La constitution des empires coloniaux européens se sont accompagnés partout de pillages d’œuvres d’art locales transportées dans des musées ou des collections privées en Europe et en Amérique.
La question de leur restitution fait partie de celle de la « sortie du colonialisme » et du dépassement des rapports coloniaux au profit de l’établissement de rapport normaux entre les Etats des différents continents. Elle est au centre du film de Mati Diop, « Dahomey », qui sera projeté le 6 février au Majestic Bastille (à Paris, place de la Bastille), suivi d’un débat sur le thème des réparations avec sa réalisatrice et l’historien Benjamin Stora. Celui-ci, dans le prolongement du rapport qu’il avait remis au président de la République, a participé à Stains à une présentation d’armes et objets ayant appartenus à l’émir Abd El Kader, rassemblés dans le but de procéder à leur restitution.
Ci-dessous également, un article de RFI portant sur la restitution au Nigéria par trois musées suisses de vingt-huit bronzes du royaume du Bénin.

Trois musées suisses vont restituer au Nigéria 28 bronzes du royaume du Bénin
par Léa Boutin-Rivière, publié par RFI le 20 mars 2026.
Nouvelle vague de restitutions d’objets pillés au Nigeria. Le Musée d’ethnographie de Genève, le musée Rietberg et le Musée d’ethnographie de l’université de Zurich ont signé, vendredi 20 mars 2026, un accord en vue de remettre à Abuja 28 bronzes du royaume du Bénin autrefois implanté sur l’actuel territoire nigérian. Ces bronzes sont détenus dans les collections suisses depuis le début du XXe siècle. Il s’agit de l’aboutissement d’un processus enclenché il y a plusieurs années.

C’est en 2021 que huit musées suisses se sont réunis – à l’initiative du musée Rietberg, à Zurich – pour se pencher sur l’origine de certains objets de leurs collections issus du royaume du Bénin, État qui a été intégré au Nigéria à la fin du XIXe siècle.
En partenariat avec des musées et des historiens de l’art nigérian, ces derniers ont d’abord mené l’enquête pour retracer le parcours des pièces en question. On parle, en termes techniques, d’une « recherche de provenance ». Celle-ci a duré deux ans, « en collaboration avec les partenaires au Nigeria », indique la conservatrice en charge des collections africaines au Musée d’ethnographie de Genève.
« On a comparé les œuvres et nos archives, ce qui nous a permis de mener une enquête et de remonter à leur première vente à l’occasion de ces grandes ventes aux enchères qui avaient lieu à Londres au tout début du XXe siècle », poursuit Floriane Morin.
« Une manière de respecter les héritiers et les héritières »
Avant de se retrouver sur les marchés londoniens, ces pièces avaient été pillées en 1897, lors de l’occupation britannique du Nigeria. Il s’agit donc de pièces spoliées, d’où la nécessité d’en transférer la propriété au pays dont elles sont originaires. Après ces deux années de recherche, il en a fallu deux autres de plus pour que les partenaires suisses et nigérians réfléchissent à leur future coopération.
Résultat de ce long processus : sur neuf pièces détenues par le Musée d’ethnographie de Genève, trois ont été spoliées et vont être restituées. Il en est de même pour quatorze pièces sur les dix-huit exposées au musée Rietberg, et pour onze pièces sur les seize présentées au Musée d’ethnographie de l’université de Zurich.
« Pour nous, il s’agit d’une manière de respecter les héritiers et les héritières culturels des collections conservées au musée d’ethnographie. Si les objets qui les composent ne sont pas des œuvres d’art dans leur identité première et propre, ils ont souvent été créés pour être des instruments de culte, des objets sacralisés », reprend Floriane Morin.
Les restitutions ne devraient pas s’arrêter là. Cinq autres musées du consortium doivent encore présenter leurs résultats de recherche. La restitution de ces vingt-huit bronzes du Bénin pourrait donc n’être qu’une première étape. Mais une partie seulement de ces artefacts va retourner au Nigeria : certains devraient en effet rester en Suisse dans le cadre d’un « prêt de longue durée », même si le Musée d’ethnographie de Genève précise bien que, contrairement à d’autres musées d’Europe, il ne s’agissait pas là d’une condition pour restituer les biens spoliés.
Des armes ayant appartenu à l’Emir Abdelkader rassemblées à Stains pour être restituées à l’Algérie
Par Olivier Marbot, rédacteur en chef adjoint à Jeune Afrique, spécialiste du Moyen-Orient, publié par Jeune Afrique, le 9 mars 2026.
Ce pourrait être le signe d’un début de détente entre Paris et Alger : plusieurs armes ayant appartenu à l’émir Abdelkader vont être remises à l’Algérie. Mais la décision n’a rien à voir avec les autorités, c’est une association franco-algérienne qui est à l’initiative de la restitution.

