4 000 articles et documents

Édition du 1er au 15 février 2026

L’Armée de Libération du Maghreb (1953-1956), par Daho Djerbal

A l'heure d'extrêmes tensions entre les États du Maghreb, rappelons que des indépendantistes luttèrent pour un « Maghreb uni ».

Alors que prévalent d’extrêmes tensions entre les États du Maghreb, il n’est pas inutile de rappeler que des indépendantistes d’Algérie, du Maroc et de Tunisie furent un temps alliés dans une lutte pour une libération du joug colonial d’un « Maghreb uni ». C’est ce que fait ici l’historien algérien Daho Djerbal, dans un article publié dans l’Encyclopédie de la colonisation française dirigée par Alain Ruscio (Les Indes Savantes).

Daho Djerbal est historien, directeur depuis 1993 de la revue Naqd, d’études et de critique sociale.


A la fin des années 1940, face à la solution politique négociée prévoyant une indépendance par étapes d’un Maghreb tourné vers l’Occident se dresse l’alternative d’une indépendance conquise par les armes avec pour objectif, l’édification d’un Maghreb arabe intimement lié au Machrek. Dès lors, se profilent les lignes de faille qui vont opposer les partis politiques nationalistes de diverses obédiences aux groupements armés qui se préparent à libérer le Maghreb par la voie des armes. L’Armée de libération du Maghreb se trouve entre 1953 et 1956 à la croisée des chemins et son destin sera scellé par le basculement des deux Etats voisins de l’Algérie vers une indépendance négociée avec la puissance coloniale.

Abdelkrim el Khattabi, sous l’égide duquel est créé en 1948 le Comité de libération du Maghreb arabe

Les prémices : le Comité de libération du Maghreb arabe

Après la deuxième guerre mondiale, et dans un contexte marqué par les menaces de partage de la Palestine, les nationalistes marocains, algériens et tunisiens se retrouvent au Caire où se tient le 1er congrès du Maghreb arabe (15 au 22 février 1947). Ils sont représentés par la Ligue de défense marocaine, le Parti du peuple algérien et le Néo-Destour tunisien. De cette rencontre naît le Bureau du Maghreb arabe dont la mission sera de coordonner l’action politique des différents partis nationalistes maghrébins. Les atermoiements des représentants des partis politiques nord-africains au Caire quant à la position à adopter vis à vis des puissances coloniales ainsi que celle des notabilités arabes face à la partition de la Palestine irritent au plus haut point les partisans d’une action plus résolue pour la libération du Maghreb et du monde arabe.

Ce sont de jeunes nationalistes maghrébins déçus par l’attitude de la Ligue arabe et du Bureau de Liaison et d’information du Maghreb et de la Palestine qui vont à la rencontre l’émir Abdelkrim[1] pour lui faire part de leur désarroi et de leur détermination à passer à l’action. La ligne radicale du recours à la lutte armée l’emporte dans la capitale égyptienne au point qu’une année plus tard, en janvier 1948, un Comité de libération du Maghreb arabe[2] est créé sous l’égide de l’émir Abdelkrim el Khattabi. Ce Comité est constitué par de jeunes nationalistes venus du Maghreb, la plupart comme volontaires pour la libération de la Palestine ou effectuant pour certains d’entre eux des études au Caire[3].

Sous l’impulsion de l’émir Abdelkrim et de ses partisans, des unités de commandos maghrébins sont constituées et regroupées dans des camps de formation militaire en Egypte, en Syrie puis en Irak. Ils sont près de 900 volontaires formés au maniement des armes et des explosifs par de jeunes officiers nationalistes arabes dont ceux qui renverseront les régimes corrompus et impotents du Moyen-Orient[4].

L’incapacité de la Ligue arabe à engager résolument les États de la coalition dans une lutte de libération des territoires occupés et la défaite militaire de 1948 jettent le discrédit sur les politiques. La question centrale devient alors celle de la coordination des différents partis et mouvements nationalistes du Maghreb pour un déclenchement concerté de la lutte armée de libération sur l’ensemble de l’Afrique du Nord. Dans une tentative désespérée de reprendre la main sur les activistes, un accord est conclu en 1951 entre les représentants de l’Istiqlal, du Né-Destour et du MTLD qui proclament leur intention de libérer l’Afrique du Nord de la présence française[5].

Nous nous devons de relever ici la coïncidence chronologique des faits entre la tenue du 1er congrès du Maghreb arabe et celle du congrès du MTLD[6] qui a lieu lui aussi en février 1947. À cette occasion, les débats laissent apparaître la même divergence de vues sur les voies et moyens pour l’accession à l’indépendance. Une sorte de compromis est conclu en Algérie débouchant sur la poursuite de la voie électorale sous le sigle du MTLD et la création d’une Organisation Spéciale (OS) chargée de préparer secrètement le parti et les militants au passage à la lutte armée. En 1951, suite à la découverte et au démantèlement de l’OS, les cadres dirigeants de cette organisation clandestine sont envoyés au Caire (Hocine Aït Ahmed, Ahmed Ben Bella et Mohammed Khider) et en France (Mohammed Boudiaf et Mourad Didouche).

