Les Algériens de Palestine comme vecteurs du récit de la Nakba auprès des consulats français (1948-1952)
Par Yannis Arab*. Texte également publié sur le site du CAREP-Paris.
Entre 1948 et 1952, le destin tragique des populations palestiniennes croise celui de milliers d’Algériens ayant quitté leur pays d’origine et leurs attaches pour s’installer en Palestine. Après une première phase d’installation, dès 1830, en territoire ottoman, le mandat britannique, instauré en 1920, impose une domination coloniale marquée par de nombreuses mesures répressives. Les conséquences de la Nakba de 1948 exacerbent à leur tour les tensions et se répercutent sur les populations algériennes, expulsées au même titre que les habitants natifs. S’ouvre alors une période marquée par une multiplication des revendications de la part de ces « sujets et protégés français » auprès des consulats français en Palestine.

En réaction à l’occupation française de l’Algérie en 1830, des milliers d’Algériens quittèrent leur pays pour s’installer en Palestine ottomane. À la veille de la Nakba de 1948, plus de 6 000 Algériens vivaient en Palestine historique, principalement à Jérusalem, Haïfa, Jaffa, Safad, Ramleh et dans plusieurs villages de Galilée. Entre décembre 1947 et juin 1949, ils connurent un sort similaire à celui des Palestiniens et furent expulsés par les milices sionistes vers la Syrie, le Liban, la Jordanie ou encore la bande de Gaza.
Ces migrations algériennes vers l’Orient s’inscrivent toutefois dans une histoire plus ancienne. Dès le Moyen Âge, les sources attestent d’importantes circulations entre le Maghreb et l’Orient, facilitées par les routes commerciales, le pèlerinage et l’unité politique offerte par l’Empire ottoman. À Jérusalem, les fondations pieuses dédiées aux pèlerins maghrébins, les wakfs d’Abou Medien contribuèrent durablement à l’ancrage nord-africain en Palestine[1]. Après l’arrivée de l’émir Abdelkader à Damas en 1855, les autorités ottomanes lui attribuèrent de vastes terres en Galilée, où s’installèrent des migrants algériens fuyant la domination coloniale française. Plusieurs villages furent ainsi occupés entre les années 1850 et 1880[2] : Deyshoum, Marous, Ammouka, Tuleil, Husseiniya, Ma’dhar, Kafr Sabt, Samakh, Olam ou encore Hawsha, par des migrants originaires de Constantine, Batna et Oum el-Bouaghi. Les Algériens s’établirent également dans les principales villes palestiniennes – Jérusalem, Jaffa, Haïfa, Ramleh, Safad ou Tibériade – où ils exercèrent divers métiers : gardiens, marchands, artisans ou cordonniers.
La majorité des migrants choisissait la nationalité ottomane afin de bénéficier d’avantages fiscaux et militaires. D’autres se réclamaient de la protection française auprès des consulats de Jérusalem, Jaffa ou Beyrouth. Ils tiraient ainsi parti des privilèges liés aux Capitulations accords entre l’Empire ottoman et les diverses puissances européennes ayant pour objet initial d’établir un réseau de clientèle au sein de l’Empire et ainsi pour échapper à certaines obligations ottomanes telles que le service militaire ou l’impôt[3]. Mais après l’abolition des Capitulations en 1922, les Algériens furent progressivement soumis aux mêmes formes de contrôle et de répression que les Palestiniens. Durant la Grande Révolte arabe (1936-1939), beaucoup furent victimes d’arrestations arbitraires, de violences ou de déportations. En mai 1936, un collectif d’Algériens de Jérusalem écrivit ainsi au consul de France afin de dénoncer avoir été « sérieusement injurié par la police anglaise » et que « la police depuis hier n’a pas cessé de nous brutaliser et de nous frapper[4] ». D’autres furent emprisonnés ou exécutés, à l’image de Mustafa Sherif, Algérien natif de Jaffa, pendu à Jérusalem le 30 janvier 1939 pour « activités terroristes[5] ».
Ainsi, les Algériens de Palestine en vinrent progressivement à partager le destin politique de la société palestinienne. Venus initialement pour fuir la domination coloniale française, ils furent confrontés quelques décennies plus tard à une nouvelle situation coloniale – britannique puis sioniste – qui conduisit finalement à leur expulsion lors de la Nakba de 1948.
