans la férocité de son entre-soi, puisqu’il y a bien un clan, des clans au pouvoir. Il n’y a pas de vacance du pouvoir, contrairement à ce qu’on peut lire. Il y a saturation du lieu du pouvoir par une gouvernance invisible.

La population n’ignorait pas cette réalité mais elle a eu un tel traumatisme des années de guerre qu’elle s’est mise en latence, en endormissement, ce qui nous donnait l’impression de ce grand immobilisme. Mais ce n’était qu’un immobilisme apparent car en même temps des forces vives la travaillaient.

Les jeunes, les écrivains, les cinéastes, toute une série de voix invisibles souterraines creusaient dans l’ombre une place à une extraordinaire vitalité, sans pouvoir l’exprimer, à défaut d’une surface autorisée. Ils étaient donc le plus souvent écrasés par l’injonction à l’immobilisme ambiant. Un fabuleux renversement est en train de s’opérer. Il y a un enthousiasme et une joie pendant les manifestations absolument bouleversants à vivre et à observer. Quelque chose qui était arrêté, bloqué se remet en marche d’une façon fabuleuse.

Manifestation à Paris contre un cinquième mandat de Bouteflika. © Rachida El Azzouzi
Manifestation à Paris contre un cinquième mandat de Bouteflika. © Rachida El Azzouzi

Comment avez-vous accueilli dimanche 3 mars les promesses du président algérien de lâcher le pouvoir s’il est réélu au terme d’une grande conférence nationale lors d’élections anticipées ?

Le système politique algérien fonctionne en activant la violence. Cela s’apparente à une stratégie de gouvernance pour déclencher la violence dans la population et ensuite s’insurger, crier au fait que c’est une population peu éduquée, non politisée, etc. Mais les individus ont arraché leur propre citoyenneté, confisquée jusqu’alors, pour donner un témoignage plein de civisme et de pacifisme au pouvoir politique.

J’espère que cela durera. « Silmiya » (« pacifique ») est le mot d’ordre. Chacun prend soin de l’autre pendant ces manifestations, y compris à l’endroit des policiers. Je n’ai jamais observé une telle solidarité, une telle façon de prendre soin des autres et du collectif en cherchant à le fabriquer coûte que coûte.

Tout un pays, 44 wilayas (préfectures) dans la rue, c’est vibrant. Des jeunes nettoyaient les rues après les manifestations ! C’est comme si la population cherchait à se constituer en société civile véritablement, à réhabiliter un collectif citoyen et vivant. Ce qui a toujours été empêché par le pouvoir politique. La société civile se constitue peut-être pour la première fois d’une façon inespérée.

Il n’y a pas de classe sociale dans la rue, c’est tout le monde. Il n’y a pas de langue, francophone, arabophone, berbérophone, ce sont tous les Algériens qui vibrent à l’unisson. Les frontières géographiques, linguistiques, sociales ont volé en éclats. D’où le fait que cette mobilisation s’est aussi constatée dans tous les pays étrangers où existe une immigration algérienne, comme en France, au Canada, aux États-Unis.

Est-ce que finalement le régime ne prolonge pas la colonialité qui a broyé les Algériens en les réduisant au statut d’« indigènes » et en les niant dans leur identité, intérieure, collective, les privant notamment de leur capacité de pensée et d’action, au travers de cette fabrique de la déresponsabilisation que vous démontrez fort bien dans votre livre Le Trauma colonial ?

Le fonctionnement colonial a persisté, malgré l’indépendance dans l’entre-soi. Le sentiment de peu compter en tant qu’individu et la pratique de l’offense n’ont jamais disparu. La destruction du collectif a été un des grands projets de la colonisation. C’est comme cela qu’il y a pu avoir expansion coloniale et construction d’une colonie de peuplement. La colonisation française s’est instituée en détruisant le collectif et la société traditionnelle pré-existante. Or le pouvoir algérien, depuis l’indépendance, n’a cessé de briser, de tuer dans l’œuf toute velléité de construction d’une société civile.

Le FLN a reproduit ce qu’il a combattu : la citoyenneté comme « titre vide », selon les propos de Frantz Fanon, la gouvernance par l’offense, par la division de la population entre des pseudo-citoyens et des sous-citoyens, avec ce même regard : ils ne sont pas éduqués, ni civilisés. Nous retrouvons également un clivage du pouvoir politique tel qu’il apparaissait dans la colonialité entre la République et la colonie, qui est un désaveu du pacte républicain.

La double scène coloniale a continué à faire matrice pour le pouvoir politique algérien. Ce qui montre que l’indépendance n’a pas suffi à libérer le lieu du pouvoir de son aliénation coloniale. Est-ce à dire que l’actuelle mobilisation citoyenne va libérer le pouvoir politique peu à peu de son propre héritage colonial ?