En 1951 donc, s’établit une nouvelle conjonction au Caire où les représentants de la voie insurrectionnelle vont vivre des années cruciales dans la proximité immédiate du Comité de libération du Maghreb arabe. C’est là que, par l’intermédiaire d’Ahmed Ben Bella en particulier, s’établissent des alliances et se met en place un axe Maghreb-Machrek dont le pivot semble se trouver dans la capitale égyptienne.

Au mois de mars 1952 les tentatives de coordination s’intensifient au niveau des partisans nord-africains de la lutte armée. Abdelkrim El Khattabi envoie une mission en Tunisie, en Algérie et au Maroc à la recherche de contacts devant assurer l’unification des rangs et la détermination des étapes. L’idée d’un nouveau mouvement unifié pour la libération du Maghreb arabe[7] fait son chemin. Sont désignés pour cette mission Abdesslam El Hachemi Taud et Hammadi Er Rifi, des officiers volontaires des brigades d’Afrique du Nord formés par l’Académie militaire irakienne. En Tunisie, la mission mandatée par Abdelkrim contacte Tahar Guiga, un des leaders du parti Néo-Destour. En Algérie, les émissaires rencontrent Abdelhamid Mehri, membre du comité central du MTLD. Ils expliquent que le but de leur mission est de mettre en œuvre des mesures concrètes pour la coordination de la lutte engagée à l’échelle du Maghreb et créer un sentiment unitaire quant au destin commun d’un Maghreb arabe uni. Mais la mission consiste également en la mise en place des filières pour le passage des armes et des explosifs expédiés par voie terrestre depuis l’Egypte ou la Libye. Une partie de ces chargements à haut risque sont déposés dans un chapelet d’entrepôts passant par la Libye et la Tunisie avant d’atteindre l’Algérie et le Maroc. L’un de ces dépôts installé en est tenu à Batna[8] par Mustapha Ben Boulaïd (autre membre du comité central du MTLD et cadre clandestin de l’OS). Le projet est de lancer au même moment des actions armées sporadiques et de faire exploser des bombes dans l’ensemble des pays du Maghreb afin d’obliger les forces françaises à déployer et disperser leurs forces sur l’ensemble de la région[9].

En 1952 toujours, Ahmed Ben Bella et Mohammed Boudiaf, tous deux cadres dirigeants de l’OS dissoute, se rencontrent en Suisse. La jonction est faite. Dès lors, pour les partisans de la lutte armée de libération de l’Algérie et du Maghreb, se mettent en place deux lignes de force. L’une, partant du Caire et passant par la Libye et la Tunisie, est adossée à deux personnalités éminentes ayant toutefois des objectifs différents (l’émir Abdelkrim et le colonel Abdel Nasser) ; l’autre, partant des bases militantes de la Fédération de France du MTLD et passant par l’Espagne et le Maroc s’appuie principalement sur les réseaux rifo-marocains.

Lorsqu’à la veille du déclenchement de la lutte armée, les dirigeants du PPA-MTLD et surtout ceux de l’Organisation Spéciale cherchent des appuis logistiques, des bases de repli et des filières pour le passage des armes, c’est auprès des insurgés du Sud tunisien et en Libye qu’ils vont les trouver[10]. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que les premiers maquisards algériens seront eux aussi appelés par les Français fellaghas[11].

En août 1954, quelques mois avant le déclenchement de la lutte armée en Algérie,  Il a été décidé que Mustapha Ben Boulaid se rende en Libye, que Larbi Ben M’hidi et Mohamed Boudiaf aillent à Tétouan et Nador pour assurer le contact avec les bases insurrectionnelles installées dans les pays frères du Maghreb. Au Maroc, ils rencontrent Abdelkebir El Fassi et Ahmed Ziad. En Tunisie, Lakhdar Cheriet et les partisans de Salah Ben Youssef

Ahmed Ben Bella, se rend de son côté au bureau du Caire du Comité du Maghreb arabe où les dirigeants conviennent du principe d’une action unifiée prévue initialement pour le 15 octobre[12].

Cette proximité entre les militants nationalistes des Aurès, des Nementchas et de l’Oued Souf en Algérie et les partisans de Salah Benyoucef dans le Sud tunisien d’un côté, entre Mohammed Boudiaf, Larbi Ben M’hidi, Abdelhafid Boussouf et les insurgés du Rif de l’autre n’est pas seulement sémantique ou géographique. Elle ne sera pas non plus sans conséquence dans les relations qui viendront s’établir entre le FLN-ALN, les Youssefistes du Né-Destour et les éléments de l’Armée de libération du Maroc après le déclenchement de la lutte armée en 1954.