Entre expulsions et revendications : les Algériens dans la catastrophe palestinienne
À la veille du plan de partage de la Palestine en novembre 1947, plus de 6 000 Algériens résidaient en Palestine historique. Déjà victimes, tout au long du mandat britannique, des violences et mesures répressives exercées contre la population palestinienne, les Algériens de Palestine furent également confrontés à la Nakba : l’expulsion manu-militari de plus de 800 000 Palestiniens par les milices sionistes entre décembre 1947 et juin 1949.
Alors que le récit palestinien de la Nakba fut principalement recueilli a posteriori par les historiens, les Algériens de Palestine livrèrent dès le lendemain de leur expulsion un récit à chaud de leur exil forcé aux consuls français établis en Orient. Parmi les onze villages algériens de Palestine historique, Hawsha est celui pour lequel les archives conservées à Nantes sont les plus abondantes. Originaires principalement de l’est algérien (Batna, Biskra, Constantine, Oum el Bouaghi ou Guelma), les habitants du village possédaient le statut de « sujets et protégés français ». Détenteurs de passeports et enregistrés auprès des consulats français de Haïfa, Jérusalem ou Damas, ces Algériens, bien que majoritairement nés en Palestine, ne cessèrent, après leur expulsion par la Haganah (organisation paramilitaire juive, future composante de l’armée israélienne) le 16 avril 1948, d’alerter les autorités consulaires françaises sur leurs conditions de vie, leur exil et leurs revendications ; retour au village, installation en Algérie, compensations financières ou libération de prisonniers détenus dans les prisons sionistes.
L’installation des premiers Algériens à Hawsha remonte au début des années 1880, lorsque des familles originaires d’El Oued Zenati près de Constantine vinrent s’établir dans ce village situé à treize kilomètres au sud-est de Haïfa. À l’été 1888, une nouvelle vague migratoire, provoquée par une invasion de criquets et plusieurs années de mauvaises récoltes, conduisit plus de trois cents Algériens des régions de Constantine, Guelma et Oum el Bouaghi à rejoindre le village[6]. En 1947, les sources diplomatiques françaises estiment la population algérienne de Hawsha à plus de 450 habitants.
L’attaque et l’occupation du village de Hawsha par les forces sionistes sont attestées par de nombreuses sources. L’historien israélien Ilan Pappé, figure des « nouveaux historiens » ayant contribué à remettre en cause le récit officiel israélien sur la Nakba à partir des archives déclassifiées israéliennes, britanniques et américaines, mentionne ainsi Hawsha parmi les premiers villages de Galilée occupés par les forces juives dans la zone attribuée à l’État arabe par le plan de partage de l’ONU[7]. Le consul de France à Haïfa, Pierre Landy, affirme toutefois dans une lettre adressée au ministère des Affaires étrangères le 29 mai 1948 que les habitants algériens auraient été expulsés dès la fin du mois de mars 1948, après l’occupation du village par la Haganah et la destruction d’une partie des habitations. Cette version semble cependant être contredite par d’autres témoignages et travaux historiques. Selon Benny Morris, (également membre des « nouveaux historiens » israéliens), Hawsha fut d’abord occupé le 11 avril 1948 par un bataillon druze de l’Armée de libération arabe commandé par Fawzi al-Qawuqji, avant d’être repris par la Haganah dans la nuit du 15 au 16 avril lors de la bataille de Ramat Yohanan, appelée par les historiens palestiniens « bataille de Hawsha et al-Kasayir[8] ».