Des armes ayant appartenu à l’émir Abdelkader ont été exposées, le 4 mars 2026, lors d’une soirée de ramadan organisée à Stains, dans la banlieue nord de Paris, en présence de plusieurs personnalités parmi lesquelles le maire de la ville, le sénateur Ahmed Laouedj, et l’historien Benjamin Stora, spécialiste de l’histoire de l’Algérie.
Ces objets vont être prochainement restitués à l’Algérie pour y être exposés dans un musée, mais l’opération n’émane pas des pouvoirs publics. C’est la Fédération Franco-Algérienne de Consolidation et du Renouveau (FFA), organisatrice de la soirée, qui a fait l’acquisition des armes lors d’une récente vente aux enchères.
Une association à la manœuvre
Cette association créée en 2023 précise dans ses statuts avoir pour objectif « de concourir au développement des relations de coopération et de progrès entre la France et l’Algérie, avec l’appui des élus des deux pays, des sociétés civiles, et plus généralement de toutes les parties qui souhaitent s’inscrire dans cette dynamique ». Dans ses prises de position publiques, elle est généralement alignée sur Alger.
La restitution annoncée n’a donc rien à voir avec une quelconque volonté officielle française de donner satisfaction à Alger sur les restitutions d’objets historiques, alors que le sujet est au cœur des discussions entre les deux pays. Depuis de nombreuses années, l’Algérie demande en particulier le retour sur son sol du sabre remis par Abdelkader au duc d’Aumale lors de la reddition du 23 décembre 1847, actuellement exposé au musée de l’Armée, à Paris. L’Algérie demande aussi le caftan − souvent désigné comme un « burnous » − de l’émir offert par l’un de ses fils, l’émir El Hachemi, au même musée, en 1897, ainsi que deux manuscrits rhétoriques du livre saint − improprement présentés comme des Coran − saisis lors de la conquête coloniale.
Benjamin Stora, que l’Association a nommé ambassadeur de la paix pour son engagement et ses travaux sur l’histoire commune des deux pays lors de la soirée du 4 mars, plaide depuis longtemps pour ces restitutions symboliques.
Des appels sans réponse
Nommé en 2022 président des spécialistes désignés pour représenter la France au sein de la commission mixte algéro-française sur la mémoire et la colonisation, créée à l’issue de la visite d’Emmanuel Macron en Algérie, l’historien a toujours souligné l’importance de ces actes dans le processus d’apaisement des relations entre les deux pays. Au début de cette année, c’est l’ancienne ministre Ségolène Royal, récemment élue à la présidence de l’Association France-Algérie et partie en visite à Alger, qui relayait la demande.
Depuis 2022 toutefois, les relations entre Paris et Alger se sont fortement dégradées et les travaux de la commission d’historiens ont été mis en sommeil. D’autres objets, comme le célèbre canon Baba Merzoug, sont aussi réclamés par l’Algérie depuis longtemps, mais si les restitutions sont fréquemment évoquées, rien ne semble indiquer qu’elles pourraient survenir dans un avenir proche.
Au printemps 2025, alors que les tensions entre les deux pays étaient particulièrement fortes, Benjamin Stora avait d’ailleurs fait part de son agacement. « On vient nous parler de repentance, alors qu’on n’est même pas capable de restituer un Coran, une épée, un burnous à l’Algérie. Rien n’a été rendu. Absolument rien », s’était-il alors désolé.