En Algérie, l’impasse dans laquelle se trouve engagée la voie électorale et pacifique de la majorité du comité central du MTLD précipite la crise. Des responsables de l’OS dont Mohammed Boudiaf et Mourad Didouche tentent par tous les moyens de rassembler leurs troupes et, faute de faire l’unité des rangs entre partisans de Messali et ceux du comité central du MTLD, ils passent à la phase active de l’insurrection le 1er novembre 1954.

La conjonction des maquis

La naissance du FLN représenté par le Comité des Six[13] à Alger et par la Délégation extérieure du MTLD au Caire[14], pose un problème majeur en tant que solution de continuité entre le nationalisme des partis indépendantistes traditionnels et une nouvelle génération de militants. En Algérie, le passage à la lutte armée se fait dans les premier temps en dehors du parti et même contre le parti. Il est vécu par Messali comme par le comité central du MTLD comme un coup de force, une sorte de rébellion des activistes contre les politiques. De ce fait, dès novembre 1954, le capital relationnel accumulé tout au long des dernières décennies entre les directions politiques des partis nationalistes algérien et tunisien, semble être subitement rendu caduc ou pour le moins laissé comme en suspens. 

Dès lors se cristallise sur le terrain militaire une alliance de fait qui matérialise très probablement une sorte d’union des commandos nord-africains dont le principe aurait été acquis le 29 mai 1954 au Caire.

Des faits et témoignages viennent à l’appui de cette hypothèse. En effet, quelques semaines avant le déclenchement de la lutte armée, Mokhtar Badji[15], informe Mohammed Boudiaf que des combattants tunisiens traversent les frontières pour demander de l’aide, collecter des armes, de l’argent et des médicaments. Comme les journaux locaux commençaient à parler de ces infiltrations de fellaghas, cela  a fini par susciter quelques inquiétudes chez les responsable du FLN naissant qui craignait que ne se reproduisent les incidents ayant entraîné la découverte de l’OS en 1950[16]

Dans le Sud tunisien, dès les premiers mois de l’insurrection, l’ALN algérienne apporte son aide à Lazhar Cheriet et à Saci Lassoued pour l’organisation des unités de l’ALT (armée de libération de la Tunisie)[17]. Ahmed Mahsas, chargé par Ben Bella en 1955 de la logistique et de la sécurité pour l’Est algérien, revient en Tunisie après un court passage par la Libye. C’est en qualité de représentant de la direction (extérieure) du FLN qu’il va tenter de mettre un terme au désordre qui prévaut dans les rangs des unités de l’ALN cantonnées au-delà des frontières. Sur le plan militaire, il est chargé de la mise en place d’un comité pour la répartition des armes venues du Caire[18]. Sur le plan politique, sa mission est de « jeter les bases d’une structure révolutionnaire nord-africaine pour contrecarrer les plans français »[19].

De leur côté, les partisans de Salah Ben Youssef apportent une aide directe aux djounouds algériens.

« Une lettre de Ben Bella datant du 28 novembre 1955, atteste en effet que le FLN considérait comme un avantage pour les acheminements d’armes de Libye en Algérie, l’implantation de 300 Youssefistes dans le Sud tunisien. »[20]

Dans ce contexte, il y a lieu de rappeler que le 17 août 1954 s’ouvrent les négociations franco-tunisiennes. Mendès France qui cherche à tout prix à les faire avancer accroît la pression pour obtenir le désarmement des maquis du Sud tunisien. Les principaux négociateurs du Néo-Destour, Tahar ben Amar, Mohammed Masmoudi et Mongi Slim sont convoqués à Paris pour agir dans ce sens. Le 22 novembre, alors que la lutte armée a commencé en Algérie, un accord approuvé par le bey et par Mendès-France stipule : 

« Le gouvernement tunisien invite solennellement les fellaghas à remettre leurs armes aux autorités françaises et tunisiennes. »[21]

Le 15 janvier 1955 c’est le président du Conseil lui-même qui prend part aux pourparlers alors que Salah Ben Youssef durcit sa position, craignant des concessions de la part de Bourguiba. Le renversement du gouvernement Mendès France par le parlement français, sur l’affaire tunisienne justement, n’empêche pas cette même affaire d’être réglée le 21 avril par le gouvernement Edgard Faure qui signe avec Habib Bourguiba une convention générale amendée.

Tout porte à croire que l’alliance des unités de l’ALN et de l’ALT sur le terrain est dirigée contre la ligne Habib Bourguiba et s’inscrit dans le cadre d’un projet de soulèvement général de l’Afrique du Nord.