Expulsés de leur village malgré leur résistance et le déséquilibre des forces en présence, les habitants de Hawsha prirent plusieurs directions : le plus grand nombre se réfugia en Syrie, tandis que trente-quatre personnes gagnèrent le camp de Mieh Mieh au sud du Liban, soixante-seize autres le village voisin de Shefa ‘Amr, et une importante minorité le district de Jénine[9]. Dans une lettre adressée le 3 mars 1949 à l’ambassade de France à Beyrouth, les moukhtars de Hawsha situent, comme Benny Morris, l’expulsion des habitants au 16 avril 1948. Ils indiquent toutefois que le village fut d’abord occupé par des forces druzes avant d’être investi, quelques jours plus tard, par l’armée juive, qui força finalement les habitants à l’exil vers le Liban :
« Nous soussignés, le moukhtar Mohamed Ahmad Bargis, Youssef Ahmad Koujil, AbdAllah el Touhami, Saleh Djouma Ahmad et Darwich Atieh Mohamed, algériens français, actuellement réfugiés au village Mieh Mieh (Liban) et au village Anjar, avons l’honneur de venir par la présente soumettre à votre Excellence notre situation critique à cause de l’immigration de notre village Haucha (Palestine), à la suite de l’attaque juive durant les derniers événements : 1 – Le 12/4/1948 l’Armée Druze commandée par le commandant Chékib Wahab, ayant entrée en notre village ce dernier a interdit de quitter le village pour n’importe quelle raison ; 2- En date du 16/4/1948 l’Armée Juive attaque notre village et l’occupe avec d’autres villages environnants chose qui nous obligea à quitter le village presque nus sous une rafale de balles et d’obus sans pouvoir transporter avec nous n’importe quel objet indispensables. […] nous venons par la présente vous prier, Excellence, de vouloir bien nous faire retourner à notre pays où nous sommes établis et où nos propriétés et nos biens sont abandonnés, Hocha, Palestine[10]. »

Les habitants algériens de Hawsha réfugiés en Syrie affirment eux aussi avoir été expulsés de leur village. Le 10 octobre 1949 à Damas, quatre Algériens de Hawsha, mandatés par leurs compatriotes réfugiés en Syrie et parlant en leur nom, informent le consul de France de leurs conditions d’exil et de leurs revendications :
« Nous soussignés, en notre qualité personnelle et mandataires des habitants du village Hocha relevant de Caiffa[11] Palestine, Algériens sujets Français […] Les Juifs nous ont chassés de notre village après l’avoir ruiné et ont pris nos meubles et immeubles, nos récoltes et nos animaux. Nous sommes devenus réfugiés sans soutien en Syrie et au Liban, les maladies étaient cause de la perte de nos petits enfants à cause de la [du] manque de nourriture. »
De nombreux autres algériens allaient également communiquer leur récit auprès des services consulaires français à l’instar de Mustafa Ben Taieb el Manoussi, natif de Jaffa le 21 juillet 1895, qui écrit au consul de France à Haïfa le 13 novembre 1948 en l’informant « avoir été chassé de mon foyer par les troupes juives […] et me trouve actuellement dans la plus profonde misère avec ma femme et mes deux enfants, réfugié au camp de Al Bureij en Palestine Sud, [à Gaza][12] ».

De nombreuses plaintes d’Algériens réfugiés à Amman, Beyrouth, Tripoli ou encore en Cisjordanie furent adressées aux consulats français, exprimant toutes le désir de retourner en Palestine, où ils avaient abandonné leurs biens et leurs papiers. Dans une lettre du 27 septembre 1948 adressée au consul de France à Jérusalem, le Comité maghrébin de secours de Bethléem rappelle qu’une importante communauté maghrébine, majoritairement algérienne, vivait en Palestine avant 1948 et que, à la suite des événements, beaucoup furent tués tandis que les survivants se réfugièrent à Bethléem, Jérusalem et Ramallah[13].
Refus israélien au retour et plan de déportation vers l’Algérie
Malgré la résolution 194 de l’ONU reconnaissant le droit au retour des réfugiés palestiniens, Israël refusa le retour des Algériens de Palestine. Dans une lettre du 20 juin 1950 adressée à l’ambassade de France à Tel-Aviv, le ministère israélien des Affaires étrangères invoquait des « considérations élémentaires de sécurité », affirmant que de nombreux Arabes – « parmi lesquels des personnes de nationalité étrangère » – représentaient toujours « une menace sérieuse pour la sécurité » d’Israël[14]. Malgré leur statut de « sujets et protégés français », les Algériens furent ainsi assimilés aux Palestiniens expulsés. Plusieurs réfugiés dénoncèrent alors le fait que d’autres nationalités, notamment grecques ou iraniennes, aient été autorisées à rentrer, contrairement aux Maghrébins de Palestine.