Le mot « Karama », « dignité », revient beaucoup dans les manifestations. Car il s’agit de traiter cette offense coloniale reproduite à l’indépendance par le pouvoir algérien jusqu’à aujourd’hui. La population cherche à traiter ses propres traumatismes par la pensée, la poésie, l’humour et enfin la solidarité.

Jusqu’alors, ce collectif semblait déchiré, malade, affaibli par des années de guerre intérieure (les années 1990), par une gouvernance totalitaire, mais surtout hors des lois de la République. Cette mobilisation collective donne une leçon de citoyenneté, de civisme aux gouvernants.

Par sa stratégie d’achat de la paix sociale grâce au pétrole, le pouvoir gardait encore une assise sur le peuple. C’est donc fini ?

La population a compris que les petits arrangements internes à la famille politique dont fait partie la corruption sont une façon d’assécher la possibilité même d’un avenir. Difficile d’accepter de vivre dans un pays où vos enfants n’auront pas d’avenir. Le pouvoir politique dans sa mégalomanie fait comme s’il n’y avait pas de suite, pas de lendemain, pas de succession de générations.

Il fait le vide sans penser au lendemain, ce qui est un raisonnement mélancolique. Eux-mêmes sont pris dans cette idée terrible d’une fin du monde qu’ils ne cessent fabriquer pour les autres et pour les générations à venir. Or, peut-être qu’il ne s’agit que de la fin d’un monde, où l’on est heureux car enfin libéré de son spectre colonial…

Pour vous qui n’avez cessé d’explorer les parricides et les fratricides dans l’histoire algérienne, sommes-nous face à l’un de ces cas aujourd’hui, tant du point de vue du peuple que des clans au pouvoir ?

Il n’y a pas eu à mon sens de père de la nation algérienne. Il est à venir, s’il doit venir. Bouteflika n’est pas en place de père. Il appartient à la bande des frères révolutionnaires qui se sont installés sur une pseudo-légitimité historique et/ou religieuse, mais il n’y a pas eu de père de la nation.

Un père, c’est celui qui pense à construire une nation dans l’idée qu’il va y avoir des générations qui vont se succéder et vivre sur ce territoire. Par conséquent, il faudrait leur permettre d’accéder à un héritage. Ici, ce n’est pas du tout le raisonnement des individus qui exercent le pouvoir politique.

Espérons que l’effort actuel de construction d’une société civile qui prenne pleinement place dans l’espace public de manière citoyenne, de façon affirmée et visible, va constituer un nouveau tissage, à venir, du politique.


8 mars 2019 et le génie d’un peuple en marche

par Sadek Hadjerès
Huffpost Maghreb, le 7 mars 2019 Source
El Watan, le 8 mars 2019 Source

Voir sur notre site : « Un témoignage essentiel, 1955-1957 : la participation du parti communiste algérien à la lutte armée d’indépendance et le rôle de Maurice Audin », par Sadek Hadjerès

Mai 1945, Novembre 1954, Décembre 1960, Juillet 1962, Avril 1980, Octobre 1988, et désormais Février/Mars 2019.

Sans remonter aux héroïques actes de résistance du 19ème siècle, la filiation entre les moments fondateurs de la Nation Algérienne est là.

Les contempteurs du Peuple avec une majuscule, ceux qui le dénigraient, le traitant tour à tour de populace – ghachi-, d’avachi et de résigné. Ceux qui ont douté de lui et lui ont dénié un destin collectif. Ceux qui l’ont infantilisé, divisé, détourné et tenté de l’avilir. Ceux qui persistent dans le mépris au point de vouloir perpétuer un système vomi en lui proposant un cadre en guise de guide. Ceux- la qui par une énième manœuvre ont cru pouvoir l’abuser. Eh bien tous en sont pour leurs frais !

Au soir de ma vie, l’intervention immense de ce peuple, mon peuple, me procure un immense bonheur et me donne l’occasion de le saluer et de lui rendre hommage pour ce qu’il fait et pour ce qu’il est : le continuateur des glorieuses luttes d’émancipation passées, le prolongateur de l’action de toutes celles et tous ceux qui sont tombés afin que notre grand pays puisse avoir le bel avenir qu’il mérite. Celui d’une Nation digne et debout qui accueille et protège ses membres contre la voracité des appétits déchaînés tant « algériens » qu’étrangers.

Voilà donc que les Algériens administrent au régime honni et à ses suppôts étrangers la démonstration de sa maturité citoyenne et civique. Cette belle jeunesse qui défile et manifeste pacifiquement, civilisée et optimiste, nous oblige et nous dit la préfiguration de l’avenir qu’elle souhaite. Les plus âgés les accompagnent et partagent les mêmes espoirs.