Pour confirmer cette hypothèse, à l’Ouest, la 5ème zone (Oranie) dirigée par Larbi Ben M’hidi installe ses quartiers à Nador dans le Rif marocain où se trouvent les camps de l’armée de libération du Maroc (ALM). Un des chefs de cette armée, le colonel Ben Miloudi remet gracieusement aux combattants algériens le camp de Khemisset[22]. C’est là que sont repris par Aberkane et le Docteur Khatib les projets d’une armée de libération de l’Afrique du Nord.

À Alger, Abdelhamid Boudiaf, un élément de l’OS proche de Mostefa Ben Boulaïd arrive avec un certain Lieutenant Abdelaziz Al Iraqi[23] en provenance du Maroc. Celui-ci avait pour mission d’aider à la formation militaire des maquisards algériens. Pris en charge par Boudjeroudi puis par Mahieddine Berrezouane et Mohammed Moqaddem, il est envoyé en Kabylie. Il sera quelques temps plus tard arrêté en compagnie de Abdallah Fadhel[24].

À l’idéal d’une unité du Maghreb fondée sur une alliance politique des partis Istiqlal, MTLD et Néo-Destour se substitue, sur le terrain, une autre unité maghrébine reposant sur la conjonction des armées de libération des trois pays du Maghreb : ALM, ALN, ALT.

Face à la solution politique négociée prévoyant une indépendance par étapes d’un Maghreb tourné vers l’Occident, se dresse alors l’alternative d’une indépendance conquise par les armes avec pour objectif, l’édification d’un Maghreb arabe intimement lié au Machrek.


Bibliographie  : Daho Djerbal (dir.), L’armée de libération du Maghreb (1948-1955), Alger, Ed. Fondation Mohamed Boudiaf, Alger, 2004.


Notes

[1] Héros de la guerre du Rif et fondateur en 1922 de la République confédérée des tribus du Rif. Exilé à l’île de la Réunion, il s’échappe en 1947 du navire devant le ramener en France et s’installe au Caire.

[2] Sur ce point, la version diverge avec celle plus classique selon laquelle ce comité serait l’émanation du Bureau de liaison et d’information du Maghreb et de Palestine créé sous l’égide de la Ligue arabe.

[3] Témoignage de Abdesslam el Hachemi Taud, jeune volontaire qui a combattu dans les rangs des brigades nord-africaines pour la libération de la Palestine ; il participe à la création du premier comité de libération du Maghreb arabe sous la direction de l’émir Abdelkrim et présidera à la formation et à l’envoi des premières unités de commandos de l’ALM. Cf. Daho Djerbal, op. cit.

[4] El Hachemi Taud, in Daho Djerbal, op. cit.

[5] Slimane Chikh L’Algérie en armes ou le temps des certitudes, Alger, OPU, 1981, p. 486 et suiv.

[6] En 1946, le Parti du peuple algérien dissout décide de participer aux élections sous le sigle de Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques.

[7] Témoignage de Abdelatif Jabrou, in Daho Djerbal, op. cit.

[8] Capitale des Aurès dans l’est algérien.

[9] Abdelatif Jabrou, in op. cit.

[10] El Hachemi Taud, in op.cit.

[11] Voir cette entrée.

[12] Abdelatif Jabrou, in op.cit.

[13] Mohammed Boudiaf (comme coordonateur), Mostefa Ben Boulaïd, Larbi Ben M’hidi, Mourad Didouche, Belkacem Krim, Rabah Bitat.

[14] Hocine Aït Ahmed, Ahmed Ben Bella et Mohammed Khider.

[15] Un des responsables de l’OS pour l’est algérien, désigné par Boudiaf pour diriger le 1er novembre la région frontalière.

[16] Témoignage de Aïssa Kechida du groupe du 1er novembre de la capitale, compagnon de Boudiaf.

[17] Témoignage d’Ahmed Mahsas représentant politico-militaire du FLN auprès des autorités tunisiennes en 1955-1956.

[18] Comité constitué de représentants des wilayas 1, 2, 3 et de la base de l’Est.

[19] id.

[20] Jean Boisson. Ben Bella est arrêté, Paris,Études et recherches historiques, 1978, p. 422.

[21] Paul Marie de La Gorce. Apogée et mort de la IV ème  République, Paris, Grasset, 1979. p. 229.

[22] Ali Haroun. La 7ème wilaya. La guerre du FLN en France, Paris, Le Seuil. 1986,  p. 42.

[23] Le fameux Hammadi er Rifi  cité ci-dessus.

[24] Témoignage d’Aïssa Kechida. Archives personnelles.


Facebook
Email

Abonnez-vous à la newsletter

Envoyer un mail à l’adresse
, sans objet, ni texte.
Vous recevrez sur votre mail une demande de confirmation qu’il faudra valider.

Ou alors, remplissez ce formulaire :