Au moment même où les milices sionistes expulsaient ces Algériens de Palestine, leurs dirigeants réfléchissaient à leur réinstallation collective en Algérie. Dans une lettre adressée le 3 février 1949 au consul de France à Haïfa, le ministre français des Affaires étrangères indiquait que « le Gouvernement provisoire d’Israël propose au Département le versement d’une somme de £ 300 000 (trois cent mille livres sterling) devant permettre au Gouvernement français de procéder, dans des conditions satisfaisantes, à la réinstallation en Algérie, de 2000 à 2500 réfugiés arabes d’origine algérienne ».
Ayant pris connaissance de ce plan de réinstallation collective, les Algériens dans leurs communications avec les consuls français furent catégoriques : c’est un retour vers la Palestine qu’ils exigent et non en Algérie :
« Notre désir le plus cher est de retrouver nos maisons et nos terres de Palestine où nous vivons heureux sous la protection de Dieu. M Lambroschini nous a offert le rapatriement au Maghreb. Nous ne pouvons l’accepter car là-bas aussi nous serions des étrangers. […] Nous ne pouvons plus accepter une telle offre car nous reconnaitrions la perte définitive de nos biens à Safad, à Tibériade, Hoche, Etc. […][15]. »[16]
Le projet de rapatriement des réfugiés algériens de Palestine vers l’Algérie suscita de fortes réticences au sein de l’administration coloniale. Sans pouvoir officiellement leur interdire l’entrée, les autorités multiplièrent les restrictions administratives afin de limiter ces retours. Le ministère de l’Intérieur rappelait ainsi, le 16 mars 1949, que leurs familles « ont quitté l’Algérie depuis une centaine d’années ; ils ont donc eux-mêmes à peu près complétement rompu toute attache tant matérielle que morale avec l’Algérie[17] ». Cette politique limita fortement les rapatriements, alors même que la majorité des réfugiés réclamaient surtout leur retour en Palestine.
N’ayant pu retourner dans leurs foyers en Palestine, comme ils l’auraient ardemment souhaité, ou être réinstallés dans leur pays d’origine comme les dirigeants sionistes l’auraient espéré, ces 6000 Algériens de Palestine trouvèrent refuge principalement en Syrie (environ 40 % d’entre eux)[18], au Liban en Jordanie, et quelques familles dans la bande de Gaza. Devenus « réfugiés de Palestine » ces Algériens prirent le chemin des camps de réfugiés palestiniens en Syrie, dans le Golan, à Damas, à Der’a, puis plus tard à Yarmouk. Au Liban ces Algériens prirent refuge dans les camps de Nahr el-Bared au Nord, à Borj el-Chamali au sud près de Tyr, à Mia-Mia près de Saida, ou encore dans le tristement célèbre camp de Sabra à Beyrouth.
Conclusion
Les circulations et expériences humaines entre l’Algérie et la Palestine restent un sujet complètement méconnu. Hormis quelques ébauches, très peu de productions scientifiques font mention de cette présence algérienne en Palestine que ce soit au cours de l’époque moderne ou à l’époque contemporaine. Cette carence s’explique principalement par le poids du nationalisme méthodologique, ainsi que par le primat de l’échelle nationale tant dans les productions scientifiques relatives aux études maghrébines, que celles portant sur les études palestiniennes. Ce nationalisme méthodologique, comme le rappelle Augustin Jomier, est en effet « aveugle à des formes d’extraversion que les différents territoires ont connues, dès l’époque moderne, vers la Méditerranée, vers l’Afrique Subsaharienne et vers le Moyen Orient[19] ». Pourtant ces dernières années, on observe l’émergence d’une nouvelle génération d’historiens faisant le pari du transnationale et engageant des réflexions stimulantes autour des circulations algériennes vers l’Empire ottoman ou encore palestiniennes vers les Amériques[20].
Cette approche transnationale est d’autant plus légitime qu’il existe une importante diversité de sources – archives ottomanes, consulaires françaises, britanniques du mandat, témoignages et archives familiales – mettant en lumière les trajectoires de plus de 6 000 Algériens établis en Palestine historique. Les archives consulaires françaises éclairent non seulement ces circulations algériennes, mais aussi l’expérience palestinienne sous les colonialismes britannique et sioniste. Malgré leur statut de « protégés français », ces Algériens furent confrontés aux mêmes violences que les Palestiniens : arrestations arbitraires, tortures, expulsions et dépossession.