Alger 8 mars 2019. Ryad Kramdi/AFP
Alger 8 mars 2019. Ryad Kramdi/AFP

L’élan populaire qui secoue l’Algérie et stupéfait les opinions internationales a pris de court la classe prédatrice “bouteflikienne” et ses mentors marionnettistes qui tirent les ficelles. Ce ne sont pas les déclarations de dernière minute de Trump, Macron ou de l’Union européenne qui pourraient tromper le peuple algérien. Celui-ci sait que les représentants de l’oligarchie financière mondialisée ont soutenu, soutiennent et soutiendront toujours les valets qui servent leurs intérêts. Autrement, il leur était aisé de dénoncer le blanchiment par nos satrapes des milliards volés à la Nation dans des acquisitions immobilières somptueuses et dans le remplissage des comptes bancaires par de l’argent sale. Il leur était pourtant facile, comme le font actuellement les gouvernements américain et occidentaux envers les russes, les iraniens ou les vénézuéliens qu’ils déclarent “non grata”, d’interdire à nos ploutocrates en tous genres l’accès de leur pays et de geler leurs avoirs.

Bien au contraire, ils leur délivrent cartes de séjour et passeports sans jamais enquêter sur l’origine des fonds investis ou détenus. Les règles comptables comme l’existence d’organismes tels que Tracfin permettent d’identifier les flux immédiatement. Pourquoi le feraient-ils du reste puisqu’ils en connaissent l’origine. A savoir les pots de vins qu’ils leur versent en contrepartie du bradage de pans entiers de notre économie nationale.

L’ultime tentative de leurs « cabinets noirs » d’ourdir dans la précipitation un nouveau plan afin de gagner du temps pour tenter de sauver ce qui peut l’être de leur point de vue en retardant leur déconfiture d’une année ne devait qu’échouer. D’autant qu’ils comptaient mettre à profit ce délai supplémentaire afin d’achever l’exécution de la feuille de route que l’oligarchie financière mondialisée leur a dictée, à savoir liquider ce qui reste encore d’autonomie et de propriété nationale, par la réduction de la fiscalité pétrolière, la privatisation de Sonelgaz, d’Air Algérie/Air Tassili, des Chemins de Fers et de la distribution d’eau etc … et par la destruction totale des protections sociales et du code du travail. Singeant en cela ce qui se fait dans les pays capitalistes dominants. Ce faisant, ils utiliseraient ce répit pour perpétuer leur domination directe et indirecte, leur pillage systématique, mais surtout ils mettraient à profit ce temps gagné pour verrouiller par des mesures irréversibles leur emprise sur l’ensemble du pays.

Cette manœuvre grossière n’a trompé personne. Les algériennes et les algériens qui ne participent pas à l’entreprise de pillage l’ont vécue comme une provocation. Une de plus qui n’a eu comme conséquence que de provoquer un surcroît d’indignation, un renforcement et un élargissement de la mobilisation populaire et de cercles et personnalités politiques enclins jusque-là à nourrir des illusions.

Comment conjurer les dangers qui peuvent advenir ?
Le Peuple en alerte nous administre par son action quotidienne les leçons qui conviennent :
– la paix, le calme et la force dans la sérénité
– la vigilance aiguisée
– l’union dans la diversité des origines géographiques, linguistiques, d’appartenance idéologique et de croyance
– et enfin, mais ce n’est pas la moindre, la mixité.

Jusque-là, An-nidham, le Régime et ses mentors impérialistes, s’évertuaient à semer les ferments de l’atomisation de la société voire du pays. Le Pouvoir savait de quoi il parlait quand il évoquait la « main étrangère » puisqu’il lui indiquait où frapper. Rompu aux manœuvres de division et de diversion depuis des décennies avec malheureusement un certain succès, il n’a pas vu, cette fois, venir la magistrale gifle assénée par le mouvement patriotique, démocratique et social des larges masses populaires. En quelques jours, ce qui couvait depuis des années leur a explosé à la figure.

D’ores et déjà, il est possible d’affirmer que le Peuple a déjoué ces premiers pièges et qu’il enregistre ses premiers succès depuis qu’il a emprunté fermement la voie pacifique et l’unité d’action autour des intérêts communs et supérieurs du pays, rejetant les divisions et manipulations à caractère idéologique, confessionnel, linguistique, régional et autres. Cette vigilance collective doit être renforcée et étendue. Bien que sévèrement ébranlé, le Régime et ses suppôts extérieurs ne lâcheront prise et leurs menaces ne seront définitivement neutralisées qu’à la condition de s’appuyer sur une meilleure information et une plus grande conscience des dangers et des enjeux réels. Il n’abdiquera pas sans résister. Sa volonté d’organiser la lutte de tous contre tous, malgré ses affirmations, demeure intacte. Les aspirations et les sentiments légitimes et sacrés de patriotisme, de liberté, de dignité, de justice sociale, de soif de bien-être et d’épanouissement culturel ne se discutent pas ni ne se négocient. Ils sont les fondations sur lesquelles il faut et il est possible de reconstruire.