Leur trajectoire révèle également les limites de la protection consulaire française. Bien que détenteurs du statut de « sujets et protégés français », les Algériens furent expulsés au même titre que les Palestiniens et subirent des formes similaires de dépossession et d’exil. Les autorités israéliennes refusèrent leur retour en Palestine en les assimilant pleinement à la population arabe palestinienne expulsée. Pourtant, dans le même temps, lorsqu’il fut envisagé de les transférer vers l’Algérie, ces mêmes autorités mirent davantage en avant leur origine algérienne afin de justifier leur réinstallation en Afrique du Nord. Israël proposa ainsi à la France, dès 1948-1949, un plan de transfert collectif des réfugiés algériens vers l’Algérie, contribuant de fait à éloigner durablement ces populations de la Palestine. Toutefois, la grande majorité des Algériens concernés refusa ce projet, affirmant dans leurs correspondances avec les consulats français que leur seul souhait demeurait le retour vers leurs villages, leurs terres et leurs maisons de Palestine. Seule une minorité paraît avoir accepté l’idée d’un rapatriement vers l’Algérie. Pris entre le refus israélien du retour et les réticences françaises à les accueillir durablement, ces Algériens se retrouvèrent progressivement enfermés dans la condition nouvelle de « réfugiés de Palestine ».
Ainsi, l’expérience des Algériens de Palestine permet d’éclairer la Nakba sous un angle encore largement méconnu. À travers leurs lettres, plaintes et témoignages adressés aux consulats français de Jérusalem, Haïfa, Beyrouth ou Damas, ces Algériens livrèrent un récit presque immédiat de l’expulsion, du déracinement et de l’exil forcé. Bien avant les grandes entreprises historiographiques palestiniennes sur la Nakba, leurs récits consignaient déjà les violences des expulsions, la destruction des villages, la perte des biens, les trajectoires de fuite vers les camps de réfugiés ainsi que l’espoir persistant du retour. En ce sens, les Algériens de Palestine ne furent pas de simples témoins périphériques de la catastrophe palestinienne : ils en furent des acteurs à part entière et contribuèrent, par leurs échanges constants avec les représentants français, à faire entrer le récit de la Nakba au sein même des archives diplomatiques françaises. Mais ils furent également les vecteurs précoces d’une revendication politique centrale de l’histoire palestinienne contemporaine : celle du « droit au retour » (ḥaqq al-‘awda), constamment revendiqué dans leurs correspondances avec les autorités consulaires françaises à travers leur volonté répétée de retourner dans leurs villages, leurs terres et leurs maisons de Palestine.
* Après une licence d’histoire à Grenoble (2014-2017), Yannis Arab s’engage dans un Master de recherche en Histoire à l’EHESS Paris. Sous la direction de Véronique Bontemps, ses travaux portaient sur la communauté palestinienne en Algérie depuis l’Indépendance (M1) ainsi que sur les trajectoires et expériences algériennes en Palestine à l’époque coloniale (1830-1948) et sur les retours des descendants en Algérie après 1962. Sa thèse de doctorat en histoire, sous la direction de Malika Rahal (IHTP, Paris 8) porte sur les migrations algériennes en Palestine tout au long de l’époque coloniale (1830-1948). Yannis est également l’auteur de deux livres sur la Palestine : Un pas vers la Paix Mémoires d’un jeune Palestinien (2015) et Palestine pour une Paix-Juste (2017). Il a publié en 2023 un article scientifique dans la Revue Saha basée à Montréal intitulé « L’obstacle de la langue française chez l’étudiant palestinien en Algérie depuis l’indépendance ».
Notes
[1] Sur la question : Musa Sroor, Le contentieux franco-israélien à propos des biens waqfs maghrébins à Jérusalem 1948-1962, Annuaire Droit et Religions, Université d’Aix-Marseille, vol. 9 ; Maryvelma Smith O’Neil, « The Mughrabi Quarter Digital Archive and the Virtual Illés Relief Initiative, Jerusalem Quarterly numéro 81, Printemps 2020 ; Vincent Lemire, Au Pied du Mur, Vie et mort du quartier maghrébin de Jérusalem (1187-1967), Paris, éd.du Seuil, l’Univers Historique, 2022
[2] Dans le caza de Tibériade, les villages investis par les émigrés algériens étaient vacants à la suite d’une rébellion menée par un cheikh de la tribu des Hanadé qui aurait « détruit la plupart des villages de la région ». À l’inverse, dans le district de Safad, c’est principalement le séisme de 1837 qui semble avoir provoqué la désertion des localités avant l’arrivée des Algériens. Voir Pierre Bardin, Les Algériens et Tunisiens dans l’Empire Ottoman de 1848 à 1914, Paris Éditions CNRS, 1979, p.16.
[3] Sur le sujet : Noureddine Amara, Faire la France en Algérie : émigration algérienne, mésusages du nom et conflits de nationalités dans le monde : de la chute d’Alger aux années 1930, Thèse de doctorat d’histoire, Paris 1, 2019, p.804. ; Salma Hargal, Être immigré algérien dans l’Empire ottoman (1830-1918), Thèse de doctorat, Université de Lyon 2, 2022
[4] CADN, Jérusalem 294 PO/B.
[5] The Palestine Post, El Jasairy executed in Jerusalem, 31 January 1939.
[6] ANOM, GGA 9H102. Rapport de M. Grucker, chargé par le préfet de Constantine d’enquêter « dans la commune mixte d’Oum el Bouaghi au sujet de l’émigration des indigènes de cette commune ». Signé par M. Grucker le 1er octobre 1888.
[7] Ilan Pappé, Le nettoyage ethnique de la Palestine, Paris, Fayard, 2008, p.158
[8] Benny Morris, 1948: A History of the First Arab-Israeli War, Yale University Press, New Haven/Londres, 2008, p. 137.
[9] CADN, Haïfa, R, 5 : dossier sur les Algériens de Hawsha (Hoché).
[10] Cette lettre, comme l’ensemble des correspondances citées dans cet article, fut traduite par les interprètes (drogmans) du consulat de France à Haïfa. Les originaux en arabe étaient parfois conservés dans les archives consulaires, mais ils furent souvent détruits ou perdus, les consuls ne conservant que la version traduite en français.
[11] Les consuls et voyageurs européens employaient parfois l’orthographe ancienne “Caiffa” ou “Caïffa” pour désigner la ville de Haïfa, suivant des usages italiens et latins antérieurs à la translittération moderne de l’arabe Ḥayfā.
[12] CADN, Haïfa, R, 5 : Correspondances avec les particuliers ; dossiers nominatifs, 17.
[13] CADN, Jérusalem 294 PO/2 78.
[14] MAE Courneuve, Série Levant 1944-1965, Palestine 1944-1952, 373 QONT.
[15] Lettre collective de réfugiés algériens de Palestine en Syrie adressée à l’ambassadeur de France à Damas Monsieur Lambroschini le 5 août 1950. MAE La Courneuve, Levant 1944-1965, Palestine 1944-1952, 373 QONT, 436
[16] Sur l’ensemble des maghrébins de Palestine au lendemain de la Nakba, environ plus de 5000, seulement un dixième, soit 500 personnes acceptèrent la réinstallation dans leur pays d’origine respectif. Lire la lettre de Bruno Radius, Conseiller d’Ambassade, délégué par intérim du Gouvernement à l’UNRWA au consul de France à Jérusalem, le 4 février 1952. MAE Courneuve, Palestine 1944-1952, 373 QONT, dossier 436 intitulé « Réfugiés nord-africains. » 1948-1952.
[17] MAE Courneuve, Série Levant 1944-1965, Palestine 1944-1952, 373 QONT : ministre de l’Intérieur au ministre des Affaires étrangères, Paris, 16 mars 1949.
[18] MAE Courneuve, Série Levant 1944-1965, Palestine 1944-1952, 373 QONT, Une note du ministère des Affaires étrangères (non datée) estime à 324 le nombre de familles algériennes ayant pris refuge en Syrie.
[19] Augustin Jomier « Les réseaux étendus d’un archipel saharien. Les circulations de lettrés ibadites (XVIIe siècle-années 1950) », Revue d’histoire moderne & contemporaine, vol. 63-2, no. 2, 2016, p.16
[20] Nadim Bawalsa, Transnational Palestine : Migration and the Right of Return before 1948, Stanford University Press, 2022.