Renouer avec les grandes heures de la lutte d’émancipation

Toutefois l’effort doit aussi porter au-delà. Ce vendredi 8 Mars offre une nouvelle occasion d’élever la qualité grandissante du niveau de conscience de nos compatriotes, qualité qui est la caractéristique de ce mouvement de libération politique, économique, social et culturel actuel. Trois grandes convergences nationales et populaires peuvent contribuer à donner à cette journée mémorable de l’Union et du “Soumoud” une ampleur inégalée pour l’avenir.

La première est l’union de toutes les composantes opposées à tout compromis avec le Régime. Ni élection, Ni conférence nationale telle qu’avancée par le pouvoir !

La seconde concerne l’action en direction des travailleurs organisés aux côtés des agriculteurs, des paysans, des étudiants et des lycéens, des travailleurs isolés et des chômeurs, des membres des forces de sécurité et militaires autres que ceux du Pouvoir corrompu- ils sont des centaines de milliers qui ne vivent que de leur soldes ou de leurs traitements-, de militants sincères mais trompés de la base du FLN et de l’UGTA, notamment dans les campagnes, auxquels il convient d’ouvrir les yeux par une information véritable sur ce qui se joue actuellement.

Isoler les dirigeants compromis et corrompus est le maître mot aujourd’hui. S’efforcer de faire le lien entre les difficultés de la vie quotidienne et les mesures économiques qui ont été prises ou qui risquent de l’être au cours de la période qui vient si la vigilance n’est pas à la hauteur. Les algériens éduqués et formés, les militants syndicaux, les économistes, les sociologues, les juristes sont désormais face à leurs responsabilités devant l’Histoire. Beaucoup trop de nos frères et camarades ont versé leur sang pour qu’aujourd’hui nous ne nous sentions pas concernés. Éclairer le Peuple sur les enjeux économiques et géostratégiques ne peut que renforcer la Vigilance et l’Union.

Plus que jamais le mot d’ordre « Penser Global et Agir Local » est d’actualité. Un exemple parmi mille. La bataille sans concessions de nos frères de Ain Salah contre l’exploitation du gaz de schiste. Eux avaient compris de suite le danger mortifère de ce projet, la liquidation de la ressource vitale : l’eau. Leur mobilisation, face au rouleau compresseur du régime et à la répression qu’ils ont subie ne peut que forcer le respect. Cependant la mobilisation est restée circonscrite à leur seule région. Qu’en aurait-il été s’il y avait eu une campagne de dénonciation du régime — inféodé aux multinationales — et d’information de la population. Cette campagne aurait permis d’expliquer que Total, qui s’est vu interdire l’exploitation du gaz de schiste dans son pays par une loi votée par l’assemblée nationale française a pu le faire chez nous sans restriction. Moyennant quoi, les multinationales faisaient coup double : les vendeurs de systèmes de forage — américains — abaissaient en multipliant leur nombre leur prix de revient et réalisaient ainsi un surprofit, tandis que Total augmentait son volume d’extraction et donc ses profits. Question : lesquels parmi les kleptocrates algériens ont touché les pots de vin et à quel montant s’élèvent-ils ? Quel est le prix de la trahison ? Porter à la connaissance du plus grand nombre ce type d’information, contribue à élever les capacités de vigilance collective et de mobilisation.

Enfin, ce 8 mars est l’occasion exceptionnelle d’une reconnaissance encore plus importante du rôle irremplaçable tenu par nos femmes, nos sœurs et nos filles dans les luttes libératrices, dans les grandes avancées du peuple algérien dans tous les domaines. L’occasion de renouer avec une tradition séculaire, avec les grandes heures de la lutte d’émancipation, de Fadhma N’Soumeur à Hassiba Benbouali, et de toutes les autres héroïnes célèbres ou anonymes, citadines ou villageoises. Il s’agit de plus d’une grande moitié de notre population. Comment pourrait-il en être différemment dans ces heures historiques que vit notre Nation. Leur participation courageuse, sensible et intelligente aux grandes luttes actuelles sera certainement un des acquis les plus précieux de l’avancée démocratique en cours et une garantie de sa pérennité.

Vive la lutte patriotique du Peuple en mouvement pour une Algérie Libre et Souveraine, Démocratique et Sociale.

Sadek Hadjerès
Socialgerie.net
6 mars 2019

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